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Full text of "Correspondance du maréchal de Vivonne relative à l'expédition de Candie (1669)"

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CORRESPONDANCE 



DU 



MARECHAL DE VIVONNE 



MACOJC, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS. 



V 



CORRESPONDANCE 

DU 

MARÉCHAL DE VIVONNE 

RELATIVE 

A L'EXPÉDITION DE CANDIE 

(1669) 

PUBLIÉE POUR LA SOCIÉTÉ DE L'iIISTOinE DE FRANCE 

PAR 

Jean GORDEY 




A PARIS 

LIBRAIRIE RENOUARD 
II. LAURENS, SUCCESSEUR 

LIBRAinE DE LA SOCIÉTÉ DE I-'llISTOIIlE DE FRANCE 
nVV. DE TOURNON, N° fi. 



MDCCCCX 



351 






EXTRAIT DU RÈGLE.\rEXT. 

Art. 1-i. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et 
choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en 
suivre la publication. 

Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire 
responsable, chargé d'en surveiller Fexécution. 

Le uom de l'éditeur sera placé en tète de chaque volume. 

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société 
sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une 
déclaration du Commissaire responsable portant que le travail 
lui a paru mériter dètre publié. 



Le Commissaire responsable soussigné déclare que la Cor- 
respondance DU Maréchal de Vivonne relative a 
l'expédition de Candie, préparée par M. Jean Cordev, 
lui a paru digne d'être piibliée par la Société de l'histoire 
DE France. 

Fait à Paris, le 15 décembre 1010. 

Signé : 

HENRI STEIN. 

Certifié : 

Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France. 
NOËL VALOIS. 



IINTRODUCTION 



M. le duc de Policrnac possède dans ses archives quatre 
registres manuscrits, qui proviennent de Louis-Victor de 
Rochechouart, comte puis duc de Vivoune, capitaine général 
des galères sous Louis XIV. Ces registres contiennent les copies 
de lettres que Vivonne reçut ou expédia au cours des années 
1669. 1671. 1676 et 1677. Cette correspondance purement 
militaire, navale et administrative porte plus particulièrement 
sur la campagne au secours de Candie en 1669, où Vivonne 
servit comme général des galères puis comme commandant en 
chef de la flotte 'l*"" registre , et sur lexpédition de Sicile 3* et 
4* registres) au cours de laquelle Vivonne exerça l'importante 
fonction de vice-roi. Le 2^ registre concerne la direction et Tad- 
ministration des galères au cours de* Tannée 1671. 

La correspondance dont la copie nous est ainsi conservée est 
complétée par trois manuscrits de la Bibliothèque nationale 
(Français 803 1 a 8033, qui contiennent les originaux des lettres 
reçues ou écrites par Vivonne au cours de Texpédition de Sicile. 
Ces manuscrits ont été déposés en 1741 à la Bibliothèque du 
roi par le duc de Mortemart, à condition qu'il recevrait en 
échange la copie de tous les documents qu'il cédait. Cette tran- 
saction est rappelée entête du ms. Fr. 8031 par cette mention : 
« Ce raanuscript françois est de ceux que M. le duc de Mor- 



II I^•TRODUCTIO^^ 

temart a déposé dans la Bibliothèque du Roy pour une copie 
que j'en ayfait faire el qui a été remise audit seigneur duc de 
Mortemart en 1741. » 

Les manuscrits de M. de Polignac ne sont pas ceux que 
reçut le duc de Mortemart. A l'exception du 4* registre où l'on 
trouve la copie d'un bon nombre de lettres dont les minutes 
sont dans le Fr. 8033, aucun des registres de copies ne cor- 
respond aux manuscrits de la Bibliothèque nationale. Bien au 
contraire, les volumes de copies et ceux de la Bibliothèque se 
succèdent régulièrement dans Tordre chronologique et se 
complètent au lieu de se doubler ^ . D'ailleurs l'écriture des 
copies semble prouver que la rédaction fut faite antérieure- 
ment à 1741 et probablement dès les dernières années du xvii^ 
siècle sur Tordre du duc de Vivonne. 

Où sont donc les copies des manuscrits de la Bibhothèque ? 
Il est impossible de le dire aujourd'hui ; elles ne se trouvent 
pas dans les archives de M. de Polignac. Il est de même fort 
difficile d'établir l'origine des volumes de M. de Polignac, 
qui ne portent aucune mention relative à leur histoire et 
permettant de les dater avec précision. 

La Société de l'histoire de France a jugé utile de publier les 
parties de cette correspondance les plus intéressantes pour la 
guerre de Candie et l'expédition de Messine, en prenant pour 
base les registres de M. de Polignac. Nous avons donc fait 
un choix parmi ces lettres, et comme les registres sont loin 

1. Voici dans quel ordre se succèdent ces manuscrits : 

I. (Ms. de Polignac). — 1669, 6 février-1669, 13 décembre. 
II. (Ms.de Polignac). — 1670, t9décembre-167I, 22 décembre. 

III. (Bibl. nat., Fr. 8031). — 1674, 28 juillet- 1675, 5 décembre. 

IV. (Bibl. nat-, Fr. 8032). — 1675, 6 octobre-1676, 31 mai. 
V. (Ms. de Polignac). — 1676, 2 juillet-1676, 14 novembre. 

VI. (Ms. de Polignac).— 1676, 12 décembre-1677, 24 juin. 
VII. (Bibl. nat.. Fr. 8033). — 1677, 16 janvier-1677. 24 juin. 



INTRODUCTION. III 

d'être complets et de renfermer tous les messages échangés 
entre Vivonne, la Cour, ses collaborateurs et ses subordonnés, 
nous avons ajouté certaines lettres isolées conservées aujour- 
d'hui dans le fonds de la Marine aux Archives nationales, dans 
les Mélanges Colbert à la Bibliothèque nationale, et aux minis- 
tères de la Guerre et des Affaires étrangères. On trouvera à 
leur place chronologique celles de ces lettres qui émanent de 
Vivonne ou lui sont adressées, et groupées dans un Supplé- 
ment celles qui ne font pas partie de la Correspondance pro- 
prement dite du général des galères ^ . 

A la fin de ce présent volume, nous publions le Journal de 
la navigation des galères que rédigea Duché de Vancy, secré- 
taire du duc de Vivonne. Cette relation très importante, qui 
renseigne très exactement sur tous les événements survenus 
en cours de route, est établie pour l'histoire même du siège de 
Candie d'après les lettres contenues dans le registre de M. de 
Pohgnac. On peut donc contrôler à chaque page ce « Journal », 
qui complète très heureusement tout ce que la correspondance 
même peut nous apprendre 2. 



La guerre de Candie est un épisode de la lutte séculaire 
entreprise par la Chrétienté contre les Turcs. Venise perdait 
une à une ses colonies, et les Papes alarmés de voir les pays 
d'Orient tomber entre les mains des Musubnans firent fré- 
quemment appel aux princes chrétiens pour soutenir les forces 

1. Par exception, ou trouvera à l'Appendice un acte de com- 
mission dtMivro par Louis XIV à Vivonne. et une lettre du géné- 
ral des galères au roi. 

"2. Le ms. se trouve à la Bibl. nat.. Fr. 6120. Il ne semble pas 
que jusqu'ici les historiens de Candie en aient eu connaissance. 



IV INTRODUCTION. 

décadentes de la Sérénissime République. Parmi les plus 
ardents figure Clément IX, qui réussit à obtenir de Louis XIV 
en 1669 une armée et une flotte pour appuyer la résistance 
désespérée des Vénitiens dans Tlle de Crête. 

L'histoire de l'expédition française au secours de Candei 
contre les Turcs, qui l'attaquaient depuis vingt-cinq ans 
(1644-1669), a été déjà plusieurs fois étudiée. Sans parler de 
Daru, qui ne fit que l'effleurer dans son Histoire de la Répu- 
blique de Venise*, Ch. Gérin a consacré un chapitre important 
à l'intervention de Louis XIV à Candie "^ et le colonel Bigge a 
traité le côté militaire et technique du siège, omettant d'ailleurs 
d'indiquer ses sources '. Enfin M. Ch. Terlinden a récemment 
écrit l'histoire la plus complète qui ait encore été faite de la 
guerre de Candie pendant les années 1667 à 1669, en utilisant 
surtout les archives du Vatican et en insistant sur le côté 
diplomatique"*. 

1. Vol. XVII, pp. 36 à 102. 

2. Ch. Gérin, Louis XIV et le Saint-Siège, Paris, 1894, in-S", 
t. II, ch. V, p. 314 à 359. 

3. Bigge, Der Kampf um Candia in den Jahren 1667-1669, dans 
les KriegsgeschichtlicJie Einzelschriften publiées par le grand état- 
major prussien, fasc. 26, pp. 113-128 (Berlin, 1899, in-S"), plans et 
cartes. 

4. Ch. Terlinden, Le pape Clément IX et la guerre de Candie 
{1667-1669), d'après les archives secrètes du Saint-Siège. Publié dans 
le Recueil de travaux publiés par les membres des conférences 
d'histoire et de philologie de l'Université de Louvain. Louvain, 
1904, in-8°, xxxii-364 p., 2 portr. et 1 plan. 

Ajoutons encore à la liste des historiens de la guerre de Can- 
die : Amy Bernardy, Venezia e il Turco nella seconda meta del 
secolo XVII. Firenze, 1902, in-S", vi-144 p. 

G. Beani, Clémente IX e l'isola di Candia. Pistoia, 1897, in-S", 
xvi-24 p. 

G. Manfroni,/ Francesi a Candia, ddius leNuovo Archivio Veneto, 
vol. XXII, 1903, p. 385. 

Pour tous les autres ouvrages anciens ou récents utiles à con- 



INTRODUCTION. V 

La correspondance de Vivonne vient ajouter de nouveaux 
éléments à ce que Ion connaissait déjà de cette expédition mari- 
time ; elle permettra en outre d'expliquer sur plus d'un point 
la conduite des officiers de Louis XIV et de faire justice d'un 
certain nombre daccusations dont ils furent l'objet. Ceux-ci 
n'ont pas été ménagés en effet, notamment par M. Terlinden, 
très sévère pour eux. Il leur a reproché leur imprudence, leur 
manque de discipline, leur jalousie des Vénitiens, un trop 
prompt découragement, qui se manifesta par un mauvais vou- 
loir d'abord, puis par un brusque abandon de la place et leur 
départ inopiné. Il va sans dire que Beaufort, Navailles et 
Vivonne n'ont pas été sans défauts ni sans torts. Cependant on 
trouvera, croyons-nous, dans la correspondance de Vivonne 
l'explication ou l'excuse de certains de leurs actes, qui ont été 
mal interprétés. 

On ne peut nier que, dès leur débarquement, les Français 
montrèrent le plus grand désir de combattre pour dégager la 
place, et on trouvera dans les lettres ici publiées de nombreuses 
preuves du zèle que mirent les officiers de Louis XIV à réparer 



sulter, nous renvoyons à la bibliographie très abondante de 
M. Terlinden. Il faut cependant la compléter par les articles sui- 
vants : 

G. Terlinden, Les dernières tentatives de Clément IX et de la France 
pour secourir Candie contre les Turcs (1669), dans la Revue dliis- 
toire ecclésiastique, Louvain, janvier 1904, p. 47-75; et du même, 
Les préparatifs de V expédition au secours de Candie au printemps 
1669, ibidem, t. IV (1903), p. 679-698. 

Le Glay, L'expédition du duc de Beaufort en Crète, dans la Revue 
d'histoire diplomatique, 1897, n" 2. 

Paolo Piccolomini, La corrispondenza tra la Corte di Roma e 
l'inquisitoire di Malta durante la guerra di Candia, dans VArchivio 
storico italiano, 1908, n* 1. 

Giuseppe Pavanello, // tradimento nella caduta di Candia. dans 
VAtenen Vrnetn. 1904. p. ?0I. 



VI INTRODUCTION. 

réchec du 25 juin et à venger la mort du due de Beaufort ' : 
Yivonne entre autres donna tous ses soins à la préparation de l'at- 
taque du camp turc par la flotte. Mais cette canonnade, manifes- 
tation brillante, devait être fort peu efficace etn'aboutit qu'à une 
catastrophe, la perte d'un vaisseau, la Thérèse, qui sauta avec 
tout son équipage. M. Terlinden attribue au duc de Xavailles la 
responsabilité de cette entreprise néfaste. Il semblerait au con- 
traire que Navailles ait songé à porter la flotte vers l'est et non 
vers l'ouest de la ville 2. Dans tous les cas, Navailles ne fit pas 
échouer par mauvais vouloir, comme il le dit, la sortie de la 
garnison qui devait appuyerà l'attaque de la flotte, et les Fran- 
çais furent moins coupables que les Vénitiens, si l'on ajoute 
foi au rapport de Vivonne à la Cour ^. 

La mésintelligence était déjà complète à ce moment entre les 
Vénitiens et les Français, mais n'empêcha pas ces derniers de 
faire leur devoir à la sortie du 30 juillef*, tandis que M. Ter- 
linden parle de leur apathie et de leur inaction à cette époque. 
Une lettre de Vivonne nous prouve également que le général 
des galères, loin de donner « l'hospitalité sur ses vaisseaux à 
une foule de déserteurs Vénitiens », faisait rechercher les 
fugitifs pour les reconduire à Candies 

On fut très étonné en Europe lorsqu'on apprit que, dès le 
31 août, la flotte française avait mis à la voile, ramenant en 
France tous les soldats du roi et entraînant avec elle les 
escadres de Malte et du Saint-Siège. Les raisons de ce prompt 

1. Vivonne ne débarqua que le 3 juillet; on ne trouvera donc 
pas dans ses lettres de nouveaux détails sur la mort de Beaufort 
(25 juin), ni aucun éclaircissement sur la disparition de ce per- 
sonnage, qui parut longtemps entourée de mystère. 

2. Cf. n° XLII, n. 1. 

3. Cf. n° LV et cf. n° LL 

4. Cf. no LVIII. 
.5. Cf. no LXVI. 



INTRODUCTION. VII 

retour sont nombreuses. Lorsque les troupes françaises 
arrivèrent à Candie, la place était déjà aux abois. Cernée de 
toute part, elle était même entamée aux deux extrémités, aux 
bastions de Saint-André et de la Sablonnière, que les Turcs 
occupaient en partie ; les ^'énitiens voyaient dans les Français 
leur dernière chance de salut. 

Les officiers de Louis XIV saperçurent de bonne heure que 
la partie était déjà perdue et leurs efforts inutiles. Les défen- 
seurs étaient trop peu nombreux. Dailleurs.les Turcs très har- 
dis étaient bien ravitaillés en vivres et surtout en munitions. 
Au contraire, Navailleset Vivonne se plaignaient sans cesse de 
labsence de réserves des Vénitiens, qui, selon eux, manquaient 
de tout. Les vivres étaient de mauvaise qualité, leau corrom- 
pue, et les maladies éclaircissaient les rangs des soldats comme 
ceux des forçats sur les galères. Navailles lui-même était fré- 
quemment malade ^ et Vivonne ne fut pas indemne. Enfin, 
une grave question préoccupa les généraux français dès leur 
départ, la crainte de voir s épuiser la provision de \ivres qu'ils 
avaient emportée, et de ne pouvoir rentrer en France. Beaufort 
en quittant Toulon écrivait déjà à Colbert qu'il avait « un 
peu d'inquiétude à cet égard ^ ». Cette crainte se précisa 
dès les derniers jours de juillet, et. sitôt après l'attaque du 
camp turc, Vivonne songea au retour 3. 

Vivonne et Navailles savaient qu'ils ne pouvaient compter 
ni sur les Vénitiens ni sur les ports d'escale pour se ravitailler. 
Ils n'eurent dès lors plus qu'un souci, éviter tout sacrifice 
inutile, épargner les troupes, les équipages et les vaisseaux, et 
ramener en Provence, dans le meilleur état possible, le contin- 

1. Sa santé délicate inquiétait déjà Colbert de Maulevrier avant 
le départ. Voir à l'Appendice la lettre du 4 juin. 

2. Voir à l'Appendice la lettre du .5 juin. 

3. Cf. n°LV. 



VIII INTRODUCTION. 

gent français. De là sans doute, en grande partie, cette mésin- 
telligence entre les officiers de Louis XIV et ceux de la Répu- 
blique, qui s'accentua tous les jours davantage jusqu'au 
moment du départ. 

Louis XIV donna à plusieurs reprises la preuve de son 
mécontentement lors du retour inopiné de ses troupes. Dès le 
7 août il avait décidé d'envoyer une escadre de secours sous les 
ordres du chevalier de Valbelle et, peu après, l'envoi de nou- 
veaux vaisseaux commandés par d' Aimeras. Il ordonna bien à 
Vivonne, le 20 août, de ramener les galères en Provence 
avant l'arrière-saison, mais lui annonça l'arrivée des deux 
escadres, qui permettraient aux vaisseaux de prolonger leur 
séjour dans l'Ile ^ Tout montre bien que le roi n'entendait 
pas abandonner Candie dans le fâcheux état où cette place se 
trouvait. 

Les divers témoignages publiés par M. Terlinden attestent 
la surprise de Louis XIV. Mais lorsque le roi fut mis au cou- 
rant de tous les motifs qui avaient poussé Navailles à s'embar- 
quer, il se montra « très satisfait » des explications et de la réso- 
lution prise par ses généraux, et invita Navailles à donner « au 
public une relation de tout ce qui s'est fait à Candie, qui justi- 
fie le peu qu'il a paru pour la déhvrance de la place ». Louvois 
l'engageait en outre à se rendre à Bourbon, s'il avait besoin 
des eaux, « et ensuite près de Sa Majesté ». La lettre jusqu'ici 
inédite et très importante que Louvois adressa à Navailles le 
11 octobre atteste que Louis XIV approuva tout d'abord la 
conduite de ses officiers. 

Navailles fut cependant envoyé en exil dans sa terre de La 
Valette, la plus éloignée de la Cour, le 15 novembre. Com- 
ment expliquer une attitude si contradictoire de la part de 

1. Cf. n-'LXXIV. 



INTRODUCTION. IX 

Louis XIV ? Nous inclinons à croire que Camille Roussel 
n'était pas éloigné de la vérité lorsqu'il écrivit que la disgrâce 
du duc fut « le résultat d'une comédie d'intrigue » et que 
Louis Xn'' « dut sacrifier son général à la cabale vénitienne, 
au nonce et à l'ambassadeur de \'enise. à tous les envieux, 
tous les rivaux, tous les esprits chagrins, tous les critiques de 
cour* ». Satisfait sans doute à part lui duzèlequeses généraux 
avaient mis à conserver les troupes envoyées à Candie et à 
éviter un inutile sacrifice, bien renseigné sur les événements du 
siège, Louis XIV ne pouvait pas officiellement se dédire. Il 
refusait de désavouer publiquement ce qu'il avait affirmé au 
pape et à la République et craignait probablement qu'un accueil 
favorable fait à son général ne lui suscitât à Rome et à Venise 
des difficultés diplomatiques. Enfin, il faut se souvenir que 
Louis XIV négociait avec la Turquie, contre laquelle il affir- 
mait n'être point en guerre, recevait un ambassadeur du 
Grand-Seigneur, et laissait entendre que, s'il avait envoyé 
quelques troupes à Candie, il n'avait eu d'autre désir que celui 
de complaire à Sa Sainteté. 

On peut donc penser que Louis XIV préféra abandonner 
son général et détourner sur lui l'irritation qu'une politique 
d'équilibre assez malheureuse aurait pu attirer sur le roi et son 
gouvernement. Navailles fut donc bien sacrifié, comme le disait 
Camille Roussel, et paya par son exil une faute politique com- 
mise par le roi 2. 

1. Histoire de Louvois, t. I. p. 268 et suiv. — Ch. Gérin {op. cit., 
II, p. 342) et Terlinden {op. cit.. p. 208 et suiv.) ont vivement 
attaqué cette opinion. 

2. Vivonne ne fut atteint par aucune mesure de réprobation. 
Il le dut sans doute à la protection de ses sœurs. M"»"" de Mon- 
tespan et de Thiange. 



INTRODUCTION. 



Ce n'est pas ici la place de raconter tout au long l'histoire 
du duc de Vivonne. Une biographie complète du frère de 
Madame de Montespan remplirait un volumineux ouvrage. 
Il est utile cependant de rappeler, en tète des lettres que nous 
pubhons, quelle fut la carrière militaire et navale de leur 
auteur. 

Quand Louis- Victor de Rochechouart, comte de Vivonne, 
s'embarqua pour Candie en 1669, il n'avait pas trente-trois 
ans. Né le 25 août 1636, il était fds de Gabriel de Roche- 
chouart, duc de Mortemart et de Vivonne, prince de Tonnay- 
Oharente, marquis de Moigneville et d'Everly. Sa mère était 
Diane de Grandseigne. Tout jeune il fut placé à la cour comme 
enfant d'honneur de Louis XIV, et dès cette époque une solide 
amitié naquit entre le futur maréchal de France et son souve- 
rain. Vivonne reçut une éducation peut-être plus soignée que 
ses camarades de jeux. Tandis que les autres enfants d'honneur 
étaient envoyés au collège, le duc de Mortemart donna à son fils 
un précepteur dans sa maison, et le comte de Brienne qui rap- 
porte ce détail ajoute qu'«il y fit des progrès qui l'ont rendu 
depuis si célèbre à la Cour et à la ville par le nombre de ses 
bons mots * ». 

En 1641, Vivonne obtint de son père la survivance de la 
charge de premier gentilhomme de la Chambre et prêta le ser- 
ment requis, le 18 juin 1643 ^ ; mais comme tous les jeunes 
garçons de sa condition, il était destiné au métier des armes. 
Aussi, dès qu'il fut en âge, Vivonne partit pour l'armée où il 

1. Loménie de Brienne, Mémoires, éd. de 1823, t. I, p. 221. 

2. Gazette de France, IGkS, p. .519. 



INTRODUCTION. XI 

servit d'abord comme volontaire, puis comme capitaine de 
chevau-légers au régiment de Royal-cavalerie. Il reçut la com- 
mission de cet office, le 15 juin 1654 ', et tout aussitôt, à la 
tête de sa compagnie, alla combattre en Flandre sous les 
ordres de Turenne contre les Espagnols 2. 

Le 25 août, Vivonne était à l'attaque des lignes d'Arras. le 
6 septembre à la prise du Quesnoy ; l'année suivante, le 
14 juillet 1655, il prit part au siège de Landrecies et eut son 
chapeau percé d'une balle de mousquet'. Il fit fort bonne 
figure à la prise de Condé, le 18 août, à côté de Coislin et 
de Marcillac*, ainsi qu'à Saint-Ghislain et à Valenciennes 
(16 juillet 1656). 

Il combattit encore en Flandre en 1657 ; depuis le 1" jan- 
vier, il était colonel du régiment de cavalerie étrangère, où il 
remplaçait le comte de Balthasard °. En cette qualité, Vivonne 
fut placé sous les ordres du duc de Modène en Italie, mais 
n'y resta pas longtemps. Tombé malade, il reçut de Louis XIV 
son congé « pour prendre l'air de France » et se reposer^. 
Son avancement rapide nen fut pas entravé et. en 1659, 
Vivonne fut nommé mestre de camp du 2" régiment royal fran- 
çais de cavalerie '^. 

L'amitié de Louis XIV pour son ancien camarade ne se 
démentait point, et Vivonne vivait avec le roi dans une inti- 



1. Bibl." nat., Fr. nouv. acq. 2841, fol. 1. Bussy-Rahutin 
donna son attache à la commission le 25 janvier suivant. Cf. 
Bussy-Rabutin, Mémoires, éd. L. Lalanne, I, p. 408. 

2. Cf. l'itinéraire tracé à sa compagnie pour se rendre en 
Flandre. Bibl. nat., ibidem, fol. 3. 

3. Bussy-Rabutin, vl/mo</'(% I, p. 414-41.'». 

4. Ibidem, p. 438. 

5. Bibl. nat., ibidem, fol. 4. 

6. Bibl. nat., ibidem, fol. 11 (25 juillet 1G58). 

7. Ibidem, fol. 12. 



XII INTRODUCTION. 

mité assez grande pour qu'il devint le confident des amours 
de Louis XIV pour Marie Mancini. Il fut du fameux voyage 
à Lyon qui décida le mariage du roi avec Marie-Thérèse \ 
mais dans les mois qui suivirent, servit d'intermédiaire entre 
son ami et souverain et Marie Mancini, reléguée à Brouage. 
Il s'attira ainsi le ressentiment de Mazarin, qui l'envoya en 
disgrâce dans sa terre de Roissy ^. 

On retrouve Vivonne en Italie en 1663, comme mestre de 
camp de son régiment, mais il n'y rencontrait pas l'occasion de 
se distinguer et de se faire valoir, qu'il désirait avant tout, 
et obtint de prendre rang dans l'armée de mer sans aban- 
donner pour cela son grade et son office dans la cavalerie. Le 
30 novembre 1663, il fut nommé commandant du vaisseau 
la Reine et placé sous les ordres du duc de Beaufort ^. 
Louis XI"V recommanda lui-même à Beaufort son nouveau 
subordonné : « Vivonne s'en va sur mes vaisseaux pour ne pas 
demeurer oisif dans un temps où les occasionnaires n'ont pas 
grand chose à faire ailleurs. Je vous le recommande comme 
une personne pour qui vous savez que j'ai beaucoup d'es- 
time et d'affection. » Il le priait en outre de l'instruire dans 
la « science de la mer » "*. 

Vivonne devint ainsi ce que Du Quesne appelait un « capi- 
taine de faveur », c'est-à-dire un de ces gentilshommes tout de 
suite pourvus. Il n'eut pas à attendre longtemps sa première 
campagne maritime. Peu de mois après son embarquement, il 
fit une expédition le long des c<)tes d'Espagne et d'Algérie, et 
Beaufort, qui lavait laissé rédiger la relation complète du 

1. Bussy-Rabutin, Mémoires, II, p. 83. 

2. Ibidem, p. 95, et cf. Madame de Motteville, Mémoires, éd. 
Riaux, t. IV, p. 163 et 166. 

3. Bibl. nat., ibidem, fol. 20. 

4. Louis XIY, OEuvres, V,p. 145. 



INTRODUCTION. XIII 

voyage adressée à Colbert. fit de lui un de ces éloges outrés, 
fréquents à cette époque, où Vivonue est déclaré « homme 
miraculeux pour sou métier, et qui porte dans son esprit lavis 
des plus expérimentés officiers^ ». Vivonne alors âgé de vingt- 
sept ans navait que quatre mois de service sur les vaisseaux. 

Ainsi Vivonne cumula deux charges militaires sur terre et 
sur mer. Il fut promu maréchal de camp le 21 mars 1664 et 
reçut le même jour des lettres de senice pour larraée de terre 
réunie aux troupes de marine sous les ordres de Beaufort. Il 
partit pour l'Afrique et prit une part active à lexpéditiou en- 
treprise contre les corsaires, caractérisée par la prise et l'occu- 
pation momentanée de Gigeri Djidjelli sur la côte algérienne. 
Au cours de cette campagne, Vivonne échangea avec Louis XIV 
toute une correspondance, expédia à la Cour des rapports 
très appréciés et fut consulté par le roi dans plus dune 
affaire déhca te où la discrétion la plus grande était nécessaire 2. 
Le 30 août, Vivonne tomba malade, obtint son congé et l'ordre 
de revenir en France ^. 

Sa carrière de marin si bien commencée se poursuivit au 
cours des années suivantes de la manière la plus honorable. En 
1665, Vivonne fut un des chefs de l'expédition de Majorque-*, 
mais le vent contraire ne lui permit pas de suivre le reste de 
la flotte sur les côtes de Barbarie et de prendre part aux opé- 
rations. Louis XIV lui écrivit pour le plaindre de ce contre- 
temps et ne manqua pas une occasion, jusqu'à la rentrée des 
galères à Marseille, de lui témoigner toute sa satisfaction soit 

1. Jal, Abraham Du Queane, I, p. 303. 

2. Lettres autographes de Louis XIV. Bibl. nat.. ibidem, fol. 38, 
41 et suiv.. publiées dans les Œuvres de Louis XIV, t. V. p. 179 
et suiv. 

3. Ibidem, p. 227. Sur cette expédition, cf. Jal. op. cit., I. p. 312- 
320. 

4. Ibidem. 1. p. 362. 



XIV INTRODUCTION. 

pour ses rapports, soit pour sa conduite à la mer, soit enfin 
pour ses qualités d'administrateur, « quand vous êtes dans le 
port » ^ 

Cette satisfaction fut prouvée dès le début de l'année par l'oc- 
troi fait à Vivonne de l'une des plus hautes charges de l'armée 
navale. Le 1" avril 1665, le duc François de Créquy. capi- 
taine-général des galères, ayant été envoyé en disgrâce, Vivonne 
lui succéda. Il devenait ainsi possesseur d'un de ces grands 
offices qu'occupèrent depuis le xvi" siècle de grands seigneurs, 
et dont le roi avait besoin pour les donner à sa noblesse et à 
ses bâtards 2. 

En outre, le 28 avril, Vivonne fut nommé lieutenant géné- 
ral dans les mers du Levant etcette même année, comblé d'hon- 
neurs et de dignités, il épousa la fille d'un président à mortier 
fort riche ^, Antoinette-Louise de Mesme, au château de 
Beynes, en septembre''. Quelques mois plus tard, le 2 février 
1666, il reçut pouvoir de commander la flotte en l'absence du 
duc de Beaufort et fit dans la ^Méditerranée une nouvelle cam- 
pagne, dirigée celle-là contre la flotte anglaise de Smith ^. 

1. Louis XIV, OEuvres, V, p. 319, 320, 330, 33L 

2. E. Lavisse, Sur les galères du roi (Revue de Paris, déc. 1898, 
p. 227). Sur l'office de général des galères, cf. Jal, op. cit., II, 
p. 155, n. 1. 

3. Sur le président de Mesme, cf. Saint-Simon, Mémoires, éd. 
de Boislisle, XVII, p. 99, n. 5. 

4. Sur ce mariage, cf. les Historiettes de Tallemant des Réaux, 
IV, p. 419, et la 3Iuse historique deLoret, II, p. 79, 80 et 95. Sur 
la comtesse de Vivonne, cf. Saint-Simon, Mémoires, XVII, 
p. 1 12-114 : « Elle étoit extrêmement riche et ces Messieurs là [les 
Mortemart], qui régulièrement se ruinoient de père en fils, trou- 
voient aussi à se remplumer par de riches mariages. « 

5. Jal, op. cit., I, p. 378 et suiv. Cf. Bibl. nat., ibidem, fol. 215 
(lettre publiée dans Louis XIV, OEuvres, V, p. 358). et fol. 232 
(procès-verbal d'une rencontre de sept galères espagnoles, étudié 
par Jal. loc. cit.). 



INTRODUCTION. XV 

En 1667. sur le continent plus encore que sur mer, pouvait 
se rencontrer Toccasion d'acquérir de la gloire à la guerre. 
Turenne au mois de mai avait envahi les Pays-Bas espagnols. 
Le comte de Vivonne abandonna ses galères pour un temps et 
prit part à la prise de plusieurs places, Ath, Tournai. Douai 
et Lille. Après la paix d'Aix-la-Chapelle, il regagna la Médi- 
terranée et, en mars 1669, acquit définitivement loffice de 
capitaine général des galères après la démission du duc de 
Oréquy *. 

Les Barbaresques des côtes d'Afrique ne cessaient de porter 
le plus grand préjudice au commerce maritime et par de 
rapides expéditions venaient jusquen Provence jeter lefiroi 
parmi les populations riveraines. Vivonne par un coup droit 
voulut mettre fin aux pillages des corsaires et fît avec ses 
galères une campagne rapide à Alger. Il força le dey à signer 
avec le roi de France un traité pour garantir la sûreté du com- 
merce, traité qui, du reste, ne fut pas obsen^é -. 

Vivonne revenait d'Alger lorsqu'il reçut l'ordre de préparer 
la lointaine expédition de Candie, au secours des \'énitiens. 
La correspondance que nous publions et le Journal du sieur 
de Vancy attestent que le général des galères y fit son devoir. 
Il ne cessa de collaborer avec le duc de Navailles et les autres 
officiers à la défense de la place assiégée, et on ne peut nier son 
empressement ni son zèle jusqu'à l'heure du retour. Il fit effort 
pour mettre fin à la discorde qui séparait le corps des galères 
de celui des vaisseaux', mais il eut sa bonne part de respon- 

i. Cf. la lettre a° I. Vivonne ne prêta serment que le 18 jan- 
vier 1670. A la même époque, son père, le duc de Mortemart. fut 
nommé gouverneur de Paris (Bussy. Correspondance, I, p. 343). 

2. Le premier registre de M. de Poliguac contient les copies 
des rapports de cette expédition et de la correspondance échan- 
gée à ce propos. 

3. Voir le Journal du Duché de Vancy. 



XVI INTRODUCTION. 

sabilité dans la mésintelligence qui régna entre les Vénitiens et 
les Français. Comme d'autres membres de sa famille et notam- 
ment comme ses sœurs Mesdames de Thiange et de Montespan, 
il était orgueilleux, hautain et cassant. Il mit à défendre les 
prérogatives dues à son rang et à Tétendard royal arboré sur 
la Capitane une ardeur excessive qui créa des difficultés diplo- 
matiques même avant l'arrivée des galères à Candie et fut blâ- 
mée à la cour * . Au retour, Navailles seul fut envoyé en exil ; 
Vivonne aurait sans doute partagé son sort sans l'amitié du roi 
et peut-être l'intervention efficace de ses sœurs. Le comte 
de Vivonne resta donc à son poste ^, et continua à servir sur 
terre comme officier. 

En 1672, il obtint de Louis XIV l'autorisation de le suivre 
pendant toute la guerre contre la Hollande ^ Au fameux 
passage du Rhin, le 12 juin, il faillit être renversé par son 
cheval et un coup de feu, qui l'atteignit à l'épaule, lui fit 
une blessure dangereuse dont il se ressentit toute sa vie '^ . 
« Vivonne est fort mal de sa blessure », écrivait M""^ de 
Sévigné à sa fille, le 8 juillet 1672 ^ Les chirurgiens durent 



1. Cf. no XXXVII. 

2. On a vu que le deuxième registre de M. de Polignac contient 
la correspondance relative à l'administration des galères pendant 
l'année 1671. Au cours de cette année, Vivonne habita Marseille 
et eut un démêlé avec M™^ de Grignan. Ils se réconcilièrent. « Il 
faut toujours faire en sorte de n'avoir point de querelle ni d'en- 
nemi sur les bras », écrivait M"»» de Sévigné (ie«re.s, éd.Monmer- 
qué, II, p. 221). 

3. 1672, 12 février. Louis XIV, OEuvres, V, p. 491. 

4. L'abbé de Ghoisy écrivit à Bussy, le 15 juin, que Vivonne avait 
eu l'épaule cassée ainsi que Marcillac (Bussy, Correspondance, 
II, p. 122). Vivonne sauva le chevalier de Vendôme qui allait se 
noyer. 

5. Lettres, III, p. 145. 



INTRODUCTION. XVII 

faire « une incision depuis l'épaule jusqu'au coude ^ », mais 
Vivonne put reprendre son activité et assister en 1673 au 
siège de Maestrichl. 

Pour récompenser son zèle et son dévouement, Louis XIV 
accorda au général des galères l'important gouvernemeul de 
Champagne et de Brie, vacant depuis la mort du comte de 
Soissons 2, le 14 janvier 1674^. Ce dut être pour Vivonne un 
sujet de vive satisfaction, car à cette époque, d'après Bussy- 
Rabutin, « il recevoil encore tous les jours mille dégoûts dans les 
fonctions de sa charge de général des galères ^ « . Ce nouvel 
office accrut à la Cour une situation déjà fort brillante et 
qui, l'année suivante, devint plus belle encore. En effet Vivonne 
fut compris dans la promotion des maréchaux de France faite 
par le roi après la mort de Turenne. Il fut nommé en sur- 
nombre et, dit-on, sur les instances de sa sœur toute-puissante, 
M""' de Montespan. Louis XIV lui annonça lui-même la nou- 
velle dignité à laquelle il l'avait promue 



\. Lettres, III, p. 228. 

2. Eugène-Maurice de Savoie, comte de Soissons, était mort le 
7 juin 1673. Cf. Primi Visconti, Mémoires, éd. J. Lemoine, p. 109. 

3. Le Parlement enregistra les lettres de provision le 26 février. 
Vivonne avait vainement sollicité l'année précédente la charge de 
colonel des Suisses, vacante elle aussi depuis la mort du comte de 
Soissons. Il aurait alors abandonné l'office de général des galères. 
Mais le duc du Maine lui fut préféré (M™'' de Sévigné, Lettres, 
III, p. 296 et 317). Bussy écrivit deux lettres de félicitations à 
Vivonne et à Mn»» de Thiange (Correspondance, II, p. 332 et 333). 

A. Correspondance, II, p. 316. 

5. Le 30 juillet 1675 (Louis XIV, OEuvres. V, p. 541). L'abbé de 
Choisy a raconté que la nomination de Vivonne au maréchalat 
fut l'efiet d'une « scène » de M"^ de Montespan au roi. Cf. P. Clé- 
ment, Madame de Montespan et Louis XIV. p. 164. n. 1. Bussy y 
fait allusion quand il raconte que Vivonne fut fait maréchal par 
le fourreau et non par l'épée (Correspondance, IV, p. 207). Avec 

b 



XVIIl INTRODUCTION. 

D'autres événements graves survinrent en cette année 
1675 ; le duc de Mortemart mourut et son fils prit dès lors le 
litre de duc de Vivonne. Enfin Louis XIV, cédant aux 
demandes du chevalier de Valbelle et du marquis de Valla- 
voire, envoyé en Sicile pour soutenir Messine contre les Espa- 
gnols, fit partir de Toulon une armée de renfort qu'il 
plaça sous les ordres du nouveau maréchal de France. Il ne 
s'agissait plus seulement d'occuper en Sicile une partie des 
troupes espagnoles et de prolonger une insurrection dont on 
s'était au début exagéré les ressources, mais l'espoir d'enlever 
la Sicile à la cour de Madrid et d'en faire un point d'appui 
pour la flotte de la Méditerranée commençait à séduire les 
esprits. Les attributions du duc de Vivonne étaient consi- 
dérables. Il reçut le pouvoir de vice-roi et de commandante 
Messine, le 9 janvier 1675. 

L'ocxupation de Messine fut marquée par trois batailles 
navales gagnées par la flotte française, mais l'entreprise 
de Sicile n'eut aucun des l'ésultats espérés. En décembre 
1677, Vivonne demanda à rentrer en France pour reprendre sa 
place à la tête des galères. Le roi signa son congé le I"janvier 
1678 et le lendemain lui envoya l'ordre de revenir en Provence. 
Le navire qui le ramenait devait conduire à Messine son suc- 
cesseur, le marquis de La Feuillade, dont le départ allait épar- 
gner au duc de Vivonne les humiliations de la retraite. 

A peine rentré, Vivonne se rendit en Flandre, prit part au 
siège de Gand, à la prise du château de cette ville (9-10 mars), 



Vivonne furent promus maréchaux d'Estrades, Navailles, 
Schomberg, Duras, Lxixembourg, La Feuillade et Rochefort. 

Vivonne ne porta jamais le titre de maréchal. Jamais on ne l'ap- 
pela autrement que le duc de Vivonne, et de même « on se seroit 
brouillé avec la duchesse de Vivonne de l'appeler maréchale ». 
(Saint-Simon. Mémoires, IV, p. 257, et n. 4.) 



INTRODUCTION. XIX 

et à celle d'Ypres, qui fut enlevée le 25 du même mois. Le 
28 avril, Vivonne fut désigné pour commander larmée de 
Flandre, mais la paix de Ximègue vint sur ces entrefaites 
mettre fin à la guerre. 

Quelques mois plus tard une nouvelle dignité vint s'ajouter 
à toutes celles que le maréchal-duc possédait déjà. Le 13 février 
1679, Vivonne fut nommé pair de France et siégea au Parle- 
ment comme duc de Mortemart ^ Il retourna sur ses galères, 
fit une nouvelle campagne contre les Barbaresques et poussa 
jusqu'à Tunis '^. 

Ce fut sa dernière campagne. En effet son fils, Louis de 
Rochechouart Mortemart. qui avait épousé au moment où son 
père devenait pair de France. Marie- Anne, troisième fille de Col- 
bert; etreçudu roien présent de noces unmillion de livresS obtint 
de son père le duché de Mortemart et la survivance de la charge 
de général des galères. Louis de Mortemart prêta le 14 février le 
sermentde fidélité au roi . Il était encore très jeune et commanda 
peu. Il assista à quelques combats à la tète de ses galères ou 
même des vaisseaux'', mais tombé malade en 1687, il mourut 
le 3 avril 1688, âgé de seulement vingt-cinq ans ^. Son père 
reprit alors la charge de général des galères. 

1. Arch. nat.. K. GIG, n° 26. 

2. Sur cette campagne, cf. le registre de correspondance à la 
Bibl. nat., Fr. nouv. acq. 5807. 

3. Jal, op. cit., II,p. 353. Les fiançailles sont du 14 février 1679. 
Cf. Primi Visconti, op. cit., p. 2n. 

4. Notamment à Alger, à Gênes, en 1684. et en Catalogne la 
même année, sous les ordres de Du Quesne (Jal. op. cit., II. 499, 
et 506-7). 

5. Vivonne était alors brouillé avec son fils. Il eut le jour de sa 
mort une attitude scandaleuse. Cf. Saint-Simon. Mémoires, XVII, 
p. 113-114, et Dangeau, Journal, II. p. 123-12i. 

On fit à Marseille de pompeuses funérailles au duc de Morte- 
mart. Elles eurent lieu à la' cathédrale, dans la chapelle Saint- 
Louis, le 23 mai 1688, sous la présidence et par les soins du che- 



XX INTRODUCTION. 

Depuis quïl lavait cédée, Vivonne vivait à la Cour qu'il 
égayait par ses traits d'esprit et ses bons mots. On a beaucoup 
écrit déjà sur le genre desprit particulier aux membres de sa 
famille. « Vivonneetses trois sœurs, dit Saint-Simon, auroient 
pu fournir l'Europe d'esprit et du ton le plus inimitable. » Il 
était lui-même « l'homme le plus naturellement plaisant avec 
le plus d'esprit et de sel et le plus continuellement, dont jai 
oui dire au roi cent contes meilleurs les uns que les autres, 
qu'il se plaisoit à raconter » ^ 

A la Cour, Vivonne rencontrait ses trois sœurs, et tout 
d'abord, la grande favorite, M^^Ule Montespan. Il fut fort affli- 
gé par la situation équivoque quelle y occupait. Lorsqu'il sut 
qu'elle était devenue la maîtresse du roi, « non seulement il 
n'en fut point aise, même il en témoigna du chagrin, raconte 
Bussy-Rabutin, soit qu'il crût sans raison que les passions 
des rois font honte aux familles comme les passions des par- 
ticuliers, soit qu'il craignît que le monde ne crût que les 
dignités qu'il auroit ne lui vinssent par sa faveur ^ ». Mais 

valierde Noailles, lieutenant général des galères, et des premiers 
capitaines du corps des galères, Viviers et Montolieu. Toutes les 
troupes des galères étaient massées sur la place d'Armes, et la 
messe fut célébrée sur les galères avant la cérémonie à la cathé- 
drale, où les officiers se rendirent en corps pour entendre l'abbé 
de Bausset. Voir la description de la décoration de l'église et les 
détails de la cérémonie dans le : Dessein de Vappareil funèbre 
dressé par le corps des galères dans V église cathédrale de Marseille 
le treisième may 1688 pour la cérémonie des obsèques de très haut 
et très puissant seigneur Louis de Rochechouart. A Marseille, s. 
d., in-4° (Bibl. nat., Ln^'' 14891). Sur l'enterrement à Paris, à 
Saint-Nicolas-des-Charaps, cf. Jal, op. cit. ,11, p. 354. 
Louis de Rochechouart laissa deux fils et trois filles. 

1. Mémoires, XVII, p. 114. Voltaire (Siècle de Louis XIV, 
ch. 26) définit ainsi l'esprit des Mortemart : « Un tour singulier 
de conversation mêlée de plaisanterie, de naïveté et de finesse. » 

2. Bussy-Rabutin, Correspondance, II, p. 316. 



INTRODUCTION. XXI 

Vivonne ne se brouilla point avec elle et lui dut peut-être 
certaines de ses plus belles dignités. 

Ses relations avec ses autres sœurs étaient fort bonnes. 
Marie-Madeleine-Gabrielle de Mortemart, abbesse de Fonte- 
vrault depuis 1670. « avait, dit Saint-Simon, encore plus de 
beauté que cette dernière [Sl'^^ de Montespan], et, ce qui n"est 
pas moins dire, plus d^esprit qu'eux tous, avec ce même tour que 
nul autre na attrapé queux ou avec eux par une fréquentation 
continuelle, et qui se sent si proraptement et avec tant de plai- 
sir ' ». Saint-Simon loue encore son intelligence, son savoir, 
sa douceur et son esprit dordre. Ses sœurs l'aimaient avec 
passion et avec déférence. Elle venait souvent à la Cour, où le 
roi se plaisait à la voir. Lorsqu'elle mourut le 15 août 1704, 
Louis XIV manifesta un vif chagrin ; il avait toujours eu pour 
elle une haute estime, beaucoup de goût et une grande amitié. 

lyjme (ig Thiange était, comme elle, belle et spirituelle. Ben- 
serade et La Fontaine ont vanté sa beauté ^, qui s'épaissit avec 
l'âge. Comme son frère et M""*^ de Montespan. elle était d'un 
orgueil extrême, mordante et souvent méchante. Néanmoins, 
comme elle était belle diseuse, lettrée et « plaisante », sa société 
était recherchée par le roi et sa présence un des agréments de 
la Cour. 

Vivonne, joueur effréné, faisait avec sa femme fort mauvais 
ménage. La duchesse de Vivonne était hautaine, capricieuse, 
autoritaire, d'ailleurs fort laide, et ne pensait qu'à s'amuser. 
« Ils se ruinèrent à qui mieux mieux, chacun de leur côté. 
C'éloient des farces que de les voir ensemble, mais ils n'y 
étoient pas souvent, et ne s'en dévoient guère à faire peu de cas 

1. Saint-Simon, Mémoires, X, p. 147. n. 4, et XII. p. 161-163. 

2. Thianges nous plaît et la neige est moins blanche 
Que n'est son teint, sa gorge et son chignon 

(Benserade). 
Ange ou Thiange (La Fontaine. Le Florentin). 



XXII INTRODUCTION. 

rundelaulre * ». La duchesse fut impliquée dans l'Affaire des 
Poisons ; on la voulut convaincre de sortilèges et on l'accusa 
d'avoir voulu se débarrasser de son mari 2. Ilseurent six enfants, 
dont cinq filles : Louis de Rochechouarl; duc de Mortemart, 
mort quelques mois avant son père ; Gabrielle de Rochechouart, 
religieuse à Fonlevrault en 1679 et abbesse de Beaumont-lez- 
Tours en 1689 ; Charlotte de Rochechouart, qui épousa le 
28 février 1677 Henri de Lorraine, duc d'Elbœuf ; Marie- 
Élisabeth, qui épousa le 19 mai 1693 Joseph-François de la 
Croix, marquis de Castries ; Louise, abbesse de Fontevrault 
en 1704, et Gabrielle- Victoire, qui épousa, le 12 septembre 
1702, Alphonse de Créquy. 

Vivonne mourut prématurément à Chaillot, peu de temps 
après son fils, en septembre 1688. Il n'avait que cinquante-deux 
ans. Il laissait peu de regrets à deux personnages avec lesquels 
il avait eu cependant de fréquentes relations et des rapports de 
réelle amitié : ^1™*= de Sévigné, qui écrivait peu après sa raorl, 
qu'il était « aussi pourri de l'àme que du corps ^ », et Bussy, 
qui mandait à cette dernière : « La mort de Vivonne ne m'a 
ni surpris ni fâché. Je m'attendois bien qu'une maladie con- 
tractée à Naples, négligée dans les commencements et peut-être 
renouvelée à Paris, l'empêcheroit de vieillir. Pour la fâcherie, 
après une étroite amitié entre lui et moi, mes disgrâces me 
l'avoient fait perdre, et je l'avois assez méprisé pour ne lui faire 

1. Saint-Simon, Mémoires, XVII, p. 112-113. 

2. P. Clément, Madame de Montcspan, p. 118: M police sous 
louis XIV, p. 189-192. 

3. Lettres, VIII, p. 185. « Il est mort en un moment, dans un 
profond sommeil, la tête embarrassée et, entre nous, aussi pourri 
de l'âme que du corps ». Cf. le même passage avec des variantes 
dans les Lettres de M^^^ de Sévigné, VIII, p. 192. — Vivonne 
mourut « entre les mains d'un médecin calabrois qu'on dit l'avoir 
tué » (Dangeau, Journal, II, 168). Sur sa conduite, cf. Primi Vis- 
conti, op. cit., p. 90, 



INTRODUCTION. XXIII 

aucun reproche : mais je le regardois comme un homme d'es- 
prit et de courage qui avoit un fort mauvais cœur '. » 

Cest là un jugement assez exact. Vivomie eut des qualités 
et des défauts de grand seigneur, si Ion peut ainsi dire. Il fut 
courageux, fier, très actif et ne ménagea ni ses forces, ni sa 
peine en plus dune circonstance. Il était, par contre, très or- 
gueilleux, susceptible et irritable. Il est représenté parfois 
comme paresseux, viveur, dominé par des instincts maté- 
riels. L"obésité dont il souffrait et qu'il raillait lui-même 
a pu contribuer à maintenir cette fausse appréciation qu'il 
ne fut qu'un grand amateur des plciisirs de la table. Aux 
qualités de grand seigneur, il joignait, il est vrai, les tares 
d'un assez triste personnage. Mais on ne doit pas oublier son 
goût pour les lettres, son amitié pour les plus grands écrivains 
de son temps et surtout pour Boileau. Ce fut Vivonne qui 
présenta le poète au roi en 1672. et lui fit avoir une pension. 
Il allait souper chez lui et eut avec son protégé des relations 
presque familières '■*. Il partageait, du reste, avec ses sœurs, cet 
intérêt pour les œuvrer littéraires et le plaisir qu'il éprouvait 
dans la société des bons auteurs '. 



1. Correspondance, VI, p. 168. 

2. On connaît les lettres que Boileau lui écrivit. 

3. Cf. le portrait que Bussy trace de Vivonne dans son Histoire 
amoureuse des Gaules, II. p. 4-20 : « Vivonne avoit de gros yeux 
bleus à fleur de tête dont les prunelles, qui étoient souvent à 
demi-cachées sous les paupières, lui faisoient des regards lan- 
guissants contre son intention. Il avoit le nez bien fait, la bouche 
petite et relevée, le teint beau, les cheveux blonds dorés et en 
quantité; véritablement il avoit un peu trop d'embonpoint; il 
avoit l'esprit vif et imaginoit bien, mais il songeoit trop à être 
plaisant ; il aimoit à dire des équivoques et des mots de double 
sens ; et pour se faire plus admirer, il les faisoit souvent au logis 
et les débitoit comme des impromptus dans les compagnies où il 
alloit. 11 s'attachoit fort vite d'amitié aux gens, sans aucun dis- 



XXIV INTRODUCTION. 

Sa carrière militaire fut courte, puisqu'il la termina dès 
quarante-trois ans. Elle a été assez critiquée et on lui a adressé 
des reproches pour son insouciance et son manque de décision. 
Camille Rousset s'est fait son avocat, peut-être avec trop d'in- 
dulgence *. Quoi qu'il en soit et malgré ses défauts, sa carrière 
d'officier a été heureuse et fort honorable ^. 

Lorsqu'il eut été enterré à Saint-Xicolas-des-Champs ^, où 
son fils reposait déjà, etoù sa femme devait le rejoindre en 1709, 
on s'occupa de sa succession. Le gouvernement de Champagne 
et de Brie fut donné au maréchal de Luxembourg, son régi- 
ment d'infanterie à son neveu, fils de M"»" de Thiange, et sa 
charge de général des galères concédée au duc du Maine "'. 



cernement, mais qu'il leur trouvât du mérite ou non, il s'en las- 
soit encore plus vite. » Son portrait par Graincourt est au Musée 
de Versailles, n° 1078. 

1. Camille Rousset, Histoire de Louvois, II, p. 367-388. 

2. C'est l'opinion de Jal, qui reprend la défense de C. Rousset, 
et estime que Vivonne ne fut pas toujours un administrateur 
ferme, et qu'il n'était pas assez bon marin pour commander une 
grande flotte {op. cit., II, p. 154.) 

3. Jal, op. cit., II, p. 354. Son oraison funèbre fut deux fois 
prononcée : à Marseille, par l'abbé Muret, et à Langres, le 22 
novembre 1688, par le P. Antoine Boisselier. 

î° Oraison funèbre de Monsieur le ntareschal duc de Vivonne, par 
Monsieur Muret. A Marseille, Henry Brebion, 1688, in-4° (Bibl. 
nat.,Ln2' 25529). 

2° Oraison funèbre de... Louis Victor de Hochechouart, duc de 
Vivonne, pair et maréchal de France, général des galères, gouverneur 
de Champagne et de Brie, prononcée à Langres, dans l'église des 
FF. Prêcheurs, le 22 novembre 1688, par le P. Antoine Boisse- 
lier... A Reiras, Jean Multeau, 1688. in-4o (Bibl. nat., Ln2' 
25531). 

4. Bussy-Rabutin, Correspondance, VI, p. 160. Le brevet de 
justaucorps brodé, qu'il avait aussi, fut donné au marquis de Vil- 
lequier (Journal de Dangeau, 21 septembre 1688). 



INTRODUCTION. XXV 

Il était tellement ruiné '* qu'il laissait sa femme dans une 
situation des plus difficiles. Il est vrai qu'elle « avoit aussi bien 
mangé de son côté ». Après la mort de son mari, elle vécut à 
grand peine dans la maison de son intendant, et une de ses 
filles se réfugia chez M™^ de Montespan dont elle recevait tout, 
jusqu'à ses habits 2. 

Telle est dans ses plus grandes lignes la vie du général des 
galères. Nous espérons que les lettres qui suivent seront une 
contribution utile à la biographie complète de ce person- 
nage qui occupa une place importante dans la société de son 
temps, et serviront à mieux faire connaître l'histoire maritime 
de la France au xvii^ siècle. 

1 . Quand le duc du Maine fut pourvu de la charge de général 
des galères, il dut payer trois cent mille livres aux créanciers 
de Vivonne (Arch. nat., 0» 50, fol. 530, et cf. 0» 32, fol. 359 v"). — 
A la mort de Vivonne, le roi fit remettre quatre cent mille livres 
à M™« de Montespan et la chargea de déterminer dans quelle pro- 
portion cette somme serait distribuée aux enfants de Vivonne. 
Cent mille livres furent données aux deux filles de Vivonne qui 
étaient à Fontevrault, et avec le reste on résolut d'acheter pour 
les enfants du duc de Mortemart une terre dont la maréchale de 
Vivonne aurait l'usufruit {Journal de Dangeau, 21 septembre 
1688). 

2. Saint-Simon, Mémoires, X, p. 267. 



k 



CORRESPONDANCE 

DU 

DUC DE VIYONNE 



EXPÉDITION DE CANDIE 
I. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVO>NE < . 

Paris, 15 mars 1669. 

Avis de 1 expédition du pouvoir de capitaine général des 
galères, en suite de la démission du maréchal de Créquy. 
Dispense de prestation de serment entre les mains du roi. — 
(Registre de la correspondance du duc de Vivonne, apparte- 
nant à M. le duc de Polignac, n° I, fol. 37 v°, n° 37. Minute 
autographe de Colbert : Bibl. nat., Fr. 8025, fol. 137., 

Monsieur le comte de Vivonne, j'ai fait expédier 
le pouvoir de capitaine général de mes galères dont 
j'ai bien voulu vous pourvoir en conséquence de la 
démission qui en a été faite en mes mains par mon 
cousin, le maréchal de Créquy-^, et comme votre 

1. Jusqu en 1675, \ ivonne porta le titre de comte, et ne 
prit qu à la mort de son porc celui de duc (voii* l'Introduc- 
tion). Durant toute l'expédition de Candie, il fut donc qualifié 
de comte. 

2. François de Bonne de Créquy, duc de Lcsdiguièrcs. maré- 

i 



2 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

absence pour mon service ne vous permet pas d'en 
prêter le serment entre mes mains, j'ai bien voulu vous 
en accorder la dispense ^ ne doutant pas que votre 
zèle et votre affection à mon service ne redoublent 
en recevant une marque si considérable de mon 
estime et de ma confiance. Sur ce, je prie Dieu 
qu'il vous ait. Monsieur le comte de Vivonne, en sa 
sainte garde. Écrit à Paris, le 15" mars 1669. 

n. 

COLBERT AU COMTE DE VIVONNE. 

Paris, it) mars 1669. 

Félicitations personnelles pour la charge de capitaine général 
des galères que le roi vient de lui accorder. — (Fol. 37, 
n° 36. Minute aut. de Colbert : Bibl. nat., Fr. 8025, fol. 137.) 

Monsieur, 
Les marcjues que le Roi vient de vous donner de 
son estime et de son amitié sont si considérables 
dans toutes leurs circonstances qu'étant votre servi- 
teur au point que je le suis, je crois que vous voudrez 
bien quej'yprenne toute la part queje dois, et qu'outre 
celle qui m'est commune avec tous vos amis, j aie 
encore celle que la correspondance réciproque que 

chai de France depuis le 8 juillet 1GG8, avait été nommé géné- 
ral des galères en 1661, fut suspendu de sa charge en 1665, 
rentra en grâce en avril 1668 et démissionna le 3 mars 1669. 
Vivonne aussitôt acheta la charge. Les provisions en furent 
signées le 11 mars. (Arch. nat.. Marine, B^l, fol. 45.) 

1. Vivonne ne prêta serment que le 28 janvier 1670 (Jal, 
A. Du Quesne et la marine de son temps, I, p. 571). La dispense 
est du 16 mars 1609 (Arch. nat., Marine, B^l, fol. 47;. 



EXPEDITION DE CANDIE. 6 

votre charge et la mienne doivent avoir ensemble me 
doit donner. Je vous assure, Monsieur, que vous trou- 
verez en moi toute la disposition à vous servir que 
vous pouvez désirer, et que je ne céderai à per- 
sonne aux sentiments d'estime que l'on doit à votre 
mérite et à l'envie que j'aurai toujours de vous bien 
faire connaître que je suis •... 

1. Vivonne répondit à Colbert pour le remercier, le 15 avril 
(Reg. n° 38). Il en profita pour lui exposer quelques difficultés 
pour la nomination du capitaine de la galère Capitane : « J'avois 
auprès de moi le sieur de Villeneuve durant que je faisois la 
charge de général des galères par commission, qui est assuré- 
ment un fort brave homme et fort entendu dans le métier, mais 
qui n'a pas cette délicatesse et ce savoir faire qui est néces- 
saire à un capitaine, qui est auprès d'un général pour faire les 
honneurs de la Capitane, surtout dans une occasion comme 
celle-ci où il y aura quantité de galères de difierentes nations 
jointes ensemble. C'est pourquoi je vous prie de m'envoyer un 
ordre de Sa Majesté pour mettre sur la Capitane le sieur de 
Manse sur qui j'ai jeté les yeux. C'est assurément un très digne 
sujet pour remplir cette place, qui a joint à la bravoure, à la 
qualité et à l'intelligence parfaite du métier, la connoissance du 
monde qu'il a acquise auprès du cardinal de Richelieu dont il 
étoit lieutenant des gardes. Vous me tirez par le moyen de cet 
ordre qui sera fondé sur ce que le sieur de Manse est plus 
ancien que le sieur de Villeneufvc, de l'embarras où je me trou- 
vois pour ce choix. L honneur que le sieur de Manse a eu de 
commander une escadre de six galères est encore un titre pour 
lui sans réplique, et comme sa galère demeurera sans capitaine, 
je vous prie avec toute la confiance que j'ai en la bonté <{uc 
vous avez pour moi, de faire agréer à Sa Majesté que le sieur 
de Folleville de Pile, qui commandoit lu Perle au voyage que je 
viens de faire, commande cette galère. C'est un gentilhomme 
de qualité, du mérite duquel vous devez croire que je suis 
persuadé, puisque je lui avois confié un des navires que j'avois 
armé pour mon compte. Je vous supplie de croire que la 
considération de l'amitié <|ue je hii ai toujours lémoignée iic 



4 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

m. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Paris, 23 mars 1G69. 

Ordre de ne mettre en mer que quatorze galères et de laisser 
la quinzième au port pour exercer les chiourmes. Défense 
de laisser embarquer sur les galères aucun volontaire ni 
aucun bagage inutile. Ordre à Vivonne de se mettre en rap- 
port avec les ducs de Beaufort et de Navailles. — (Fol. 9, 
n° 13. Minute aut. de Colbert : Bibl. nat., Fr. 8026, fol. 32. 
Copie : Arch. nat., Marine, B^l, fol. 55.) 

Monsieur le comte de Vivonne, après avoir exa- 
miné l'état des chiourmes de mes galères, j'ai estimé 

m'engage pas tant à demander cette grâce à Sa Majesté pour 
lui que la passion que j'ai de voir remplir le corps de ses galères 
de gens de cœur et d honneur. Je lui servirai de caution sans 
en appréhender de reproches, lavant vu servir à la terre et 
à la mer depuis plusieurs années. J'attends cette grâce de Sa 
Majesté et si elle me l'accorde, permettez-moi de vous en 
demander une autre dont je vous aurai toute l'obligation. Ce 
sera de lui procurer de (aire ce voyage où j'ai besoin pour les 
occasions qui se présenteront de gens dont je sois aussi assuré 
que de lui. Et comme on a commencé à désarmer la dernière 
galère et que l'on sera peut-être obligé d'en désarmer une autre 
pour fortifier les chiourmes des autres qui en pourront avoir 
besoin dans un aussi grand voyage que celui-là, je vous sup- 
plierai très humblement de faire en sorte que la galère de M. de 
Manse ne soit pas désarmée ni montée par un des derniers 
capitaines, qu'au contraire il soit spécifié dans le brevet (en cas 
que Sa Majesté veuille bien accorder cette galère au sieur de 
Folleville) qu'elle fera le voyage pour ôter lieu aux prétentions 
des deux derniers capitaines qui seroient ses anciens. 

Le chevalier de Saint-Mesme, lieutenant de la galère la 
Fortune, commandée par le sieur chevalier de Janson, étant 



EXPEDITION DE CANDIE. 5 

du bien de mon service de n'en mettre en mer 
cette année que le nombre de 14, et de laisser la 
15^ commandée par le dernier capitaine dans le 
port pour exercer les nouvelles chiourmes et les 
rendre en état de bien servir l'année prochaine. 
C'est pourquoi vous vous conformerez à ce qui est 
en cela de mes intentions. Je désire de plus que vous 
ne permettiez point qu'aucun volontaire s'embarque 
sur mes galères et que vous en fassiez une défense 
si sévère qu'aucun capitaine n'ose v contrevenir. 
Vous observerez aussi de ne point permettre que 
les capitaines se chargent d'aucun bagage ni vic- 
tuailles non nécessaires, étant très important de ne 
point embarrasser les galères dans une si longue 
navigation que celle que vous devez faire. 

Vous devez au surplus conférer et convenir avec 
mon cousin, le duc de Beaufort, et mon cousin, le 
duc de Navailles ^ lorsqu'il sera sur les lieux, 
sur tout ce qui est à faire, tant pour rembarquement 
de mes troupes sur mes galères que sur le temps de 
la partance à des rendez-vous ; ne doutant point 
qu'en toutes les choses qui dépendent de cette 

indisposé et ayant même d autre \ue que celle du service de la 
mer, je vous serois bien obligé si vous aviez la bonté de faire 
remplir sa place par un de ses frères qui est chevalier comme 
lui et qui a servi lonc^temps sur les galères de Malte et la der- 
nière année sur celles de Sa Majesté. C'est un fort brave garçon 
dont je maccoramoderois bien mieux que de l'autre... » 

1. Philippe de Montant de Bénac, duc de Navailles, reçut le 
l^"" avril iCtttO le « pou\oir de lieutenant-gént'ral d'armée sur le 
corps de troupt's destiné pour le secours de Candie w. Archives 
de la guerre, vol. 238, fol. 9 ; et Bibl. nat., Nouv. acq. fr. 4971 
[Copie de JalJ.i 



b CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

charge, vous me donniez des preuves de votre 
zèle et de votre affection pour mon service. Sur ce 
je prie Dieu, etc. 

IV. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Paris, 29 mars 1669. 

Proposition de n'armer que treize galères au lieu des quatorze 
dont il avait été question tout d'abord. — (Fol. 11 v°, n°7. 
Minute aut. de Colbert : Bibl. nai., Fr. 8026, fol. 40. Copie : 
Arch. nat., Marine, BH, fol. 60-61.) 

Monsieur le comte de Vivonne, je vous ai fait 
savoir par ma précédente * que j'estimois que le bien 
de mon service désiroit que vous laissassiez une de 
mes galères dans le port de Marseille pour naviguer 
pendant la campagne prochaine le long de mes côtes 
de Provence et de Languedoc et exercer les nou- 
veaux forçats de ma chiourme. Cependant, après 
avoir considéré la longueur et la qualité du voyage 
que mes galères doivent faire cet été, j'ai jugé que 
peut-être vous estimeriez à propos et nécessaire 
d'en laisser deux afin que les 13 restantes fussent 
armées d'une chiourme d'élite et qui pût faire ce 
voyage plus saine et plus disposée à rendre le ser- 
vice auquel je les destine. C'est .sur quoi j'ai bien 
voulu vous faire ces lignes pour vous dire que je 
me remets à vous pour prendre sur cela telle réso- 
lution que vous estimerez le plus convenable au bien 

1. Du 23 mars. 



EXPEDITION DE CANDIE. / 

de mon service K Au surplus, je désire que pendant 
ce voyage vous observiez avec grand soin en quel 
temps et quelle est la navigation des galères de Malte 
pour régler à leur exemple la navigation et le ser- 
vice des miennes, même les surpasser, s'il se peut, 
et éviter par ce moyen le déplaisir que j'ai toujours 
eu de les voir dans le port de Marseille près des trois 
quarts de l'année sans rendre aucun service. A quoi 
je dois croire que votre application et votre zèle 
pour le bien de mon service remédieront à l'avenir. 
En cas que vous estimiez à propos de laisser deux 
galères, je désire que ce soit les deux corps de 
galères plus pesantes qui seront commandées par les 
deux derniers capitaines, et que vous preniez tout 
ce qu'il y aura de bon dans leur chiourme pour for- 
tifier les autres, et m'assurant que vous satisferez à 
ce qui est en cela de ma volonté, je finis en priant 
Dieu qu'il vous ait, etc. 

1. Lettre de Vivonne à Louis XIV (20 avril 1669) : « Après 
le départ du courrier que j'ai eu l'honneur d'envoyer à Votre 
Majesté, j'ai fait la visite générale de ses galères et de toute la 
chiourme, et comme j'ai trouvé qu'il y avoit beaucoup d'es- 
claves et de forçats nouveaux, qui sont sujets à de grandes 
maladies la première campagne, et qui ne pourroient pas sup- 
porter la fatigue d'un voyage aussi grand que celui de Candie, 
n'étant pas même encore faits à la rame, j'ai cru qu'il seroit du 
service de Votre Majesté et de la conservation de ses galères 
de n en mener que treize et de les fortifier de la vieille chiourme 
que ion retirera des deux autres parccqu'elles seront par ce 
moyen en étal de faire toute la force dont seront capables les 
galères avec lesquelles nous navigueront. Cela n'empêche que 
les deux galères qui resteront ne naviguent le long de la côte 
et qu'elles ne rendent un service considérable à V. M. en exer- 
çant la nonvelle chiourme. » (Arch. nat., Marine, B'3, fol. 260.) 



O CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

LOUIS XIV ATT DTTC DE BEAUFORT. 

Paris, 30 mars 16G9. 

Instructions pour l'armée navale pendant la campagne de Can- 
die. — (Fol. 12, n° 18. Minute aut. de Colbeit : Bibl. nai., Fr. 
8026, fol. 8. Orig. : Arch. nat.. Marine, B^S, fol. 13.) 

Instruction que le Roi a résolu être envoyée à M. 
le duc de Beaufort, pair, grand maître, chef et surin- 
tendant de la navigation et commerce de France, 
sur l'emploi de l'armée navale que Sa Majesté met 
en mer sous son commandement pendant la pré- 
sente campagne ' : 

licdit sieur duc est informé que la dite armée est 
destinée pour le secours de Candie et que Sa Majesté 
ne voulant point déclarer ouvertement la guerre au 
Grand Seigneur, Elle a résolu qu'elle agiroit sous le 
nom du pape et prendroit l'étendard de Sa Sainteté, 
à quoi le dit duc se doit conformer. En cas que Sa 
Sainteté envoie des vaisseaux pour le même secours, 
Sa Majesté est persuadée qu'Elle fera porter le pavil- 
lon de la Sain-te Église sur le principal et en ce cas 
Sa Majesté désire que le dit sieur duc porte le second 
pavillon ^ qui sera celui de Sa Sainteté et qu'il obéisse 
et prenne les ordres de celui qui sera établi par Elle 
général de l'armée. 

En cas que Sa Sainteté n'envoie point de vais- 

1. Cet acte a déjà été publié en grande partie par Bigge, 
Der Kampf um Knndia, p. 219-220, mais sans indication de 
sources. ' 

2. Au mat de misaine (.Tal, Du Quesne, I, p. 569). 



EXPÉDITION DE CANDIE. 9 

seaux, mais seulement ses galères, la navigation des 
vaisseaux étant fort différente. Sa Majesté désire qu'il 
donne promptement avis au dit général de sa par- 
tance du port de Toulon et des rendez-vous qu'il 
estimera pouvoir être pris pour se joindre, et que, 
lorsqu'ils seront joints, il obéisse pareillement au 
dit général et prenne ses ordres en tous rencontres. 

Sa dite Majesté veut qu'en toute occasion de jonc- 
tion il tienne toujours le rang à sa dignité de fils 
aîné de l'Eglise et qu'il ne souffre jamais qu'aucun 
vaisseau des autres nations premie le rang d'hon- 
neur entre l'étendard de la Sainte Église et celui 
qu'il portera, en cjuoi Sa Majesté ne veut point de 
ménagement. 

Le dit sievir duc et commandant également les 
vaisseaux et les galères suivant le pouvoir que Sa 
Majesté lui en donne, Elle veut qu'après avoir pris 
l'ordre du dit général de la Sainte Église, il le donne 
ensuite au capitaine général de ses galères pour tout 
ce qui concernera son corps. 

Il observera seulement que comme la différente 
navigation des vaisseaux et des galères ne lui don- 
nera peut-être aucune occasion pendant toute la 
campagne de prendre rang après l'étendard de la 
Sainte Église, ce sera au capitaine général des 
galères de Sa Majesté à soutenir et conserver le rang 
de Patronne. En quoi le dit sieur duc l'assistera et 
le soutiendra s'il en a besoin. 

En cas que le dit siein- duc de Beaufort et le sieur 
comte de Vivonne Èe trouvent ensemble dans les 
conseils qui pourront être tenus par le général de 
la Sainte Eglise. Sa Majesté \eiil (ju ils tiennent les 



10 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

second et troisième rangs sans souffrir aucune sépa- 
ration ni aucun tempérament. 

Comme la seule intention de Sa Majesté pour l'em- 
ploi de son armée navale pendant la présente cam- 
pagne est le secours de Candie, Sa Majesté veut 
aussi que le dit sieur duc règle sa conduite à bien 
faire réussir cette importante affaire, et pour cet effet 
qu'il agisse en toutes choses de concert avec le sieur 
duc de Navailles, lieutenant général en ses armées, 
commandant le corps des troupes qu'elle envoie 
pour le dit secours et gardent ensemble une parfaite 
union et correspondance. 

Que le dit sieur duc prenne grand soin que les 
troupes soient bien embarquées et fasse observer 
une si bonne police dans tous ses vaisseaux, qu'elles 
soient exemptes de maladies autant qu'il se pourra. 
Que lorsque l'armée sera arrivée près de l'île, ils 
concertent ensemble le lieu du débarquement et, 
pourvu que les vaisseaux s'y trouvent en sûreté. Sa 
Majesté veut que le dit embarquement se fasse au 
lieu que le dit sieur duc de Navailles trouvera le 
plus commode pour le secours de la place. 

Dans le même temps que le débarquement des 
troupes, vivres et munitions d'artillerie se fera. Sa 
Majesté veut que les dits sieurs ducs de Beaufort et 
de Navailles et les lieutenants d'armée concertent 
ensemble les lieux où seront établis les commis des 
vivres destinés pour les achats à faire pour la subsis- 
tance de l'armée, pendant le temps qu'elle demeu- 
rera dans la dite île, et, en conséquence, le dit sieur 
duc de Beaufort destinera tous les vaisseaux de 
charge et d'escorte pour la sûreté du transport des 



EXPÉDITION DE CANDIE. Il 

dits vivres des lieux où ils seront achetés jusques en 
ceux qui seront destinés en la dite île pour les rece- 
voir. Et comme de l'exécution de ce qui aura été 
ainsi concerté pour la sûreté des dits vaisseaux de 
charge dépend entièrement le succès de cette entre- 
prise, Sa Majesté veut que le dit sieur duc y pour- 
voie de sorte qu'il n'y puisse arriver d'accident et 
qu'il y emploie même son armée, s'il l'estime néces- 
saire. 

Sa Majesté veut de plus c|ue le dit sieur duc de 
Beaufort tienne toujours les vaisseaux de son armée 
navale en état de recevoir et d'embarquer son armée 
de terre, soit en cas que les Turcs soient chassés et 
que le siège se lève et la place [soitj en sûreté, soit 
en cas d'accidents contraires ou que la place soit 
prise par composition ou par force. Et pour cet effet, 
Sa Majesté veut que le dit sieur duc demeure toujours 
dans les ports et rades de l'ile de Candie ou la plus 
proche où il pourra tenir les vaisseaux de Sa Majesté, 
et qu'il n'en puisse partir par aucun autre effet 
qu'après avoir été tenu conseil où le dit sieur duc de 
Navailles sera appelle et, soit qu'il soit présent ou 
absent, le départ de l'armée navale ne sera point exé- 
cuté qu'après avoir pris son consentement par écrit. 

Sa Majesté veut qu'aussitôt que le dit sieur duc 
sera arrivé et aura fait le débarquement, il envoie une 
des tartanes qui sera à la suite de Tarméc en appor- 
ter des nouvelles, cnst^mble les lettres du dit sieur 
duc de Navailles et des autres officiers de l'armée. 

Quoique Sa Majesté ordonne au dit sieur de Beau- 
fort d'obéir en toutes choses au général de la Sainte 
Église, elle est persuadée qu'il trouvera facilement 



12 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

les moyens d'exécuter les ordres ci-dessus, d'au- 
tant que le dit général sera bien aise de prendre ses 
conseils sui" tout ce qu'il y aura à faire et qu'il s'accom- 
modera facilement à l'exécution des dits ordres qui 
ne tendent qu'au succès de cette grande entreprise. 

Sa dite Majesté désire que le dit sieur duc de 
Navailles assiste dans tous les conseils qui seront 
tenus pour l'emploi de l'armée navale, s'il peut s'y 
trouver, et qu'il y prenne rang immédiatement 
après le capitaine général des galères, et après lui les 
lieutenants généraux de la marine et des dites 
galères. 

Sa dite Majesté veut que le dit sieur duc de Beau- 
fort fasse exécuter son ordonnance qui fut publiée 
dans tous les ports de son royaume l'année dernière, 
portant injonction à tous ses sujets qui sont au ser- 
vice des étrangers de retourner en France ^ et pour 
cet effet qu'il fasse visiter les vaisseaux étrangers 
qu'il rencontrera en mer et se fasse remettre ses 
sujets qui s'y trouveront pour les faire punir suivant 
la rigueur de la dite ordonnance'. 

Le sieur duc est informé de la conduite que les 
corsaires d'Alger tiennent à l'égard de ses sujets pour 
l'exécution des traités de bonne correspondance qui 
ont été faits avec eux ; et comme ils ont été relâcher 
quelques bâtiments qu'ils ont trouvé en mer et ont 
pris l'argent qu'ils ont trouvé sur une barque, 
sous prétexte qu'elle venoit d'Espagne, Sa Majesté 
estime que, jusques à ce qu'elle puisse leur faire la 
guerre avec un bon nombre de vaisseaux pour leur 

1. Cet ordre avait été donné en février 1667 (cf. n° XII). 

2. Le même ordre fut envoyé à Vivonne, cf. n* XII et XXIII. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 13 

faire rendre ce qu'ils ont mal pris ou rompre avec 
eux, il convient au bien de son service de ne leur 
point faire connoitre le dessein de Sa Majesté qu'en 
quelque occasion importante. Et toutefois, comme 
l'armée de Sa Majesté agira sous le nom de Sa Sain- 
teté, le dit sieur duc ne laissera point de prendre 
tout ce qu'il trouvera appartenir aux dits corsaires 
d'Alger, Tunis et Tripoli. 

Sa Majesté envoie au dit sieur duc le pouvoir 
pour commander ses galères en cas de jonction et 
elle envoie pareillement le pouvoir au sieur comte 
de Vivonne, capitaine général de ses galères, pour 
commander les vaisseaux en cas de maladie ou 
d'autre accident qui pourroit arriver audit sieur duc. 

Sa dite Majesté veut que le dit sieur duc s'applique 
à faire le plus grand nombre d'esclaves qu'il pourra 
pour fortifier les chiourmes de ses galères. 

Fait à Paris le 30** mars 1669. Signé : Louis, et 
plus bas : Colbert. 

Sa Majesté ordonne d'ajouter à l'instruction de 
l'autre part qu'en cas qu'après que le dit sieur duc 
de Na vailles aura reconnu l'état auquel sera la place 
de Candie lorsque l'armée de Sa Majesté y arrivera, 
il estimoit qu'elle ne fut plus en état d'être secourue 
et qu'il fut d'avis de reporter les troupes en France, 
Sa Majesté veut qu'en cela le dit sieur duc de Beau- 
fort suive l'avis du dit sieur duc de Navailles et qu'il 
reprenne la route de France avec toutes les troupes 
qui seront sur les vaisseaux. Signé : Louis, el plus 
bas : Colbert *. 

1. Lii minulc contenant les inslnicrtions adressées à Vivonne 



14 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

VI. 
LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Paris, 5 avril 1669. 

Avis de lenvoi de l'instruction pour le service des galères 
pendant l'expédition de Candie. — (Fol. 33, n" 26. Minute 
aut. de Colbert : Bibl. nat., Fr. 8026, fol. 58. Copie : Arch. 
nat., Marine, 6*^1, fol. 66 v°.) 

Monsieur le comte de Vivonne, je vous envoie 
l'instruction que j'ai ordonné d'être expédiée sur 
tout ce que vous avez à faire dans le commande- 
ment de mes galères pendant la prochaine cam- 
pagne ^ avec le pouvoir pour commander mes vais- 
seaux en cas de maladie ou d'autre accident qui 
pourroit arriver à mon cousin le duc de Beaufort ~, 
auquel j'ai pareillement envoyé le pouvoir de com- 
mander le corps de mes galères; et, m'assurant que 

et relatives à la navigation des galères est du 3 avril. (Bibl. nat., 
Fr. 8026, fol. 51, minute aut. de Colbert). La copie est aux Arch. 
nat., Marine, B^l, fol. 61 v°. En voici le résumé : les galères 
doivent aider au transport des troupes et concourir avec les 
dix-huit vaisseaux commandés par Beaufort à. la défense de 
Candie. Elles doivent naviguer sous Tctcndard du pape et prendre 
les ordres du général de ses galères. Le comte de Vivonne sera 
toujours subordonné au duc de Beaufort, qu'il remplacera à la 
tête de toutes les forces maritimes du roi en cas de maladie ou 
de mort. Pendant la campagne, les galères devront concourir 
au transport des troupes, au débarquement, aux subsistances 
et, en cas de besoin, à la retraite. Pour tout le reste, les instruc- 
tions sont semblables à celles que reçut le duc de Beaufort. 

1. Cf. la note précédente. 

2. Ce pouvoir est du 4 avril 1669 (Arch. nat.. Marine, B^l, 
fol. 65). 



EXPÉDITION DE CANDIE. 15 

je recevrai clans une occasion si importante à ma 
gloire et au bien de mon service des marques de 
votre zèle ordinaire, je ne vous ferai la présente plus 
longue ni plus expresse que pour prier Dieu qu il 
vous ait, Monsieur le comte de Vivonne, en sa sainte 
garde. A Paris. 

VU. 
LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONAE. 

[Paris], 5 avril 1G69. 

Avis de la capture de 180 « Turcs d AJger » qui sont desti- 
nés aux galères royales. — Fol. 33 v", n'^ 27. Copie : Arch. 
nat.. Marine, B^l, fol. G8.) 

Monsieur le comte de Vivonne, deux barques 
d'Alger ayant échoué sur les côtes de ma province 
de Languedoc, j ai donné mes ordres à mon oncle, 
le duc de Verneuil, de faire conduire sûrement en 
ma ville de Marseille cent quatre vingts Turcs qui 
ont été pris sur les dites barques pour être mis sur 
mes galères; de quoi j'ai bien voulu vous donner 
avis et vous dire en même temps que mon intention 
est que nous ayez à exécuter ce qui est en cela de 
ma volonté; les infractions fréquentes que ceux 
d'Alger ont faites aux traités de bonne corresjion- 
dance qui avoient été faits entre mon cousin le duc 
de Beaufort et eux m'ayant obligé de prendre cette 
résolution jusqu'à ce que ils les aient cnlicrcmenl 
réparées. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, etc. 



16 CORRESPONDA>'CE DU DUC DE VIVONNE. 

Vin. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Paris, 5 avril 1669. 

Ordre d'installer le comte de Bueil comme capitaine de la 
galiote la Subtile. — (Fol. 34, n'' 28. Copie : Arch. nat., 
Marine, BH, fol. 72.) 

Monsieur le comte de Vivonne, ayant fait choix 
du sieur comte de Bueil ^ pour exercer pendant celte 
année la charge de capitaine de la galiote la Subtile., 
je vous fais cette lettre pour vous en donner avis 
et vous dire que vous ayez à l'installer dans la dite 
charge et à le faire reconnoitre de tous les autres 
officiers qu'il appartiendra, et la présente n'étant à 
autre fin, je prie Dieu, etc. ^. 

IX. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Paris, 13 avril 1669. 

Ordre de faire un étendard pontifical pour la galère Capitane, 
et de se conformer aux ordres du pape qui vient de nommer 
le bailli Rospigliosi commandant de l'armée de secours et de 
fixer à Corfou le lieu de rendez-vous des galères. — (Fol. 
35 v", n" 33. Minute aut. de Colbert : Bibl. nat., Fr. 8026, 
fol. 72. Copie : Arch. nat.. Marine, BH, fol. 79 [11 avril].) 

Monsieur le comte de Vivonne, j'apprends par 

1. Maurice Grimaldi, comte de Bueil, fut capitaine de galère 
en 1671, devint chef d'escadre en 1697 et mourut en 1698. 

2. Autres lettres de cachet identiques pour le sieur d'Espa- 
net, nommé capitaine de la galiote Vigilante, et le chevalier 



EXPÉDITION DE CA>'DIE. 17 

les lettres que mon cousin, le cardinal Rospigliosi, a 
écrites à Lionne, que le pape a envoyé à mon cousin 
le duc de Beaufort son étendard pour mettre sur mes 
vaisseaux '. Sur quoi je désire que vous en fassiez 
faire un pareil pour porter sur ma galère Capitane, 
afin que le secours entier paroisse sous le nom de Sa 
Sainteté, ainsi que je vous l'ai ci devant écrit. Le dit 
cardinal écrit aussi que Sa Sainteté a donné le com- 
mandement de toute Tarmée au bailli Rospigliosi, 
son neveu, et qu'il a estimé que le rendez-vous à 
Malte ne seroit pas avantageux pour le succès de 
cette grande entreprise, et qu'il seroit beaucoupmieux 
de le prendre à Corfou où les galères de Sa Sainteté 
se rendront au plus tôt. Sur quoi je désire que vous 
vous conformiez entièrement à ce qui est en cela de 
la volonté de Sa Sainteté. Je prie Dieu qu'il vous ait, etc. 



LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

[Paris], 15 avril 1669. 

Avis que le marquis de Martel est désigné pour commander les 
galères et les galiotes en cas de maladie ou d'absence du 
comte de Vivonne. — Fol. 36 v°, n° 35. 

Monsieur le comte de Vivonne, ayant estimé qu'il 

de Foresta, nommé capitaine de la galiole la Lé^'ere^ 5 avril, 
Paris ^Reg., n° 29 et 30;. Le 12 mars, le roi avait désigné les 
officiers de la Brossardière, de la Mothe-Vialart, les chevaliers 
de Janson et de la Régnarde pour le commandement des galères : 
Patronne, Saint- Dominique, Fortune, Régine (Rcg., n°7-10). 

1. Le 22 mars, Clément IX avertit Louis \IV qu'il envoyait 
à Beaufort son étendard, béni tout spécialement (Arch. des 

2 



18 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

étoit de mon service de nommer un troisième chef 
de mon armée navale en cas que, pendant le cours 
de la présente campagne, mon cousin, le duc de 
Beaufort, et vous soyez absents ou malades ou que 
par quelque accident vous ne puissiez l'un et l'autre 
faire les fonctions de vos charges, j'ai fait choix du 
sieur Martel ' pour commander en ce cas le corps 
de mes galères et galiotes que vous commandez et 
lorsqu'elles seront jointes à mes vaisseaux. J'ai bien 
voulu vous en donner avis par la présente afin que 
de votre part vous disposiez les ofTiciers de mes dites 
galères de lui obéir. Sur ce je prie Dieu qu'il vous 
ait, etc. 

XI. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

[Paris], 20 avril 1G69. 

Avis que le pape fixe à Messine et non à Malte ou à Corfou le 
lieu de rendez-vous des galères. — (Fol. 46 \°, n" 41. Minute 
aut. de Colbert : Bibl. nat., Fr. 8026, fol. 76. Copie : Arch. 
nat., Marine, B^l, fol. 85.) 

Monsieur le comte de Vivonne, j'apprends par les 

Afiaires étrangères (Correspondance, Rome, t. 197, fol. 128), 
et l'abbé de Bourlemont écrivit à Lionne une lettre sur ce sujet 
[ibidem, fol. 120). 

1. Le marquis de Martel, nommé capitaine en 1635 et chef 
d'escadre en 1643, était lieutenant général depuis le 26 janvier 
1656. Il mourut en avril 1681. Jal, op. cit., H, p. 387 : « Brave 
soldat, mais mauvais matelot. » Villette, Mémoires, p. 14, n. 4. 
— Cf. Saint-Hilaire, Mémoires, éd. Lecestre, t. I, p. 77, n. 4. 
M"*^ de Scvigné, Lettres, éd. Monmerqué, t. III, p. 72, n. 2. 
Fac-similé de la signature de Martel dans Jal, o/». cit., I,p. 391. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 19 

dernières lettres que j'ai reçues de notre saint Père le 
Pape qu'il estime plus à propos d'assembler toutes 
les galères qui sont destinées pour le secours de 
Candie à Messine qu'à Malle ou à C'orfou où Sa Sain- 
teté avait cru ci-devant qu'il seroit bon de les assem- 
bler. C'est ce qui m'oblige d'écrire à mon cousin le 
duc de Beaufort que mon intention est que mes 
galères partent sans aucun retardement et se rendent 
le plus promptement qu'il sera possible au dit lieu de 
Messine, où elles attendront les galères de Sa Sainteté 
pour les suivre et obéir au prieur Rospigliosi, géné- 
ral des armées de la Sainte Eglise, ainsi que je vous 
l'ai fait savoir. C'est de quoi j'ai été bien aise de vous 
informer afin que vous vous conformiez à ce qui est 
en cela de ma volonté. Sur ce je prie Dieu qu'il vous 
ait, Monsieur le comte de Vivonne, en sa sainte garde. 

xn. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Paris, 20 avril 1669. 

Ordre de visiter tous les vaisseaux marchands étrangers pour 
y arrêter tous les Français et les livrer à la justice. — (Fol. 
47, n° 42. Minute aut. de Colbert : Bibl. nat., Fr. 8026, 
fol. 74. Copie : Arch. nat., Marine, B^l, fol. 84.) 

Monsieur le comte de Vivonne, j'ai ci devant 
donné une déclaration du mois de février 1667 et 
un arrêt donné en mon conseil, moi y étant, le 14® 
janvier 1668, par lesquels j'ai enjoint à tous mes 
sujets employés en la marine au service des étrangers 
de retourner dans mon royaume et à mon service 



20 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

dans trois mois du jour de la publication du dit arrêt. 
Et quoique plusieurs y aient satisfait, je suis néan- 
moins averti qu il y en a encore un très grand nombre 
qui sont demeurés. C'est ce qui m'oblige de vous 
écrire ces lignes pour vous dire que mon intention 
est que vous visitiez et fassiez visiter par tous les 
capitaines de mes galères les vaisseaux marchands 
étrangers que vous ou eux rencontrerez dans votre 
route, que vous en retiriez les François que vous y 
trouverez, et que vous les remettiez ensuite entre les 
mains de la justice pour être punis suivant la rigueur 
portée par les dites déclarations et arrêts. Et m'as- 
surant que vous satisferez ponctuellement à ce qui 
est en cela de ma volonté, je ne vous ferai la présente 
plus longue que pour prier Dieu qu'il vous ait, Mon- 
sieur le comte de Vivonne, en sa sainte garde. Écrit 
à Paris, le 20*^ avril 1669'. 

xni. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

S.I., 28 avril 1669. 

Satisfaction du roi causée par la revue générale de la chiourme 
et la décision d'armer treize galères. La galère Capitane doit 
se tenir immédiatement après la première du pape. — (Fol. 
50 v", n° 48. Minute aut. de Colbert : Bibl. nat., Fr. 8026, 
fol. 82. Copie : Arch. nat., Marine, BH, fol. 89 v«.) 

Monsieur le comte de Vivonne, je suis bien aise 
d'apprendre par votre lettre du 22" de ce mois que 
vous ayez fait une visite générale de la chiourme de 
mes galères et que, suivant le pouvoir que je vous ai 

1. Voir aussi n° XXIII. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 21 

ci-devant donné, vous avez résolu de ne mener que 
treize galères en Candie outre les trois galiotes. Je ne 
doute point que ce nombre de galères ne soit en état 
de devancer toutes celles des autres princes qui sont 
destinées pour le même dessein en toute sorte de 
navigation et beaucoup plus en toutes actions de 
guerre. Il sera bien à propos que les deux autres 
galères naviguent pendant cette campagne le long des 
côtes de Provence pour exercer les chiourmes et les 
rendre plus capables de servir l'année prochaine K 

J'attends de votre zèle au bien de mon service que 
vous vous instruirez dans ce voyage sur tout ce qui 
se peut faire pour rendre mes galères les meilleures 
de toutes les mers et pour les mettre en état de 
naviguer en toute saison. 

Vous recevrez avec cette dépêche mon ordre pour 
aller au rendez-vous de Messine, choisi par le pape, 
joindre ses galères et ensuite suivre les ordres du 
prieur Rospigliosi. A l'égard du rang que ma galère 
Capitane doit tenir, il suffit que je vous aie donné 
l'ordre de ne céder à aucune galère qu'à la première 
du pape, de quelque nom qu'elle soit appelée, sans 
qu'il soit nécessaire d'attendre un ordre précis de Sa 
Sainteté sur ce rang, et que j'aie écrit à Rome pour 
vous faire donner bref pour commander à toute 
l'armée en cas d'absence ou d'autre accident du dit 
prieur Rospigliosi et de mon cousin le duc de Beau- 
fort. Je ne laisse pas de vous ordonner de vous 
joindre au dit prieur, quand même vous ne rece- 
vriez pas ledit bref, et toutefois, ne désirant pas que 

1. Cf. p. 7, note 1, et Arch. nat., Afarine, B'.3, fol. 207-208 
(Lettre de Vivonnc au roi du 20 avril). 



22 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

VOUS puissiez être commandé par aucun chef de 
troupes auxiliaires, mon intention est qu'en cas que 
le dit prieur et mon dit cousin ne fussent point en 
état d'agir, vous preniez le commandement sur 
toutes les forces navales, et si les chefs font difficulté 
de vous obéir, vous ayez à vous séparer des autres 
avec mes vaisseaux et galères. 

J'attendrai d'être éclairci sur la conduite de ceux 
d'Alger avant que de prendre résolution tant sur la 
délivrance des Turcs qui ont été pris sur les côtes de 
ma province de Languedoc que sur la continuation 
de la paix avec eux ^ Sur ce je prie Dieu, etc. 

XIV. 
MADAME DE THIANGE AU COMTE DE VIVONNE. 

S. I., 3 mai 1669. 

Félicitations pour la nomination de Vivonne au grade de capi- 
taine général des galères, et recommandation à lui faite du 
commandeur du Chastellux. — (Fol. 56 v°, n° 55.) 

Je fus bien fâchée, mon cher frère, de ne pouvoir 
vous écrire par ce gentilhomme que vous aviez 
envoyé au Roi, mais je ne sus son départ que dans 
le moment qu'il alloit monter à cheval. Vous croyez 
bien, mon cher frère, que je prends toute la part 

1. Une lettre de Colbert au même, du 29 avril, accompagnait 
celle-ci. Elle traitait des mêmes questions en termes presque 
identiques, et portait en outre : « Le Roi s'attend que vous 
partirez le deux ou troisième du mois prochain au plus tard et 
Sa Majesté vous donne ses ordres par sa dépêche ci-jointe sur 
le contenu en celle qu'elle a reçu de vous cet ordinaire. » (Reg., 
n" 50. Minute aut. de Colbert : Bibl. nat., Fr. 8026, fol. 84.) 



EXPÉDITION DE CANDIE. 23 

que je dois à ce qui vous arrive. Je suis persuadée 
comme tout le reste du monde que la charge de géné- 
ral des galères est très belle, et outre cela, il me suf- 
fit de savoir que vous la souhaitiez '. Je règle tou- 
jours mes sentiments par les vôtres et assurément, 
quoiqu'il puisse arriver, vous me trouverez toujours 
plus tendrement et plus fidèlement attachée à tous 
vos intérêts que personne du monde. On m'a fort 
priée de vous parler en faveur du commandeur de 
Chastellux- et, à dire la vérité, je crois que vous 
devriez souhaiter par toutes sortes de raisons qu'il 
eût la charge de lieutenant général des galères. La 
nourrice du Roi vous fait aussi une supplication par 
moi pour son fils qui a fort servi sur la mer. Vous 
savez que ces sortes de gens là peuvent rendre de 
fort bons offices. C'est pourquoi je vous serai extrê- 
mement obligée si vous aviez la bonté de me faire 
un mot de réponse que je leur puisse montrer. 

XV. 

LE COMTE DE VIVONNE A LOUIS XIV. 

S. I., 7 mai 1669. 

Remerciements pour les nominations des sieurs de Manse et 
de FoIIeville. Demande d'ordres pour l'entretien des galères. 
— (Fol. 60, n» 59. Orig. :Arch. nat., Marine, B '3, fol. 280.) 

Sire, 
IjCS grâces que je recois tous les jours de Votre 

1. Le 4 mai, le dey d'Alger écrivit aussi à Vivonne une lettre 
pour le féliciter de sa nomination au grade de général des 
galères. Il en profitait pour le prier de lui faire faire « un bon 
fanal curieux » pour son navire (Reg., n"531. 

2. Cf. sur lui Jal, op. cit., I, p. 2.52. 



24 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

Majesté et celles qu'elle m'a nouvellement accordées 
pour les sieurs de Manse^ et de Folleville, jointes aux 
marques de bonté et de bienveillance qu'elle me 
donne dans la lettre qu'elle me fait l'honneur de 
m'écrire ~, passent tellement tous les remerciements 
que je lui en peux faire, qu'elle ne trouvera pas mau- 
vais qu'au lieu de lui faire tous ceux que je lui dois, 
je l'assure simplement que j'attends avec impatience 
les occasions de faire quelque chose pour son ser- 
vice et pour la gloire de ses armes, qui lui fasse con- 
noître les sentiments de reconnoissance que j'ai de 
tout le bien qu'elle me fait. Je partirai au premier 
jour avec les galères de V. M. dans cette pensée ^, 

1. Antoine de Manse devint chef d'escadre et commandait 
la Réale en 1674. 

2. Louis XIV à Vivonne, 22 avril (Reg., n° 45) : 

«... Je vous accorde bien volontiers le commandement de ma 
galère Capitane pour le sieur de Manse et celui de la galère 
[la Reîiomméé] pour le sieur Folleville de Pile, comme aussi 
les autres charges que vous avez demandées [Voir p. 3, n. 1]. 
Sur quoi vous devez seulement observer qu'à l'avenir je désire 
mettre des gens de qualité dans les charges subalternes afin de 
les rendre capables de celles de capitaines. Je fais écrire à Rome 
pour obtenir de Sa Sainteté le bref pour vous donner le com- 
mandement de toute l'armée en cas d'absence ou d'autre acci- 
dent du prieur Rospigliosi et de mon cousin le duc de Reau- 
fort, comme aussi pour donner le nom de Capitane de la Sainte 
Église à ma galère Capitane, afin qu'elle puisse avoir le pas sur 
toutes les autres galères capitanes. » 

3. Le même jour, Vivonne écrivait à Colbert une lettre où ce 
point se trouve précisé : « Je partirai au premier jour avec les 
galères, n'y ayant plus rien qui me puisse arrêter. Puisque 
M. de Navailles est arrivé, je passerai à Toulon pour prendre 
avec lui et M. de Reaufort les mesures qui sont nécessaires pour 
notre voyage. » (Reg., n° 58. Orig. : Arch. nat., Marine^ R^3, 
fol. 278.^^ 



EXPÉDITIO>' DE CAiNDIE. 25 

et je puis l'assurer que je n'oublierai rien dans ce 
voyage pour faire qu'elles répondent à la grandeur 
de Votre Majesté et qu'elles lui rendent tout le ser- 
vice qu'elle en peut attendre. 

J'observerai comme j'ai déjà mandé à V. M. 
tout ce qui se pratique sur celles de Malte et des 
autres nations pour mettre ses galères sur le pied 
qu'elle soubaite. Elles navigueront toute l'année et 
feront assurément tout ce que les autres sont capables 
de faire. C'est pourquoi je la supplie très bumble- 
ment de donner les ordres qu'elle jugera nécessaires 
pour cela, afin que je les trouve à mon retour et que 
je les mette aussitôt en état de servir l'biver procbain 
à tout ce que Votre Majesté me fera la grâce de 
m'ordonner. 

Je supplie très humblement Votre Majesté de me 
faire savoir si elle trouve bon que je fasse réponse 
à la lettre que le bacba d'Alger m'a écrite et dont je 
lui envoie l'original, et en cas que ce soit son inten- 
tion, elle aura la bonté d'en faire avertir M. Arnoul, 
qui écrira pour moi en mon absence et qui aura le 
soin de faire dater la lettre du temps de mon départ. 
Je suis avec un très profond respect... 

XVI. 

LE VICE-LÉGAT LOMELIiVO AU COMTE DE VIVOINTVE. 

Avignon, 13 mai 1669. 

Avis que le pape lui envoie un bref ou commission pour com- 
mander l'armée navale à défaut du bailli Rospigliosi, et ])lu- 
sieurs autres faveurs. — iFol. 66 v°, n'^62.) 

Monsieur, 
M'ayant fait savoir M. le duc de Beaufort par une 



26 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

sienne lettre et par la vive voix de M. de La Bâtie* 
qu'il Irouvoit à propos que Sa Sainteté vous envoyât 
un bref ou commission pour commander toute l'ar- 
mée navale en l'absence de M. le bailli Rospigliosi 
et de son Altesse même ~, Sa Sainteté, pour témoigner 
l'estime qu'elle fait de votre personne, l'a dès aus- 
sitôt envoyé parle retour de mon courrier, et de plus 
a voulu accompagner votre grand courage avec un 
cheval d'agate et celui des officiers inférieurs et sol- 
dats avec des médailles. Mon secrétaire, qui s'en vient 
exprès en toute diligence pour avoir l'honneur de 
vous remettre le tout, vous assurera en même temps 

1. Probablement membre de la famille de Marnais de la 
Bâtie. 

2. Le bref donnant commission du pape Clément IX à Vivonne 
pour commander les galères royales et en l'absence du bailli 
Vincent Rospigliosi et du duc de Beaufort toute l'armée navale, 
est du 29 avril 1669. (L'original en latin a été transcrit dans 
le registre au n" 63, et la traduction en français au n" 64.1 

Le même jour, Clément IX, par un bref distinct, accorda à 
Vivonne le pouvoir « de nommer et établir les commandants, 
capitaines et officiers des dites galères, même la faculté de les 
casser, suspendre et ôter de leurs emplois ». (Reg., n" 65 et 66.) 
Puis, par un autre bref, il lui annonça qu'il lui faisait présent 
« d'un chapelet de pierre d'agate avec une médaille d'or, vou- 
lant que toutes les fois que vous aurez ce chapelet sur vous, 
que vous réciterez lofficc divin ou celui de la bienheureuse 
Vierge ou celui des Morts, ou les sept psaumes pénitentiaux ou 
les graduels, ou le chapelet du Seigneur ou celui de la Vierge, 
ou que vous réciterez le tiers du Rosaire ou que vous ensei- 
gnerez la doctrine chrétienne ou que vous visiterez les malades 
d'un hôpital ou les prisonniers, ou que vous ferez l'aumône aux 
pauvres..., vous obteniez et gagniez l'indulgence plénière de 
tous vos péchés. » (Reg., n° 67 et 68.) 

Clément IX envoya le 18 mai à Vivonne un bref de compli- 
ments et de vœux (Reg., n° 69 et 70), puis le 15 juin sa béné- 
diction (Reg., n° 71). 



EXPÉDITION DE CANDIE. 27 

de mes très humbles obéissances et de la passion 
qui me reste de pouvoir dorénavant vous faire con- 
noître par mes services que je suis avec passion... 

xvn. 

LETTRE DE BEAUFORT AU COMTE DE VIVONNE. 

[Toulon], 13 mai 1669. 

Le pavillon pontifical et les difficultés du départ. — (Fol. 82 
v°, n° 75.) 

Vous trouverez le pavillon du Pape à notre grand 
mat, puisque vous le voulez. Je n'en avois point 
d'achevé, mais j'en prends un autre, en sorte que si 
vous l'avez agréable, le salut se fera coup pour coup 
et en cela nous suivons les ordres du Roi. Je déses- 
père que nous n'ayons nos vivres qui retarderont 
beaucoup. Vous avez bien pâti d'avoir eu le vent 
contraire. Le vent cessé et sûrement vous ne perdrez 
pas de temps. Je crois que M. de Navailles change 
quelques troupes à vos galères. Ce n'est pas de ma 
part. Je meurs d'envie de vous embrasser. 

xvm. 

LE COMTE DE VIVONNE AU PAPE. 

Marseille, 14 mai 1669. 

Remerciements pour les brefs et les faveurs reçues. — (Fol. 81 

v% n" 73.) 

Très saint Pèi'e, 
La bonté que Votre Sainteté a eue de m'honorer 



28 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

d'un bref conçu en des termes si obligeants avec les 
indulgences et le précieux chapelet qu'elle y a joint 
m'obligent à l'assurer que je chercherai avec tout le 
soin possible les occasions de lui faire connoître par 
mes services le ressentiment que j'ai de toutes ses 
bontés '. Je peux assurer Votre Sainteté que je sacri- 
fierai du meilleur de mon cœur et mon sang et ma 
vie pour faire réussir les glorieux desseins qu'elle a 
pour une si sainte guerre. Ceux qui sont sous ma 
charge sont aussi animés du même zèle et n'ont pas 
de plus forte passion que de se signaler dans une si 
sainte entreprise et qui est pour le service de Votre 
Sainteté. Je la supplie très humblement d'être per- 
suadée de cette vérité et qu'il n'y a personne au 
monde qui soit avec tant de respect et de soumission 
que moi . . . 

XIX. 
LOUIS XIV AU DUC DE BEAUFORT. 

S. I., 17 mai 1669. 

Autorisation de commander à terre les troupes de mer, mais 
sous certaines conditions. — (Fol. 112, n° 89.) 

Mon cousin, j'ai bien considéré les raisons conte- 
nues dans vos lettres des 6 et 7'' de ce mois concer- 
nant les instances présentes que vous me faites pour 
avoir la permission de mettre pied à terre et com- 
mander en personne le détachement qui pourra être 

1. Le même jour, Vivonne remercia le vice-légat Lomelino 
de sa lettre (Reg., n" 74). 



EXPÉDITIO^• DE CANDIE. 29 

fait des troupes de mer, vaisseaux et galères pour 
le secours de Candie ; et comme je serai toujours 
])ien aise de vous donner les moyens d'acquérir de 
la gloire, autant que le bien de mon service le pourra 
désirer, je consens volontiers à votre demande, à 
condition toutefois que dans les conseils de guerre 
qui seront tenus, il soit résolu que les troupes pren- 
dront un poste hors la place entre les quartiers des 
Turcs ou qu elles mettront pied à terre dans quelque 
endroit de l'île, soit pour les pouvoir attaquer, soit 
pour quelque autre entreprise; que l'attaque qui sera 
résolue soit telle qu'elle oblige le capitaine général 
de la Sainte Église de détacher tout ce qu'il pourra 
commander de troupes, de vaisseaux et galères, et 
que vous agissiez d'un si grand concert avec mon 
cousin le duc de Navailles qu'il ne paroisse aucune 
division dans le commandement. A ces conditions, 
je vous permets volontiers de vous mettre à la tète 
des troupes détachées de la dite armée navale pour 
le temps de l'attaque seulement. Mais je ne désire 
point que vous quittiez mes vaisseaux si mes troupes 
doivent agir au dedans de la place de Candie et 
pour des sorties ordinaires, ni pendant le temps 
qu'elles seront campées hors la place et qu'elles tra- 
vailleront à se mettre en état de faire Tattaque, mais 
seulement pendant le temps de l'action, n'estimant 
pas du bien de mon service que vous quittiez pour 
longtemps mes vaisseaux et galères. Au surplus, j'es- 
time inutile de vous recommander d'observer qu'ils 
soient toujours en état de prendre tel parti que vous 
estimerez nécessaire pour le bien de mon service. 
J'ai été bien aise d'apprendre par vos lettres l'ar- 



30 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

rivée des deux escadres de Thurelle ^ et Gabaret^. 
J'espère recevoir l)ieiit6t l'avis de votre départ. Je 
vous ai accordé volontiers une gratification de douze 
mille livres pour vous aider à supporter les dépenses 
que vous serez obligé de faire dans ce voyage. Sur 
ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa 
sainte et digne garde ^. 

XX. 

ORDRE DU COMTE DE VIVONNE. 

Toulon, 18 mai 1669. 

Instructions pour la route à suivre par les galères depuis Tou- 
lon jusqu'en Calabre. — (Fol. 96, n° 78.) 

Route que le comte de Vwonne, prince de Ton- 
nay-Charente, capitaine général des galères de 
V Eglise^ lieutenant général pour le Roi en mers et 
armées de Lestant, et premier gentilhomme de la 
Chambre de Sa Majesté^ veut et entend être tenue 

1. De Thurelle-Thiballier. En 1665, il commandait le vais- 
seau le Mercœur dans la marine de Ponant (Jal, I, p. 357). 

2. Jean Gabaret, capitaine de vaisseau depuis 1653, devint 
chef d'escadre en 1673 et lieutenant-général des armées navales 
en 1689. 

3. Cette lettre partit avec un message de Colbert au même, 
qui contenait de bonnes nouvelles de Candie : « Les nouvelles 
que nous avons reçues de Candie ne portent point que la place 
soit aussi pressée que celles que vous avez reçues le portent ; 
au contraire, il pai'oît que les seules forces qui sont à présent 
dans la place sont suffisantes pour la conserver pendant cette 
campagne, en sorte qu'il y a lieu d'espérer que le grand secours 
que S. M. y envoie pourra avoir un succès tel que nous le devons 
espérer. » 



EXPÉDITION DE CANDIE. 31 

par les galères la présente campagne de cette 
année 1669 ^. 

Partant de Toulon droit aux îles d'Hyères et de là 
passant droit au Cap Corse, rencontrant les vents 
devant, savoir Isseroc, Levant Isseroc-, il faut relâ- 
cher au Golfe Juan ^ ou à Villefranche. 

Trouvant le vent au grégal ^, ne pouvant faire côté 
à travers ^, faut courir à Ajaccio ^. Trouvant les vents 
raidi et labèclie ^, ne pouvant tenir, faut courir en 
vaie. 

Étant au Cap Corse, trouvant grand vent de la- 
bêche et ne pouvant mouiller, faut courir à Livourne 
ou à Portovenere ^. 

Trouvant sur le Cap Corse les vents Grec et Tra- 
montane, faut courir vers Portoferrajo ^ ou la Pia- 
nosa'°, et ne pouvant tenir le côté à travers, il faut 
courir à Porto Vecchio ^', et en arrivant à Portoferrajo 
ou à la Pianosa, on prendra la roule droit à Cività- 
Vecchia, et, en cas que le vent refuse, on ira mouil- 
ler à Porto San-Stefano'2. 

1. Les « Ordres et signaux pour le jour et la nuit », trans- 
mis à Vivonne par le duc de Beaufort, sont transcrits aux 
n°^ 76-77 et 79-80 du Registre. 

2. Vent du sud-est. 

3. Au Gourjcan, dans le texte. 

4. Vent du nord-est. 

5. Virer de bord. 

6. A Layasse. 

7. Vent du sud-ouest vent de Lybie). 

8. Près de la Spezzia. 

9. Dans Tîle dElbe. 

10. Ile de la Planouse. Au sud de 1 île d Elbe. 

11. Porlvec/i. En Corse. 

12. Dans la presqu île duMonlc-Argcnlario..! Sainte- h^stcfc. 



32 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

Partant de Cività Vecchia, faut prendre la route 
de l'île de Ponza *, et trouvant le levant, il faut aller 
à Gaète ~ où les premières galères attendront les 
dernières en cas de séparation. 

Partant de Ponza, si le temps le permet, il faut 
aller droit à Lipari "* ou à laPanaria^, et, en trouvant 
le vent contraire, il faut aller à Ischia. 

Partant de Lipari ou de la Panaria, il faut tirer 
droit au phare de Messine et, en cas de vent contraire, 
il faut relâcher à Milazzo ^ 

Partant de Messine, les «alères continueront leur 
route droit aux Zantes. Rendez-vous général suivant 
la côte de Calabre, et en cas de vent contraire, lors- 
qu'on sera au cap Spartivento, il faut relâcher à 
Augusta "^ ; et le long de la côte on trouvera de quoi 
faire l'aiguade et le bois. Fait à la rade de Toulon, à 
bord de la Réale, ce iS" mai 1669. 

XXI. 

LE COMTE DE VIVONNE A LOUIS XIV. 

Toulon, 19 mai 1669. 

Détails sur la réception des brefs, le départ de Marseille, les 
préparatifs à Toulon, la route à suivre. — (Fol. 102, n° 81. 
Orig. : Arch. nat.. Marine, B^ ?>, fol. 282.) 

Le mauvais temps qui m'a retenu dans le port de 

1. Ponse. 

2. Gayêtte. 

3. Lipsy. 

4. Petite île au nord de celle de Lipari. La Pannerie. 

5. Sur la côte nord de Sicile. A Mélasse. 

6. Sur la côte ouest de la Sicile, au sud de Catane. 



EXPÉDIT10> DE CANDIE. 33 

Marseille, huit jours après avoir fait une fausse par- 
tance, m'a été plus favorable que je ne pensois, 
puisqu'il m'a donné occasion d'y recevoir les brefs 
de Sa Sainteté que j'avois mandé à V. M. m'être 
nécessaires. Je les reçus la veille de notre départ et 
n'en pus rendre compte à A'^otre Majesté parce que 
le courrier étoit parti. Il y en a trois dont le premier 
me donne le commandement de toute l'armée sous 
M. Rospigliosi et M. de Beaufort'. Le second m'or- 
donne d'expédier les commissions aux capitaines 
des galères de V. M. au nom de Sa Sainteté, afin 
qu'en cas de séparation, elles soient reconnues pour 
ses galères, et le troisième me donne quantité d'in- 
dulgences et pouvoir de distribuer avec les médailles 
qui y étoient jointes. J'en ai envoyé copie au sieur 
Duché ^ qui les pourra faire voir à Votre Majesté, si 
Elle en a la curiosité. 

Je partis mercredi dernier de Marseille et j'arri- 
vai heureusement le même jour en cette rade, où j'ai 
été obligé de demeurer jusques à présent pour prendre 
les mesures nécessaires avec M. de Beaufort et M. de 
Navailles pour faire embarquer les régiments d'Espa- 
gny, La Fère et de Château-Thierry que les galères 
doivent porter, et pour assembler les barques de 



1. Louis XIV avait fait faire des démarches à Rome pour 
obtenir ce bref, tandis que, de son côté, le comte de Vivonne 
s'efforçait de le faire délivrer (Reg. , n° 90). Voir p. 20, n. 2. 

2. Jean-Baptiste Duché de Vancy, seigneur de la Grange- 
au-Bois , intendant de Vivonne depuis 1004, intendant et con- 
trôleur général alternatif de largentcrie et des menus plaisirs 
en 1000, secrétaire général des galères en 1009, mort le 1'"'' février 
1091. Père du fermier gi'néral. 

3 



34 CORRESPONDANCE DU DUC DE VlYONNE. 

nos secondes victuailles sur lesquelles je fais mettre 
vingt soldats de Téquipage de chaque galère, afin 
qu'elles puissent se défendre contre les corsaires si 
elles les rencontrent à la mer. Je fais état de mettre 
à la voile ce soir sans faute, n'y ayant plus rien qui 
me puisse arrêter. 

M. de Beaufort reçut hier un courrier qui lui 
apporta le changement du rendez-vous de Clorfou 
en celui des Cérigues, mais cela n'a pas empêché 
qu'il ne m'en ait donné un autre aux Zantes, où je 
dois attendre de ses nouvelles ou de celles de M. de 
Rospigliosi, en cas que j'y arrive le premier, n'ayant 
pas jugé à propos que je m'engage dans l'Archipel 
avec les seules galères de Votre Majesté, et en cas 
que j'apprenne qu'ils soient passés devant, je ferai 
toute la diligence possihle pour les joindre. 

Je ne dirai rien à V. M. de la route que je tien- 
drai pour me trouver au rendez-vous, parce que je 
me laisserai gouverner au temps qui me fera prendre 
celle de la côte d'Italie ou celle des îles, selon qu'il 
me favorisera le plus. 

M. de Beaufort ne prendra dans les ordres qu'il 
donnera que la qualité de capitaine général des 
armées navales de l'Église, et moi celles de capitaine 
général des galères de l'Eglise, pour suivre entière- 
ment rinlenfion de V. M., qui veut que nous parois- 
sions tout à fait officiers du pape. Je supplie très 
humblement Votre Majesté d'être persuadée que je 
ne perdrai pas un moment de temps et que je n'ou- 
blierai rien de tout ce qui pourra contribuer à 
l'honneur et à la gloire de ses armes. Je suis avec 
un profond respect... 



EXPÉDITION DE CANDIE. 35 

xxn. 

LE DUC DE BEAUFORT AU COMTE DE VIVONNE. 

[Toulon], 20 mai 1669. 

Instructions pour la route à faire suivre aux galères. — 'Fol. 
106, n° 83. Orig. : Arch. nat., Marine, B''?,, fol. 219.) 

Le duc de Beaufort, prince de Martigues, pair de 
France, capitaine général des armées navales de 
l'Église. 

N'ayant rien de plus important à faire pour le 
bon succès de l'expédition de Candie, présentement 
que la saison est si avancée qu'à procurer autant 
qu'il est en notre pouvoir la jonction prompte de 
l'escadre des treize galères et trois galiotes de notre 
saint père le pape qui sont commandées par M. le 
comte de Vivonne, général des galères de l'Eglise, 
avec celles que commande M. le bailli Rospigliosi, 
généralissime de la chrétienté, nous estimons qu'il 
est du service de Sa Sainteté et de l'intérêt de la cause 
commune que M. le comte de Vivonne parte avec les 
galères des rades de Toulon au premier beau temps, 
et qu'il s'en aille, selon que les vents le permettront, 
ou par le phare de Messine ou par le canal de Malte, 
prendre langue en Sicile (s'il ne passoit point à Cività 
Vecchia) de celles ci-dessus de M. le généralissime. 

Ne trouvant aucun ordre de lui, ni au dit lieu de 
Cività Vecchia ni dans sa route (quand bien il sauroit 
qu'il ne seroit pas passé pour aller à une des trois îles 
de Corfou, de Zante et de Cérigo), il fera voile droit 
à celle du dit Zante iifin d'éviter les embarras qu'il 



3G CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

pourroit rencontrer avec les galères d'Espagne en 
mouillant dans les leurs, et là il attendra les galères 
de Sa Majesté qui s'y doivent rendre. 

Il aura soin, s'il lui plaît, d'envoyer à M. le bailli 
Rospigliosi des lettres à Messine et à autant de lieux 
cju'il pourra et où il croira qu'il devra toucher, par 
lesquelles il lui donnera avis qu'il s'en va toujours 
devant au dit Zante, à moins qu'il n'apprit que les 
forces ottomanes fussent dans ces mers de Levant 
supérieures aux siennes. Auquel cas, il seroit bon 
cju'il attendit M. Rospigliosi au lieu qu'il jugera le plus 
propre pour cela. 

S'il sait que les galères du saint père soient déjà à 
une des trois iles ci dessus nommées, il fera tout 
devoir de les y aller joindre. Et comme il est malaisé 
cju'il mène toujours de conserve avec lui les barques 
qui portent ses vivres, nous estimons qu'il ne peut 
donner un meilleur rendez-vous à ces bâtiments 
pour les trouver qu'au dit Zante, ce qu'il doit faire 
dès en partant de Toulon de crainte que les calmes 
n'emjDêchent les dites barques de faire aucune navi- 
gation avec lui. 

Étant bon que M. le comte de Vivonne soit averti 
au dit Zante du temj3S que nous pourrons être aux 
Cérigues où les vaisseaux que nous commandons iront 
à droiture, nous le prions de laisser notre brigantin 
au cap Passaro, s'il y est plus tôt que nous, afin que 
nous le fassions passer incessemment au dit Zante et 
de faire porteur le dit brigantin d'une de ses lettres, 
]iar laquelle il nous donnera j^art de ce qui sera venu 
à sa connoissance, de ce qu'il aura fait et de ce qu'il 
devra faire. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 37 

Si nous arrivons les premiers au dit cap Passaro, 
nous laisserons à la tour une lettre qui marquera la 
route que nous devrons faire, et en ce cas il mènera 
le dit brigantin jusques au lieu de notre jonction. 
Enfin de quelle manière que ce soit nous lui ferons 
savoir de nos nouvelles au dit Zante. 

Fait à Toulon le xx® de mai 1669 K 

xxm. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Saint-Germain-en-Laye, 22 mai 1669. 

Ordre d'arrêter et d'envoyer dans les ports du royaume les 
marins et les vaisseaux français au service des étrangers. — 
(Fol. 112 v», n° 92. Arch. nat., Marine, B«i, fol. 108 v°.) 

Monsieur le comte de Vivonne, sur ce qui m'a été 

1. Vivonne quitta Toulon des le lendemain, le 21 mai (Reg., 
n"* 103) et suivit la côte italienne. Il emmenait avec lui treize 
galères et trois galiotes montées par 1463 soldats et 5074 
rameurs. (Cf. Bigge, Der Kampfum Candia, dans \es Kriegsges- 
chichtliche Einzelschriften, n° 26, p. 168 et 221.) Voici le nom 
des bâtiments de l'escadre et ceux des capitaines. Galères : 
La Générale (Vivonne), La Capitane (de Manse), La Patronne 
(de la Brossardière), La Croix de Malte (d'Oppède), La Fleur 
de Lys (de la Bretèche), La Victoire (de Tonnerre), La Dau- 
pliine (de Villeneuve), La Force [àe Breteuil), La Saint-Louis 
(de Montolieu), La Couronne (de Gardane), La Fortune [àe Jan- 
son), La Valeur (de Viviers), La Renommée (de Folleville). 
Galiotes : La Vigilante (d'Espanet), La Subtile (de Bueil), La 
Volante (de Foresta^. Les régiments qu'il emmenait étaient ceux 
de Château-Thierry, de La Fère et d'Espagny, embarqués le 
18 mai (Jal, op. cit., I, p. 577). Sur leur embarquement dans 
les galères, cf. p. 33, et Arch. de la guerre, 238, n° 59, 60. Le 
régiment d'Espagny comptait 21 officiers et 331 soldats, celui 
de La Fère 13 officiers et 171 soldats, celui de Château-Thierry, 
12 officiers et 163 soldats [ibidem, n** 75'!. 



38 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

rapporté que divers patrons de barques et autres de 
mes sujets de mon pays de Provence font bâtir des 
barques polacres et autres bâtiments de mer pour le 
compte des étrangers, qu'ensuite ils lèvent les équi- 
pages François et font le commerce en Levant sous 
ma bannière et pour le même compte sans revenir 
dans mes ports, ce qui est très préjudiciable au bien 
de mon service, je vous fais cette lettre pour vous 
dire que mon intention est que tous les bâtiments de 
cette qualité que vous et tous les capitaines de mes 
galères rencontrerez en mer sans être porteurs de 
congés ou passeports de l'amirauté, vous vous en 
saisissiez et les renvoyez en sûreté dans mes ports 
pour être procédé contre eux suivant la rigueur de 
mes ordonnances. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, 
Monsieur le comte de Vivonne, en sa sainte garde ^ 

XXIV. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Saint-Germain, 24 mai 1669. 

Ordre de capturer tout ce qui appartient aux pacha et divan 
d'Alger et de l'envoyer en France. Ordre de renforcer la 
chiourme avec cent quatorze Turcs faits prisonniers sur les 
côtes de Languedoc. — (Fol. 119, n° 97. Minute aut. de Col- 
bert : Bibl. nat., Fr. 8026, fol. 106. Copie : Arch. nat., 
Marine, B«l, fol. 109.) 

Monsieur le comte de Vivonne, I.e bâcha et divan 
d'x\lger n'ayant pas exécuté ce qu'ils vous avoient 

1. TJne lettre identique fut adressée au duc de Beaufort (Arch. 
nat., Marine, B*3, fol. 203). Voir aussi pp. 12 et 19. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 39 

promis, avec apparence de sincérité et de volonté, 
d'exécuter ponctuellement les traités qui ont été faits 
avec eux par mon ordre, et voyant au contraire qu'ils 
cherchent tous les jours de nouveaux moyens pour 
retenir une bonne partie de ce qu'ils ont injuste- 
ment pris sur mes sujets, je vous fais cette lettre pour 
vous dire que mon intention est que vous vous saisis- 
siez de tout ce que vous trouverez leur appartenir et 
à leurs corsaires, et que vous envoyiez le tout dans 
l'un de mes ports en la manière accoutumée. Je désire 
de plus que vous fassiez mettre sur mes galères, pour 
en renforcer les chiourmes, les cent quatorze Turcs 
qui ont été pris sur les côtes de ma province de Lan- 
guedoc. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait. Monsieur 
le comte de Vivonne, en sa sainte garde. 

XXV. 

LE DUC DE BEAUFORT AU COMTE DE VIVONNE. 

[Toulon], 27 mai 1669. 

Demande de prendre le fils du comte d'Estrades comme passa- 
ger jusqu'en Sicile. — (Fol. 118, n° 96.) 

Le fils de M. d'Estrades ' m'a prié de vous supplier 
de le vouloir passer jusques à la première tei-re de 
Sicile. Mettez-le sur un de vos bâtiments, s'il vous 
plaît, ne fut-ce qu'une galiole^. Je ne lui ai pu refuser 
cette très humble prière. J'appréhende que cela ne 

1. Le comte d'Estrades '1607-1086) fut promu maréchal de 
France en 1675, à la mort de Turenne, en même temps que 
Vivonne. Il eut quatre fils. 

2. Cet ordre était en contradiction avec celui du roi. Cf. n" IH. 



40 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

VOUS incommode. Nulles nouvelles de Paris, levais 
demain embarquer et incessamment à la voile. Tout 
à vous. 

XXVI. 
LOUIS XIV AU DUC DE BEAUFORT. 

Saint-Germain-en-Laye, 7 juin 1669. 

Au sujet du départ des vaisseaux pour Candie. — (Fol. 120 \°, 
n° ioO.) 

Mon cousin, 
Je suis très aise d'apprendre, par votre lettre du 
28^ du mois passé, que mes troupes commençoient à 
s'embarquer et que vous espériez mettre à la voile le 
samedi suivant, le premier jour de ce mois ^ Je 
souhaite fort que vous ayez le temps favorable et que 
vous soyez bientôt en état de me donner des marques 
de votre zèle pour la gloire de mes armes et de votre 
valeur ~. Je désire surtout que vous vous appliquiez 

1. Cf. la lettre de Colbert à Beaufort qui accompagnait celle 
du roi : Arch. nat., Marine, B^O, fol. 171. 

2. Beaufort mit à la voile « par le plus beau temps du monde » 
le mercredi 5 juin (Lettre de Lionne à Saint-André Montbrun — 
Arch. des Affaires étrangères, Venise, Correspondance, 89, 
fol. 197). Son escadre comptait exactement dix-huit vaisseaux 
de guerre, dix-sept bâtiments légers avec 840 bouches à feu et 
4670 hommes d'équipage. Voici le nom des vaisseaux de Beau- 
fort et ceux des capitaines (d'après Bigge, op. cit., p. 218, et 
Jal, op. cit., l, p. 578) : Le Monarque (de la Fayette), La Thérèse 
(d'Hectot), Le Toulon (de Belle-Isle), Le Fleuron (de Thurelle- 
Thiballier), La Sirène (de Cogolin), L'Ecureuil (de Beaumont), 
Le Bœuf (Bremani, La Concorde (Le Roux\ Ze Courtisan (de 
Martel), Le Soleil d'Afrique (de Saint- Aubin d'Infreville), Le 
Bourbon (de Bouillon^i, Le Provençal (de Bouille), Le Saint-Antoine 



EXPÉDITION DE CA>DIE. 41 

soigneusement à l'exécution de mes ordres pour 
retirer mes sujets qui sont au service des étrangers, 
et que dans la visite que vous ferez de mes vaisseaux 
dans le cours de ce voyage, vous remarquiez tou- 
jours les capitaines qui tiendront leurs équipages en 
bon état et la propreté dans leurs vaisseaux, n'y 
ayant rien qui soit si nécessaire pour y conserver la 
santé dont je désire que vous me donniez avis, afin 
que j'en puisse faire distinction dans les emplois que 
j'aurai à leur donner à l'avenir. Sur ce, je prie Dieu 
qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne 
garde. Écrit à Saint-Germain-en-Laye ^ 

XX vn. 

SAINT-ANDRÉ MOI\TBRU> ^ AU COMTE DE VIVONNE. 

[Candie], 10 juin 1669. 
Compliments et nouvelles de Candie. — (Fol. 12.3 \°, n° 10.3.) 

Monsieur, 
Je ne saurois vous exprimer ma joie lorsque j'ai 
appris que vous veniez ici général des galères. C'est 
à présent où il y a apparence des plus belles occa- 

(Chaboureau^, La Princesse (Gabaret), La Royale (de la Hillière), 
Le Croissant (de Tourville^, Le L.ys (de Grancey), Le Diinker- 
quois (de Languillet). Sur les régiments embarqués sur les 
vaisseaux, cf. Archives de la guerre, vol. 238, n" 65 et suiv. 

1. Peu de jours auparavant, le 31 mai, Colbert avait écrit au 
duc de Beaufort pour l'inviter de la part du roi à presser son 
départ (Arch. nat., Marine, B^O, fol. 152 v°i. 

2. Capitaine général des armées de terre de la République 
de Venise dès 1668. Après la chute de Candie, il fortifia Zante 
et Corfou, puis rentra à Venise où sa charge de général lui fut 
confirmée. Cf. Pinard, C/ironologie, IV, p. 45-52. 



42 CORRESPONDANCE DU DUC DE YIYO>NE, 

sions qu'on ait vues de longtemps. Mais il se faut 
hâter, car les Turcs n'oublient rien de tout ce qu'ils 
peuvent pour venir à bout de leur dessein. Et si le 
secours arrive tandis que nous tiendrons encore ce 
que nous tenons, il rencontrera des facilités qu'il ne 
rencontrera pas après. Je sais. Monsieur, que vous 
serez bien aise de voir ces belles actions et que vous 
prendrez plaisir à avoir part à la gloire, que vous 
hâterez le secours autant qu'il vous sera possible, 
comme votre très humble serviteur. .Te vous en sup- 
plie très humblement de me croire avec très humble 
respect... 

xxvm. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Saint-Germain, 12 juin 1669. 

Noms donnés à quatre galères que le roi fait construire à Mar- 
seille. — (Fol. 124 v°, n° 105.) 

Monsieur le comte de Vivonne, 
Étant nécessaire de nommer les quatre galères 
que j'ai ordonné de faire construire de nouveau à 
Marseille, je vous fais cette lettre pour vous dire que 
mon intention est qu'elles soient nommées la Brave, 
la Belle, la Grande et la Favorite. Et la présente 
n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, 
Monsieur le comte de Vivonne, en sa sainte garde. 
Écrit à Saint-Germain-en-Laye ^ 

1. Vivonne se faisait tenir au courant de l'état des galères res- 
tées k Marseille. Le 16 juin, Arnoul lui écrivait Reg., n° 167) : 
« J'ai fait sortir les deux galères, les ayant fortifiées de 100 Turcs 



EXPÉDITIO' DE C.V>"DIE. 43 

XXIX. 

LE COMTE DE VIVO^NE AU PAPE. 

Cività Vecchia, 12 juin 16G9*. 

Excuses pour n'avoir pas été à Rome prendre les ordres du 
pape, par suite du manque de temps. — ;Fol. 124 v**, n° 106.) 

Très saint Père, 
Je n'aurois pas manqué en arrivant ici de me rendre 
auprès de Votre .Sainteté pour y recevoir ses ordres 
et sa .sainte bénédiction, si je n'avois appréhendé de 
perdre du temps et l'occasion de lui rendre les ser- 
vices que le Roi, mon maître, m'a ordonné, et que 
la reconnoissance que j'ai de toutes ses bontés 
m'obligent de lui rendre en mon particulier. ^lais 
j'ai cru que Votre Sainteté trouveroit plus à propos 
que je me privasse de cet honneur que de manquer 
à profiter du temps et à joindre M. le bailli de Ros- 
pigliosi avant qu'il entre dans l'Archipel. Je supplie 
très humblement Votre Sainteté d'être persuadée 

d Alger, de 15 ou 20 qui me sont venus, et de 37 venus de 
Toulouse à Bordeaux. Jon attends encore 2.50 qui viennent. Si 
vous ménagez bien les choses, comme je n'en doute pas, vous 
serez bientôt à la tête de 20 galères ». Le même, le 21 juin, lui 
écrivit encore Reg., n" 115 : « Pour ce qui se passe à Marseille, 
nous exerçons la chiourme de la Saint-Dominique, de la Thérèse 
et de la Galante que j'espère faire aller toutes trois à la foire de 
Beaucaire. Je travaille à en faire bâtir : envoyez-moi tous les 
Turcs que vous prendrez et prenez-en pour 4 ou 5 galères, je 
vous les fournirai. » 

1. D'après M. Terlinden [Clément IX et la guerre de Candie, 
p. 204), l'original de cette lettre est du 11 juin Arch. du ^ ati- 
can. Letterc di Principi, 94, fol. 179i. 



44 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

que je ferai toute la diligence possible et que je 
n'oublierai rien pour mériter l'honneur et les grâces 
que j'ai reçues d'elle et pour lui faire connoître avec 
combien de zèle et de respect je suis K.. 



XXX. 

LE COMTE DE VIVONNE A LOUIS XIV. 

Cività Vecchia, 14 juin 1669. 

Nouvelles de la navigation des galères et de leur réception à 
Cività Vecchia. — (Bibl. nat., Mélanges Colbert, n° 153, 
fol. 435.) 

Sire, 
Je ne rendrai point compte à Votre Majesté du 
mauvais temps et de la contrariété des vents que 
j'ai trouvés depuis que je suis parti de Marseille, 
parce qu'Elle me fait bien la grâce de croire que je 
n'aurois pas tant taidé à me rendre ici, si je n'avois 
été obligé de surmonter des obstacles aussi considé- 
rables que ceux-là. Mais je l'assurerai simplement 
que j'ai fait toute la diligence possible et que, si je 
n'avois extrêmement profité du temps, et ménagé le 
peu de relâche qu'il m'a donné, je ne serois pas 
arrivé hier au soir en ce port, comme je fis fort 
heureusement par le plus mauvais temps du monde. 
La ville et le château rendirent en arrivant aux 

1. Le 18 juin, Clément IX écrivit au roi une lettre faisant 
l'éloge de Vivonne (Arch. des Affaires étrangères, Rome, Cor- 
respondance, t. 197, fol. 233). Sur le passage des galères à Cività 
Vecchia, cf. ibidem, fol. 235 et 238. Elles y séjournèrent du 11 
au 14 juin (Reg., n° 103). 



EXPÉDITION DE CANDIE. 45 

galères de V. M. tous les honneurs qu'elle pouvoit 
souhaiter, et je reçus en mon particulier tous ceux 
que je pouvois espérer de la part de Sa Sainteté et 
de celle de M. le cardinal Azzolino, qui témoigne être 
tout à fait dans les intérêts de V. M. Je fais état d'en 
parler ce soir ou demain de grand matin pour joindre 
au plus tôt M. le bailli Rospigliosi que l'on m'a assuré 
être encore aux côtes d'Italie ou de Sicile, et j'espère, 
quoiqu'iJ soit parti i3eaucoup plus tôt que moi. d'ar- 
river assez à temps pour rendre avec lui les services 
que V. M. attend de ses galères. Je la supplie très 
hiunblement, comme j'ai déjà fait plusieurs fois, 
d'être persuadée que je n'oublierai rien pour méri- 
ter l'honneur qu'elle m'a fait de me mettre à la tête 
d'un corps aussi considérable que celui de ses galères, 
et que je la servirai toute ma vie avec tout le zèle,' 
le respect et la fidélité que je dois. Sire, de VotrJ 
Majesté, le très humble, très obéissant et très fidèle 
serviteur et sujet, 

ViVONNE. 

A Cività Vecchia, ce 14^ juin 1669. 
XXXI. 

LE DUC DE ISA VAILLES AU COMTE DE VIVONXE. 
S. 1., 16 juin 1669. 
Avis que les chevaux nécessaires pour la cavalerie arriveront 
a Candieenmême temps queles Français.— Fol. 128. n. 111.) 

C'est pour donner avis ;i celui qui commande de 
la part de la Sérénissime République de Venise dans 
les îles de Zante que l'armée destinée pour le secours 
de Ciuidie sern mardi à Cérigo. el comme il esf de 



46 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

la dernière importance pour le service de la Sérénis- 
sime Répul)lique de faire passer les chevaux qui sont 
au Zante pour monter la cavalerie que le dit secours 
mène avec elle, j'ai cru leur devoir donner cet avis 
afin qu'ils ne perdissent point de temps à les faire 
passer avec toute la diligence possible. Je ne doute 
point que les dits chevaux ne soient aussitôt en 
Candie que nous, n'y ayant rien qui paroisse plus 
important pour libérer la place. Il ne me reste qu'à 
vous assurer que je suis votre très humble et très 
véritable serviteur. 

XXXII. 
LE DUC DE BEAUFORT AU COMTE DE VIVONNE. 

S. 1., 17 juin 1669. 

L'escadre des vaisseaux se dirige directement sur Candie sans 
faire l'elàchc à Ccrigo. — (Fol. 126, n" 108.) 

Je donne avis à M. le bailli Rospigliosi du rencontre 
que j'ai fait d'une escadre de vaisseaux de guerre 
vénitiens ^ qui escortoient des barques chargées de 
chevaux pour notre cavalerie. Le commandant de 
laquelle m'ayant assuré du périlleux état de la place 
de Candie, il a été résolu que nous passerions tout 
droit à Standia sans seulement faire d'aiguade au 
Cérigo 2. Ce que nous allons exécuter très ponctuel- 

1. Ils étaient commandés par Taddeo Morosini. 

2. Sur la traversée faite par les vaisseaux de Toulon à Can- 
die, on peut lire une relation détaillée et pittoresque dans Le 
voyage de Candie... en Vannée Î669, par M. des Réaux de la 
Richardière (Paris, A. Pralard, 1671, in-16), p. 27 et suiv. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 47 

lement et avec diligence. Je ne doute point que cela 
ne vous donne bien de l'envie de nous joindre promp- 
tement et que vous n'en pressiez avec de grandes 
instances M. le généralissime. C'est de quoi je réponds 
à tout le monde qui vous plaint de n'être pas ici, et 
moi plus que qui que ce soit, qui ne saurois avoir 
plus de joie que celle d'avoir l'honneur d'être avec 
vous. 

xxxm. 

M. LE PROVÉDITEUR DE ZANTE AU COMTE DE VIVOÎVNE. 

Zante, 18 juin 1669. 

Situation malheureuse de Candie. Besoin pressant de secours 
— (Fol. 127, n" 110.) 

Dagli annessi hilieti resimi per ordine del sMuca 
di Beaufort e duca di Navailles ^ comprenderà la 
honlà di Y. E. la premura di Candia e la l)rama dcl 
s"" duca stesso per il di Lei avanzamento verso Cerigo. 
Ho creduto liene prendere con essa motivo di humi- 
liare la propria osservanza a rispetto di V. E. cui 
non devo accrescere stimoio, mentre io so quanto 
Ella tiene di ardenza e di risoluzione per favori re 
la Republica et accrescere con la christianità la glo- 
ria e il merito del suo gran nome. Certo èche Candia 
è in moka contingenza, pervenulo l'inimico ail' 
ultimo termine del halouardo - di Sant'Andrea, mal- 
celere comparsae la sola vista de lemutti soccorsi di 
Sua Maestà assicurerà certo la piazza e con fondera 
l'inimico ne suoi disegrni. 

1. ÀVin'df^Iies. 

2. Boulevard. 



48 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

Li cavalli aquest'hora saranno a Cerigo al numéro 
desiderato, onde anco in questo puô L. E. V. rico- 
noscere la disposizione d'ogni cosa secondo la brama 
del signor duca di Beaufort e lo stabilito délia Repu- 
blica. 

Doni il Signor Iddio ail' E. V. eguale al suo gran 
spirito la félicita, mentre io mi eonfermo... 

XXXIV. 

LE DUC DE BEAUFORT AU COMTE DE VIVONNE. 

S. 1. n. d. 

Avis que l'escadre se dirige sur Cérigo et de là sur Candie, qui 
attend un prompt secours. — (Fol. 128 \°, n° 113.) 

Monsieur de Vivonne, 
Arrivant au Zante, saura que nous allons droit à 
Cérigo et de là en Candie qui est fort pressée, n'y 
ayant pas un moment à perdre à s'y rendre, la place 
désirant un prompt secours. Il pressera, s'il lui plaît, 
M. Rospigliosi de hâter sa navigation, et en cas qu'il 
fut premier que lui au Zante, il ne lui {sic) attendra pas 
et s'en viendra nous trouver en Candie. Il faut qu'il 
songe à nous faire venir aussi les chevaux qui sont 
au Zante pour notre cavalerie. 

XXXV. 

LE COMTE DE VIVONNE AU DUC DE BEAUFORT. 

[Messine], 19 juin 1669. 

Réponse à la lettre précédente. Nouvelles de la navigation des 
galères. — (Fol. 129, n" 114.) 

Les temps m'ont toujours été si contraires depuis 



II 



EXPÉDITION DE CANDIE. 49 

que je suis parti que je n'ai pu arriver au phare ' 
qu'aujourd'hui 19, où, ayant appris que les galères 
du pape ~ et celles de Malte en étoient parties le 15, 
j'ai continué ma route sans m'arrêter à Messine afin 
de les joindre incessamment à Corfou où elles doivent 
espalmer. Je vous supplie très humblement de me 
faire savoir le plus souvent qu'il se pourra de vos 
nouvelles, afin que je me règle selon vos ordres, vous 
conjurant d'être persuadé que vous n'en sauriez don- 
ner à personne qui soit avec tant de respect et de 
soumission que moi votre très humble et très obéis- 
sant serviteur. 

XXXVI. 

COLBERT AU COMTE DE VIVONNE. 

Saint-Germain-en-Laye, 26 juin 1669. 

Les dépêches pour la Cour devront prendre la route de Zante, 
Otrante et Rome, ou celle de Venise. — (Fol. 132, n° 117.) 

Le sieur Taulignan, coiisid de la nation française 
en l'île de Zante, étant venu ici prendre de nouvelles 
provisions, je l'ai chargé en s'en retournant de 
vous faire tenir ce mot pour vous donner avis que 
vous pouvez lui adresser vos dépêches en la dite île, 
lesquelles il nous fera tenir par Otrante à Rome ou à 
Venise, ainsi que l'occasion s'en offrira, étant certain 

1. De Messine. 

2. Les galères du pape étaient encore à Cività Vecchia le 
21 mai à cause du vent contraire, et en cours de route elles 
essuyèrent une tempête, qui les arrêta (Arch. des Affaires 
étrangères, Rome, Correspondance, vol. 198, fol. 92 et 115.) 

4 



50 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

que cette voie est beaucoup plus prompte que celle 
de Provence. 

J'ai appris de Toulon, que si le venl qui a soufflé 
depuis voire départ a été de même à la mer, l'armée 
navale du Roy doit être il y déjà quelques jours au 
rendez-vous général. Nous ne pouvons maintenant 
que faire des vœux pour le succès d'une si sainte et 
si juste entreprise, souhaitant passionnément en mon 
particulier que les premières nouvelles qui nous vien- 
dront de votre part soient telles qu'on les peut et 
qu'on les doit attendre du bonheur des armes de Sa 
Majeslé, de l'union des chefs et de la bonne dispo- 
sition des troupes '. 

XXXVII. 
LE COMTE DE VIVONNE AU BAILLI ROSPIGLIOSI. 

Zante, à bord de la Capitane, 27 juin 1669. 
Question protocolaire. — (Fol. 133, n° 118.) 

Monsieur, 
Je proteste à Votre Excellence que j'ai une si forte 
passion de concourir en tout ce qui dépendra de moi 
pour le bien du service et poui* sa gloire particulière 
que je la puis assurer que, s'il n'y avoit que mon 
intérêt particulier, il n'y auroit rien que je ne fisse 
pour éviter tous les embarras et les difficultés pré- 
sentes. Mais comme j'ai l'honneur d'être à un Maître 
qui veut que je soutienne la dignité de l'emploi dont 
il m'a honoré, je supplie très humblement Votre 

1. Leltre identique de Colberl au duc de Beauforl (Arch. 
nat., Marine, B29, fol. 220 v°j. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 51 

Excellence de m'accorder le pas dans sa galère, étant 
assuré par la connoissanee que j'ai des intentions de 
Sa Majesté qu'elle trouveroit fort mauvais que je me 
fusse relâché dans ce rencontre. Votre Excellence 
peut être persuadée que je n'oublierai rien pour lui 
faire voir en toutes occasions le zèle et la passion 
avec laquelle je suis K.. 

xxxvm. 

LE MARQUIS DE .ALAJITEL AU COMTE DE VIVONIVE. 

La Fosse de Candie, 2 juillet 1669. 

Sur la recherche de l'escadre de Barbarie, que l'on suppose 
dans les ports de Morée, au radoub. — iFol. 134, n° 119., 

Sui' ce que vous me faites l'honneur de me deman- 
der mon sentiment sur les nouvelles que vous avez 
eues du combat qui s'est donné à la côte de la Morée, 
sur la Sapienza, entre les vaisseaux vénitiens et de 
Barbarie, et aussi touchant l'escorte de M. dcTilladet", 

1. M. Terlindcn, en publiant cette lettre presque en entier 
d'après une copie conservée à Rome dans les Archives de la 
famille Rospigliosi, fait l'histoire du conflit protocolaire (p. 209- 
215) où Vivonne fut intransigeant et qui occasionna l'envoi 
de cette dépèche. II parle à cette occasion de la morgue 
insolente de Vivonne et de ses procédés grossiers et outrageants 
pour le généralissime. On a vu d'autre part que Louis XIV 
avait été très strict sur le rang de la galère Capitanc. Elle ne 
devait « céder à aucune galère qu à la première du pape » (cf. 
n" XlIIi. Mvonne outrepassa peut-être les ordres du roi. et 
s'attira lanimosité des autres officiers. — La lettre ci-dessus 
est la seule du registre qui ait trait à toute cette affaire. 

2, Gabriel de Cassagnet, chevalier de Tilladet, était aide de 
camp de Navailles. Il était frère cadit du marquis de Tilla- 



52 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

je VOUS dirai, Monsieur, que si vous avez intention de 
détacher une escadre pour aller chercher les vaisseaux 
de Barbarie, elle servira d'escorte pour M. de Til- 
ladet ; mais trouvez bon que je vous dise qu'à moins 
que ces vaisseaux de Barbarie ne soient dans un port 
à se radouber, ayant été maltraités du combat qu'ils 
ont fait, c'est temps perdu que d'espérer que nos 
navires étant sales les puissent arrêter, comme vous 
savez mieux que moi. C'est pourquoi. Monsieur, il 
les faudra aller chercher dans Modon, Coron ou 
Navarin, qui sont les seuls lieux où ils puissent aller 
se radouber. Si vous jugez à propos d'y envoyer mon 
escadre avec deux brûlots, il n'en est pas besoin de 
davantage, et je puis mettre à la voile demain au soir 
si M. de Tilladet est prêt. Mais je n'oserois vous 
répondre du temps qu'il faudra pour aller et venir. 
C'est à vous, Monsieur, déjuger du temps auquel vous 
avez besoin de vos navires pour le rembarquement 
des troupes, ce qui est assez considérable pour y 
prendre de bonnes mesures, si l'on étoit assuré de 
trouver les vaisseaux et avoir le temps propre pour 
aller et venir. La résolution seroit bien aisée à prendre, 
mais l'un et l'autre est bien incertain, ce qui même 
me donne de l'embarras pour l'escorte de M. de 
Tilladet, car de ne lui donner que deux ou trois vais- 
seaux, c'est les exposer à une force supérieure dont 
on auroit regret après les avis que l'on a eus. C'est 
poiu quoi. Monsieur, il faut se résoudre à y envoyer une 
escadre forte ou point du tout, et en ce cas il faudroit 

det, et chevalier de Malte depuis 1647. Il fut lieutenant-général, 
gouverneur d'Aire et mourut le 11 juillet 1702 (Arch. de la 
guerre, vol. 238, n" 72). Cf. Villars, Mcmoù'es, éd. de Vogué, 
I. I, p. 121, n., et Pinard, Cfironologie, IV, p. 320. 



EXPÉDITION DE C.VNDIE, 53 

que le navire marchand fit le tour de l'île pour aller 
chercher la côte de Barbarie, pour éviter la ren- 
contre de ces corsaires qui tiennent l'autre terre. 
Voilà mon sentiment sur ce sujet que je soumets à 
votre prudence et à vos lumières qui valent mieux 
que les miennes. En attendant vos ordres, je suis, 
Monsievu', avec beaucoup de respect, tout à vous. 

XXXIX. 

LE COMTE DE VIVONNE AU ROI. 

[En mer, 1^"^ ou 2 juillet.] 

Notification au roi de la mort du duc de Beaufort, et de la sor- 
tie contre les Turcs à la Sablonnière. — (Fol. 13.5, n° 120.) 

Sire, 
Je rends à Votre Majesté le même compte que j'ai 
fait aux Cérigues du voyage de ses galères, crainte 
que ma première lettre ne lui soit pas rendue, et 
j'ajoute avec un très sensible déplaisir la funeste 
nouvelle de la mort de M. de Beaufort que je Aiens 
d'apprendre par le sieur de Belle-Isle ^ , major des vais- 
seaux, que M. de Martel m'a envoyé pour prendre 
l'ordre '-. Il m'a dit que les vaisseaux étant arrivés 

1. Belle-Isle Erard, et non Foucquet de Belle-Tsle. 

2. Le duc de Beaufort mourut à la sortie du 25 juin. Vivonne 
n'arriva devant Candie que le 3 juillet. Il ne put donc fournir 
au roi aucun détail précis sur cette mort qui fut longtemps 
regardée comme assez mystérieuse ; on ne retrouva jamais le 
cadavre de Beaufort, et une légende naquit de cette circon- 
stance. Cf. Saint-Hilaire, Mémoires, éd. Lecestre, I, p. 72, 
n. 2. Cf. aussi la lettre du 7 juillet au roi, où Vivonne déclare 
n'avoir rien à ajouter aux rapports envoyés par Navailles sur 
la sortie (Arch. nat., Marine, B*3, fol. 291). 



54 CORRESPONDANCE DU DUC DE A^VONNE. 

ici il y a quelques jours, les troupes de terre et celles 
de mer descendirent et firent une sortie cinq jours 
après, dont l'événement (quoique les Turcs aient été 
poussés de leur retranchement du côté de la Sablon- 
nière) n'a pas été heureux, puisqu'ils se trouvent 
depuis dans le même poste et que l'on a perdu beau- 
coup [de monde]. 

Il m'a dit que Messieurs de Catelan ' et de Cau- 
visson y ont été blessés ~. J'espère demain au soir, 
comme c'est la coutume des galères, d'approcher de 
la ville et entrer seul dans une chaloupe pour voir 
M. de Navailles et savoir le détail de toutes choses ^. 
J'en informerai Votre Majesté plus particulièrement 
quand je les aurai vus, et l'assure que j'aurai une 
application très particulière dans le commandement 
que j'ai l'honneur d'avoir de ses vaisseaux et de ses 
galères pour ne perdre aucune occasion de leur faire 
faire quelque chose digne de la grandeur du maitre 
à qui ils appartiennent. Je suis... 

1. De Castellane, dans le texte. Sur Louis Catelan, cf. 
Mémoires de Saint-Hilaire, éd. Lecestre, I, p. 66, n. 8. 

2. Les pertes furent plus considérables que ne le pensait 
Vivonne. Le marquis de Catelan fut tué et non pas blessé. 
Avec lui périrent, outre le duc de Beaufort, le comte de Rosan, 
neveu de ïurenne, et les marquis de Lignières, d'Uxelles et 
de Fabert. Au total 245 officiers et 560 soldats furent tués. 
(Liste des morts et des blessés : Arch. des Affaires étrangères, 
Venise. Correspondance, vol. 89, fol. 207 et 249.) 

3. L'escadre de Vivonne n'était donc plus qu'à une très 
courte distance de l'île. 



expédition; de candie. 55 

XL. 

M. DE LA CROIX AU COMTE DE VIVONNE. 

[Candie,] 7 juillet 1669. 

Ordres du duc de Navailles, relatifs au départ de Preuilly pour 
la France avec les lettres pour la Cour, et au débarquement 
des troupes restées sur les galères. — (Fol. 138, n° 123.) 

N'étant arrivé de Standia ^ que sur la fin de la 
nuit, j'ai cru, Monsieur, que vous seriez déjà parti 
de votre galère avec M. de Rospigliosi pour vous 
rendre en cette ville, ainsi que vous l'aviez résolu, et 
c'est ce qui m'a empêché d'y passer pour ne pas 
perdre le temps de rentrer avant le jour. 

J'ai trouvé à mon retour M. le duc de Navailles avec 
la fièvre qui lui a continué tout aujourd'hui, quoi- 
qu'avec moins de violence, ce qui me fait espérer 
qu'il en sera bientôt quitte ^. Il m'a prié de vous 

1 . Standia est toujours orthographié dans le registre L' Estan- 
tier ou Lestantier. Nous rétablissons chaque fois l'orthographe 
moderne. La flotte de Vivonne jeta l'ancre devant cette « petite 
île d'environ trois lieues do tour, appartenante aux Vénitiens, 
éloignée de trois lieues de la ville de Candie. Cette île n'est 
point habitée, n'y ayant que des rochers sans aucune terre 
dessus : on y avoit mis l'hôpital des blessés et des malades... » 
(Des Réaux de la Richardièrc, Le Voyage de Candie, p. 118). 

2. Sur le débarquement de Vivonne et la santé de Navailles, 
cf. la lettre du général des galères au roi, du 7 juillet 1660 : 
«... Je croyois pouvoir aller dans la place le lendemain de notre 
arrivée, mais les vents du Nord qui régnent ordinairement ici, 
et qui sont iraversiers de la côte, ont été si violents qu'ils nous 
ont retenus deux jours dans ce port. Le calme de la nuit nous 
permit hier daller mouiller à la portée du canon de la ville, 
mais comme je me disposois le soir d'y entrer avec M. de Rospi- 



56 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

écrire ce mol pour vous assurer de ses services très 
humbles et vous représenter qu'il est de la dernière 
importance que vous fassiez incessamment partir 
M. de Preuilly ^ , avec son vaisseau ou tel autre que vous 
jugerez à propos, pour porter les paquets dont on 
avoit chargé M. d'Alméras- avec ordre, aussitôt son 
arrivée en Provence, de dépêcher un courrier pour 
les porter avec la plus grande diligence C|ui se pourra 
à la Cour. Les ordres que feu Monsieur l'amiral avoit 
et ceux de M. de Navailles sont si précis d'informer 
Sa Majesté de tous les événements qui arriveront ici 
que l'on ne peut différer un seul moment sans y 
contrevenir. C'est à quoi il vous supplie de faire 
considération. Il vous demande aussi en grâce de 
faire débarquer demain les troupes cjue vous avez sur 
vos galères et de leur faire fournir des chaloupes 
pour les porter en Candie. Vous pouvez obliger celui 
qui commande les galéasses de les fournir suivant 

gliosi pour conférer avec M. de Navailles et M. de Morosini, le 
dernier nous manda que M. de Navailles avoit la fièvre et qu'il 
étoit dans un redoublement qui ne lui permettoit pas de parler 
d'affaires, de sorte que nous avons été obligés de revenir en ce 
port pour mettre les galères en sûreté, en attendant que M. de 
Navailles soit en état de nous voir et d'exécuter ce que nous 
voudrons. » (Arch. nat., Marine, B'^S, fol. 291 v'>.) 

1. Le marquis de Preuilly d'Humières, capitaine de vaisseau 
depuis 1G65 devint chef d'escadre en 1673 et lieutenant-géné- 
ral en 1677. Cf. sur lui, Villette, Mémoires, éd. Monmerqué, 
p. 13 et passim, et Etats mss. de la Marine au Ministère de la 
marine. 

2. Guillaume d'\lraéras, capitaine de vaisseau depuis 1644, 
chef d'escadre depuis 1669, devint lieutenant général en 1673. 
Cf. Villette, Mémoires, p. 34; Jal, op. cit., I, p. 171, note 1 (avec 
le facsimilé de sa signature), et Saint-Hilaire, Mémoires, éd. 
Lecestre, I, p. 234, n. 5 et 6. 



EXPÉDITION DE CANDIE. o7 

l'ordre qu'il en a de M. le capitaine général. Vous 
obligerez aussi très sensiblement en mon particulier 
de faire donner à M. Jacquier ^ celles dont il aura 
besoin, soit pour apporter les vivres, soit pour appor- 
ter le charbon pour distribuer aux troupes. C'est 
une des choses dont nous avons plus de besoin ici ; 
faute de quoi les soldats ne sauroient rien faire cuire 
de ce que l'on leur fournit pour vivre. Sachant combien 
vous passionne tout ce qui est du service, je suis per- 
suadé que vous excuserez la liberté que je prends, 
et j'ose me flatter que vous agréerez les protestations 
que je vous fais de mes très humbles obéissances. 

XLI. 
MOROSES I 2 AU COMTE DE VIVONNE. 

S. 1. n. d. 

Notification des désertions toujours plus nombreuses de galé- 
riens. Morosini supplie Vivonne de porter remède à ce mal 
qui devient alarmant. — iFol. 139, n° 125.1 

111""* e Ecc"'° S"^ mio colendissimo, 
Hô non solo relazione che si vadino moltiplicando 
le fuohe de remisanti cosi délie «alere e ^aliaze che 
sono in cotesti legni, lequali non puono certo seguirc 
stante le diligenze che sono praticate quando non 
restino ricovrati li fuggitivi, ma dall' annesso costi- 

1. Munitionnaire des armées. Cf. sur lui M™' de Sévigné, 
Lettres, éd. Monnierqué, t. II, p. 304. Voir les instructions 
qu'il reçut pour son office, Arch. nat., Marine, B*3, fol. 3. 

2. François Morosini était gouverneur de Candie depuis 1056 
et généralissime de la Hépuhli([ne depuis 1()58. 



58 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

tuto ricavo pure che un comitto délie galère com- 
mandante dalla virlù di V. E. ne va desviando eome 
gli era sortilo di far di 13 e tutta via continuava. Di 
quanto gran pregiudizio sia al publico laie perdite in 
congiiinlura tanlo Iravagliosa, l'infinita prudenza 
deir E. y. lo comprende, ne io posso astenermi di 
porlargliene la notizia ele supplicazioni assieme, a ciô 
si contenli di far disponere agi' alfari délie galère 
stesse di doversi da ciô conlenere mentre la pia di 
Lei intenzione tutta propensa per le avvantagi publici. 
Son certo eh' anco in queslo consolarà le mie divo- 
tissime instanze per perpeluarmi nell' obbligazione, 
p eon quali mi afermio immutabilimente... 

XLII. 
LE DUC DE NA VAILLE S AU COMTE DE VIVONNE. 

[Candie,] 11 juillet 1669. 

Demande de renseignements sur les préparatifs efrectués en\ue 
d'une attaque contre les Turcs. — (Fol. 140, n" 126.) 

Je vous supplie de me faire savoir si vous disposez 
les matières pour l'affaire résolue. M. le capitaine 
général m'a dit avoir donné ses ordres pour ce qui 
regarde son fait ^ Je ne doute pas que vous n'ayez 

1. Il s'agissait de venger la défaite du 25 juin et de profiter 
des renforts amenés par les galères. Il est difficile d'établir 
avec précision auquel des généraux revient la responsabilité 
de la bataille qui allait être livrée le 24 juillet. Morosini son- 
geait à une sortie générale vers la Sablonnière appuyée par 
l'artillerie des galères. Navailles aurait fait rejeter ce plan (Ter- 
lindcn, op. cit., p. 229) et décider le bombardement des retran- 



EXPÉDITION DE CANDIE. 59 

plusieurs choses à ménager et avec les étrangers et 
même nos Français, mais vous avez dû savoir faire 
de la diligence et bonne intention ; c'est de quoi vous 
vous servirez utilement. De notre côté tout ira bien. 
Donnez-moi de vos nouvelles, nous avons besoin de 
diligence, les ennemis pressent et ces Messieurs^ sont 
à bout. Je ne vous en dirai pas davantage. Vous 
savez combien je suis à vous. Je me plains de M. de 
Manse qui ne se souvient pas de moi ; faites-lui en 
reproche. 

XLm. 

INSTRUCTIONS DU COMTE DE VIVONNE 
A SES SUBALTERNES. 

[Standia, juillet 1669.] 

« Avis de M. de Vivonne, général, pour canonner les retran- 
chements des Turcs en Candie. » — (Fol. 140, n° 127.) 

Pour l'exécution du dessein d'aller battre et miner 
les batteries du camp turc depuis le bastion de Saint- 
André jusque par delà la rivière, afin de battre dans 

chements des Turcs par la flotte. En tout cas il était plus favo- 
rable à l'attaque du bastion de la Sablonnière qu'à celle du 
bastion de Saint-André que choisirent en fin de compte les 
Vénitiens (cf. les Mémoires de Navailles, p. 251). 

Quant au principe d'un bombardement par la flotte, une 
lettre de Bourlemont à Lionne laisse croire que Vivonne n'en 
fut pas partisan et ne se rangea qu'à l'avis de la majorité. Il 
semble au contraire avoir pris une certaine part dans la déci- 
sion du bombardement, et ses instructions et ses ordres montrent 
bien qu'il ne mit ni lenteur ni mauvaise volonté dans lexécu- 
tion du projet. 

1. Les Vénitiens. 



60 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

le dit camp par le revers, il faut prendre un temps 
calme, afin que les galères puissent remorquer plus 
facilement les vaisseaux et qu'on les tire avec plus de 
sûreté, et ainsi ce sera de l'armée navale que dépendra 
le jour de l'exécution parce qu'ils jugeront mieux du 
temps propre que MM. de la ville. Et quand on aura 
trouvé le temps comme il faut, on détachera à minuit 
une chaloupe à MM. les généraux de terre pour les 
avertir qu'on commencera à canonner à la pointe 
du jour; et dans le temps que la chaloupe sera partie, 
les vaisseaux et galères serperont et les galères iront 
donner le cap de remorque aux vaisseaux auxquels 
elles seront destinées, afin que chacun soit posté 
avant le jour. 

Quant à la disposition du mouillage, ma pensée 
seroit que quatre galéasses avec la plus forte escadre 
de galères fussent à l'aile gauche pour battre les 
redoutes, batteries et places d'armes que les enne- 
mis occupent sur le bastion Saint-André, que les 
plus gros vaisseaux de Sa Majesté, qui seront dans 
le centre, ayant à s'occuper à battre les redoutes, 
batteries et plateformes qui sont le long de la marine 
et les grands cavaliers qui sont au-dessus, et pour 
l'escadre de galères avec les deux galéasses restantes, 
elles batteront les batteries opposées et les camps et 
retranchements des ennemis par leur revers. Et les 
six galères détachées des escadres seront mises dans 
les intervalles des vaisseaux pour battre conjointe- 
ment avec eux et donner le secours aux vaisseaux 
qui pourroient être incommodés pendant l'action. 

Et comme rien n'est plus nécessaire pour le bien 
du service que de convenir de signaux avec MM. de 
la ville pour connaître sûrement le temps qu'ils voii- 



EXPÉDITION DE CANDIE. 61 

(Iront faire sortie, ou afin de cesser de tirer des vais- 
seaux, ou de peur que notre feu ne cesse trop tôt et 
ne donnât loisir aux ennemis de revenir de l'épou- 
vante avant que les nôtres fussent en état de sortir, 
il sera bon que MM. delà ville mettent leurs pavillons 
non seulement sur le cavalier de Martinengo ^ mais 
encore sur tous les autres bastions de la ville et clo- 
cher de Saint-Marc et surtout le château du port, 
afin que un de ces signaux étant vu par un des vais- 
seaux ou galères, ils en refassent un autre dont nous 
serons convenus pour en avertir leurs camarades, 
afin que personne ne tirât ; et outre l'envoi de la 
chaloupe dont nous avons parlé ci-dessus pour 
avertir MM. de terre avant que commencer à tirer, 
afin que personne ne puisse être incommodé de notre 
canon et qu'ils aient le loisir de mettre leurs gens à 
couvert, on tirera de dessus la Réale ou de dessus 
\ Amiral six fusées volantes. Les vaisseaux de la 
Sérénissime République se posteront par le terrain. 
Messieurs les généraux de terre sont priés de dire 
leur avis touchant les vaisseaux et autres bâtiments 
qui sont sur la droite et même ceux qui seront postés 
par le travers des batteries du camp depuis la place 
d'armes des ennemis jusques à la rivière, s'il ne seroit 
pas bon que pendant la sortie ils continuassent à 
tirer, tant sur la queue des tianchées que dans les 
tentes, afin d'empêcher l'ennemi de s'attrouper, 
attendu aussi que ces bâtiments ne peuvent ainsi 

1. Ouvrage militaire au sud delà ville, vers la partie la plus 
éloiguée de la mer et en reirait sur les rortilîcations. Cf. le n"2<S du 
plan de la ville de Candie, publié par Bigge, Kampfuni Candin. 



62 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

endommager ni incommoder ceux qui sont sortis de 
la ville. 



XLIV. 
INSTRUCTIONS POUR LA FLOTTE. 

[Candie, vers le 10 juillet.] 

« Projet de ce que l'on estime être à faire par l'armée navale 
pour canonner le camp des Turcs et faire une forte diversion 
à la faveur de laquelle l'armée de terre puisse entreprendre 
de regagner le bastion de Saint-André avec succès. » — 
(Fol. 142, n° 128.) 

La pensée seroit que les vaisseaux, galères et 
galéasses s'approchassent de terre le plus près qu'il 
se pourra sur leurs ancres suivant les ordres et les 
projets de M. le général des galères. 

Les galéasses et les plus grands vaisseaux prendront 
particulièrement à tâche de battre les batteries enne- 
mies et qu'une partie des autres s'appliquent [sic) à 
raser les redoutes que les ennemis ont sur le bastion 
de Saint- André et leur batterie qui y est pareillement. 

Le surplus des vaisseaux et galères canonneroient 
incessamment le camp des ennemis. 

El pour favoriser encore davantage l'entreprise de 
l'armée chacune de deux perriers sur lesquels il y 
auroit huit ou dix mousquetaires, lesquels feroient 
feu siu^ l'ennemi et feroient semblant de descendre 
à terre, afin de leur donner continuellement jalousie 
de ce côté-là, et par la diversion qu'ils feroient, 
donneroient toute facilité aux troupes de terre qui 
sortiroient par la ville. 

Comme l'afFaire presse, il est bon de mettre toutes 



EXPÉDITION DE CANDIE. 63 

choses en état de la part de l'armée navale de le 
pouvoir exécuter lundi prochain 15^ de juillet, en cas 
que le temps et la mer se trouvent propres. Si lundi 
les vents se trouvent contraires, la chose sera remise 
à mardi et ainsi aux jours suivants, si tôt que la mer 
le pourra permettre sans qu'il soit aucunement dif- 
féré. 

A cet effet, lorsque M. le général des galères aura 
jugé avec ADl. de l'armée navale et les pilotes que le 
temps sera propre, il fera un signal, duquel il sera 
convenu avec M. le duc de Navailles, afin que de 
son côté il prépare toutes choses. Bien entendu que 
l'armée de terre ne commencera point l'action de 
son côté qu'après que l'armée navale aura fait la 
sienne, afin que le tout se fasse de concert. 

XLV. 

LE DUC DE AA VAILLE S AU COMTE DE VIVONIVE. 

Candie, 15 juillet 1669. 

Nouvelles de l'armée de tene et de lobligatioii où sont les 
chrétiens de battre en retraite. Navailles demande du secours 
pour soutenir la rctirade. — (Fol. 14.3 v**, n° 129.) 

Nous sommes dans une si grande nécessité de toutes 
choses, qu'il faut trouver des expédients pour ne se 
laisser pas aceahler. (les Messieurs les Vénitiens 
manquent de tout et les Turcs sont dans l'abondance. 
Cette grande nécessité fait que je me mêle de plu- 
sieurs choses, et que j'entre dans beaucoup de détails 
qui ne sont pas de mon fait comme celui-ci, d'avoir 
fait entreprendre la leliradc. n'ayant plus devant 



6^1 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

nous que des chevaux de frise, les ennemis poussant 
leur affaire avec tant de vigueur qu'il n'y a que ce 
que je donne de monde qui résiste à toutes leurs 
tentatives, et comme l'ennemi voit c{u'il n'y a cjue 
nous qui lui résistions, il se jette sur la partie foible 
et nous prend par derrière, et comme cela il ne laisse 
pas d'avancer, car les troupes vénitiennes sont telle- 
ment abattues qu'elles n'en peuvent plus. 

Je me suis donc chargé de faire faire toute la 
retirade qui est le seul salut que nous ayons ici pour 
n'avoir pas la gorge coupée. J'ai douze cents hommes 
commandés tous les jours pour cela, mais commej'au- 
rois encore besoin de trois ou quatre cents hommes, 
j'ai recours à vous, afin que vous nous en assistiez, 
s'il vous plaît, tant des vaisseaux que des galères *. 
Il faudroit qu'ils fussent ici demain de grand matin. 
On donnera quinze sols de France à chaque soldat 
et on les payera en bonne monnoie de plomb. Je 
puis vous avancer cela, parce que j'ai ce fond entre 
mes mains. Je vous prie de donner part de ma lettre 
à M. Rospigliosi et de lui faire mes excuses si je ne 

1. Navaillcs écrit dans ses Mémoires (éd. de 1710 , p. 249 : 
« Morosini jugea à propos celle seconde retirade [au bastion 
Saint-André] nécessaire et me pria de lui fournir des hommes 
pour avancer le travail. Dès le lendemain, je commandai dix- 
huit cents hommes et j'en envoyai demander deux cents à 
Tarmée navale. Ces deux mille hommes travaillèrent six 
semaines à cette seconde retirade et ne laissèrent pas pendant 
tout ce temps-là de monter la garde à leur tour. Comme il 
falloit qu'ils fussent continuellement exposés au canon, aux 
bombes et à la mousquetterie des ennemis, cinq ou cix cents 
des meilleurs soldats y demeurèrent. » — Cf. aussi iJibl. nat. , 
Fr. 6120, fol. 37 v». " 



EXPÉDITION DE CANDIE. 65 

me donne pas l'honneur de lui rendre compte de ce 
qui se passe de deçà. Nous sommes dans une grande 
inquiétude de voir la continuation de ce mauvais 
temps. Nous aurions grand besoin de quelque chose 
qui nous donnât lieu d'espérer quelqu'événement 
avantageux. Je vous donne le bonsoir et vous baise 
très humblement les mains. 



XL VI. 

COLBERÏ DE MAULEVRIER ' AU COMTE DE VIVONNE. 

[Candie], 16 juillet 1669. 

Compliments sur le projet de bataille navale dressé par Vivonne. 
— (Fol. 145, n" 131.) 

Je vous rends mille grâces très humbles, Monsieur, 
de la part qu'il vous plaît me donner du projet que 
vous avez fait et de la disposition de votre attaque. 
Il ne se peut rien ajouter au changement que vous 
y avez fait et toutes les fois que j'en ai parlé avec 
feu M. l'amiral et MM. les capitaines de vaisseaux, 
ils m'ont tous dit que cette attaque se devoit faire de 
la manière que vous l'avez arrêté, c'est-à-dire les 
galères entremêlées avec les vaisseaux. Pour l'autre 
disposition, je vous puis assurer que, quoiqu'elle ait 
été envoyée de la part de MM. les généraux de terre, 
M. le duc de Navailles ni moi n'y avons aucune part. 
Je souhaite de tout mon cœur que le temps se calme 
au plus tôt, afin de vous donner moyen d'exécuter 
une si belle entreprise où la diligence est si néces- 

1. Colbert de Maulevrier, frère du ministre, était maréchal 
de camp depuis lo 2 avril 1600 .lai. op. cit., I, p. 578'. 



66 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

saire, afin qu'ensuite nous puissions profiter d'un 
si bel exemple. Je vous supplie très humblement de 
croire, Monsieur, qu'on ne peut pas être plus sen- 
sible ni plus touché que je le suis de la manière 
obligeante dont vous en usez avec moi, et que vous 
pouvez compter sur moi comme sur la personne du 
monde qui vous est la plus acquise. 

XL Vil. 
LE DUC DE NAVAILLES AU COMTE DE VIVONNE. 

Candie, 16 juillet 1669. 

Demande de grenades qui manquent à l'armée, tandis que les 
Turcs en sont bien pourvus. — (Fol. 145 v*>, n" 132.) 

Nous ne voyons point de changement dans lèvent 
et nous en voyons beaucoup à nos affaires. Les enne- 
mis se prévalent de la quantité de grenades et bombes 
qu'ils ont, et nous n'en ayant pas, cela fait c[u'ils 
avancent et que nous perdons du monde. Nous avons 
besoin de grenades sur toutes choses. Si vous pou- 
viez nous en faire ramasser dans les vaisseaux et 
galères quatre ou cinq mille, vous nous feriez grand 
plaisir, car M. le capitaine général n'en a pas dix en 
tout Candie ^ Vous voyez bien de quelle conséquence 
il nous est d'en avoir. Faites moi savoir ce qui se 
peut espérer et me croyez tout à vous. 

1. Le lendemain, Navailles écrivait encore à Vivonne (Reg. , 
n" 135) : 

«... Je vous suis bien obligé de tous les secours que vous 
nous donnez. Nous avons besoin d'une personne qui soit aussi 
portée au bien que vous êtes, et trouve foule d'expédients pour 



EXPÉDITION DE CANDIE. 67 

XLVIII. 

LE COMTE DE VIVONNE AU DUC DE NA VAILLES '. 

[Standia, 19 juillet 1669.] 
Difficultés et dangers pour un bateau isolé de s'aventurer en 
mer. Les équipages des galères comptent beaucoup de malades 
— (Fol. 150, n« 138.) 

Si l'on pouvoit envoyer un vaisseau chercher des 
provisions avec autant cle sûreté que l'on vous a 
voulu faire croire, je ne manquerois pas, Monsieur, 
de faire tout ce que vous souhaitez de moi ; mais j'ai 
encore appris, depuis que j'ai reçu les deux lettres 
que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, que les 
Turcs avoient pris une barque française et qu'ils 
croisoient ici aux environs avec assez de forces pour 
ne pas s'exposer à les rencontrer avec un simple 
vaisseau marchand. J'ai donné toutes les adresses 
possibles à la personne qui est venue ici de votre 
part pour y acheter des provisions et des rafraîchis- 
sements. Et lorsqu'il y arrivera (jnelqu'un qui en 
apportera, j'aurai soin d'en faire mettre à part pour 
vous et de vous en donner avis. Je ne saurois encore 

mettre les choses en état. Je vous assure que nous sommes si 
pressés et si indigents des choses nécessaires qu'il faut se sen- 
tir quelque gré de ne se laisser pas étourdir. Je vous demande 
la continuation de vos secours et vous assure de ma parfaite 
rcconnoissance. » Par l'entremise du dur de .\availles, Ruvignv 
fil une nouvelle demande de grenades, le 4 août (cf. n°LXI). 

1. En réponse à une lettre du 17 juillet (Reg., n» 137), par 
laquelle ^availles demandait l'envoi d'un vaisseau marchand : 
Les Armes de France, pour aller chercher des provisions. — 
Cf. BihI. nat., Fr. (M'iO, fol. 37 \"-39. 



68 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

VOUS dire positivement combien la marine vous 
pourra fournir de troupes en cas que vous entre- 
preniez quelque chose de considérable, parce qu'y 
ayant beaucoup de malades et de convalescents sur 
les vaisseaux et sur les galères, il est nécessaire que 
je fasse moi-même une espèce de revue de ce qui 
reste avant que de rendre la réponse que souhaite 
M. le capitaine général. Mais soyez persuadé que, 
quand je ne serois pas aussi bien intentionné pour 
le service que vous me faites la grâce de croire, que 
votre considération particulière m'obligeroit à faire 
en ce rencontre tout ce qui sera en mon pouvoir. 
J ai quelques ordres et une instruction que je ne 
puis me dispenser de suivre de point en point, mais 
ils seront bien contraires à ce que vous désirez de 
moi, s'ils m'empêchent de le faire et de vous témoi- 
gner en cette occasion comme en toutes celles qui se 
rencontreront que personne n'est plus véritable- 
ment à vous que... 

XLIX. 
LE MARQUIS DE MARTEL AU COMTE DE VIVONNE. 

[Candie,] 22 juillet 1669. 

Proposition d'aller canonner par mer le camp des Turcs. 
Avantages que Ton retirerait de cette action. — (Fol. 152, 
n° 140.) 

T..es temps ne pouvant permetti^e d'exécuter le des- 
sein que l'on a pris de battre le camp des ennemis 
avec toute l'armée, trouvez bon, s'il vous plaît, 
Monsieur, que je vous die que l'on pourroit, en 



EXPÉDITION DE CANDIE. 69 

attendant un temps favorable pour cette grande exé- 
cution, détacher les vaisseaux par escadres pour aller 
le canonner à la voile, afin de renverser les batte- 
ries qu'ils ont du côté de la mer et les harceler. Cela 
ne peut nuire et peut servir beaucoup. Tous les 
jours, les temps sont propres pour y aller sans nul 
risque que de quelques coups de canon dont l'on 
ne doit pas faire grand cas. Les vents ne sont tous 
les jours que mistraux et tiennent souvent du Ponant. 
Il est bon pour y aller et pour s'en tirer puisque, le 
mistral portant par grec et tramontane, les vaisseaux 
mettent le cap debout dehors. Si vous trouvez à 
propos que je fasse cette tentative avec l'escadre du 
vice-amiral, je la ferai avec toutes les précautions 
que le métier requiert, et il n'en peut arriver aucun 
mal, mais plutôt quelque bon effel. Si cela réussit, 
l'on pourra tous les jours les battre par escadres sans 
y manquer, car les temps le permettent tous les jours 
et il n'y a pas un homme du métier qui n'en con- 
vienne avec moi. De plus, cela empêchera les tra- 
vaux que les ennemis font toujours du côté de la mer, 
qui seront grands si l'on leur donne le temps de les 
achever, et il seroit fâcheux d'être inutile et pouvoir 
faire quelque chose ; c'est une tentative qui ne peut 
qu'être approuvée de tout le monde. Faites-moi 
l'honneur. Monsieur, de me mander votre sentiment 
et croyez que j'exécuterai tout ce qu'il vous plaira 
m'ordonner, avec plaisir. 

Si vous trouvez bon que j'entreprenne cette ten- 
tative, j'en avertirai M. de Navailles, afin qu'il observe 
la contenance des ennemis pour s'en servir, s'il le 
juge à propos. Je suis avec beaucoup de respect. 



70 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

Monsieur, votre très humble et très obéissant ser- 
viteur ^ . 

L. 

LE DUC DE NA VAILLES AU COMTE DE VIVONNE. 

[Candie,] 23 juillet 1669 2. 

Approbation donnée au projet d'une attaque navale du camp 
turc. Demande de l'envoi de quelques vaisseaux en recon- 
naissance vers la Sablonnière. — (Fol. 159, n° 144.) 

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur 
de m'écrire •', à laquelle je ne vous ferai point d'autre 
réponse, si ce n'est que je crois que vous ferez de 
votre côté tout ce qui se pourra pour nous donner 
moyen de faire quelque chose. Je crois que vous ferez 

1. Lettre de Vivonne à Navailles (23 juillet. Reg., n° 141) : 
« Nous nous en allons en résolution de bien canonner les ennemis. 
Je souhaite que le temps seconde nos bonnes intentions et que 
le vent vienne du large, car s'il n'en venoit, je n'oserois pas y 
mener les vaisseaux du Roi à cause des grands inconvénients 
qui en pourroient arriver, en ce cas la partie se remettroit à 
une autre fois. Faites-moi la grâce, je vous supplie, de me 
mander si vous ferez faire une grande sortie après notre canon- 
nade, parce que si les choses n'étoient pas en cet état, il ne 
faudroit pas exposer ces grands vaisseaux du Roi à un assez 
grand danger pour une chose qui seroit infructueuse. » A la 
suite de cette lettre se trouve la liste des signaux convenus pour 
l'action (Reg., n° 142 et 143). 

2. Cette lettre est datée, dans le Registre, du 24 juillet. Il y 
a certainement là erreur d'un jour, puisque la bataille tant 
préparée fut livrée le 24. Navailles, qui termine en souhaitant 
« le bonsoir » à Vivonne, dut écrire cette lettre dans la soirée 
du 23 juillet. 

3. 23 juillet. Voir la note précédente. 



fl 



EXPÉDITION DE CANDIE. 71 

avec votre prudence ordinaire [en sorte] de ne pas 
exposer les vaisseaux du Roi sans de fondements 
solides. Pour moi, je n'ai rien à vous dire sur les 
vents ni sur la mer, parla raison que je n'yconnois 
rien de bonne foi. Mais je vous dirai que nous avons 
résolu d'être sous les armes tout ce que nous avons de 
gens dans cette garnison pour tâcher de profiter de 
l'occasion que vous nous pourrez donner, tellement 
que nous n'avons rien résolu de fixe, d'autant plus 
que vous avez vu aussi bien que nous que les ennemis 
ont avis que nous avons dessein d'aller du côté de 
Saint- André. C'est pourquoi nous avons arrêté que 
vous enverrez quelques vaisseaux du côté de la 
Sablonnière pour voir si nous trouverons facilité de 
ce côté là, ne le croyant pas si précautionné que 
l'autre. Voilà tout ce que je vous puis dire sur ce 
sujet. Il sera bon, en cas que vous ne puissiez appro- 
cher, autant qu'il seroit nécessaire pour faire quelque 
chose, que vous nous en donniez avis le plus tôt 
que faire se pourra. Je vous donne le bonsoir et suis 
votre très humble et très obéissant serviteur. 



LI. 

LE DUC DE NA VAILLE S AU COMTE DE VIVONNE. 

[Candie,] 24 juillet 1669. 

Demande de rapport sur la catastrophe survenue à un bâtiment. 
Irritation contre la négligence et l'incurie dos \ énitiens pen- 
dant la sortie que fit l'armée de terre tandis que la flotte 
canonnait les Turcs. — (Fol. 161 v°, n° 147.) 

Je vous supplie très humblement. Monsieur, de 



72 CORRESPONDANCE DU DUC DE YIVONNE. 

me mander le succès de votre entreprise et sur quel 
vaisseau le malheur est tombé ^. Je vous serai très 
particulièrement obligé de m'en vouloir faire un 
détail un peu exact et par écrit. C'est la prière de 
votre très huml)le et très obéissant serviteur. L'on 
n'a point donné de ce côté ici qu'à la fin. Les Fran- 
çois ont fait une petite sortie, mais ces Messieurs les 
Vénitiens n'étoient pas prêts et tout cela va à leur 
ordinaire ^. Je vous prie de brûler mon billet. Je vous 
en dirai davantage à la première vue et vous con- 
noîtrez combien l'on est malheureux d'avoir à faire 
à telles gens. Il ne se peut rien ajouter à tout ce 
qu'ont fait les vaisseaux et les galères. J'envoie savoir 
de vos nouvelles. 

1. Au cours du bombardement du camp turc par la flotte chré- 
tienne, qui venait d avoir lieu, la /"//c'/'èse prit feu par l'impru- 
dence d'un canonnier et sauta. On verra plus loin les suites de 
cet accident, les pertes qu'il causa, et les efforts pour sauver de 
son épave les canons qui y restaient encore. Navailles, en écri- 
vant, ne savait pas encore que « le malheur étoit tombé » sur 
la Thérèse, précisément le navire qui l'avait amené de France 
et que l'accident venait de lui faire perdre 20000 écus, son 
argenterie et sa garde-robe qu'il avait laissés à bord (cf. Bigge, 
op. cit., p. 183, et Arch. de la guerre, vol. 238, n° 92|. 

2. La garnison de Candie devait profiter du bombardement 
pour attaquer les Turcs, de son côté. (Cf. la lettre précédente et 
la suivante.) Selon M. Terlinden (p. 232), la sortie aurait échoué 
en partie par suite du mauvais vouloir de Navailles lui-même, 
qui aurait refusé de fournir 600 hommes promis. La lettre ci- 
dessus le contredit ou indique tout au moins un malentendu 
complet. (Voir le rapport de Vivonne à Colbert, n" LV.) 



EXPÉDITIO>" DE CANDIE. 73 

LU. 

MOROSINI AU COMTE DE VI YONNE. 

Candie, 24 juillet 1669. 

Compliments adressés à Vivonne pour son courage et son talent. 
Réflexions sur la bataille et la canonnade qui viennent d'avoir 
lieu et leurs conséquences. — (Fol. 136, n° 149.) 

m™" e Ecc""* Signor mio, Signor colendissimo, 
Assecondale le gloriedi V. E. dalle geiierose azioni 
del sùo eslremo corraggio hannoquesto oggi impresso 
perdite eosi grande a nemici, che senza dubio ave- 
ranno concepito nel loro individiio terrore e spa- 
venlo, mentre sprezzati tutti i pericoli, lia voluto 
abracciarequelli azzardi, che ebbero forza di eoster- 
nare l'inimico e di acereseere a Lei quella corona di 
palme, che meritamente diviene marca gloriosa delle 
sue fatiche. lo non ho talenti che vaglino à deean- 
tare il valore con che hà effettualo una operazione 
tanto profîcua a questi inleressi, bensî ho un animo 
che saprà sempre pubblicare l'eternità delle mieobli- 
gazioni. Solo la perdita délia naxe Santa Teresia e il 
dan no ricevuto [al]la sua propria galera ' ha viva- 
mente amareggiato la mia passione, e se l'aviso délia 
sua ferita non mi fusse stato indirizzato colle notizie 
d'esser di poeo momento, mi sarebbe accresciuto 
in forma taie ildolore, che non mi potrei dar pace. 
Fu cerlamente un'opera tanto segnalata per le con- 
sequenze che si vanno ricavando degli danni consi- 

1. ce. dans l'acte suivant les pertes de la galère Capitane. 



74 CORRESPONDANCE DU DUC DE TIVONNE. 

derabili de nemici per la frequenza e moltiplicità 
délie canonate, che dapertutto colpivano, che si puô 
formalizare concetti di piu alti Irionfi ad armate cosî 
gloriose. 

In fatti io non posso che credere esser assai 
piu maggiori li danni loro, di quello che cadauno 
si puo persuadere poiehè in aggiunta di tanta quan- 
tità di canonate accopiati anco i fornelli, che saranno 
stati osservati dall'E. V. incendiati a tempo e oppor- 
tunamente, fecero effetti cosi mirabili che certo i 
Turehi lacrimeranno per molti giorni le loroperdite ^ . 
Erano già disposte le cose délia sortita stabilita, e si 
voleva anco poner ad effetto, ma osservato Tinimico 
che sera molto ingrossato nei ridotti del balloardo, 
e che preavertiti di tal fatto attendeva di riportare 
qualche profitto sopra i nostri, un corpo de quali 
avendo fatti avanzare dalla parte délia scozzeta per 
meglio accetarsi délia verità, furono incontrati con 
tanta copia di granate che si ritirono con una perdita 
di settanta e piu tra morti e feriti. Onde riflettendo 
agli discapiti che ne potrebbe risultare, fu concorde- 
volmente deliberata la suspensione di essa sortita per 
attendere con piu proposito qualche altra operazione, 
ma perché {sic) avanti che si prendano simili espe- 
dienti. giudico di nostro avantaggio l'haver distinte 
notizie dei danni del nemico. Invio il messo questa 
sera agli confidenti, perché dalle relazionide medesimi 
possino prendere normale nostrerisoluzioni, le quali 
per altro saranno per riconoscere il moto délie sue 

1. Les iransfiigos rapportèrent que les Turcs avaient perdu 
plus (le douze cents hommes. Vivonne écrivait à Colbert 2 ou 
3.000 hommes, mais sans garantir l'exactitude de ce chiffre. 



EXPÉDITION DE CAMDIE. 75 

prudeiitissime delil^erazioni, mentre in lutte le forme 
ho ambizioiie d'essere '... 

Candia, le 24 juglio 1669. 

Lin. 

COLBERT DE MAULEVRIER AU COMTE DE VIVONNE. 

[Candie,] 24 juillet ^ 1669. 
Félicitations. — iFol. 159 v", n° 145.) 

Vous voulez bien, Monsieur, que je ne diffère pas 
davantage à vous faire mes compliments sur l'action 
d'aujourd'hui. Elle est assez glorieuse pour vous pour 
donner quelque joie à ceux qui font profession d'être 
particulièrement votre serviteur autant que je le suis. 
Je vous puis bien assurer qu'il n'a pas tenu à moi 
que nous n'en ayons mieux profité que nous n'avons 
fait, mais Dieu ne l'a pas voulu. Je vous supplie très 
humblement de vous souvenir quelquefois que vous 
m'avez promis un peu d'amitié et que vous n'en 
sauriez faire part à personne qui vous en soit si 
obligée ni qui la désire avec plus de passion que... 

1. Cette lettre a tout l'air d'avoir été envoyée pour consoler 
Vivonne de l'insuccès de l'attaque et prévenir son décourage- 
ment. On peut y voir une preuve des efforts tentés par Morosini 
pour soutenir le courage des généraux français et éviter leur 
départ (Cf. Terlinden, op. cit., p. 2.33). 

2. Par erreur, le copiste a écrit : avril. 



I 



76 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE, 



LIV. 

LES PERTES DES GALÈRES ET DES VAISSEAUX DE 
FRANCE PENDANT LA BATAILLE DU 24 JUILLET 1669. 

« Liste des tués et blessés sur les galères de France, tant officiers 
volontaires, soldats que mariniers ou forçats dans la canon- 
nade des batteries des Turcs de Candie du 24*" juillet 1669. » 
— (Fol. 164 \°, n° 151 *.) 

Sur la Capilane ; 

Tués : Le sieur Chaberl, sous-lieuteiiant, a eu le 
bras droit cassé de coups de mousquet et d'éclats de 
la Thérèse, dont il est mort le soir même. Le sieur 
Vidaut, commandant les bai^ques des victuailles, tué 
d'un morceau de fer de la Thérèse. 

Un sergent tué d'un éclat du dit vaisseau, 

8 soldats tués, 

2 forçats tués. 

Blessés : M. le généi^al blessé de contusions des 
éclats de la Thérèse aux jambes, aux épaules et un 
peu la vue incommodée de la poudre de ce vais- 
seau ~. 

M. deManse, capitaine, blessé d'im éclat delà Thé- 
rèse à la tête. 

M. le chevalier de Mirabeau^, major des galères, 

1. Voir aussi : Arch. nat., Marine, B''3, fol. 308. 

2. Vivonne fut soulevé de son poste et roula, tout meurtri, 
parmi les rameurs (Arch. de la guerre, vol. 238, n** 92 et 
Ch. Terlinden, op. cit., p. 230). 

3. François de Riquety, dit le chevalier de Mirabeau, né le 
30 avril 1631, lieutenant au régiment de Provence avant de 
devenir officier de marine. Major des galères depuis le 11 mars 
1665, mort inspecteur des galères (1690). 



EXPÉDITION DE CANDIE. 77 

blessé d'un coup de mousquet à la lêle et de deux 
éclats de la Thérèse au bras et à l'épaule. 

^I. de Maubousquet. volontaire, blessé de contu- 
sions des éclats de ce vaisseau. 

M. le chevalier Gaillard ', volontaire, blessé à dos 
d'une contusion d'un éclat de ce vaisseau. 

M. de Manse, le neveu du capitaine, volontaire, 
le bras droit cassé et l'épaule cassée d'éclats de la 
Thérèse . 

11 n'est resté auprès de M. le général dans le com- 
bat que le sieur de Roussi, capitaine réformé d'in- 
fanterie, le sieur Duché de Vancy, son secrétaire, et 
le sieur d Antigny, son grand page, qui n'ont été 
blessés que de légères contusions. 

40 soldats mariniers ou forçats blessés. 

Sur la Patronne ; 
^I. de Tagenac, lieutenant, tué. 

12 soldats tués, 
15 de blessés, 

6 mariniers tués, 
8 de blessés. 

Sur la Dnuphine : 
2 timonniers tués, 
2 soldats blessés, 
2 mariniers tués, 

2 caps de garde blessés, 

1 marinier blessé, 

3 forçats l)lessés. 

Sur la Croiv de Malte : 

2 soldats tués, 

1. Pput-ètre le même qui commandait V Amazone en 1702. 



I 



78 CORRESPOND.V^'CE DU DUC DE VIVONNE. 

5 soldats blessés, 
4 forçats blessés. 

Sur la Couronne : 
7 soldats tués, 

2 mariniers tués, 
1 forçat tué, 

9 soldats blessés, 

4 forçats blessés. 

Sur la Fleur de Lys : 
1 soldat tué et 3 blessés, 
1 caporal blessé et 1 canonnier, 

5 mariniers blessés et 2 forçats. 

Sur la Victoire : 

6 soldats tués, 
9 blessés. 

Sur la France : 

1 forçat tué d'un coup de canon. 

Sur la Force : 

3 soldats tués, 

2 soldats et 2 mariniers blessés, 

7 forçats blessés. 

Sur la Fortune : 

3 forçats blessés. 

Sur la Saint-Louis : 

4 soldats tués, 

1 marinier tué, 

4 soldats blessés, 

2 mariniers blessés, 

1 forçat blessé. 

Sur la Valeur : 

2 soldats et 3 mariniers tués, 

5 soldats blessés. 



EXPÉDITION DE C\>D1E. 79 

3 forçats blessés. 

Sur la Renoîiimée : 

5 soldats tués d'un coup de canon, 
11 soldats blessés. 

Sur la Vigilante, galiote : 

2 mariniers de la rame, blessés, 
1 soldat blessé. 

Sur la Subtile, galiote : 

4 soldats blessés, 

3 mariniers de la rame, blessés. 

Sur la Légère, galiote : 
3 soldats tués, 
1 caporal blessé, 

6 mariniers de rame, blessés. 

Liste des tués et blessés sur les navires de France 
et des coups de canon tirés et reçus dans la canon- 
nade des batteries des Turcs de Candie du 2à^ juil- 
let 1669. 

U Amiral a tiré 1400 coups de canon, en a reçu 
7 à fleur d'eau et 25 dans les hauts, et il a eu 1(3 
hommes tués et 25 blessés. 

Le Vice-amiral, commandé par M. le marquis de 
Martel, a tiré 800 coups de canon et en a reçu 16 
dans le corps du navire, dont il y a eu 10 hommes 
tués et 20 de blessés. 

Le Contre-amiral, commandé par M. de Gabaret, 
a tiré 1085 coups de canon. Il en a reçu 15 dans le 
corps du navire, dont trois des siens ont clé démon- 
tés, 20 dans les manœuvres, les haubans coupés, 
7 hommes tués, 2 canon niers estropiés et 9 hommes 
blessés. 



80 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

Le Fleuron^ commandé par M. de Thurelle, a tiré 
500 coups de canon, en a reçu 6 qui lui ont tué 
15 hommes, et blessé 20. 

Le Comte, commandé par M. de Rerjean \ a tiré 
500 coups de canon et en a reçu 6 dans le bois et 
d'autres dans les manœuvres; et il a eu il hommes 
tués et 23 blessés sans \ comprendre le sieur de Méri- 
court, lieutenant, blessé à la jambe d'un éclat. 

Le Toulon, commandé par M. de Belle-Isle, major 
des vaisseaux, a tiré 600 coups de canon, en a reçu 
7 dans le boid et deux à l'arrière à l'estaubord ; il a 
eu 5 hommes tués et 13 blessés. 

Le Lys, commandé par M. le marquis de Grancey 2, 
a tiré 600 coups de canon et a reçu deux dans les 
hauts, un aux galeries et deux à la grande batterie, 
4 matelots tués et cinq soldats blessés. 

La Royale, commandée par M. de la Hillière^, a 
tiré 400 coups de canon, a eu le sieur Mascardière, 
enseigne, blessé, 4 hommes tués et 7 blessés. 

Le Bourbon, commandé par M. le bailli de Bouil- 
lon ^, a [tiré] 1095 coups de canon, en a reçu 8 dans 
le bois, autant dans les manœuvres, et 2 hommes 
tués et 7 blessés. 

1. Le Barbier de I^erjean. 

2. Grandcerf, dans le texte. François-Benedict Rouxel de 
Médavy, marquis de Grance} , capitaine de vaisseau depuis 1663, 
devint chef d'escadre en 1672. Il était colonel d'un régiment 
d'infanterie qu'il conserva quoique servant sur mer. Cf. Pinard, 
Clironologie, IV, p. 314. 

3. Le chevalier de la Ilillicrc ou La Ilhière commanda aussi 
le Fleuron en 1669. (Bibl. du Ministère de la Marine, Cartes et 
plans, 87, A. IV, n. 18-39.) 

4. Constantin-Ignace de La Tour d'Auvergne, chevalier ou 
iiailli de Bouillon, né en 1()46, inorl en 1670, neveu deTurenne, 



EXPÉDITION DE C\>D1E. 81 

Le Croissant, commandé par M. le chevalier de 
Tourville ', a tiré 468 coups de canon, en a reçu 5 
dans le corps du navire et 7 dans les manœuvres, et 
5 hommes de blessés. 

Le Dunkerquois, commandé par M. le chevalier 
de La Mothe 2, a tiré 400 coups de canon, en a reçu 
10 dans le bois, et d'autres dans les manœuvres; il 
a eu 5 hommes tués et 7 blessés. 

V Etoile, commandée par M. de Contay^ a tiré 
467 coups de canon, il en a reçu 7 dans le vaisseau 
et il a eu 6 hommes tués et 15 blessés. 

Le Provençal, commandé par M. le comman- 
deur de Bouille, a tiré 500 coups de canon ; 3 hommes 
y ont été tués et M. de BlotS capitaine en second, 
et de Fénis, enseigne ^ fort blessé, et 5 hommes de 
blessés du canon des Turcs. Il a eu de plus 25 hommes 
de tués ou blessés par les éclats de la Thérèse. 

La Sirène, commandée par M. de Cogolin ^ a tiré 
600 coups de canon, en a reçu 6 dans le bois ou 
dans les manœuvres. Il a eu 4 hommes tués et 9 
blessés ^. 

1. Capitaine de vaisseau depuis 1667, il devint chefdescadre 
en 1675, lieutenant-général en 1682, vicc-ainiral en 1689 et 
maréchal de France en 1696. En 1669 il avaft 27 ans. 

2. La Mothe Viala, capitaine de vaisseau [États de la Marine 
1668j. 

3. De Contay d Humières, capitaine de vaisseau. 

4. De la famille des Chauvignv-Blot. 

5. Il venait d'être promu enseigne tout récemment (1669). 

6. Le chevalier de Cogolin, capitaine de vaisseau depuis 
1666, devint chef d'escadre en 1693. En 1672, il commandait 
VEole. 

7. Au total, les pertes françaises s'élevèrent à 't21 morts, 
dont 286 tués par la Thérèse, cl 219 blessés. 

6 



82 CORRESPO^■DA^CE DU Dl C DE VIYO>iNE. 

LV. 

LE COMTE DE VIVONNE A COLBERÏ. 

[Standia,] 28 juillet 1G69. 

Rapport détaille sur le combat du 24 juillet entre l'armée navale 
et le camp turc, et déclaration de la nécessité oîi se trouvent 
les Français de rentrer en France. — 'Fol. 169 v°, n*" 152.) 

Monsieur, 
J'eus l'honneur de vous mander, il y a douze jours, 
ce qui avoit été résolu dans le conseil que nous 
avions tenu dans la ville chez le capitaine général, où 
les généraux et les officiers généraux avoient été 
appelés '. Je vous rendis compte en même temps 
des particularités de ce conseil, où l'on ne consen- 
tit pas sans difficulté à faire canonner le camp des 
Turcs par les vaisseaux et par les galères pour favo- 
riser une sortie générale des troupes de France et 
de la ville, comme les généraux de terre demandoient, 
parce que les galères d'Espagne et des autres princes 
ne Favoient osé entreprendre l'année dernière. La 
chose ayant été mûrement résolue, parce que je dis 
hautement que les années précédentes c'étoient les 
galères d'Espagne et que c'étoit cette année celles de 
France ~, je pris les mesures nécessaires pour l'exé- 
cution de cette entreprise avec M. de Rospigliosi et 
M. de Martel, et tombai d'accord avec eux des postes 
que les galères et les vaisseaux doivent prendre. 

1. Voir les noms des signataires du procès-verbal dans Tcr- 
lindcn, op. cit., p. 229. 

2. Sur \o rôle de Vi\onne dans ce conseil, cf. p. 58, n. 1. 



EXPÉDITIO.N DE CANDIE. 83 

Celles de France n'ont pas eu le moins honorable, 
comme vous verrez par le plan que j'ai l'honneur de 
vous envover ^ Depuis celle résolulion prise, les 
temps se montrèrent si peu favorables qu'ils nous 
firent quasi désespérer de trouver un jour de calme 
pour exécuter ce qui avoil été projeté. Mais à la fin 
le vent s'abaissa le 23® et nous promit le jour suivant 
ce que nous attendions avec tant d'impatience. Cela 
obligea toutes les galères et six galéasses de Venise 
d'aller mouiller la nuit suivante auprès des vaisseaux 
et de se mettre chacune auprès de celui qu'elle devoit 
remorquer pour partir toutes en même temps. 

Sitôt que l'ordre l'ut donné, chaque galère donna la 
remorque à son vaisseau et alla en plein soleil se 
porter au lieu qui lui avoit été assigné par l'ordre de 
bataille dont j étois convenu avec M. de Rospigliosi. Et 
comme j'avois ordonné aux vaisseaux et autres galères 
qui dévoient être à l'aile gauche dessous le bastion 
de Saint-André - de se poster les premiers pour empê- 
cher la confusion, qui auroitpù survenu' s ils avoient 
tous voulu se porter en un même temps, VEtoile, 
commandée par le sieur de Contay, remorquée par 
la galère la Renoniniée^ commandée par le sieur de 
Folleville, le Courtisan, vice-amiral commandé par 
M. de Martel •^, remorqué par la galère la Force. 

1. Ct' plan est à la Bibliothèque du Ministère de la marine, 
Mss., n" 142 Portefeuilles). 

2. Voir le plan des fortifications de Candie, dans Bigge, op. 
c<>.,p.l83. 

3. Cf. le récit de la bataille par le marquis de Martel : Arch. 
nat.. Marine, B^ 3, fol. 237: celui de la Croix : Arch. de la 
guerre, 238, n°92, et surtout celui de Duché de Vancy, secré- 
taire de Vivonnc 'Journal, Bibl. nat., Fr. 6120, fol. 44 et 
suiv. , qui très vraisemblablement rédigea la lettre ci-dessus- 



84 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

commandée par le sieur chevalier de Breteuil ^ , prirent 
les premiers leurs postes à demi portée de mousquet 
de terre. Et comme les batteries des Turcs lesincom- 
modoient fort, ils furent obligés de commencer les 
premiers à les canonner. 

Je ne puis, Monsieur, vous expliquer la beauté de 
ce début et combien le grand feu que firent ces deux 
vaisseaux et ces deux galères étonnèrent d'abord les 
Turcs. Tout le monde qui étoit dans la ville en fut 
dans une admiration non pareille et s'étonnoit de les 
voir faire d'aussi belles décharges et aussi justes que 
pourroit faire Tinfanterie avec le mousquet. Le Vice- 
amiral n'eut pas plutôt commencé à tirer, que l'Ami- 
ral remorqué par la Capitane prit son poste. Le Comte 
commandé par le sieur de Rerjean, remorqué par la 
galère Samt-Louis , commandée parlesieurdeMonto- 
lieu^, le Bourbon commandé par M. le bailli de Bouil- 
lon, remorqué par la galère la Victoire commandée 
par le sieur chevalier de Tonnerre'^, le Provençal 
commandé par le sieur commandeur de Bouille, 
remorqué par la galère la Couronne^ commandée par le 
sieur commandeur de Gardanne^, la Thérèse, com- 

1. vVntoine Le Tonnelier, chevalier de Breteuil, devint chef 
d'escadre des galères en 1685. 

2. Louis de Montolieu, né le 19 janvier 1648, devint chef 
d'escadre des galères, maréchal de camp, chevalier de Saint- 
Louis. Louis XiV lui donna le titre de Marquis. Sur lui, cf. 
Jal, op. cit., I, p. 302. 

3. Louis-Alexandre de Clermont-Tonnerre, mort à Marseille 
en 1674. Fils de François de Clermont-Tonnerre. 

4. Louis de Forbin, né à Marseille en 1610, reçu chevalier 
de Malle en 1628, dit le chevalier puis le commandeur de Gar- 
danne, mort en 1690. Il commanda sufcessivement la Foriiine, 



EXPÉDITION DE CANDIE. 85 

mandée par le sieur d'Hectol^ remorquée par la 
galèrel-d Daup/u'ne , commandée par le sieur de Ville- 
neuve ', le Toulon commandé par le sieur deBelle-Isle, 
major, remorqué par la galère Patronne, commandée 
parlesieurdelaBrossardière^, se rangèrent ensuite en 
leurs postes avec tous les autres vaisseaux et galères 
sous les batteries que les Turcs avoient fait le long 
de la marine à fleur d'eau, outre celles dont ils avoient 
coutume de battre la ville; et comme l'Amiral tire 
beaucoup plus d'eau que les autres, il fut contraint 
de demeurer un peu plus au large, ce qui m'obligea 
de mon côté de m'approcher avec la Capitane un 
peu plus près de terre et de me mettre auprès du 
Vice-amiral. Ce petit point d'honneur pensa causer 
la perte de la Capitane, car le feu s'étant pris aux 
poudres de la Thérèse, comme il arrive toujours à 
quelques vaisseaux en ces sortes d'expéditions, elle 
sauta en l'air et la pensa accabler de son débris. 

Ce malheur, joint à la perte que nous avons déjà 
faite de beaucoup de gens parle canon et la mousque- 
terie des ennemis, nous mil en quelque désordre, mais 
par les soins et l'activité du sieur deManse, capitaine 

le Lion couronné, le Braize, V Etourdi et la Couronne. Il servit 
comme capitaine de galère jusqu'en 1677. Il commanda aussi la 
galère la Madame en 1673. 

1. Cf. Jal, I, p. 304. 

2. Pierre de Lucas, sieur de Villeneuve, était capitaine de la 
Dauphine en 1670. 

3. Jacques de Lave 'OU de la Haye) du Plessis, sieur de la 
Brossardière ou « le Plessis Brossardière », devint chef d'escadre 
des galères (Ch. de la Roncière, Inventaire des mss. de la 
Bibliothèque de la marine, p. 126". En 1673, il commandait la 
Patronne. 



86 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

de la Capitane, qui, après avoir été blessé à la tète et 
à la cuisse de plusieurs éclats, ne laissa pas d'agir 
jusquesà ce que nous eussions fait notre retraite avec 
le reste de l'armée, chacun demeura dans son devoir. 
L'effet de la poudre de ce navire fut si grand que la 
mer s'entrouvrit et coucha la Capitane plusieurs fois 
tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, de manière que 
l'on en vit la quille et qu'un chacun crul qu'elle étoit 
perdue. Ce désordre n'empêcha pas que les autres 
galères ne continuassent à canonner le camp des 
Turcs jusques à ce que l'on eut fait à la ville le signal 
de la retraite. Les galéasses qui étoient au milieu des 
navires ont fort bien fait leur devoir et ont perdu 
beaucoup de gens avec quelques mats et quelques 
antennes. Le Contre-amiral, commandé par M. Caba- 
ret, qui étoit à leur droite avec sept a aisseaux et 
autant de galères, a fait le sien à son ordinaire, 
c'est-à-dire qu'il ne se peut pas mieux. Le désordre 
qu'il V eut de ce côté là fut que, le terrain se trouvant 
un peu serré pour tant de vaisseaux, ils se trouvèrent 
quasi les uns sur les autres et ne purent laisser entre 
eux les intervalles nécessaires pour les galères, hors 
le Contre-amiral à la gauche duquel la France,, 
commandée par le chevalier de Béthomas ^ , trouva Heu 
de se mettre. Les autres galères, savoir la Croix de 
Malte, commandée par le commandeur d'Oppède', 
la Fleur de Lys, commandée par le commandeur 
de la Bretesche, la Valeur, commandée par le sieur 
de Viviers, la Fortune, commandée par le chevalier 

1. Éléonor de Beaulieu de Béthomas. 

2. Vincent de Forbin, capitaine puis chef d'escadre des 
galères, frère puîné du premier président de Provence. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 87 

de Janson ^ et deux galiotes furent nécessitées pour 
être de la partie de se mettre en terre des vaisseaux 
et de souffrir qu'ils fissent souvent leurs décharges 
par-dessus elles, plutôt que de manquer à prendre 
un poste honorable en ce rencontre. Les galères de 
Sa Sainteté, de Malte et de Venise étoient tout à fait 
sur la dj'oite qui battoient par le revers le camp des 
Turcs et étoient Mis par une de leurs batteries qui 
les incommodoit fort. Je puis vous assurer, Monsieur, 
que M. de Rospigliosi a fait en cette occasion tout 
ce qui se pouvoit faire, car il fut d'abord avec son 
escadre poster des vaisseaux de Venise vis à vis du 
camp de la Sablonniere et repassa ensuite à portée 
de mousquet des batteries de Saint-André, pour s en 
aller à son poste de la plus belle manière du monde; 
mais je ne puis. iNIonsieur, vous taire un trait que lui 
firent ces vaisseaux vénitiens qu il avoit remorqués 
pour canonner les batteries de la Sablonniere et les 
empêcher de tirer par le revers, comme elles firent 
sur les vaisseaux et sur les galères qui étoient sous 
Saint-Andi'é, car sitôt qu'il les eut postées et qu'ils 
s'aperçurent qu'il alloit prendre un autre poste avec 
son escadre à la droite de nos vaisseaux, ils se mirent 
à la voile, disant qu ils ne pouvoient demeurer là 
sans galères et laissèrent par ce moyen la liberté à 
toutes les batteries de ce quartier de nous tirer comme 
au blanc. Enfin, Monsieur, pour vous dire la vérité, 
les choses se sont passées d'une manière que je ne 
puis m'empècher de vous témoigner la satisfaction 

1. Le chevalier Albert de Forbin-Janson ('omnianda aussi la 
galère VHeureuse[B'ih\. du Ministère de la Marine , Mss. , 337 . f* 1 9\ 



88 CORKESPOi\DA?\CE DU DUC DE VIVO>'NE. 

que j'en ai et vous dire que vous en devez avoir 
beaucoup, prenant autant d'intérêt que vous faites à 
la marine que vous avez ressuseitée et remise sur 
pied par vos soins, d'apprendre que les vaisseaux et 
les galères de Sa Majesté ont été se poster fièrement 
en plein jour sous dix ou douze batteries des Turcs 
à demi portée de mousquet de terre, qu'ils y ont 
demeuré deux heures et demie entières et se sont 
retirés avec la même fierté, sans que les coups dans 
l'eau et quelques autres incommodités ait (^zc) jamais 
pu obliger aucun à faire sa retraite avant plusieurs 
ordres réitérés. 

Je ne vous dirai point lequel a le mieux fait 
en ce rencontre, parce que tous les capitaines des 
vaisseaux et des galères ont également bien fait leur 
devoir. Il est vrai que le but de M. de Martel, que 
l'épaisseur de la fumée et la confusion des canonnades 
n'empêcha pas dans le commencement de regarder, 
a paru par-dessus tous les autres quelque chose de 
si beau que je crois être obligé de vous en rendre un 
compte particulier, et de vous dire qu'il a si bien 
soutenu l'honneur du pavillon de Vice-amiral, qu'il 
sera difficile de le mettre en de meilleures mains. Ce 
que je trouve de plus considérable en cette occasion 
est que les capitaines de vaisseaux et de galères ont 
conçu une si véritable estime les uns pour les autres 
qu'il me paroit que ces deux corps, qui avoient tou- 
jours semblé être divisés et en jalousie, sont tout à 
fait réunis, et j'ose vous promettre. Monsieur, sur ce 
que j'en ai vu, qu'il n'v a rien de possible au monde 
qu'ils n'entreprennent quand Sa Majesté le souhai- 
tera et qu'Elle peut compter là-dessus. La perte seroit 



EXPÉDITION DE CANDIE. 89 

peu considérable sans celle de la Thérèse, car quoi- 
qu'il y ait cinq ou six cents hommes hors de com- 
bat, il n'y en a eu d'officiers blessés sur les »aléres 
que le sieur de Manse, comme je vous ai déjà dit, 
le sieur chevalier de Mirabeau, major des galères, 
qui a eu un coup de mousquet à la tète et un à 
l'épaule, et de tués que les sieurs de Tagenac, lieute- 
nant de la Patronne, neveu de jM. le marquis de 
Ternes ^ et Chabert, sous-lieutenant de la Capitane. 
J'en ai été en mon particulier quitte pour quelques 
légères contusions, mais il n'en a pas été de même 
de mes volontaires, car le sieur de Maubousquet, 
capitaine de mon petit navire, qui étoit 1 hiver der- 
nier en mer avec moi, et le chevalier Gaillard, ont 
été roués d'un bordage de la Thérèse. 

Le sieur de Manse, neveu du capitaine de la Capi- 
tane. a eu le bras droit et l'épaule cassés d'un autre 
éclat, et le sieur Vidant, auquel javois donné la con- 
duite des barques des >ictuailles, a élé tué; le reste 
de soixante qui ont été tués ou blessés sur la Capi- 
tane n'est que de soldats, de matelots, de chiourme; 
des vaisseaux il n'y a eu que le sieur Charles, capi- 
taine du brigantin, qui a eu la jambe cassée. L'Ami- 
ral, le Vice-amiral et quelques autres vaisseaux ont 
eu quelques coups dans l'eau, mais ils seront bien- 
tôt radoubés et recalfatés. Je ne puis m'empèeher 
d'admirer la précaution de M. l'intendant ' et du sieur 

1. Jean d'Espinchal, baron puis marquis de Ternes, com- 
mandait la galère Capitane en 1663. Sur lui, cf. Jal, I, p. 300, 
n. 1, et Pinard, Chronologie, VI, p. 273. 

2. De la Croix. Cf. Saint-Hilairc. Mémoires, éd. Lecestre, 
I, p. 67, n. 1. 



90 CORRESPONDANCE DU DUC DE YIVONNE. 

Jacquier ^, qui avoientôté cent mille écus appartenant 
à Sa Majesté de dessus la Thérèse^ lorsque la réso- 
lution fut prise d'aller canonner le camp des Turcs. 
Si M. de Navailles en eût fait de même, il n'auroit 
pas tant perdu d'argent et de hardes qu'il a fait ~. 
Cette disgrâce ne le touche pas si sensiblement que 
le procédé des Vénitiens, qui lui manquent de parole 
en toutes sortes d'occasions et qui rendent inutile 
par leur façon d'agir tout ce qu'on tâche de faire pour 
leur service. Cela paroit manifestement en ce ren- 
contre parce qu'ils n'ont tiré aucun avantage de ce 
que la marine a fait, et qu'ils n'ont jamais voulu con- 
sentir à la sortie que M. de Navailles et toutes ses 
troupes étoient disposés de faire. Il ne sortit que 
deux cents hommes François et Allemands avec 
M. Colbert, que l'on fit rentrer après en avoir perdu 
plus de la moitié. Je ne vous dis rien de la manière 
dont il agit parce que je ne doute point qu'on ne 
vous en rende compte d'ailleurs. Mais tous les gens 
qui viennent de la ville me disent qu'il est partout 
et que l'on ne peut pas avoir plus d'activité et de 
bravoure qu'il en a. Les avis que le capitaine géné- 
ral reçoit tous les jours, que l'on nomme les consti- 
tuts, portent que nous avons tué deux ou trois mille 
hommes aux Turcs, et que même leur principal ingé- 
nieur qui faisoit leurs travaux sous terre a été tué. 
Je ne sais pas au vrai ce qui en est, mais vous pouvez 
juger ce que douze à quinze mille coups de canon 
tirés dans un camp peuvent faire d'effet. 

1. Commissaire général des vivres. Cf. p. 57 et Arch. nat., 
Marine, B'' 3, foi. 3. 

2. Cf. 11° LI, n. 1. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 91 

J'assemblai hier M. l'intendant, le sieur Jacquier 
et les commissaires généraux des galères et des vais- 
seaux pour voir l'état de nos victuailles, afin de ne 
nous pas laisser surprendre en un pavs où il ne nous 
faut rien attendre des Vénitiens, non plus que des 
côtes où nous devons passer, où Ton ne trouve jamais 
de victuailles faites sans y avoir prévu de longue 
main, et je trouvai que nous aurions peine à passer 
ici le 15'^ du mois prochain. 

Les troupes de terre de Sa Majesté qui gardent 
présentement les postes de la Sablonnière et de 
Saint-André dépérissent beaucoup tous les jours, 
parce qu'elles se défendent autrement que celles 
des Vénitiens. Il y a huit jours que le régiment 
de Jonzac * étant de garde au poste de Saint-André, 
quelques Turcs qu'ils nomment des Braves entre 
eux, vinrent à découvert, le sabre à la main, et se 
rendirent maîtres d'un poste avancé où il y avoit 
un lieutenant avec quelques gens détachés; mais 
comme ils pensoient faire leur logement, le marquis 
de Jonzac y entra le premier, l'esponton à la main, 
et il fut si bien secondé des officiers et des soldats 
de son régiment qu'il chassa non seulement les Turcs 
du poste, mais les poussa jusques à trente pas dans 
leurs boyaux, où il essuya de si grandes décharges 
qu'il ne fut relevé de ce poste qu'avec cinquante 
hommes de son régiment. Cette action a été si remar- 
quée que j'ai cru ne me pouvoir dispenser de vous 
en parler. 

1. Alexis lie Sainte-Maure, marquis de Jonzac, commandait 
k Candie son régiment. CI. Pinard, Chronologie, t. VIII. p. 13. 



92 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

Les Vénitiens qui ne vont qu'à leur but, c'est-à- 
dire à conserver les troupes et à exposer celles de Sa 
Majesté qu'ils savent les devoir quitter, m'ont fait 
plusieurs instances pour leur donner de celles des 
vaisseaux et des galères. Mais quoic[ue j'eusse résolu 
de m'attacher à suivre les ordres de Sa Majesté au 
pied de la lettre, et à ne les désarmer en aucune 
façon, je n'ai pu refuser à leur importunité quatre 
cents hommes de ces deux corps pour travailler à la 
seconde retirade de Saint-André, qui n'auroit jamais 
été en défense sans les soins particuliers qu'en a pris 
M. de Navailles. Elle pourra retarder la prise de la 
place, mais, selon les apparences, elle ne l'empêchera 
pas, car les ennemis et les maladies consomment 
tous les jours trop de gens pour les pouvoir rempla- 
cer. On doit compter par jour du moins soixante ou 
cjuatre-vingts hommes hors de combat, à quoi des 
armées entières auroient peine à résister. 

Je ne vous mande encore rien des résolutions que 
nous devons prendre parce que M. de Navailles, qui 
étoit venuàStandiapour changer d'air un oudeuxjours 
pour tâcher de reprendre sa santé qui est fort altérée, 
fut obligé de s'en retourner cinq ou six heures après 
sur des lettres du capitaine général, sans me donner 
lieu de lui faire voirl'état des victuailles des vaisseaux 
et des galères, et sans pouvoir par consécjuent prendre 
aucune résolution avec lui. Je lui ai envoyé cet état 
le plus exact qu'il a été possible, dont je vous envoie 
copie, afin qu'il prenne les mesures nécessaires en 
ce rencontre et qu'il n'expose point par un retarde- 
ment l'armée navale de Sa Majesté à se trouver sans 
vivres à la mer. Ce sont des extrémités si grandes 



EXPÉDITION DE CANDIE. 93 

qu'il n'y a rien qu'on ne doive faire pour les éviter, 
surtout au retour d'un voyage comme celui-ci. où 
il ne se peut pas faire que nous n'ayons une infinité 
de malades tant de l'armée de terre que de 1 armée 
de mer, auxquelles il faut non seulement des vivres, 
mais des rafraîchissements. 

Je vous supplie pour cet effet très humblement, 
Monsieur, de faire en sorte que Sa Majesté écrive à 
M. de Vendôme ' et à M. le premier président de 
Provence, qu'ils donnent les ordres nécessaires au 
Golfe Juan -, îles de Sainte-Marguerite et autres lieux 
deProvence où l'armée navale pourroit relâcher a^ant 
d'arriver à Toulon, pour y faire fournir les rafraî- 
chissements dont on aura besoin après une si longue 
course. Je vous supplie aussi très humblement, 
Monsieur, de solliciter Sa Majesté d'ordonner que, 
lorsque l'armée arrivei'a à la rade de Toulon, l'on 
permette de débarquer les troupes dès le même 
jour, s'il est possible, le séjour dans les vaisseaux 
leur étant tout à fait contraire aussi bien qu'aux 
équipages des dits vaisseaux à qui l'infection se com- 
muniqueroit, et de porter Sa ^Majesté à envoyer des 
ordres exprès pour cela le plus tôt qu'il se pourra, 
afin que nous les trouvions en arrivant ; car sans 
cela les allées et les venues qu'il faut faire au Par- 
lement, sans un arrêt duquel on ne permet point le 
débarquement, feroit périr une grande partie de 
l'armée dans les vaisseaux en Tattendant. Il seroit 
aussi très avantageux au bien du service, que Sa 

1. Louis, duc de \ endôiiie, avait épousé Laure Maiiciu 
en 1651. A sa mort en 1667, il devint cardinal. 

2. Au Gourjan^ dans le texte. 



94 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

Majesté mandât à M. de Vendôme, à M. le premier 
président de Provence et à MM. les intendants de 
la marine de Toulon et de Marseille, de pourvoir 
aux remèdes nécessaires pour les malades et pour 
les blessés de faire faire dans les villages circonvoi- 
sins un grand amas de tous les rafraîchissements 
nécessaires pour l'armée navale et pour celle de 
terre, et surtout de faire augmenter le nombre des 
baraques et des lits de l'hôpital de Saint-Mandrier 
pour recevoir les malades et les blessés des deux 
armées qui seront en très grand nombre, et comme 
il s'y trouvera beaucoup d'officiers et de gens de 
qualité, je crois qu'il seroit essentiel pour les sau- 
ver de destiner des lieux particuliers pour les mettre, 
afin qu'ils puissent être secourus sans incommoder 
les villes et les villages voisins. Les maladies que 
nous avons ici ne sont pas dangereuses ni conta- 
gieuses, mais elles sont en grand nombre à cause 
des méchantes eaux que l'on boit. J'appréhende fort 
qu'elles n'augmentent encore au retour quand les 
troupes seront renfermées dans les vaisseaux. Je 
vous conjure encore de pourvoir à tout ce qui sera 
nécessaire de les faire débarquer en arrivant, et de 
considérer que le salut de l'armée de terre et des 
équipages des vaisseaux dépend de lui. 
Je suis plus que personne du monde ^.. 

1. Le même jour, Vivonne adressa à Louis XIV une lettre 
conçue en termes identiques. (Arch. nat., Marine, B* 3, 
fol. 294-30.").) En suite de la demande de Vivonne, Colbert 
invita d'Infreville, k Toulon, à tout préparer promptement pour 
le retour des troupes [ibidem, B^ 9, fol. 385 v°). Louvois et 
Louis XIV expédièrent à d'Infreville de semblables instructions : 
Arch. de la Guerre, vol. '238, fol. 72 et 74 v" '16 septembre. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 95 

LVI. 
LE COMTE DE VIVONiSE A M. DINFRE VILLE <. 

Standia. à bord de la Capilane, 28 juillet 16G9. 

Il l'avertit qu il a mandé au roi le prochain retour en France 
de l'armée décimée par la maladie et à court de vivres. Il fait 
tout préparer en Provence pour le débarquement. — (Fol. 
52, n° 49.; 

J'écris à Sa Majesté l'état où nous nous trouvons 
présentement, et comme nos victuailles nous obligent 
à penser à un prompt retour, je la prie en même 
temps d'écrire à M. le cardinal de ^ endôme '~, à 
M. le premier président ^, à M. Arnoul '* et à vous, 
iilin que \ ous donniez conjointement les ordres pour 
le débarquement des troupes. Je lui mande que le 
premier seroit de faire trouver au Golfe Juan % îles 
Sainte-Marguerite et autres lieux où l'armée navale 
pourroit relâcher avant que d'arriver à Toulon, quan- 
tité de rafraicliissemeuls, que le manque de pratique 

1. M. Le Roux dinfreville était intendant de Toulon en 
remplacement de M. de La Guette depuis 16()5 Jal, op. cit., 
I, p. 349). 

2. La lettre au cardinal de Vendôme est du 7 août. Cf. n*'LXII. 

3. La lettre au premier président Henri de t'orbin-Maynier, 
baron d Oppède, est du même jour. Elle contenait aussi des 
compliments sur la belle conduite des commandeurs d'Oppède 
et de Gardanne et du chevalier de Janson i^Reg., n" 1G9 . 

4. -Nicolas Arnoul né le 18 septembre 1608, mort le 18 
octobre 1674 était intendant des galères, des armées navales 
et des fortiflcations de Provence et de Picardie dès 1865. Cf. 
Saint-Simon, Mémoires, t. VI, p. 230, n. 

5. Au Gourjan, dans le texte. 



96 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

empêcheroit d'aller chercher en terre ; qu'il est essen- 
tiel pour le salut de l'armée que nous trouvions en 
arrivant les ordres nécessaires pour déharquer le 
jour de notre arrivée les troupes de terre et les malades 
des vaisseaux, parce que si on les retient longtemps, 
comme on fait ordinairement, les maladies ne man- 
queront pas d'augmenter et de se communiquer aux 
équipages des vaisseaux qui ne seront plus en état 
de servir comme le prétend Sa Majesté. 

Je lui représente aussi qu'il est nécessaire pour le 
soulagement de l'armée de pourvoir à toutes sortes de 
remèdes pour les blessés et les malades, de faire faire 
un grand amas de toutes sortes de rafraîchissements 
dans les villages circonvoisins, d'augmenter le nombre 
des baraques et des lits de l'hôpital de Saint-Mandrier, 
à cause de la quantité de blessés et de malades qu'il 
y aura, et surtout, comme il s'y trouvera quantité 
d'officiers et de gens de qualité, de destiner plusieurs 
bastides et autres lieux pour les mettre, afin qu'ils 
puissent être débarqués promptement et secourus 
sans incommoder les villages d'alentour K Je ne 
doute point, Monsieur, que vous ne contribuez en 
tout ce qui dépendra de vous au soulagement d'une 
armée qui en a quelque besoin et qui dépérira assu- 
rément beaucoup si on ne prend toutes ces précau- 
tions. Je vous en prie en mon particulier. 

1. Malgré tout, le retour précipité de l'armée surprit à Tou- 
lon où les préparatifs n'étaient pas achevés. Cf. Arch. nat., 
Marine, B^S, fol. 323 et 330. 



EXPÉDlTIOiN DE CANDIE. 97 

Lvn. 

LE MARQUIS DE MARTEL AU COMTE DE VIVONNE. 

[Candie,] 29 juillet 1669. 

Nouvelles relatives à l'épave de la Thérèse, que l'on va visiter, 
et à la blessure reçue par Colbert de Maulevrier — (Fol 
181, n° 154.) 

Ce soir je verrai moi-même si la Thérèse ûoiie '. 
Elle paroit, mais je ne vois pas qu'elle flotte. Je vous 
en manderai demain ce qui en sera. J'envoyai hier 
à la ville. M. Colbert est blessé à la tête d'un éclat 
de bombe ; l'on ne sait pas encore si la blessure est 
dangereuse 2. M. de Na vailles se porte bien. Ce fut à 
une sortie où nos gens regagnèrent le terrain qu'ils 
avoient perdus le jour avant. La Sablonnière presse 

1. Le lendemain Colbert de Maulevrier écrivait à Vivonne 
(Reg. n" 155) pour lui demander d'envoyer reconnaître le 
débris de la Thérèse : « Il paroit à présent plus de deux cents 
pas plus loin qu'il n'étoit ces jours passés. Cela fait croire 
qu'indubitablement il est à not... Je crois. Monsieur, que vous 
serez bien aise que les Turcs ne profitent pas de ce qui se 
pourra trouver de canons restés dans cette carcasse, comme 
sans doute il y en a beaucoup. » 

Martel ayant fait son inspection écrivit à Vivonne (Reg. 
n°207) : « J'ai envoyé ces cinq chaloupes des vaisseaux de l'es- 
cadre avec un officier et capitaine de Cou pour savoir en quel état 
est la Thérèse. La carcasse est à fond et ce qui se voit ce sont 
quelques restes de mats ol vergues qui tiennent au cordage. Il 
y a huit brasses d'eau où elle est, voilà la vérité. Ceux qui 
seront maîtres de l'île, qui pourront y travailler, peuvent en 
tirer quelques canons, mais en l'état présent cela ne se peut à 
cause de la mousquelerie et du canon des ennemis. » 

2. Voir aussi la lettre suivante. 



98 CORRESPONDAISCE DU DUC DE VIVONNE. 

fort. Le camp de Saint-André ne se presse pas. .Te 
suis avec le respect que je vous dois... 



LVIII. 
LE DUC DE NAVAILLES AU COMTE DE VIVOINNE. 

[Candie,] 30 juillet 1669. 

Détails sur la sortie de la Sablonnière, du 30 juillet, au cours 
de laquelle les Turcs furent délogés mais où Colbert de 
Maulevrier fut blessé. — (Fol. 182, n° 156.) 

Nous avons aujourd hui fait faire une sortie du 
côté de la Sablonnière, qui étoit d'une grande néces- 
sité, les ennemis ayant fait ce matin un logement 
dans la fausse braie, et pouvant dès à ce soir attacher 
un mineur à la courtine. Nous leur avons rompu 
leur logement et en avons fait un autre à trente pas 
au delà, et assurément les François ne pouvoient 
pas mieux faire qu'ils ont fait, car l'action a été 
hardie et bien menée '. Je vous envoie un Janissaire 
turc, lequel nous avons pris à cette sortie. J'ai cru 
que c'était un présent qui se pouvoit faire à un géné- 
ral des galères. J'aurois beaucoup de choses à vous 
dire, lesquelles je n'ose pas hasarder dans ma lettre 
et que je réserve à notre première vue. Je vous prie 
de rendre compte de ce détail à M. Rospigliosi, 
comme à notre général, pour qui j'ai beaucoup de 

1. On ne peu! donc parler comme M. Terlinden [op. cit., 
p. 234) de l'apathie et du mauvais vouloir des généraux fran- 
çais. Le détail de cette sortie se trouve dans les Mémoires de 
Navailles (p. 254-256). Morosini avait promis 500 soldats mais 
ne fournit que 50 « esclavons ». Cf. sa lettre d'excuses à 
Lionne (Arch. des Affaires étrangères, Venise, Correspon- 
dance, I. 80, fol. 272). 



EXPÉDITION DE CANDIE. 99 

vénération et de respect. Vous me feriez grand faveur 
de le faire aussi savoir à M. Le Bret KM. Colbert y a 
été blessé d'un éclat de bombe à la tête, mais j'espère 
que ce ne sera rien ~. Voilà tout ce que nous pouvons 
vous faire savoir. Je vous donne le bonsoir et suis 
tout à vous. Nous avons perdu trois ou quatre bons 
et braves officiers et 30 à 38 soldats. 

LIX. 

LE COMTE DE VIVONNE A COLBERT DE MAULEVRIER 

[Standia,] 30 juillet 16G9. 

Envoi à la ville du commandeur de la Bretesche pour exposer 
l'état des galères, protester contre un nouveau projet de 
canonnade du camp turc. Essai de renflouage de la Thérèse. 
— (Fol. IGO, n° 146.) 

Je suis en un état qui ne me permet pas d'aller à 
la ville comme je l'espérois et qui me donne à peine 
la liberté de vous dire que j'ai été obligé d'accepter 
le parti que M. de Rospigliosi m'a proposé d'envoyer 
chacun une personne de confiance à la ville pour 
savoir ce qu'on pouvoit désirer de nous. J'envoie 

1. Alexandre Le Bret, maréchal de camp par brevet du 
20 octobre 1665 (Jal, op. cit., I, p. 578, n. 2), était lieutenant- 
général de l'armée française. Cf. Pinard, Chronologie, IV, 
p. 255-250. 

2. Lettre de La Croiv à Vivonne, du même jour (Reg. n° 157) : 
« Celle-ci est seulement pour vous supplier très humblement 
de vouloir envoyer une galiote du Roi domain à lentrée de- 
là nuit à la Fosse pour transporter à Standia M. Colbert, 
lequel a été blessé à la sortie d'un éclat de pierre à la tête... 
Je le forai portorjusquos à la galiote dans un brigantin vénilion. » 



100 CORRESPONDANCE DU DLC DE VIVONNE. 

pour cet effet M. le commandeur de la Bretesehe ^ 
capitaine d'une des galères du Roi, qui vous rendra 
compte de l'état de notre marine comme je pourrois 
faire. Il porte l'état de nos blessés et de nos invalides 
et de ceux que nous avons perdus ; par lequel vous 
jugerez vous-même, s'il vous plaît, l'impossibilité 
dans laquelle sont les vaisseaux et les galères de four- 
nir des troupes pour la terre en cas que les Vénitiens 
fassent encore quelque instance pour en avoir. Je ne 
doute point, si cela est, qu'à l'exemple de M. Colbert, 
votre frère, vous ne preniez les intérêts de [notre] ma- 
rine et que vous ne représentiez le peu d'apparence 
qu'il y a de désarmer entièrement les vaisseaux et les 
galères de Sa Majesté contre ses ordres et contre son 
service. On nous veut faire croire que les Vénitiens 
veulent encore demander que les galères et les vais- 
seaux aillent une seconde fois canonner le camp des 
Turcs, mais ils ont publié si hautement le peu de 
fruit qu'ils en ont tiré la première fois, et l'ont si 
bien témoigné que je ne puis pas m'imaginer qu'ils 
puissent faire une proposition de cette nature. En 
tous cas, s'ils sont assez déraisonnables pour cela, 
je ne doute point que vous n'ayez comme M. de 
Navailles la bonté de représenter que l'on n'expose pas 
si légèrement les vaisseaux et les galères de Sa Majesté 
à des expéditions où Elle ne lésa pas destinées dans 
ce voyage. En vérité, il sutlit d'en avoir perdu un 
pour les satisfaire sans hasarder les autres sur des 

1. Sur Charles de Savonnières, commandeur de la Brelesche, 
cf. Villette, Mémoires, p. 63, n. 2. Il était chef d'escadre des 
galères en 1687. Cf. Catalogue général des mss. de In Marine, 
par C. de la Roncière, p. 127. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 101 

propositions que l'on a déjà vu n'avoir point de suites. 
Considérez, je vous prie, que si il se fût levé le 
moindre vent avant notre retraite, nous n'en aurions 
pas sauvé un et que c'a été la plus grande fortune du 
monde de nous en avoir tiré comme nous avons 
fait. J'envoie à M. de Martel votre lettre et lui 
mande d'envoyer cette nuit deux chaloupes pour 
voir en quel état est la carcasse de la Thérèse \ et en 
cas qu'elle soit à flotte, pour tâcher de la remorquer. 
C'est de quoi je doute extrêmement; mais si cela 
est, il faut qu'elle soit ouverte par les fonds et qu'il 
n'y ait par conséquent plus d'artillerie dedans^. Je 
vous manderai ce qui en sera et n'oublierai rien pour 
suivre la pensée que vous avez de ne laisser point 
aux Turcs ce débris. Je vous prie encore une fois 
d'entrer dans les intérêts de notre marine et d'être 
persuadé que je suis à vous plus que personne du 
monde... 

LX. 

LE COMTE DE VIVONNE A M. DE NAVAILLES. 

[Standia,] 31 juillet 1669. 

Même sujet que la lettre précédente. Détails sur la santé de 
Vivonne, et exposé de l'état de la flotte qu'il ne veut plus 
exposer inutilement dans un nouveau bombardement. — (Fol. 
183 v°, n° 159.) 

J'ai été si sm^pris cette après-dînée d'une si cruelle 

1. Cl. n" LVIl. 

2. Colbert de Maulevrier avait écrit le 25 juillet à Vivonne 
(Reg. n" 148) : « Comme je connois pai'ticulièrcmcnt la peine 
qu'on a pour trouver la quantité de canons qu il faut pour la 



102 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

douleur et oppression de poitrine ' que j'ai été obligé 
de me mettre dans le lit et d'accepter la proposition 
que M. de Rospigliosi m'a faite de vous envoyer 
chacun un de nos amis pour savoir ce que vous sou- 
haitez de nous. Je vous envoie pour cet effet M. le 
commandeur de la Bretesche, capitaine d'une galère 
du Roi, qui vous dira l'état où je suis et auquel vous 
pouvez dire toute chose avec pleine confiance. J'ai 
plus de déplaisir de ne vous pouvoir rendre visite et 
de ne vous pouvoir entretenir de l'état de notre 
marine que de ne pouvoir assister au Conseil où l'on 
nous appeloit, parce que je ne dois en aucune façon 
me mêler des affaires de la terre pour suivre mon 
instruction comme je dois, et que je ne vois pas que 
Ton puisse rien souhaiter qui regarde la marine. On 
m'a voulu faire croire que l'intention des Vénitiens 
étoit de proposer encore de faire canonner le camp 
des Turcs par les vaisseaux et par les galères. Mais ils 
ont publié si hautement le peu de fruit qu'ils ont tiré 
de la première fois que nous y avons été et s'en sont si 
peu prévalus en ne sortant point, que je ne puis pas 
m'imaginerque cela leur puisse tomber sous le sens ^. 

marine, cela m'oblige à vous supplier très humblement... de 
vouloir faire travailler diligemment à sauver le débris du vais- 
seau du pauvre Hectot et particulièrement le canon. » 

1. Selon Bigge [op. cit., p. 186), Vivonne était atteint d'une 
violente crise de coliques. 

2. Navailles, Mémoires, p. 264-265 : « Les généraux propo- 
sèrent de faire une sortie avec un corps de dix mille hommes, 
qu'on composeroit de trois mille quejavois encore, à ce qu'ils 
disoient, en état de combattre... et de cinq mille qu'ils donne- 
roient de leurs troupes. .Te leur dis qu'ils n'étoient pas en état 
de fournir les gens qu'ils promettoient et que dans les autres 



EXPÉDITION DE CANDIE. 103 

Mais, si par hasard ils en faisoient la proposition, 
comme ils ne vont qu'à leurs fins et qu'ils ne se 
soucient guère de sacrifier les troupes et l'armée 
navale de Sa Majesté pour le moindre avantage qu'ils 
en croient tirer, je vous crois un trop bon serviteur 
du Roi pour ne pas représenter que l'on n'expose pas 
si légèrement ses vaisseaux et ses galères à des expé- 
ditions, où on ne les a pas destinés dans ce vovage, 
et qu'il suffit d en avoir perdu un pour les satisfaire 
sans hasarder les autres sur des propositions que l'on 
a vu déjà n'avoir point de suite. Je vous envoie l'état 
des vaisseaux et des galères afin que s'ils deman- 
doient encore quelque second secours de la marine, 
vous soyez juge vous-même de l'impossibilité qu'il 
y a d'en donner'. 

LXI. 
LE DUC DE NAVAILLES AU COMTE DE VIVONNE. 

Candie, 4 août 1669. 

Détails sur le conseil qui vient d'être réuni, le départ du cheva- 
lier du Tilladet. Découragement provoqué par les progrès 
des Turcs toujours bien approvisionnés en munitions, au con- 
traire de l'armée chrétienne. La question du retour et l'état 
des vaisseaux. — ^Fol. 190, n° 166.) 

Je vous remercie de toutes les bontés que vous me 
témoignez par la vôtre et vous ne devez pas douter 

occasions où ils m'avoient tenu pareil discours, ils navoient 
jamais pu meltrc mille hommes ensemble... Monsieur de 
Saint- André déclara de bonne foi que les Vénitiens ne pouvoient 
fournir le nombre d'hommes qu'ils disoient. » 

1. Réponse du duc de Navaillcs. du même jour : « J'ai vu 
Monsieur le commandeur de la Bretesche, lequel m'a informé 



104 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVO^NE. 

que je ne profite de vos avis, étant persuadé qu'ils 
sont bons et sincères. Dans le conseil qui fut tenu 
il y a cjuatre jours, où M. le commandeur de la Bre- 
tesclie étoit de votre part \ ils se proposèrent de 
signer et me pressèrent. Il me semble que je leur 
répondis juste en leur disant que nous étions sous la 
bannière du Pape, que le Roi n'avoit point de guerre 
avec les Turcs et que si ceux qui commandoienl ses 
troupes signoient, que cela ne pouvoit qu'être extrê- 
mement désapprouvé. Il me parut que ce refus leur 
ferma la bouche, n'ayant pas vu de leur part nulle 
réplique à ce que j'avançois. Je suis surpris de la 
pensée de Messieurs des vaisseaux sur le sujet de ce 
que j'envoie M. de Tilladet à la Cour-, n'ayant été 
rapporté que je ne le dépêche que pour leur rendre 
quelque mauvais office. Je ne suis guère porté à faire 
mal à personne, et comme je sais très bien que je 
ne puis pas faire de grands biens, je suis plus réservé 
àfairele mal, et si j'avois voulu dire sur ce sujet, il me 
semble que ce seroit après coup et que je prendrois 
mal mon temps, puisque le Roi aura reçu de nos 
nouvelles, il y a près d'un mois. Je vous avoue que 
cela n'est pas bien et que je croyois que ces Messieurs 

de vos intentions. Elles sont très conformes aux miennes, n'y 
ayant rien de plus important au service de Sa Majesté que la 
conservation de son armée navale... » (Reg. n° 160). 

1. Voir les deux lettres précédentes. Sur ce conseil de guerre 
tenu le 31 juillet dans la maison de Navailles, cf. Bigge, op. 
cit.,^. 187-188. 

2. Cf. la lettre de Navailles à Lionne (3 août), apportée par 
le chevalier du Tilladet : Arch. des Affaires étrangères, Venise, 
Correspondance, t. 89, fol. 255-256. Sur la mission de Tilladet, 
cf. Arch. de la guerre, vol. 238. n° 89. 



I 



EXPEDITION DE CANDIE, 



105 



ne dévoient pas se laisser persuader avec cette faci- 
lité dans une chose à quoi je n'ai pas pensé. J'écris 
à Sa Majesté sur le sujet de la canonnade et lui ai 
mandé tout ce qui s'est fait de bien avec grand plai- 
sir, trouvant qu'il n'y a rien de plus agréable que 
de pouvoir soutenir la vérité et rendre la justice à 
qui elle est due ' . 

Ma santé est un peu meilleure. Je crois que j'aurai 
bientôt l'honneur de vous voir. Je vous ferai savoir 
ce soir chez M. de Martel. Je crois qu'il seroit à 
propos que nos vaisseaux fussent à la Fosse et pour 
éviter les maladies et pour nous secourir de nos 
besoins. M. de Ruvigny vous supplie encore une 
fois de nous envover des sérénades*. Nous sommes 
en grande nécessité, nous vous renvoirons nos sol- 
dats dans deux ou trois jours. Les ennemis nous 
pressent. Ils ontfaitune batterie qui nous désespère. 
Leur supériorité en canons, bombes et grenades, 
nous fait perdre de belles occasions. Pour ce qui est 
de ce qui m'a été dit que ces Messieurs que vous com- 
mandez trouvoient qu'il v avoit beaucoup à désirer 
que les vaisseaux nous fissent savoir l'état où ils 
sont pour les vivres et le temps que nous devons 
mettre à notre retour, je vous avoue que cela me 
surprend, croyant que les intérêts de mer et de terre 
dévoient être fort unis et qu'il n y doit avoir d'autre 
intérêt que celui du salut de l'armée navale et de 
terre, et que la dite armée navale soit beaucoup plus 
considérable. C'est pourquoi il faut bien envisager 



1. Cf. Arch. de la guerre, vol. 238, u° 00 ;30 août). 

2. Cf. n" XLMI. 



lOG CORRESPOND.VNCK DI DTC DE VIVONXE. 

celte affaire et croire que, lorsque je désirois que 
l'on prit la conduite que je vous ai proposée, ce 
n'étoitque pour faire voir que les troupes qui étoient 
exposées au péril continuel n'avoient pas d'inquié- 
tude et que cela est une chose qui regarde la gloire 
des armes de Sa Majesté, laquelle, si vous trouvez 
qu'elle ne soit pas dans les règles, se conformera à 
vos sentiments, et vous devez croire que je ne man- 
querai jamais à vous faire connoîtrequeje suis plein 
d'estime et d'amitié pour M. le comte de Vivonne 
et que je mourrai dans ces sentiments. 



Lxn. 

LE COMTE DE VIVONNE AU CARDINAL DE VENDOME. 

[Standia,] 7 août 1669. 

Compliments ; nouvelles de Candie et éloge du chevalier de Ven- 
dôme. Demande de préparer le débarquement des troupes. 
— (Fol. 194 V", n« 170.) 

Monseigneur, 

Toutes les lettres que nous avons reçues en arri- 
vant ici nous ont donné de si fâcheuses nouvelles 
de votre santé que je ne saurois assez me réjouir 
des dernières qui me marquent qu'après avoir eu 
lieu de craindre pour votre personne, vous vous 
trouvez en meilleure disposition et même en état 
d'aller à La Fare reprendre vos forces chez M. le 
premier président. Je souhaite que l'air de cette 
belle maison vous remette entièrement et vous rende 
une santé parfaite. Vous apprendrez par toutes les 



EXPEDITION DE CANDIE. 



i07 



lettres que vous recevrez que les vaisseaux et les 
galères ont canoiiué le camp des Turcs durant deux 
heures et demie pour favoriser une sortie que les 
Vénitiens ne voulurent jamais permettre de faire, 
et que les choses se seroient passées le mieux du 
monde sans la perte du pauvre Hectot et de la Thé- 
rèse, qui sauta en l'air et qui pensa faire périr la 
Capitane de son dé])ris. Je ne doute point que l'on 
ne vous rende compte en même temps de ce qui se 
passa dans l'Amiral et comme M. le chevalier de Ven- 
dôme ' témoigna en cette occasion plus de fermeté 
et de bravoure que qui que ce soit. Je rends compte 
à Sa Majesté de l'état de ses armées de terre et de 
mer et la supplie très humblement comme nous 
n'avons quasi plus de vivres que pour notre retour 
de nous envover au plus tôt les ordres nécessaires 
pour leur débarquement. Je représente à Sa Majesté 
que ce seroit un grand bien si 1 armée navale qui 
manque de toutes sortes de choses après une si longue 
course trouvoit au Golfe Juan, aux îles Sainte-Mar- 
guerite et autres lieux où elle pourra relâcher quan- 
tité de rafraîchissements que le manque de pratique 
empêchera d'aller chercher en terre 2. 

1. Philippe dit le prieur de Vendôme, né en 1655, mort en 
1727, entra de bonne heure dans l'Ordre de Malte. Il iit ses 
premières armes à Candie, sous les ordres de son oncle, le duc 
de Beaufort. — « M. le chevalier de Vendôme était un prince 
bien pris dans sa taille, d'un esprit vif, d'une humeur enjouée 
et agréable, d un accueil 1res gracieux et très familier avec 
les gens de guerre. Il était robuste et vigoureux, capable des 
plus grandes fatigues dès cet âge tendre. Avec ces grandes 
qualités, il était un peu volontaire, ce qui faisait qu'on l'ap- 
pelait l'enfant gâté de INI. l'Amiral. » Du Cause de Nazelle, 
Mémoires, éd. Ernest Daudet, p. ^42-45. 

2. l.,a fin comme aux n"" LV et LVl. 



108 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

Lxm. 

LE DUC DE NAVAILLES AU COMTE DE VIVONNE. 

[Candie,] 9 août 1669. 

Demande d'examiner avec les officiers et les pilotes combien 
de jours seront nécessaires pour regagner la France et à 
quelle date l'armée devra se rembarquer. Désir de pousser la 
résistance le plus loin possible mais de conserver en bon état 
l'armée et la flotte du roi. — iFol. 196, n° 131.) 

J'ai reçu, Monsieur, l'état que vous m'avez envoyé 
des vivres qui restent sur les vaisseaux du Roi, par 
lequel je connois qu'il y en a beaucoup moins que 
je n'aurois pensé. Cela me fait vous supplier très 
humblement de vouloir vous employer par les con- 
noissances que vous avez de ce qui est de la marine, 
conjointement avec les plus habiles de vos pilotes 
et tous ces Messieurs de l'armée navale à régler ce 
que vous estimerez qu'il nous faut de vivres pour 
notre retour en France, comptant sur quatre mille 
cinq cents hommes de l'armée de terre y compris 
les valets, malades et blessés, et après la supputa- 
tion exacte que vous am^ez pris la peine d'en faire 
faire, de nous mander le temps auquel vous jugerez 
qu'il faudra se rembarquer pour ne pas tomber dans 
l'inconvénient de manquer de vivres, soit pour 
l'armée de mer soit pour celle de terre '. Quoique 
j'aie une extrême passion de prolonger autant que 

1. Voir l'évaluation au n° LXV. — Vivonne s'empressa d'as- 
sembler « le corps des vaisseaux et des galères, chacun sépa- 
rément avec les pilotes » fcf. n" LXVIIU 



EXPÉDITION DE CANDIE. 109 

faire se pourra la défense de cette place et qu'ayant 
fait autant d'avance que j'en ai fait, ce me soit un 
engagement à moi-même de la pousser au plus loin 
que je pourrai, néanmoins pour rien du monde je 
ne voudrois risquer larmée navale de Sa Majesté, 
sachant de quelle considération elle lui est et que 
l'on ne lui peut rendre de service plus considérable 
que de la lui ramener à bon port. C'est là dessus, 
Monsieur, que vous pouvez prendre vos mesures, vous 
suppliant seulement de faire réflexion qu'en l'étal 
qu'est cette place, il y va en quelque façon du nôtre 
de la soutenir autant que nous pourrons, sans néan- 
moins intéresser notre premier devoir et apporter 
aucun préjudice à l'armée navale. Comme je suis 
persuadé que vos sentiments sont pareils aux miens 
là dessus, parla connaissance que j'ai de votre cœur 
et du zèle que vous avez pour le service du Roi, je 
me soumettrai bien volontiers à tout ce que ces 
Messieurs et vous jugerez à propos. Je crois qu'il 
seroit bon que vous informassiez M. de Rospigliosi 
de l'étal de toutes choses, étant persuadé que par les 
connoissances qu'il a de la mer, il nous pourra 
beaucoup servir dans les résolutions que nous avons 
à prendre, d'autant plus que, ne pouvant pas douter 
de l'affection et du zèle qu'il a pour le service de 
Sa Majesté, nous avons lieu de croire que dans l'oc- 
casion présente il continuera dans les mêmes sen- 
timents qu'il a eu juscpies ici. 

J'ai prié M. l'intendant de prendre la peine d'aller 
à Standia pour conférer avec vous et ces Messieurs 
au sujet de l'aftaire présente, et l'ai même prié de 
voir M. dt' Hospigliosi. si vous le jugez ainsi à piopos. 



110 CORnESPO>iDA>CK UL DUC DE \IVOMSE. 

J'ai fait préparer un logement pour la compagnie 
des gardes de l'amirauté de laquelle on aura tous 
les soins possil)les. Nous sommes toujours dans la 
plus grande application du monde pour notre défense, 
les ennemis n'oubliant rien de tout ce qui nous peut 
inquiéter. Si nous avions autant de munitions et de 
grenades qu'eux, nous leur donnerions beaucoup 
plus d'occupation. Je suis à vous de tout mon cœur. 
Nous attendons demain la compagnie de la marine 
et vous ne sauriez avoir vos soldats dimanche. 



LXIV. 
M. DE LA CROIX AU COMTE DE VIVONNE. 

Candie, il août 1669. 

Recherche des soldats valides qui se cachent dans les vais- 
seaux. Difficultés opposées par les Vénitiens à l'attaque d'un 
renfort turc par les galères de Vivonne et de Venise. Bles- 
sure du duc de Navailles. Demande de chirurgiens de marine 
pour l'armée de terre. — (Fol. 198 v°, n" 172.) 

Je vous envoie Monsieur le prévôt de l'armée 
avec des archers, ainsi que vous me l'avez demandé, 
pour faire une recherche à Standia et dans les vais- 
seaux des soldats valides et en état de servir, lesquels 
sont sortis de la ville de Candie, pour les obligera y 
revenir. Si en même temps vous voulez l'employer 
à rechercher les soldats de Saint-Marc qui se sont 
pareillement échappés, il recevra et exécutera ponc- 
tuellement vos ordres. Je vous supplie très humble- 
ment de les lui vouloir donner et de commander 



EXPÉDITION DE CANDIE. 111 

qu'on lui fournisse des chaloupes pour ramener les- 
dits soldats '. 

J'ai parlé à Monsieur le capitaine général de la 
résolution que vous aviez prise d'aller avec vos galères 
au-devant des trois mille hommes que vous avez 
avis devoir arriver au camp des Turcs, pour\u qu'il 
voulût les accompagner de ses galères et galéasses. 
Il m'a répondu qu'il ne pouvoit rien faire là-dessus 
qu'il n'eût premièrement l'avis et l'ordre de M. le 
bailli Rospigliosi, comme étant son général, et ensuite 
que les galéasses ne pouvoient pas se mouvoir sans 
qu'auparavant il n'eût tenu une manière de conseil 
avec MM. les nobles Vénitiens qui commandent 
l'armée navale; qu'il écriroilau dit sieur Rospigliosi 
et aux ditsnol)les Vénitiens cette nuit pour en suite 
de leur réponse me donner la sienne positive. 

Il m'a remis à demain au soir pour me répondre 
à la demande que je lui ai faite aussi pour deux 
mille quintaux de biscuit pour vos galères. Aussitôt 
que je saurai sa résolution, je ne manquerai pas de 
vous la mander. Il n'y a rien de nou^eau ici, si ce 
n'est que M. le duc de Navailles reçut hier au poste 
un coup de pierre entre les deux épaules, qui lui a 
fait une assez grande contusion. Mais, Dieu merci, 
il n'en est point incommodé et n'a pas laissé d'agir 
toute la journée. Il ne me reste, [Monsieur, qu'à 
vous demander la continuation de vos bonnes grâces 
en qualité de votre très humble et très obéissant 
serviteur. 

J oubliois, Monsieur, de vous demander en grâce 

1. et. n" L\M. 



112 CORRESPONDANCE DU DLC DE VIVONNE. 

de faire ordonner que quelques chirurgiens des 
vaisseaux aillent servir à rhôpital pendant quelques 
jours et à l'infirmerie des officiers. Cependant c'est 
un des plus grands besoins que nous ayons jusques 
à ce que j'en puisse envoyer de ceux qui nous 
restent à terre et dont la plupart sont encore malades. 
Je les ferai payer fort i-égulièrement et j'espère que 
vous aurez bien la bonté de nous aider en ce ren- 
contre. 

LXV. 

NOTE DU DUC DE NAVAILLES A ROSPIGLIOSI. 

Standia, il août 1669. 

« État des vivres des vaisseaux et galères du Pioi pour leur 
retour en France, fait à Standia, le 11* août. » — (Fol. 200, 
n» 173 bis.) 

L'on a fait fonds pour trois mois de vivres pour 
l'armée de terre dont la consommation a commencé 
le vingtième juin dernier pour finir au vingtième 
septembre prochain. Mais, attendu le déchet qui se 
rencontre toujours par ceux qui sont gâtés à fond 
de cale, on est obligé d'en diminuer pour dix jours. 
En sorte que l'on ne pourroit compter seulement 
que jusques au dixième du dit mois, n'étoit qu'il y 
a eu quantité de gens tués qui peuvent les faire aug- 
menter jusques au 25 du dit mois ou à la fin d'ice- 
lui tout au plus. 

Sur quoi il faut prendre ce qui sera nécessaire 
pour la subsistance des troupes de l'armée de terre 
jusques à leur retour en France. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 113 

Les galères n'ont de vivres que pour jusques à 
la fin du mois de septembre, et les vaisseaux n'en 
ont que pour leurs équipages suffisamment pour 
retourner en France. 

Donné à M. de Rospigliosi le 11'' août 1669 en 
conséquence de la lettre de M. de Navailles à Mon- 
sieur le général, du 10" du dit mois, de (landie. 



LXVI. 
LE COMTE DE VIVONNE AU DUC DE NAVAILLES. 

[Standia,] li août 1669. 

Sur les déserteurs trouvés à bord des galères et des vaisseaux. 
Demande de biscuits. — (Fol. 203, n"' 175.) 

Je ne puis assez remercier Votre Excellence des 
bontés qu'elle a pour moi et surtout de celle qu'elle 
a de donner la liberté à la personne que j'ai eu 
l'honneur de lui recommander. J'attends avec impa- 
tience les occasions de lui en témoigner ma recon- 
noissance et de lui faire connoître combien je suis 
sensible aux obligations que je lui ai. 

J'ai fait faire une défense très rigoureuse aux capi- 
taines des galères et de vaisseaux de Sa Majesté, 
aux capitaines de vaisseaux marchands, patrons de 
barques et autres bàlimenls de France qui sont dans 
le port de Standia, de recevoir aucun déserteur de 
Candie, et j'ose assurer Votre Excellence qu'ils n'y 
contrevicndionl point après la recherche exacte 

8 



114 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

que j'en ai fait faire dans leurs bords. On n'y en a 
trouvé que vingt que j'ai fait mettre entre les mains du 
prévôt de l'armée pour les conduire en toute sûreté 
dans la ville '. Je ne doute point que Votre Excel- 
lence ne joigne la grâce que je lui demande pour 
eux à toutes celles que j'ai reçues d'elle, et qu'elle 
ne leur pardonne cette faute à ma considération. 
Je l'en supplie très humblement et la conjure d'être 
persuadée que, bien loin d'autoriser la désertion des 
soldats, qui sont à la défense de Candie, j'en aug- 
menterois le nombre, si cela dépendoit de moi. 

Je m'intéresse trop à la conservation de cette 
place pour ny pas contribuer en toute manière. 
Votre Excellence n'en doutera point si elle consi- 
dère que je retiens ici pour ce sujet les galères de 
France avec beaucoup moins de victuailles que les 
pilotes n'en demandent pour leur retour, et que sans 
le secours des mille quintaux de biscuit qu'elle a la 
bonté de me faire donner, elles seroient obligées 
de partir incessamment. Je supplie très humble- 
ment Votre Excellence de se souvenir des mille 
autres quintaux de biscuit qu'elle me fait la grâce 
de me promettre, et de croire que personne n'est 
avec plus de vérité et de reconnoissance que moi... 

1. Cf. n° LXIV. Ce«e lettre contredit M. ïerlinden (p. 238) 
lorsqu'il affirme que Vivonne donnait Ihospitalité sur ses vais- 
seaux à une foule de déserteurs vénitiens, malgré les sollicita- 
tions du capitaine général. Celui-ci se plaignait des Français à 
Rospigliosi : le malentendu était donc complet. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 115 



Lxvn. 

LE COMTE DE VIVO.N^E A M. DE LA CROIX. 

[Standia, 14 août 1G69.] 

Remerciements pour la livraison du biscuit. Demande de fixer 
la date du départ, les vivres venant à manquer et les malades 
se faisant nombreux. — Fol. 204 v*', n° 177.) 

Je vou.s suis infiniment obligé, Monsieur, d'avoir 
eu la bonté d'obtenir que le eapitaine général ait 
ordonné de nous délivrer mille quintaux de biscuit 
en payant. Ayez la bonté de le solliciter de nous 
en fournir encore mille quintaux, comme il Ta pro- 
mis à M. de Rospigliosi, et vous nous ferez un plai- 
sir très singulier ^ Mais ayez aussi la bonté de con- 
sidérer qu'encore que ce soit un .secours pour les 
galères du Roi que ces mille quintaux de biscuit, 
ce n'est néanmoins quasi que pour remplacer ce 
qu'elles ont pris sur les soixante jours qu'il faut 
pour leur retour. 

J'ai assemblé les capitaines et les pilotes des 
vais.seaux et des galères séparément, et tous sont 
convenus que l'on ne pouvoit pas, sans hasarder 
l'armée navale de Sa Majesté, partir d'ici pour retour- 
ner en Provence à moins de deux mois de vic- 



1. Il est en eiiet question de 2.000 quintaux de biscuit dans 
la lettre oD de La Croix annonçait cet envoi à Vivonne, l<* 
1.3 août Rpg. n" 176V 



116 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

tuailles à compter du jour que l'on mettra à la voile ; 
les capitaines des navires marchands qui naviguent 
avec beaucoup plus de diligence qu'un grand corps 
de vaisseaux n'en prennent jamais moins, et sou- 
tiennent c[u il en faut davantage pour l'armée, 
surtout dans la nécessité qu'il y aura de s'arrêter 
quelque part pour faire de l'eau et du bois. J'ai prié 
M. de Navailles ^ d'avoir la bonté de prendre sur 
cela ses mesures, et je vous prie aussi d'avoir la 
bonté de vous ressouvenir que je vous ai dit que les 
vaisseaux de Sa Majesté n'ont de victuailles que 
jusques à la fin d'octobre, et que sans compter les 
deux mois nécessaires pour leur retour, il faut abso- 
lument quelques jours pour le rembarquement des 
troupes et que l'on ne sait pas le temps qu'il faudra 
demeurer à Standia après l'embarquement pour 
attendre le vent favorable pour partir. 

Ayez donc la bonté sur ces fondements de déter- 
miner précisément avec M. de Navailles le jour de 
notre départ, celui de l'emlDarquement des troupes 
et de le solliciter de m'envoyer un état au vrai de 
ce qui vous en reste avec le nombre d'officiers, de 
soldats et de valets et de blessés qu'il y a dans chaque 
corps, afin que j'en fasse la distribution sur les navires 
et que je donne par avance les ordres nécessaires 
pour leur rembarquement. Vous voyez bien que l'on 
nesauroit trop prendre de précautions pour que les 
vaisseaux et les galères de Sa Majesté ne tombent 

1. Le 13 août (Reg., n" 174). Dans celle lettre, le passage 
relatif aux provisions et à la nécessité d'un prompt départ est 
ronçu en des termes identiques à ceux-ci. Cf. ^Navailles, 
Mémoires^ p. 250. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 117 

pas dans de fâcheux inconvénients non seulement 
par le manque de victuailles, mais par la quantité 
de maladies qui affoihlissent tous les jours les équi- 
pages des vaisseaux et la chiourme des galères ^ . 

Je vous prie de considérer encore par dessus toutes 
choses qu'il ne m'est pas permis de prolonger le 
temps des armements des vaisseaux et des galères au 
delà des états de Sa Majesté et que ce sont les meil- 
leurs ordres que nous ayons à la mer pour juger du 
temps que nous y devons demeurer. Comme je vous 
mande aussi bien qu'à M. de Navailles l'état des 
vaisseaux et des galères, j'espère que vous prendrez 
ensemble les mesures nécessaires à ce rencontre, et 
que vous me ferez bien la grâce de croire que je suis, 
avec toute la sincérité possible, tout à vous. 

Lxvra. 

MOROSIM AU COMTE DE VIVONNE. 

Candie, 14 août 1669. 

Compliments. Sollicitations pour que la flotte française n'aban- 
donne pas Candie, qui après son départ sera perdue. Espoir 
en quelque succès prochain. — ^Fol. 206 v", n** 179.) 

111'"" e Ecc™" S' mio, S' colendissimo. 
Sono chiari li testimonii de! zelo che A . E. 

1. La farine fournie par les Vénitiens était de très mauvaise 
qualité et faisait du pain presque immangeable. L'eau n'était 
pas potable. De là la cause de tant de maladies. Cf. Arch. de 
la guerre, 238, n° 91. (Lettre de Jacquier à Louvois, 3 août 
1669. \ 



118 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

nutrisce per il servizio di questa piazza, mentre con 
prove distinte ha voluto praticare quelle parti di 
diligenza che valseron a far ritrovare parte délie 
genti che sono fuggite da questo presidio e dell' 
armata. lo pero, riconoseendolo per un atlo di speziale 
cortesia, non resto di attestare un aggregato d'obh- 
gazioni e di assicurarla che del pari sarà la mia 
brama nel corrisponderle gl'atti délia mia osservanza. 

lo, comeho riposlo le piu vive speranze di questa 
difFesa nel valore di V. E., cosi mi giova oredere che 
sarà per applicare tutta l'attcnzione de suoi studi al 
solevo di essa, mentre ridotta in contingenze molto 
miserabili secjuendo la sua partenza con le truppe 
di S. M.senza alcuna operazione, inevitabile sarà la 
perdita et irreparabili le nostre incidenze. So che 
non devo oggetare agli riflessi délia E. V. la pietà 
colla quale ha concorso il Re Cristianissimo d'im- 
pugnare la diffesa di questa causa, poiche piu a Lei 
che a me deve essere ciô noto, onde non me resta 
in questo stato di cose altro da considerai*e solo, 
che il mondo tutto stà con aspettazione grande alten- 
dendo gl'avisi di qualche successo, ansioso di accla- 
mare le glorie d'un Re tanto potente, mentre colle 
sue forze avrà dato libertà ad una piazza che senza 
di esse non puo riconoscere alcuna susistanza. 

Compatisca la bontà di Y. E. la libertà di miei 
sentimenti e creda che il desiderio, che ho di vedere 
maggiormente accresciute le sue glorie mi fanno 
passare in c|ueste espressioni, mentre per altro so 
l'ansietà che Lei nutrisce nel vedere diffesa la causa 
délia Cristianità et effectuata l'intenzione de! Re 
Cristianissimo a cui servendo Lei in una cosi 



1 



EXPÉDITION DE CA.NDIE. H9 

desante direzione sarà per riportare quelli aggradi- 
menti che per tutti i capi devonsi al suo merito con 
che per fine devotemente le baccio le mani. 



LXIX. 
DE LA CROIX AU COMTE DE VIVONXE. 

Candie, 15 août 1669. 

Le duc de Navailles, malade, fait proposer le 20 août comme 
date du départ des Français. Mécontentement du capitaine 
général Morosini qui convoque un conseil auquel Navailles 
prie Vivonne de se trouver. Morosini fait de grandes difficultés 
pour la fourniture du biscuit. L'embarquement des malades 
et blessés doit commencer sans retard. — (Fol. 208, n° 182.) 

Je croyois, Monsieur, avoir l'honneur de vous 
rendre compte moi-même ce matin touchant tout 
ce que vous me mandez par la vôtre du 13^ Mais 
M. de Navailles ayant eu la fiè^TC pendant toute la 
nuit, nous n'avons pu exécuter la résolution que 
nous avions prise d aller ensemble à l'ai'mée navale, 
et il m'a même prié de vous faire ses excuses si dans 
le méchant état qu'il est, il ne vous a pas fait réponse 
à la vôtre et vous supplie d'agréer que je vous la 
fasse de sa part. 

Il a considéré tout ce que vous lui mandez et 
trouve comme vous que dans la nécessité où l'armée 
navale est de vivres, il faut absolument s'embarquer 
dans peu de jours. Il estime que la chose pourroit 
aller au 20^ ou 22® de ce mois et sa maladie ne lui 
permettant pas de voir le capitaine général, il ma 
prié de l'aller trouver de sa part pour lui faire voir 



120 CORRESPOKDAÎSCE DU DUC DE YIVO^'^•E. 

votre lettre et lui déclarer sa résolution. Il n'y a 
point de comédie pareille à celle que le dit capitaine 
général a joué pendant deux heures de conversation 
que nous avons eu ensemble. Il a fait tous les per- 
sonnages que vous pouvez vous imaginer et pour 
conclusion il a demandé un conseil et doit écrire 
cette nuit à M. de Rospigliosi pour le prier de venir 
demain dans cette ville à cet effet. M. le duc de 
Navailles vous supplie très humblement en cas qu'il 
prenne ce parti, d'en vouloir être et vous assure 
que quoiqu'il arrive, il persistera dans sa résolution 
à cet effet pour diligenler. 

Je vous envoyerai demain l'élat au vrai et dans la 
dernière exactitvide de tout ce que nous avons de 
troupes à rembarquer, les malades, blessés et même 
les valets compris. On y travaille incessamment et 
il n'a pas pu être achevé que pour le soir. Si vous 
jugez à propos de faire toujours embarquer sur les 
vaisseaux marchands ce qu'il y a de blessés à Stan- 
dia, ce seroit une grande avance par l'incommodité 
qu'il V aura d'embarquer les dits blessés, et j'en- 
voyerois les malades prendre leurs places à l'hôpital 
dont nous avons ici un très grand nombre. 

Je vois bien que nous devons nous attendre ici à 
toutes les pièces imaginables. Les Vénitiens ont 
défendu aux Juifs, avec lesquels je voulois traiter 
pour du biscuit, de m'en fournir, et il m'est venu 
trouver pour me dire qu'il ne pouvoit pas tenir la 
parole qu'il m'avoit donnée. L'ayant dit au com- 
missaire général, il m'a promis d'abord qu'il accom- 
moderoit la chose avec les dits Juifs et que je me 
pouvois assurer que de telle manière que ce fut, il 



EXPÉDITION DE CANDIE. 121 

me fourniroit la quantité que je lui demandois, qu'il 
falloit seulement qu'il en dit un mot au capitaine 
général. La réponse du capitaine général a été plu- 
sieurs remises d'abord et ensuite des assurances ver- 
bales que sitôt que l'escadre des vaisseaux qui doit 
venir des Zantes seroit arrivée, il me fourniroit la 
quantité, et enfin sur ce que je lui ai dit que je ne 
pouvois pas attendre un seul moment, et qu'il falloit 
que dans ce soir j'eusse une réponse positive, il m'a 
promis de m'envoyer une lettre adressante au com- 
mandant des galéasses portant ordre de fournir la 
dite quantité de biscuit et que j'aurois la dite lettre 
dans le moment. Je l'ai attendue jusques à minuit, 
qui est l'heure que je vous écris et elle ne m'est 
point encore venue. Ce qui me persuade qu'ils n'ont 
pas envie de nous donner satisfaction là-dessus. 
Dans le temps que j'écri vois celle-ci, j'ai reçu enfin 
une lettre adressante au commandant des galéasses, 
ensemble une autre par laquelle Monsieur le capitaine 
général me mande qu'il lui ordonne de vous four- 
nir le biscuit que nous demandons. levons l'adresse. 
Monsieur, pour la lui rendie et vous supplie de 
faire diligenter tout le plus que vous pourrez la 
réception du dit biscuit afin qu'il n'y arrive pas de 
changement, ayant toutes choses à craindre de ces 
gens-ci. Je crois qu'il est à propos que M. Jacquier 
intervienne à la réception, afin que l'on ne reçoive 
rien que de bon ^ Je suis... 



1. Sur les fournitures de vivres, cf. la lettre de Jacquier à 
Louvois, citée plus haut, p. 117, n° 1. 



122 CORRESPONDANCE DV DUC DE VIVONNE. 

LXX. 

LE DUC DE NAVAILLES AU COMTE DE VIVONNE. 

Candie, 16 août 1669. 

Invitation pressante adressée à Vivonne à assister à la confé- 
rence avec les Vénitiens, oîi le départ de l'armée doit être 
examiné. Ordre de préparer l'embarquement. — (Fol. 213 
v°, n° 185.) 

J'ai vu tout ce que vous m'avez mandé par votre 
lettre ^ et j'expérimente tous les jours tout ce qui y 

1. Le 15 août (Rég., n" 183), Vivonne avait refusé, prétextant 
qu'il ne s'occupait que des questions maritimes, de prendre 
part à la conférence avec les Vénitiens au sujet du départ 
des Français. Il engageait même Navailles à partir sans s'y 
rendre pour éviter d'avoir à répondre aux supplications des 
Vénitiens : « Non seulement les Vénitiens diront que l'on les a 
abandonnés dans l'extrémité, mais encore que l'on n'a pas 
voulu avant de partir faire un dernier effort. Nous avons encore 
découvert par de leurs gens qu'ils ne prétendent pas devoir 
hasarder de conserver la place quand vous n'y serez plus, 
parce que s'ils étoient forcés, ils perdront non seulement la ville 
de Candie, mais le reste de leurs troupes de terre et de mer 
dont la perte seroit la ruine de leur république. » 

Le 17 août, Vivonne renouvela son refus d'assister à la con- 
férence (Reg., n° 189) : « Outre les raisons que j'ai de ne point 
assister à votre conseil, n'y ayant rien qui puisse concerner la 
mer, je vous supplie de trouver bon que je persiste dans la réso- 
lution de n'y point aller, en ayant déjà fait ma déclaration à 
M. Rospigliosi, ne pouvant y avoir affaire que pour dire comme 
un commissaire le nombre que la marine vous pourroit fournir 
d'hommes pour vingt-quatre heures seulement. » 

Le 21 août, Vivonne annonçant à Colbert le prochain embar- 
quement des troupes, fixé par Navailles au 20 août, ajoutait : 



EXPÉDITION DE C.VNDIE. 123 

est contenu. Je suis dans vos sentiments, mais il 
faut comme vous savez mieux que moi, faire les 
choses honnêtement. J'ai grand besoin de vous dans 
cette conférence que nous devons faire avec Mon- 
sieur le capitaine général. Je vous supplie très hum- 
blement de vouloir vous y trouver. Je suis persuadé 
que cela sera très utile au service du Roi et que nous 
serons bien d'accord vous et moi de toutes choses. 
M. de Rospigliosi doit venir à la Fosse. On lui 
propose de faire avancer un vaisseau du Roi jusque 
là, et quoique ma santé soit très languissante et mau- 
vaise, je ne laisserai pas de m'y transporter. Je vous 
prie de donner les ordres nécessaires pour notre 
embarquement. Le plus tôt sera le meilleur, car je 
vois bien que ces gens ici ne buttent qu à nous 
achever de ruiner. Lorsque j'aurai l'honneur de vous 
voir, je vous en diiai davantage et vous assurerai 
que personne ne peut être plus à vous que... 

« Sur quoi, M. de Rospigliosi, que j'en ai averti et qui se gou- 
verne entièrement par Icsprit des Vénitiens, a désiré avec 
empressement de tenir un conseil pour les raisons que j'aurai 
l'honneur de vous expliquer, mais comme j ai découvert par 
un Vénitien, qui a quelque connoissanoe de leurs affaires, que 
le conseil n étoit que comme je me doutois par la connoissance 
que j'ai acquise par leur manière d'agir, que pour nous faire 
des propositions bizarres et nous embarrasser dans le mau- 
vais succès des choses qui y seroient résolues, j ai cru qu il 
seroit bon... de ne m'y point trouver et d'avertir M. de 
Navailles des embarras où je croyois que cela le pourroit jeter. 
Il a reçu la chose très agréablement... » (Arch. nat., Marine, 
B*3, fol. 309 vM 



124 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

LXXI. 
LE DUC DE NAV AILLES AU COMTE DE VIVONNE. 

Candie, 16 août 1669. 

Blessure mortelle du comte de Dampierre. Son éloge. Mauvaise 
santédu duc deiNavailles,qui craint d'être arrêté par la mala- 
die et fait presser les préparatifs de départ. — (Fol. 214 v", 
n° 186.) 

Je vous ai fait savoir aujourd'hui que je croyois 
que M. de Rospigliosi viendroit à la Fosse demain 
dix-septième. Mais je lui mandai par la même com- 
modité que je vous écris la blessure de M. le comte 
de Dampierre ^ qui après avoir essuyé cinquante 
mille périls a reçu un coup de canon qui lui a 
tué son cheval et lui a emporté les deux gras de 
jambe dans la rue en s'en allant donner les ordres 
pour notre tranchée. C'est un homme qui ne sauroit 
vivre deux heures, à ce que disent les médecins et 
chirurgiens. C'est une perte très considérable. Je 
n'ai guère vu d'hommes de son âge avoir plus de 
mérite que celui-là ^ Vous me voyez par cet acci- 

1. Cugnac de Dampierre. 

2. Vivonne répondit à IN'availles, le lendemain (Reg. , n° 189) : 
« J'ai bien du déplaisir de la perte de M. de Dampierre. Outre 
qu'il étoit fort de mes amis, c'étoit une personne d'un mérite 
si grand qu'il ne se trouvera pas seulement à dire dans Candie 
mais dans les autres occasions du service ». Du Cause de 
Nazelle, Mémoires, p. 44 : « Ce dernier [Dampierre] fut extrê- 
mement regretté des troupes à cause de son bon sens et de 
son extrême bravoure. » Sur la mort du comte de Dampierre. 



1 



EXPÉDITION DK CANDIE. 125 

dent l'hôte et l'hôtellerie n'ayant plus d'officier sur 
qui je me puisse reposer, étant en bonne santé 
comme vous savez que je suis. Cet accident m'em- 
pêche de pouvoir aller à la mer. Je prie M. de Ros- 
pigliosi, s'il se pouvoit rendre ici demain au soir, 
que je me trouverai à écouter les propositions que 
l'on me voudroit faire. Je suis bien assuré que cela 
n'aboutira à rien. 

J'eusse bien désiré que vous eussiez pu faire le 
même trajet, m'assurant que nous eussions trouvé 
de quoi les tourner çn ridicules dans les proposi- 
tions qu'ils nousv doivent faire. Je vous prie de dili- 
genter toutes nos affaires de delà, vous avouant que 
ma mauvaise santé me fait peur pour l'abandonne- 
ment où seroient les troupes du Roi si je venois à 
être en étal de ne pouvoir agir. Cette réflexion 
m'oblige à me presser un peu davantage, d'autant 
plus que j'ai affaire à des gens qui nous tendent 
tous les jours de nouveaux pièges pour nous y faire 
tomber. J'attendrai de vos nouvelles surtout ce détail 
ci-dessus et vous assurerai que je serai toute ma 
vie fort à vous. 



cf. n° C,et des Réau\ de la Richardière, Le Voyage de Candie, 
p. 114 : « Le comte de Dampierre, brigadier de l'année, dont 
le mérite et la valeur altiroient lamitié de tout le monde, 
passant à cheval par une rue enfilée du canon des ennemis, 
pour aller visiter l'attaque de Saint-André, fut malheureuse- 
ment blessé d un boulet de canon qui, iraversunl son cheval, 
luy emporta le gras des deuv jambes, dont il mourut le len- 
demain. » 



126 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

LXXII. 
LE DUC DE NAV AILLES AU COMTE DE VIVONNE. 

Candie, 17 août 1669. 

Plaintes contre les Vénitiens. Demande de commencer l'em- 
barquement des bagages et des troupes. — (Fol. 215 v°, 
n" 187.) 

Vous ne verrez plus que de mes lettres et j'ap- 
préhende bien de vous fatiguer, mais je le suis 
encore beaucoup plus de la part de Messieurs les 
Vénitiens. Il n'ya point de ruses et de méchants pro- 
cédés dont ils ne se servent à notre égard * . Je ne sais 

1. Dans toute l'armée française, on se plaignait des Véni- 
tiens. Voici l'opinion d'un officier subalterne : 

« Les Vénitiens ne tirèrent pas de ce secours du roi tout le 
fruit qu'on en attendait, mais on peut dire que ce fut leur 
faute. Leui-s commandants en Candie en usèrent avec nos géné- 
raux et avec toutes les troupes françaises en ennemis plutôt 
qu'en amis. Ils ne songèrent qu à vider nos bourses et à s'enri- 
chir de nos dépouilles. Les moindres rafraîchissements dont nous 
eûmes besoin à notre débarquement nous furent vendus au 
poids d'or. Les vivres qui étaient abondants et à grand marché 
dans la ville étaient vendus au triple du prix ordinaire. Après 
que nous eûmes versé tant de sang pour les servir, ils refu- 
sèrent toutes sortes de secours à nos blessés et à nos malades. 
Dès que nous n'eûmes plus de quoi payer, nous n'eûmes rien. 
Notre général s'en plaignit hautement et ses plaintes ne pro- 
duisirent rien. Ils mirent eux-mêmes M. de Navailles dans 
1 impossibilité de tenter un nouveau combat. Il semblait parla 
conduite des officiers vénitiens qu'ils eussent conspiré la perte 
de tous les Français qui s'étaient sacrifiés pour eux. » Du 
Cause de IS azcUc, Mcinoires, éd. E. Daudet, p. 'l'i-V^. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 127 

pas comme j'ai la force de supporter toutes ces coyon- 
neries là {sic) en l'état où je suis '. Je suis toujours 
résolu de commencer mon embarquement le ving- 
tième et nous ne devons pas différer ce temps-là ; 
c'est pourquoi je vous supplie très humblement de 
nous envoyer dès demain des barques et chaloupes 
pour commencer à embarquer le gros de nos bagages ~ 
et de faire venir les vaisseaux à la Fosse le plus près 
que faire se pourra de la ville sans les exposer au 
canon, afin que nous ayons plus de facilité à embar- 
quer les troupes. 

.le vous conjure de faire la dernière diligence, 
car il est très important au service du Roi que 
cela soit, d'autant que nous sommes ici avec des 
gens avec lesquels nous ne pouvons plus demeu- 
rer •^. Je vous avoue que l'infidélité de leur procédé 

1. On ne comprenait guère à Rome les dissenlimenls entre 
les Vénitiens et les Français; les courriers apportaient des lettres 
fort contradictoires : « Je ne vois rien qui s'accorde ; les uns 
écrivent d'une manière et les autres d'une autre. Mgr le car- 
dinal Azolino ma dit <{ue la honne intelligence n'étoit point 
entre MM. les chefs des troupes de S. M. et de la llépublique, 
que les vaisseaux et les galères dévoient partir et qu'il y a parmi 
les troupes une très grande quantité de malades... » (Lettre de 
Bonfils à Lionne, Kome, 7 septembre : Arch. des Affaires 
étrangères, Rome, Correspondance, vol. 200, fol. 55.) 

2. De la Croix lui écrivait le même jour (l\eg., n°188) d'envoyer 
des tartanes pour reml)ar(|uemenl des bagages dès le 18 août 
au soir. Il insistait pour obtenir de ^ ivonne le plus d'aide pos- 
sible en vue du départ. 

3. Navailles, dans ses A/c//io/>cs ,p. 273-274,, précise le motif 
de sa détermination : « Outre l'impossibilité où j'étois de faire 
subsister les troupes du roi, j'avois encore de bonnes raisons 
de les retirer de Candie. Je voyois qu'elles n'avoient pas plutôt 
gagné quelques-uns des lra\au\ des ennemis, que les Vi'nitiens 



128 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

me donne sujet d être dans la dernière défiance 
d'eux et que nous avons grand besoin de votre 
application et diligence ordinaire à tout ce qui va 
au bien du service du Roi. Je ne vous en saurois 
dire davantage, étant bien persuadé que vous en 
ferez davantage que ce que l'on peut désirer de vous. 
Je suis de tout mon cœur tout à vous. 

LXXIII. 

LE DUC DE NAVAILLES AU COMTE DE VIVONNE. 

Candie, 20 août 1669. 

Envoi à la Cour de M. de Fortanet en remplacement du che- 
valier de Tilladet pour informer le roi du prochain retour de 
l'armée. — (Fol. 220 v°, n" 194.) 

M, de la Croix et moi avons jugé à propos d'in- 
former le Roi du dessein que nous avons pris de 
rembarquer ses troupes et des motifs qui nous y 
ont portés '. C'est pourquoi nous envoyons M. de 

les laissoient perdre et qu'ainsi tous les efforts qu'elles pour- 
roient faire, seroient entièrement inutiles... De plus je savois 
de bonne part que les généraux de la République vouloient 
rendre la ville et qu'ils étoient sur le point de conclure le traité, 
et cela se Irouva si véritable qu'encore que le secours de 
Zante qui étoit de deux mille hommes remplaçât le nombre de 
ceux que j'avois retirés, Morosini signa la capitulation deux 
jours après mon départ. » 

1. « De cinq mille hommes que j avois amenez de France, il 
n'en restoit plus que deux mille cinq cens en état de combattre. 
Monsieur de Vivonne me faisoit avertir tous les jours que les 
vivres diminuoient, sans que l'on en pût trouver ailleurs et que 
l'armée navale aussi bien que celle de terre étoit en danger 
de périr si l'on demeuroit plus longtemps. » Navailles, 
Mémoires, p. 249. 



EXPÉDITION DE CANDiK. 129 

Fortanet, lequel, ayant été employé à tout ce qui 
s'est fait pour la défense de cette place, pourra mieux 
satisfaire Sa Majesté qu'un autre dans la curiosité 
qu'elle pourra avoir de s'informer de tout ce qui 
s'est passé ; outre que je trouve qu'il nous est de la 
dernière importance que l'on soit averti en Provence 
de notre arrivée, afin que nous trouvions toutes 
choses disposées à nous y recevoir. 

C'est ce qui me fait vous supplier de faire don- 
ner au dit sieur de Fortanet le vaisseau Saint- 
Barthélémy, qui avoit été préparé pour M. de Tilla- 
det, lequel lui remettra aussi tous nos paquets entre 
les mains ^ Il est de Fintérèt de tout le monde que 
le dit sieur Fortanet fasse diligence. C'est pourquoi 
je ne doute point que vous ne l'expédiez au plus tôt. 
J'espère avoir l'honneur de vous voir demain au 
soir au moins si vous nous envoyez des chaloupes 
pour nous embarquer^. Je vous en supplie très 
humblement et de me croire entièrement à vous. 

1. La substitution de Fortanet au chevalier de Tilladet est 
expliquée par la lettre de la Croix à Vivonne, 20 août (Reg., 
n° 195i : « Sur lavis que M. le duc de Navailles a eu que 
M. le chevalier de Tilladet a relâché à Standia, il a résolu 
aussitôt d'envoyer M. de Fortanet en France pour porter les 
paquets dont il étoit chargé, comprenant de quelle importance 
il est que le roi ait des nouvelles de son armée et que l'on soit 
averti en Provence de notre arrivée. » — Fortanet était capi- 
taine au régiment de la Motte Arch. de la guerre, 238, n°50). 
Sur son ambassade à la Cour, cf. ibidem, fol. 76 et suiv. et sur- 
tout plus bas n" CIII [Journal de Duché de Vancy). 

2. Le 20 aoiit fut dressée la liste des chaloupes destinées à 
collaborer à rembarquement des troupes ^Reg., n" 193). 



130 CORRESPONDANCE DU DUC DE VI YONNE. 

LXXIV. 
LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

[Saint-Germain-en-La3e,] 20 août 1669. 

Sur la mort du duc de Beaufort. Instructions envoyées à Vivonne, 
qui le remplace. La question des vivres et du retour. Le roi 
ordonne que les galères rentrent au port avant l'arrière- 
saison. Recommandation du chevalier de Vendôme. — (Fol. 
222, n" 197. Minute aut. de Colbert : Bibl. nat., Fr. 8026, 
fol. 134. Publié par P. Clément, Lettres, instructions et 
mémoires de Colbert, t. III, 2® partie, p. 155.) 

Monsieur le comte de Vivonne, 
J'ai appris avec une douleur très sensible la perte 
que j'ai faite de mon cousin le duc de Beaufort. La 
grande expérience qu'il s'étoit acquise au comman- 
dement de mes armées natales, sa valeur et son zèle 
pour le bien de mon service et pour les avantages 
de ma couronne et ma gloire particulière me le 
feront longtemps regretter. A présent que vous lui 
avez succédé dans le commandement de mes armées 
de mer, je suis bien aise de vous faire savoir mes 
intentions sur tout ce que vous avez à faire. 

Je ne doute point que vous n'ayez trouvé l'instruc- 
tion que j'avois donnée à mon dit cousin et que 
vous n'en continuiez l'exécution ainsi qu'il l'avoit 
commencée. Il ne reste à présent qu'à vous dire que 
mon intention est que vous suiviez en toutes choses 
les avis de mon cousin le duc de Navailles ou en 
cas de maladie ou autre empêchement de celui qui 
commandera mes troupes de terre; duquel je désire 
que vous preniez les avis par écrit, particulièrement 



EXPÉDITION DE CANDIE. 131 

en cas que vous soyez obligé de séparer quelque 
partie de mes vaisseaux du reste de mon armée qui 
doit être toujours aux rades de Clandie ou le plus 
proche qu'il sera possible. D'autant que la principale 
et plus importante application que vous devez avoir 
est de lui donner toutes les assistances qui dépen- 
dront de mes vaisseaux et galères pour la conserva- 
lion de mes dites troupes dans tous les divers acci- 
dents qui peuvent arriver. 

A l'égard de mes galères, je désire que vous les 
fassiez partir assez à temps pour pouvoir retourner 
dans mes ports sans courre un risque manifeste par le 
mauvais temps de l'arrière-saison. Sur quoi j'estime 
que vous pourrez observer de les faire partir avec 
celles du Pape, ne doutant pas que Sa Sainteté ne 
les fasse retourner à Cività-Vecchia pour y passer 
l'hiver, ainsi qu'elles ont accoutumé. .Te donne ordre 
au sieur Arnoul de pourvoir à leurs vivres en cas 
qu'elles en puissent avoir besoin et en même temps, 
je fais presser la République par son ambassadeur 
auprès de moi à ce qu'elle envoie en Candie tous 
les vivres et rafraîchissements qui seront nécessaires 
pour mes armées de terre et de mer. 

Pour ce qui est de mes vaisseaux, vous êtes informé 
qu'ils ont des vivres jusqu'au 15" novembre pro- 
chain, et j'envoie de plus au sieur Brodart, commis- 
saire général de mon armée navale', un mois de 

1. Jean-Baptiste Brodart, commissaire de la marine à Tou- 
lon dès 1666, des galères du marquis de Centurion en 16()!), 
commissaire des galères à Marseille en 1670 et commissaire 
ordinaire au Havre en 1671, intendant général des galères en 
1680. Il fut révoqué le 21 juin 1684. 




132 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

vivres en argent qui se monte à cinquante deux mille 
livres. En sorte que je ne doute point que cela ne 
suffise pour votre retour. 

Outre l'escadre de trois vaisseaux sous le comman- 
dement du chevalier de Valbelle que je fais partir 
à présent', qui vous porte cette dépêche, je fais état 
de remettre encore en mer celle du sieur d'Alméras 
qui pourra partir au commencement du mois d'oc- 
tobre prochain^ afin que vous puissiez recevoir 
souvent mes ordres et qu'il y ait toujours quelque 
nouvelle escadre de mes vaisseaux en mer. 

Pour les troupes de terre, je me remets à ce qui 
sera concerté entre mon dit cousin le duc de Navailles, 
vous, l'intendant et le commissaire général des vivres 
de mes dites troupes pour pourvoir à leur subsistance 
lors de leur retour. 

Au surplus, je désire que vous continuiez de donner 
toutes les troupes de mes vaisseaux toutes les fois 
que mon dit cousin le désirera ; mais pour quelque 
cause que ce soit je vous défends de mettre pied à 
terre pour les commander^, voulant que vous vous 
appliquiez uniquement, comme je suis assuré que 
vous aurez fait, à faire sentir avix Turcs la force de 

1. L'envoi d'une escadre de renfort sous les ordres de Val- 
belle fut décidée par le roi dès le 7 août (cf. Gérin, op. cit., 
II, p. 340). Elle croisa la Hotte qui revenait de Candie à la hau- 
teur de Malte. — Sur Valbelle, cf. les Mémoires du marquis de 
Villette, p. 17, n. 1. 

2. Cette escadre devait apporter des vivres pour un mois 
environ et une somme suffisante pour en acheter pendant le 
mois suivant. Sur d'Alméras, cf. Villette, Mémoires, p. 34, n. 2. 

3. Louis XIV voulait empêcher le renouvellement des fautes 
<]ui avaient amené le désastre du 25 juin. 



EXPÉDITION DE CANDIE. l;}3 

mes vaisseaux et de mes galères joints ensemble par 
le feu de 1 artillerie, espérant de l'assistanee divine 
et de la justice de mes armes que vous les aurez 
contraint d'abandonner leurs tranchées et que vous 
aurez remporté quelque considérable avantage sur 
eux. En quoi je suis certain que vous m'aurez donné 
des marques de votre expérience, de votre valeur 
et de votre zèle pour mon service et pour ma gloire. 
Je désire que vous preniez un soin particulier du 
chevalier de Vendôme ' , que vous lui fassiez un 
compliment de ma part sur la perte qu'il a faite-, 
en même temps sur les marques de valeur qu'il a 
données dans l'action de la sortie, et que vous l'as- 
suriez de ma protection particulière pour lui et pour 
sa maison. Sur ce je prie Dieu, qu'il vous ait. Mon- 
sieur le comte de Vivonne, en sa sainte garde. Écrit 
à Saint-Germain-en-Laye, le 20" août 1669. 

LXXV. 

LOUIS XIV AU AL\RQUIS DE MARTEL. 

Saint-Germain-en-Laye, 20 août 1669. 

Mécontentemeni du roi sur la conduite des troupes de Candie 
pendant la sortie qui causa la mort du duc de Beaufort. Ordre 
d'obéir à Vivonne. — (Fol. 264, n° 238.) 

Monsieur le marquis de Martel, 
J'ai vu la relation que vous avez envoyée concer- 

1. Phiiip[)<' de Vendôme, né le 23 août 1655, faisait ses 
premières armes à Candie, sous les ordres de son oncle, le duc 
de Beaufort. Il faillit plus tard avoir un duel avec Vivonne. 

2. La perte de son oncle, le diu de Beaufort. En outre, son 



134 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

nant ce qui s'est passé à l'égard des troupes de mes 
vaisseaux qui ont été détachées pour la sortie qui 
s'est faite sur le camp des Turcs. Il auroit été à sou- 
haiter qu'elles eussent mieux obéi à leur général et 
ne l'eussent pas abandonné^. Je veux croire que les 
ofïiciers de mes vaisseaux s'appliqueront à les mieux 
discipliner et à les rendre plus capables de marcher 
ensemble et par quelque bonne action réparer celles 
qu'elles ont faites en abandonnant leur général ; à 
quoi je désire que vous les excitiez fortement en 
mon nom. 

Je fais savoir au sieur comte de Vivonne, qui com- 
mande à présent mes armées navales par la mort de 
mon cousin le duc de Beaufort, mes intentions sur 
tout ce qu'il aura à faire pendant le reste de cette 
campagne. En sorte qu'il ne me reste qu'à vous dire 
que vous ayez à lui obéir, ainsi que vous y êtes 
obligé, et m'assurant que vous me donnerez en une 
occasion aussi importante pour ma gloire et pour le 
bien de mon service des marques de votre expérience 
et de votre valeur, je ne vous fais la présente plus 
longue ni plus expresse que pour prier Dieu qu'il 
vous ait, Monsieur le marquis de Martel, en sa sainte 
garde. Écrit à Saint-Germain-en-Laye, le vingtième 
août 1669. 

père, le duc Louis de Vendôme, gouverneur de Provence, 
qui avait été fait cardinal après la mort de sa femme, était mort 
le 6 août 1669. 

1. Cf. sur ce sujet la lettre de Louvois au duc de Navailles, 
Arch. delà Guerre, vol. 238, fol. 62 (10 août 1669). 



EXPÉDITION DE CANDIE. 135 

LXXVI. 
LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Saint-Gerraain-en-Laye, 23 août 1669. 

A.vis que le comte de Vermandois a été nommé amiral de 
France en remplacement du duc de Beaufort. Voies par 
lesquelles peut passer le courrier de l'armée de Candie pour 
arriver en France. — (Fol. 226, n** 199. Minute aut. de Col- 
bert : Bibl. nat., Fr. 8026, fol. 140.) 

Monsieur le comte de Vivonne, 

Après la mort de mon cousin le duc de Beaufort, 
j'ai jeté les yeux sur mon fils naturel, le comte de 
Vermandois \ pour le pourvoir de la charge d'amiral 
de France, espérant que la bonne éducation que je 
lui donnerai le rendra capable de bien servir l'Etat. 
C'est de quoi j'ai été bien aise de vous avertir, afin 
que vous en puissiez faire part à tous les officiers 
de mon armée navale qui sont à présent sous votre 
charge. Sur ce je prie Dieu, qu'il vous ait. Monsieur 
le comte de Vivonne, en sa sainte garde. Ecrit à 
Saint-Germai n -en -I.-aye . 

J'envoie par Rome un duplicata de ma dépêche et 
donne ordre au sieur abbé de Bourlémont'^ de faire 

1. Né le 2 octobre 1667, fils de Louis XIV et de M''»^ de La 
Vallière. Il fut légitimé en 1669 et obtint le pas après les 
princes du sang. Il mourut le 18 novembre 1()83, à Courtrai, 
et fut enterré àArras. 

2. Louis d'Angluro de Bourlémonl, aiiditour de l'ote à 
Rome pendant vingt-deux ans. En 1679, il devint évèque de 
Fréjus, puis de Carcassonne en 1680, enfin archevêque de 



136 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

instance au Pape d'envoyer un courrier express à 
Otrante et d'y établir un correspondant sûr avec 
ordre d'envoyer un bâtiment léger porter ma dite 
dépêche en Candie et recevoir celles que vous pour- 
rez envoyer au même lieu ; mon intention étant 
qu'aussitôt que vous serez avertis que cet établisse- 
ment sera fait, vous envoyiez tous les quinze jours 
un bâtiment léger pour porter en la dite ville d'Otrante 
les lettres de toute l'armée tant de terre que de mer 
dontvous donnerez avis à tous les officiers. J'ai envoyé 
en même temps un autre duplicata à mon ambas- 
sadeur à Venise, afin qu'il prenne le même soin de 
vous le faire tenir et de recevoir celles que vous lui 
envoierez. Nonobstant ces deux voies, ne négligez 
pas de m'envoyer des bâtiments légers de temps en 
temps droit à Toulon ou à Marseille, pourvu que 
l'état de la place vous le puisse permettre. 

Lxxvn. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONTVE. 

Saint-Germain-en-Laye, 24 août 1669. 

Ordre au chevalier de Vendôme de quitter Candie et de rentrer 
en France sur une des galères. — (Fol. 227, n'>200. Minute 
aut. de Colbert: Bibl. nat., Fr. n° 8026, 108. Copie: Arch. 
nat., Marine, B^l, fol. 152.) 

Monsieur le comte de Vivonne, 
Mon cousin, le chevalier de Vendôme ^ n'étant 

Bordeaux en septembre de cette même année. En 1664, il avait 
été chargé des affaires et plénipotentiaire pour conclure le 
traité de Pise. Il mourut le 9 novembre 1697, âgé de 79 ou de 
80 ans. 

1. Cf. p. 133. 



EXPÉDITION DE CA>DIE. 137 

point en âge de supporter plus longtemps le travail 
d'une aussi périlleuse défense que celle de Candie, 
et ayant déjà donné de grandes marques de son cou- 
rage, je désire que vous le fassiez embarquer sur mes 
galères pour repasser dans mon royaume ; et en cas 
qu'il en fasse difficulté, je veux que vous lui disiez 
que je le lui ordonne sur peine de me déplaire •. Sur 
ce je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur le comte de 
Vivonne, en sa sainte garde. Écrit à Saint-Germain- 
en-Laye. 

Lxxvni. 

DUCHÉ DE VANCY2 AU DUC DE MORTEMART^. 

S. 1., 26 août 1669. 

Eloge de la conduite de Vivonne et des troupes françaises. 
Nouvelles des derniers événements et des préparatifs du 
départ. Négociations avec Rospigliosi. — iFol. 228 v°, n°203.^ 

Par la dernière relation que j'ai eu l'honneur de 

1. Le duc de Vendôme insista dans une lettre du 26 août 
(Reg., n° 201) adressée à Vivonne pour que son frère revînt, 
comme le roi l'ordonnait: « Dans le malheur de notre maison, 
le Roi n'ayant pas jugé à propos de laisser mon frère plus long- 
temps exposé dans le péril, a eu la bonté de vous écrire pour 
cet effet la lettre que je vous envoie... » Matharel adressa à 
Vivonne la même demande, le même jour (Reg., n° 202). 

2. Secrétaire de Vivonne. Voir plus haut, p. 33, n. 2. 

3. Père du comte de Vivonne. Gabriel de Rochechouart, 
premier genlilhomme de la Chambre depuis 1630, chevalier 
des Ordres depuis 1633, obtint en décembre 1650 l'érection 
du marquisat de Mortemart en duché-pairie, prêta serment le 
15 décembre 166.3, hit nommé gouverneur de Paris et de llle- 
de-France en 16(59, inourut le 26 déreuibre 1675 et fut enterré 
dans l'église des Pénitents de Picpus. 



lo8 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

VOUS adresser, Monseigneur, vous aurez été informé, 
si elle vous a été rendue, d'une entreprise aussi 
hardie et d'une action aussi bien conduite et aussi 
bien exécutée qu'aucun des héros de l'antiquité ait 
jamais pu faire. Je ne doute pas qu'elle ne vous plaise 
beaucoup puisque tout le monde la loue. Mais Mon- 
sieur le général a montré en cette occasion qu'il 
avoit de la bravoure et de la fermeté, il a fait voir 
du depuis aux Vénitiens, aux Italiens et aux Fran- 
çois qu'il a toute la conduite dont un homme est 
capable, puisqu'après avoir procuré le salut de Can- 
die il en a retiré les François et les a fait rembarquer 
au contentement des uns et des autres, plus des 
François à la vérité que des étrangers. Mais à ceux- 
là, il leur fait voir par des raisons si puissantes la 
nécessité qu'il y avoit de ce rembarquement et du 
retour des armes du Roi en France qu'à moins de 
vouloir passer pour injustes, ils ne pouvoient s'y 
opposer. 

Après tous les honneurs que le capitaine général 
Morosini a rendus à Monsieur le général et les témoi- 
gnages par écrit des obligations que la Sérénissime 
République lui a, il est impossible qu'il ne l'oblige à 
remercier le Roi de ce qu'il a fait pour le salut de 
Candie, à moins qu'il ne veuille se démentir lui-même 
comme il a fait assez souvent. 

.Te garde ses lettres aussi bien que les minutes de 
celles que M. le général lui a écrites pour prouver 
ce que je viens de dire. Monseigneur, et je n'ai 
pas manqué aussi de faire une liasse de celles 
que M. de Navailles a écrites à Monsieur, et des 
réponses ou avis qu'il lui a donnés pour faire 



EXPÉDITION DE CANDIE. 139 

voir par mon Journal ^ qu'il n'a rien oublié de 
tout ce qui se pouvoit pour le bien de la ebrétienté 
et pour le service du Roi. Et j'ose vous assurer. 
Monseigneur, qu'il faut être aussi habile qu'il est 
pour se dégager aussi galamment qu'il a fait d avec 
les Italiens qui n'ont autre but que de jeter les gens 
dans la confusion en les sacrifiant pour leurs inté- 
rêts particuliers. Il y a longtemps que ces Messieurs 
là auroient sauvé cette place s'ils avoient agi de la 
bonne façon avec les princes chrétiens et qu'ils 
eussent emplové toutes leurs forces à quelque entre- 
prise considérable. ]Mais, à ce que l'on ne voit que 
trop à présent, les particuliers de cette République 
n'ont eu autre but que de s'enrichir, comme ils ont 
fait, et je ne sais pas même s'il n y a point eu quelque 
trait de politique plus méchant de miner peu à [)eu 
les forces des princes de l'Europe pour se conserver 
eux-mêmes. 

Nous sortons d'avec ces gens-là avec un esprit 
turc et certes leurs abominations et leurs fourberies 
sont si odieuses à Dieu et au monde que je n'ose 
rien espérer fie bon du salut de la ville de Candie, 
quoique les François l'aient mise en si bon état 
avant que de partir, qu'après que les troupes ont 
été rembarquées, cinquante hommes des gardes et 
les régiments deLaFère, de Bandeville - et quelques 

1. On trouvera plus loin, à lAppendioe, le texte de ce 
Journal d après le manuscrit de la Bibliothèque nationale. 

2. Régiment de Louis II Sevin. marquis de Bandeville, 
tué à Hochstedt le 13 août 1704. A sa mort le chevalier de 
Bandeville lui succéda. Sur ce régiment, cf. le chevalier de 
Quinr\ , Mémoires, éd. Lecestre, I, p. 51, et III, p. 236. 



140 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

mousquetaires, quiétoient restés pour l'arrière-garcle, 
soutinrent un assaut très considérable que les Turcs 
firent à la Sablonnière et à Saint-André le lendemain 
de la sortie de nos troupes, dans la pensée qu'avoient 
ces infidèles qu'il n'y avoit plus de François dans la 
ville ^ et le capitaine général aussi bien que le géné- 
ral Bataglia, qui leur firent cent caresses après qu'ils 
eurent remporté la victoire sur les Turcs qui ne 
prirent pas un pouce de terrain sur eux, avouèrent 
que les François avoient sauvé plusieurs fois Candie, 
mais singulièrement cette dernière. 

Les Allemands et les Italiens avoient plié et aban- 
donné leurs postes. Les Turcs s'en étoient saisis et les 
ennemis seroient à présent maîtres de la ville sans ce 
grand eflbrt que firent les François par un sentiment 
de bravoure et de générosité. Nos gens qui étoient 
postés dans un lieu particulier sans être de garde, 
mais attendant la nuit pour se rembarquer, furent 
sollicités par les généraux vénitiens nommés ci- 
dessus de vouloir les aider encore une fois à re- 
pousser les Turcs. M. de Choiseul-, qui commandoit 
avec M. de Bandeville firent avancer leurs troupes, 
savoir les gardes de la Sablonnière et les autres 
troupes à Saint-André, et repoussèrent non seule- 
ment les Turcs des postes où ils s'étoient logés mais 

1. Sur ceUe affaire, cf. Navailles, Mémoires, p. 268-272. 

2. Claude de Choiseul, dit le Comte de C/ioiseul, marquis 
de Francières, né le 1"'" janvier 1633, servit dès 1649 et devint 
gouverneur de Langres en 1658. En 1669, il fut fait maréchal 
de camp, en 1676 lieutenant-général et en 1693 maréchal de 
France. Il mourut le 15 mars 1711. Sur son action après l'em- 
barquement des troupes, cf. Navailles, Mémoires, p. 258 et 
suiv. 



EXPÉDITION DE C.VNDIE. 141 

même soutinrent près de trois heures de temps plu- 
sieurs assauts et conservèrent leurs postes sans 
perdre trente hommes. Les Turcs y ont pei'du par 
le feu de la mousquelerie, du canon chargé à quart 
de touche et des fourneaux, près de trois mille 
hommes. 

Le vingt-sept, le duc de la Mirandole ' arriva ici 
avec près de deux mille hommes et fit son entrée à la 
dite ville le 28^ ~. Le 29% le capitaine général fit une 
sortie et regagna encore vingt ou trente pas sur les 
Turcs du côté de la Sahlonnière en sorte que la ville 
est assez en hon état quant à présent. Il veut ce jour 
là quelque contestation entre Monsieur le général et 
M. Rospigliosi pour le départ de ce port de Standia 
parce que les Vénitiens, qui avoient été informés de 
la nécessité qu'avoit Tarmée de France de partir 
faute de vivres, avoient encore envoyé demander des 
troupes, après qu'elles avoient été rembarquées, pour 
faire une troisième relirade du côté de Saint-André. 
Monsieur le général fit connoître à M. de Rospigliosi 
que la demande, que le capitaine général faisoit, étoit 
à contre-temps. M. de Rospigliosi en convint et 
écrivit, à ce qu'il dit, au capitaine général que cela ne 

1. Alexandre II Pic, duc de la Mirandole et de Concorde, né 
le 30 mars 1631, mort le 3 février 1(3!)1. Il avait épousé, le 
29 avril 1656, Anne-Béatrice d'Esté. 

2. Le duc de la Mirandole, maréchal de camp général du 
Saint-Siège, commandait les Iroupcs levées en Italie par le pape, 
aux Irais de l'Église. Il débarqua aussitôt arrivé et apportait 
d'abondantes provisions de guerre, surtout des bombes et des 
grenades dont la ville avait grand besoin (Navailles, Mémoires, 
p. 262). Il ne resta que quelques jours et rembarqua, ne vou- 
lant pas assister, disait-il, h la chute de la place. 



142 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

se pouvoit faire. Mais il donna lieu de soupçonner le 
lendemain trentième, qu'il ne l'avoit pas fait puisqu'ils 
étoient convenus qu'on feroit reml3arquer cette nuit 
l'arrière-garde des François et les chevaliers de Malte 
et le capitaine général fit tendre la chaîne pour 
empêcher la sortie des François ce soir-là ; et on sut 
que M. de Rospigliosi avoit dit au général des galères 
de Malte d'attendre encore quelques jours à faire 
rembarquer les chevaliers. 

Ce procédé surprit tellement Monsieur le général, 
joint à ce que l'on s'aperçut qu'il ne faisoit ni épalmer 
ses galères ni les charger de victuailles, qu'il crut qu'il 
levouloit obligera rester plus longtemps à Standia. 
Il lui envoya dire que les vaisseaux ne pouvoient 
pas attendre une heure de temps et qu'il alloit faire 
mettre le lendemain à la voile aussitôt que l'arrière- 
garde des François étant en Candie seroit rembarquée; 
qu'il avoit su qu'il ne vouloit pas partir jusques au 
20" septembre, mais que pour lui, il ne pouvoit pas 
attendre ce temps-là, parce que les armées du Roi 
manquoient de vivres et que ses troupes dépérissoient 
plus dans les vaisseaux que dans Candie ; qu'il le 
supplioit au nom de Dieu, de Sa Sainteté, de Sa 
Majesté et pour l'amour de lui-même de considérer, 
s'il vouloit rendre quelque service à la chrétienté, 
qu'il valoit mieux aller croiser sous la Canée et aux 
Cérigues pour empêcher le secours que les Turcs 
pourroient donner en Candie que de rester à Standia, 
où on ne pouvoit rendre aucun service à la place, 
où l'air étoit corrompu, où il tomboit tous les jours 
une infinité de malades, manque de bonne eau, et 
où on ne pouvoit plus espérer aucun rafraichisse- 



EXPÉDITION DE C\>DIF:. 143 

ment qu'encore qu'il n'ait pas de vivres pour retour- 
ner en France, il feroit en sorte de se retrancher 
dans ses galères pour quelque temps et qu'il ren- 
voveroit les vaisseaux afin d'être en état de pouvoir 
contrilmer par la perte même de son sang au salut 
de Candie afin que tous les Chrétiens ne puissent 
pas lui reprocher qu'il n'ait fait toutes les choses 
possibles pour le bien et pour l'avantage de toute 
l'Église. 

Le sieur de Manse, capitaine de la Ciapitane, 
qui fut trouver mon dit sieur de Rospigliosi à cet 
effet en revint quelque temps après avec la réponse 
portant que mon dit sieur de Rospigliosi avoit à 
espalmer ' et à faire chercher son pain sur ses galèi'es 
et qu'il lui falloit sept jours de temps pour cela. 
Monsieur le général y renvoya lui dire que puisqu'il 
avoit offert aux François de leur faire fournir du pain, 
s'ils en a^oient besoin avant leur arrivée à Cività 
Yecchia, qu'il pourroit charger des vivres ici pour 
quinze jours, ce qui seroit fait en une après-dinée 
et en prendre le long de la côte, et, comme il n'y 
avoit plus que sa galère à espalmer et qu'il le pouvoit 
être en une matinée, qu'il pourroit de cette manière 
avoir fait ses aft'aires en un jour et qu'ainsi on pour- 
roit partir à la fin du mois et demeurer sept ou huit 
jours aux Cérigues ou au Mile' à croiser avant que 
de reprendre la route de France -^ 

Mon dit sieur Rospigliosi persista dans sa pre- 

1. Nettoyer la carène des navires. 

2. Milo. 

3. Voir plus bas, pp. l'iS et suivantes. 



144 CORRESPONDA>CE DU DUC DE VIVONNE. 

mière réponse et les deux généraux furent prêts à 
se séparer, mais Monsieui" le général apprit deux 
heures après que M. de Rospigliosi venoit de rece- 
voir une lettre de Rome qui Tavertissoit de la mort 
de Monsieur son cadet. De sorte que pour ne le pas 
affliger davantage, il le fut voir et lui fit compli- 
ment sur cette mort sans lui parler d'afï'aire, et 
voyant qu'il faisoit décharger sa galère pour la mettre 
à la bande afin d'espalmer, Monsieur le géné- 
ral, qui couche sur l'Amiral depuis cinq jours que 
l'on a commencé à rembarquer les troupes, résolut 
de continuer à y aller coucher et de faire tenir les 
vaisseaux et les galères lestés pour partir au premier 
bon vent, si on reconnoissoit que mon dit sieur de 
Rospigliosi ne se mit pas en état de partir, et en ce 
cas, que mon dit sieur le général montant sur l'Ami- 
ral escorteroit avec les vaisseaux les galères de France 
jusques aux Zantes ; mais on me vient d'assurer que 
M. de Rospigliosi veut partir et qu'il a un grand 
regret d avoir donné lieu à Monsieur le général de 
mécontentement, ce qui a obligé Monsieur le général 
d'attendre jusques au premier septembre pour partir. 



LXXIX. 
LE COMTE DE VIVONNE A MOROSIM. 

Standia, 30 août 1669. 

Coinplirnenls. Départ de Vivonne pour croiser avec ses galères 
sur la route que prennent les renforts des Turcs. — (Fol. 237 
V", n° 209.) 

J'ai reçu tant de marques de la bonté de V.E. en 



EXPÉDITION ItE CANDIE. 14Ô 

toutes sortes de rencontres, que je ne puis assez l'en 
remercier en prenant congé d'elle ni lui en deman- 
der avec assez d'instances la continuation. Je la sup- 
plie très humblement de me 1 accorder et d'être 
persuadée que je conserverai toute ma vie les senti- 
ments de reconnoissance que j'en ai, et toute l'estime 
que je dois à sa personne et à la haute vertu que 
tout le monde admire en elle. V. E. me fait justice 
de croire que personne ne s'est plus véritablement 
intéressé dans la conservation de la place de Candie 
et n'a recherché avec plus d'empressement les occa- 
sions d'y contribuer que moi. Elle sera tout à fait 
confirmée dans cette pensée si elle considère que, 
malgré le peu de victuailles et le peu de temps qui 
me reste pour me rendre en France a\ ant la mauvaise 
saison, je n'ai pas laissé de proposer à Monsieur le 
bailli Rospigliosi d'emplover encore quelques jours 
en nous en retournant sur les croisières ou passent les 
secours que les Turcs portent en la Canée pour tâcher 
de les défaire, et de rendre à Candie le service que 
je puis dire être le seul qu'elle pouvoit attendre de 
notre marine au mauvais état où les maladies ont 
réduit nos soldats et notre chiourme. 

Nous partons ce soir pour l'exécuter *. Dieu 
veuille que le succès réponde à mes désirs et que je 
sois assez heureux pour contribuer encore quelque 
chose à la défense d'une phue que V. E. conserve 

1. Les floues frani;aise, maltaise et pontificale appareillèrent 
le samedi 31 août. Chaque galère remorqua son vaisseau jusqu'à 
ce qu'il pût so servir de ses voiles. Sur la traversée du retour, 
cf. plus loin le Journal de Duché de ^ ancy, et Des Réaux de 
la Richardiére, op. cil., p. 120 tt suiv. 

10 



146 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

depuis tant de temps contre les Infidèles avec Tap- 
plaiidissement de toute l'Europe. Je lui souhaite toute 
la bonne fortune qu'elle mérite en l'assurant que 
personne n'est si véritablement que moi... 



LXXX. 

LE COMTE DE VIVONNE AU MARQUIS DE MARTEL. 

Standia, 30 août 1669. 

Ordre de partir pour la France, aussitôt que le temps sera favo- 
rable, avec les vaisseaux divisés en deux escadres. — 
(Fol. 237, n» 208.) 

Le comte de Vivonne. 

Monsieur le marquis de Martel, lieutenant général 
de l'armée de la sainte Eglise, partira aussitôt que le 
vent lui permettra et qu'il le jugera à propos de ce 
port de Standia, pour s'en aller en France et y con- 
duire les vaisseaux du Roi, qui sont commis sous sa 
charge, et les troupes qui sont embarquées dessus, 
aussi bien que les vaisseaux marchands nolisés par 
le Roi, sur lesquels on a mis les officiers réformés. 
Il séparera la dite armée en deux escadres et incor- 
porera dans la sienne le vaisseau Le Monarque^ 
servant ci devant d'Amiral. Et comme il est parfai- 
tement instruit des intentions de Sa Majesté, tant 
pour la guerre des corsaires que pour la visite des 
marchands étrangers, et son expérience et capacité 
au fait de la marine étant très grande, nous remet- 
tons à sa prudence et bonne conduite tous les évé- 



EXPÉDITIOxN IJE CAM)IE. 147 

nements de son voyage '. Fait à Standia, à bord de 
la Capitaine, le 30^ août 1669. 

LXXXl. 

LE COMTE DE VIVOMSE A LOUIS XIV. 

Standia, 30 août 1669. 

Efforts des Vénitiens pour retarder le départ des Français. La 
croisière des galères contre les Turcs, sur la route du retour. 

— (Fol. 238 v°, n" 211.) 

Sire, 

Les troupes de V. M. s'étant embarquées- suivant 
la résolution que M. de Navailles avoit prise, comme 
j'ai eu riionneur de le demander à V. M., elle peut 
bien s'imaginer que les "^ éniliens étant intéressés et 
ingénieux comme ils sont, n'ont rien oublié pour 
faire en sorte que les troupes et l'armée na^ale 
demeurassent. Et comme ils ont vu que les raisons 
qui avoient obligé M. de Navailles à désirer le rem- 

1. Cf. la lettre du marcjuis de Martel portant la relation de 
sa traversée de retour (l*"" octobre 1669] : Arch. nat.. Marine, 
B* 3, fol. 241-244. 

2. Des Réaux de la Richardicrc, op. cit., p. 115-117 : « Le 
jour donc de mard\ , vingtième du mois, à lentréc de la nuit 
nous nous rendîujes tous au port... A mesure que les barques 
des vaisseaux arrivoient, on s'embarquoit, de sorte que le ven- 
dredi vingt et unième, le reste de l'infanterie, les officiers 
réformés et les mousquetaires se trouvèrent sur les vaisseaux, 
excepté les régiments de Bandeville et Rouergue qu'on avoit 
laissés pour faire 1 arrière-garde avec quelques officiers... Le 
lundi suivant, sur le soir, M. de Choiseul sortit de la place avec 
le reste de nos gens et se rembarqua. » 



I -iO CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

barquement étoient ciicoie plus fortes pour les 
laisser partir étant embarquées, ils ont fait tout ce 
qu'ils ont pu, ne pouvant pas obtenir de moi de 
pouvoir faire séjourner l'armée de terre et les vais- 
seaux ici, pour conserver encore quelque temps ici 
les galères; mais comme M. de Rospigliosi est fort 
dans leurs intérêts, et qu'outre cela ils voient bien 
que la nécessité nous obligeoit à partir, il a voulu 
se faire une vertu de notre nécessité employant toute 
chose au monde pour nous retenir ici jusques au 
dixième de septembre. 

J'ai cru, Sire, voyant toutes ses intrigues, qu'il 
étoit de la gloire de V. M. de conserver quelque 
bonne grâce et de ménager les choses de telle sorte 
que toutes les raisons que l'on a eues pour se 
retirer ne pussent pas être accusées d'impatience 
et pussent être prétextées de quelque chose de 
glorieux et d'utile au service de Candie; j'ai donc. 
Sire, pris le parti de dire à M. de Rospigliosi que, 
puisque l'armée de terre et les vaisseaux ne pouvoient 
pas demeurer par les raisons qu'il savoit lui-même 
et dont il étoit tombé d'accord, qu'il n'étoit de nulle 
utilité que les galères demeurassent inutiles en ce 
lieu ici accablées de maladies, infectées d'un méchant 
air qui les augmenloit encore et nourries de très 
méchante eau^, cju'il valoit bien mieux hâter notre 
partance pour aller au Mille ^ passer devant le cap 

1. Voir plus haut, p. 117, n. 1. Navailles, Mérvoirea, p. 252 : 
« Jétois informé... qu'ils [les vivres] étoient si mauvais que 
ceux qu'il [Morosini] avoit donné aux galères de l'rance 
avoient t'ait périr une partie de la chiourme. » 

2. Milo. 



1 



EXPÉDITION DE CANDIE. 149 

Saint-Ange et séjourner aux Cérigues jusques à ce x*. 
qui sont les véritables croisières où l'on peut trouver 
les galères turques, soit en cas qu'elles portent des 
secours en Candie, soit qu'elles retournent pour en 
aller chercher d'autres, que de demeurer à Standia 
exposé à tous les inconvénients que j'ai eu l'honneur 
de dire à V.M., étantinutileà la défense de la place, 
ne pouvant pas les assister de monde dans la ville. 

Je ne me suis pas contenté. Sire, de lui faire faire 
seulement la proposition, mais j'ai été encore bien 
aise (comme c'étoit plutôt une fanfaronnade qu'une 
chose effective) de la faire éclater. Et pour cet effet, 
j'ai pris le temps que M. de Frontenac ^ étoit chez lui 
de l'en faire prier, afin que la chose pût être redite 
et bien tournée au capitaine général, ayant été 
entendue d'un homme aussi zélé pour le service de 
V. M. qu'est M. de Frontenac, l'un des principaux 
ofTieiers des Vénitiens, et je me servis pour exhor- 
terM. deRospigliosi de toutes les mêmes prières dont 
il s'étoit servi lui-même pour demeurer à Standia. 

La fanfaronnade (jue je leur ai faite est à bon mar- 
ché puisqu'il la vérité le chemin que je leur propose 
sous prétexte d'aller chercher l'ennemi est plus sûr 
pour la navigation et plus commode pour notre 
retour. Ainsi, en prenant toute la précaution qu'on 

1. Louis de Buade-Palluau, comte de Frontenac, maître 
de camp dès 1()43, avait abandonné en 1653 roffice de maré- 
chal de camp du régiment de Normandie, qu il avait depuis 
1646. Il s'engagea dans l'armée vénitienne ; revint en France. 
En mai 1672, il fut nommé gouverneur de la Kouvelle- 
Francf, p| mtMirul à Québec le 28 novembre 1698, âgé de 
78 ans. CI". Le comte de Frontenac, par Henri I.orin Paris, 
1895, in-8!. 



150 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

doit prendre pour la conservation des galères de 
V. M., je sais en même temps ce qui se peut faire 
pour trouver occasion de faire faire quelque chose 
de glorieux et d'utile au corps que j'ai l'honneur de 
commander. Monsieur de Rospigliosi s'est rendu à 
mes raisons et est convenu de la chose. Je travaillerai 
pendant le chemin, n'ayant plus que la simple navi- 
gation à faire, à faire un mémoire bien exact de ce 
que j'ai observé dans les galères avec lesquelles j'ai 
été et des choses que j'ai remarqué être avantageuses 
pour perfectionner le corps des galères. J'essaie par 
mon application de réparer les défauts * . 

Lxxxn. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVOIVNE. 

Saint-Germain-en-Laye, 11 septembre 1669. 

Ordre de ramener sans retard les galères à Marseille, si elles 
ne sont déjà en route pour la France. — (Fol. 242 v°, n° 214.) 

Monsieur le comte de Vivonne, 

Quoique notre Saint Père le Pape ne m'ait fait 
donner aucun avis du retour de ses galères qui sont 
à présent en Candie, néanmoins comme sur le bruit 
qui s'est répandu qu'il avoit envoyé ordre au bailli 
Rospigliosi, son neveu, d'y demeurer pendant tout 
l'hiver, vous auriez peut-être quelque sujet de dou- 

1. L'original de cette lettre (Arch. nat., Marine, B^'3, fol. 313) 
est un peu plus étendu et contient plusieurs variantes. Elles 
ne sont pas assez importantes, cependant, pour que nous ayons 
cru devoir les relever ici. L'original est daté du 31 août. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 151 

ter de mes intentions sur le retour de mes galères, 
je vous fais cette lettre pour vous dire que je désire 
qu'elles retournent à Mtu'seille au plus tôt, et pour 
cet effet que vous les fassiez partir de la rade de 
Candie sans aucune perte de temps en cas que vous 
ne l'ayez déjà fait en vertu de mes précédents ordres. 
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur le comte 
de Vivonne, en sa sainte garde. 



T.xxxm. 

LE CARDINAL ROSPIGLIOSP AU BAILLI ROSPIGLIOSI. 

Rome, 14 septembre 1669. 

Invitation adressée à Vivonne à aller prendre quelque repos à 
Castel-Gandolfo. Assurance donnée que le pape lui ferait le 
meilleur accueil s'il venait à Rome. — (Fol. 246 v", n" 221.^ 

111"" e Ecc™° Sig^ 

Venendo con V. E. il s"" conte de Vivonne dopo 
si lunga e incommoda navigazione, eonviene ch'Ella 
l'inviti a prendere qualche ristoro a C'.astel Gandolfo, 
assicurandolo insieme che quando a lui piaceia 
ancora di portarsi a Roma, sarà da S. B. veduto ed 
accolto benignamente e per il caratlere ch'egli porta 
si degnamente di comand'" del Re cristianissimo 
e per le qualità stimabili e cospieue che resplen- 
dono in lui, verso il quale è sopra modo singulare 
la mia osservanza, e a V. E. baccio (b ouore le niani. 
Roma, 14 settembre 1G(W. 

1. Jacques Rospigliosi, frère du bailli > inccnt Rospipliosi. 
Il avait commencé sa carrière dans la diplomatie. 



152 CORRESPONDA.NCE DU DUC DE VIVONNE. 

LXXXTV. 

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE. 

Charabord, 27 septembre 1669. 

Ordre de désarmer la flotte et de mettre en état une escadre 
pour porter à Candie un nouveau secours. — (Fol. 243 v", 
n° 217.) 

Monsieur le comte de Vivonne, 

Je donne ordre au sieur d'infre ville, intendant 
de la marine à Toulon, de désarmer les vaisseaux de 
mon armée navale que vous commandez, et en même 
temps de travailler promptement au radoub et carène 
de cinq vaisseaux et de deux brûlots, que je veux 
remettre en mer pour joindre aux quatre autres qui 
sont à présent commandés par le sieur d'Alméras, 
et en composer une escadre pour porter en Candie 
un nouveau secours de troupes que j'ai résolu d'y 
envoyer. C'est pourquoi j'ai été bien aise de vous 
donner avis, afin que vous puissiez tenir la main à 
l'exécution de ce qui est en cela de mes intentions. 
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur le comte 
de Vivonne, en sa sainte garde. 

LXXXV. 

LOUIS XIV AIT COMTE DE VIVONNE. 

Chambord, 27 septembre 1669. 

Ordre donné k d'Infreville et Arnoul pour l'entretien et le 
désarmement des équipages et des chiourmes. Demande 



EXPÉDITION DE CANDIE. 153 

d'un rapport sur le corps des galères pendant la campagne. 
— (Fol. 244 v°, n° 218.) 

Monsieur le comte de Vivonne, 
Sur l'avis que vous m'avez donné par vos lettres 
du 21'' du mois passé du retour de mon armée 
navale, je donne ordre aux s""' d'Infreville et Arnoul, 
intendants de mes vaisseaux et galères, de donner 
aux équipages et à la chiourme toutes les assistances 
et les rafraîchissements dont ils auront besoin pour 
leur conservation, et en même temps de travailler à 
leur désarmement. Je serai bien aise cependant que 
vous me donniez vos avis sur tout ce que vous aurez 
reconnu pendant cette campagne concernant la 
navigation des galères et le temps et les saisons pen- 
dant lesquels je pourrai m'en servir pour faire la 
guerre aux corsaires de Barbarie, afin que je vous 
puisse faire savoir mes intentions sur ce sujet. 
Cependant je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur le 
comte de Vivonne, en sa sainte garde. 

LXXXVI. 

LE COMTE DE VIVONNE AU GRAND MAITRE 
DE L'ORDRE DE MALTE *. 

Messine ^, 6 octobre 1669. 

Remerciements pour tous les secours que les galères du roi 
ont reçus pendant la campagne. — [Fol. 248 v", n° 224.) 

1. Nicolas Cotoner, bailli do .Ncgrepont, qui succéda à sou 
frère Raphaël Cotoner en octobre KiO.'î. Il mourut le 2!) avril 
1680, âgé de soixante-treize ans. 

2. A Messine, les galères de Malte et les vaisseaux Irançais 
quittèrent les galères pour gagner Malle. Les galères de 



154 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

Monseigneur, 

Les galères de Sa Majesté ont reçu durant cette 
campagne tant d'honnêtetés et de secours de celles 
de la Religion et de M. le général des galères, que 
je crois être obligé d'en rendre témoignage à Votre 
Éminence et lui en faire mes très humbles remer- 
ciements. Elle doit être persuadée que je ne man- 
querai pas d'en rendre un fidèle compte à Sa 
Majesté, et que je n'oublierai rien pour lui faire 
connoître la manière obligeante avec laquelle MM. 
de la Religion et particulièrement \en blanc] ont 
été au devant de toutes les choses dont ils ont cru 
que ses galères pouvoient avoir besoin. Je ne doute 
point que Sa Majesté n'en témoigne sa gratitude à 
la Religion et qu'elle ne reconnoisse en toutes sortes 
de rencontres l'obligation qu'elle lui a. Si les sen- 
timents de reconnoissance que j'en conserverai 
toute ma vie pouvoient être comptés pour quelque 
chose après ceux que Sa Majesté lui doit, j'en assu- 
rerois Votre Éminence et la supplierois très hum- 
blement de croire que je ne perdrai jamais aucune 
occasion de faire connoître à Votre Éminence avec 
combien de respect et de passion je suis'... 

France suivirent la côte italienne. Sur le séjour des galères à 
Messine, cf. le Journal de Duché de Vancy. 

1. Le 20 octobre, le Grand Maître de Malle répondit à 
Vivonne pour le remercier et lui adresser des compliments 
(Reg., n° 230), et ajoutait : « Comme je sais qu'Elle (Vivonne) a 
besoin de personnes qui soient plus propres pour ramer que 
les François et les Turcs du Levant, j'ai encore bien de la joie 
de ce que la rupture de Barbarie lui donnera lieu d'en pouvoir 
acquérir. » (Louis XIV^ venait de décider une expédition dans 
le nord de l'Afrique.) 



EXPÉDITION DE CANDIE. 155 

LXXXVII. 

LK MARQUIS DE BELLE-ISLE AU COMTE DE VIVONNE. 

Toulon,? octobre 1669 *. 

Nouvelles de l'cscadi-e commandée par Belle-Isle et de la fin 
de la traversée. Nouvelle de la capitulation de Candie et des 
dernières décisions de laCourpourlaflotte. Le bruit se répand 
que le duc de Beaufort ne serait pas mort. — 'Fol. 249, 
n° 225.) 

Monseigneur, 

J'eus l'honneur de vous écrire à la hauteur du cap 
Passaro et ma lettre doit vous avoir été rendue 
puisque la barque qui l'a portée à Cività Vecchia 
est de retour. Nous sommes arrivés à la rade de 
Toulon le 29'^ septembre par un gros vent de sud- 
est et une grosse pluie après avoir été faire de l'eau 
au golfe de Palmi ~ et avoir été huit jours par calme 
sur les îles San Pietro^ sans avancer. Il y avoit eu 
quelques corsaires d'Alger, huit ou dix jours devant 
notre arrivée, qui ont fait descente en terre et 
quelques esclaves sur la Sicile, l-.' Etoile a pris un 
bateau sur lequel étoient liuit esclaves de M. Centu- 
rion qui se sauvoient. J'aurois eu l'honneur de vous 
écrire plus tôt, mais comme le Lijs, le Dunkerrjiwis, 
le Suisse, la barque du Roi et des polacres nous 

1. Par erreur, le copiste a écrit : septembre. 

2. En Calabre. Pnhne, dans le texte. 

3. Sur les côtes de Sardaigne. Iles Saint-Pierre, dans le 
texte. Sur la tempête, cf. des Réaux delà Richardière, op. cit., 
p. 134 et suiv. 



156 CORRESPONDA.ISCE DU DUC DE VIVONNE. 

manqiloient, j'étois bien aise, Monseigneur, de ne 
vous donner aucune mauvaise nouvelle. 

Tout est présentement iei où M. le duc de Navailles 
n'est arrivé que depuis deux jours ^ . Nous les savions à 
la vérité aux Gozesde Malte ~ par M. de Bouillon, qui 
y a été ^ La barque du Roi et une tartane sur laquelle 
étoit M. de Montlimart, écuyer de M. le duc de 
Navailles, sont arrivés depuis, après avoir relâché 
en Candie. Ils nous ont appris les capitulations de 
Candie dès le lendemain de notre départ ^. Montli- 

1. Le duc de Navailles était sur le Lys. 

2. Tle Gozzo, au nord-ouest de Malte. 

3. Le chevalier de Bouillon avait obtenu du marquis de 
Martel, vice-amiral, l'autorisation d'aller à Malte. Il se sépara 
de la flotte le 5 septembre et arriva à Malte le 8. Il y fut fort 
bien reçu ainsi que ses officiers et son équipage. Voir le récit 
de son séjour à Malte dans des Réaux de la Richardière, op. 
cit.., p. 122 et suiv. «... Sur le soir, le grand Maître vint se 
promener à un jardin qu'il a sur le bord du port au bas du bas- 
tion d'Italie, d'où on nous avoit rendu le salut. Nous le vîmes 
tous d'assez près et à découvert des galères denostre vaisseau, 
et les chevaliers et commandeurs qui étoient avec luy, mar- 
chant tous devant luy deux à deux et en fort bon ordre, au 
nombre de plus de cent, en habits et manteaux noirs avec une 
croix blanche sur leur manteau et une petite épée au costé. 
Après eux, le grand Maître parut, on portoit une chaise der- 
rière luy. A son arrivée, M. le chevalier V. de Bouillon fit tirer 
toute l'artillerie de son vaisseau, qui étoit monté de 70 pièces 
de canon. Il la fit encore tonner quand il se retira avec ses 
chevaliers. » 

4. Candie capitula le 5 septembre. Déjà, avant le départ des 
Français, les négociations avaient été commencées par Moro- 
sini. Cf. Mémoires ou relation militaire contenant ce qui s'est 
passé de plus considérable dans les attaques et dans la defjfence 
de la ville de Candie..., par un Capitaine françois... Paris, 
1670, in-12, p. 315-10. « Le Capitaine général envoya le colonel 



EXPÉDITION DE CANDIE. 157 

mart a été dans le camp turc et a tout vu. (l'est ce 
qui fait qu'on le dépèche aujourd'hui en (lour. Je ne 
vous entretiendrai pas. Monseigneur, des articles de 
la reddition de Candie. Je n'en suis pas assez bien 
informé. Je sais seulement que de part et d'autre on 
s'est donné des otages et que les Turcs sont logés 
dans la ville d'où les Vénitiens peuvent tout empor- 
ter durant 14 jours et toutes les pièces de canon, 
qui sont de 20 1. de balle et au-dessous. Les autres 
plus fortes doivent rester ^ . 

On ne nous attendoit pas ici quand nous sommes 
arrivés. La Cour nous croyoit plus de vivres que 
nous n'en avons, et sur les lettres du dernier cour- 

Lalandi vers les Turcs, comme venant de l'armée de France, 
qui esloit encore à l'Estandio, pour proposer au Grand Visir un 
accomraodeuient de paix. Il se rendit à ce sujet, le 29 daoust, 
dans une barque qui portoil pavillon blanc, au quartier du 
Visir, près du château de Policastre... Le lendemain 30 (qui 
fut celuv auquel le duc de •Navaillc fit mettre à la voile pour 
France), Lalandi se rendit, porté par la même barque, au 
raesme endroit de S. André où il fit sçavoir à ce ministre 
ottoman que le généralissime luy remettroit la Place pourveu 
que ce fut à des conditions justes et raisonnables. » 

1. Tous les renseignements donnés ici sont exacts ; cf. 
Mémoires ou relation militaire... par un Capitaine françois... 
p. 319 : « Si tost que les articles du traité furent signées, on 
changea les ostages de part et d'autre pour la plus grande seu- 
retédes conditions. La Rive et le Galbo, lieutenans généraux et 
Navalier, capitaine des galéasscs, tous trois nobles \ énitiens, 
furent donnés de la part de la République; et lesTurcsenvoyèrent 
le Bâcha Bébir, homme de très grande considération, el deux 
des principaux agas de leur armée. Les \ énitiens purent faire 
sortir de la place 125 gros canons, 123 canons moins gros et 
8 mortiers. Le Vizir leur fit présent en outre de 4 de ses plus 
gros canons, à leur choix pour les honorer de leur délense.. » 



158 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

rier parti à la place de M. de Tilladet ^ elle envoyoit 
130 milliers de poudre par le chevalier de V^al- 
belle et de l'argent pour un mois de vivres. Il y a 
un mois qu'il est parti avec le chevalier de Beaumont, 
Saint- Aubin et Champagne-Brûlot. Il a trouvé M. de 
Navailles à Malte. Mais il n'a pas rebroussé chemin 2. 
M. d' Aimeras, Preuilly et Thivas se préparent avec 
diligence pour l'embarquement du régiment du pape 
de 16 compagnies de cent hommes chacune, com- 
mandé par Monseigneur le maréchal de Bellefonds^, 
et depuis notre arrivée, comme la Cour avoit résolu 
de grossir ce secours, elle a augmenté l'escadre du 
Courtisan pour M. le marquis de Martel, qui doit 
tout commander, du Fleuron pour le chevalier de 
la Hillière, du Provençal pour Bouille, qui est très 
mal, du Lys pour le marquis de Grancey, et la 
Sirène pour Cogolin. Mais il y a apparence que les 
dernières nouvelles renverseront ces desseins. M. de 
Cajac^ devoit commander un détachement de 400 
hommes de gardes. 

1. M. de Fortanet, parti de Candie le 20 ou 21 août. Cf. 
p. 129, n. 4). 

2. Valbelle n'écouta pas Navailles, qui lui proposait de ne 
pas poursuivre plus loin, et ne pouvant débarquer à Candie, 
il alla remettre au provéditeur vénitien qui commandait à La 
Sude les approvisionnements destinés à la capitale (Terlinden, 
op. cit., p. 272). 

3. Bernardin Gigault, marquis de Bellefonds, né en 1630, 
mort en 1694. Il était maréchal depuis 1668. Il mourut au 
château de Vincennes et fut enterré dans la chapelle du châ- 
teau. Sur les préparatifs de son expédition à Candie, cf. Terlin- 
den, op. cil., p. 249 et suiv. 

4. Marc de Canin de Cajac, capitaine au régiment de 
Navarre dès le l"^"" février 1643. Capitaine d'une compagnie au 



EXPÉDITION DE CANDIE. 159 

Quoiqu'on ne nous attendît pas, nous avons 
trouvé assez de baraques prêtes au Lazaret ' pour 
loger les troupes et pour des hôpitaux commodes. 
M. le premier président étoit à Toulon, qui donna 
des bastides pour tous les officiers. La mort de 
Monseigneur le cardinal ~ n'étoit que trop certaine. 
Madame fie V^endôme ^ l'est aussi, et la Reine mère 
d'Angleterre^. Le Roi a conservé tous les «ouver- 
nements dans la maison, et a donné cinq heures après 
la nouvelle de la mort de Monseigneur l'amiral la 
charge à Monseigneur le comte de Vermandois^. La 
Cour est présentement à Chambord, Monseigneur, 
Ciolbert à Dampierre. Le Roi a fait acheter trois 

régiment des gardes françaises par commission du 6 décembre 
1604, il combauit aux sièges de Tournai, Douai et Lille en 
1667, en Franche-Comté en 1668. Il se démit de sa compagnie 
le 7 janvier 1670, et devint gouverneur de .Nancy en 1676. Il 
fut promu maréchal de camp le 20 janvier 167<S et mourut à 
Nancy en mai 1685. 

1. Des Réaux de la Richardière, op. cit., p. 137-138 : « On 
mit tous nos soldats en quarentaine au Lazaret, où il y avoit 
un hôpital pour les blessés et pour les malades. Quant aux 
officiers, ils furent mis dans diverses bastides proche un 
bourg qui s'appelle la Scyne, où ils pouvoicnt envoyer acheter 
leurs nécessitez. » 

2. Louis de Vendôme. Cf. p. 93, n. 1. 

3. Françoise de Lorraine, duchesse de Mercœur, veuve de 
César do N'endônie. 

4. Henriette-Marie, veuve de Charles l'^ qui s était retirée 
en France depuis 1644. Elle était la mère de Madame, duchesse 
d'Orléans, de Charles II cl de Jac(iues IL 

5. Par cette nomination, Colberl di-venait tout-puissant, car 
le comte de Vermandois n'était qu'un enfant. Les revenus de 
l'Amirauté étaient la seule chose à laquelle Colbert ne préten- 
dit pas. Cf. .lai, [, p. 384. 



160 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONXE. 

vaisseaux de M. de Centurion el a t'ait un marché 
avec lui pour lui entretenir sept galères ^ Vous savez 
mieux que moi, Monseigneur, les conditions du 
marché. 

M. le duc de Navailles est arrivé en bonne 
santé. Il a jeté à la mer le pauvre M. de La Croix, 
qui est mort après une attaque d'apoplexie, d'une 
fièvre de sept jours ^ Le lendemain de notre arrivée, 
M. le chevalier de Vendôme s'est débarqué et s'en 
est allé pour quelques jours à Saint-Marc d'où il a 
pris le chemin de Paris. On m'a dit aujourd'hui que 
le Roi avoit donné à M. de Vendôme M. Foucault 
pour gouverneur. On arme à La Rochelle pour Perse 
et pour l'Amérique, et M. du Terron -^ a fait lever 
3000 soldats pour faire ce qu'il plaira au Roi. Vile 
de France et le Paris sont achevés, à leurs orne- 
ments près, auxquels on va travailler et à ceux du 
Dauphin Royal. Le Monarque est dans le creux de 

1. Le marquis de Centurion, commandant les galères 
génoises que le roi avait achetées pour former une escadre 
semblable à celle que duc de Turcy entretenait à Gênes pour 
le roi d'Espagne, fut placé sous les ordres de Vivonne. Mais 
plusieurs conQits protocolaires surgirent entre eux dans la 
suite. Le 2 octobre, Colbert avertit Vivonne des négociations 
entamées à ce sujet, et en décembre Louis XIV écrivit officiel- 
lement à Vivonne sur le traité conclu. Cf. Reg., passim, et 
Bibl. nat., .Uss., Fr. 8026, fol. 215. 

2. Sur la mort de la Croix, cf. plus loin. 

3. Charles Colbert, seigneur du ïerron, marquis de Bour- 
bonne, d'abord intendant de Mazarin dans son gouvernement 
du Brouage, intendant de l'armée de Catalogne, plus tard 
intendant de la marine à Rochefort, conseiller d'État en 
1678. Il mourut le 9 avril 1684. Il était cousin germain du 
ministre. Cf. P. Clément, Histoire de CoJheri, I, p. 75. 



EXPÉDITION DE CANDIE. IBl 

l'égoutier pour être désarmé. Nous avons à présent 
l'entrée. M, de Ruvigny est parti il y a deux jours 
pour Paris, Javois envoyé de^ant les lettres dont 
vous m'aviez chargé parce qu'il n'étoit pas arrivé, 
ni M. de Navailles. M. de Martel a reçu des lettres 
de la Cour, par lesquelles elle marquoit fort désirer 
de la marine quelque action vigoureuse. On n a pas 
encore eu réponse sur la canonnade ' . 

L'ambassadeur turc *, queM. d'x\lméras a apporté, 
est en chemin de Paris. Il est venu un ordinaire du Roi 
pour le conduire et défrayer. Le chevalier de Beaujeu 
est revenu de Paris et a trouvé un courrier turc de la 
part du Vizir qui avoit été à Larissa, et de là à Venise 
et que les Vénitiens défrayent. Nous ne saA^ons pas 
encore le sujet de son voyage. Bien des gens veulent 
que Monseigneur l'amiral ne soit pas mort, et plût 
à Dieu que cela fût vrai. Voilà, Monseigneur, une 
longue et ennuyeuse épître. Mais comme vous m'aviez 
commandé de le faire ainsi, je n'ai pas osé contre- 
venir à vos ordres que je ferai gloire toute ma vie 
d'exécuter ponctuellement pour vous faire connoître 
que je suis en tout respect. . . 

Le chevalier de Clerville ^ a été quelque temps à 

1. Du 24 juillet. 

2. Soliman-aga-Mustafa-Raca. Cf. Gérin, op. cit.. Il, p. 357. 

3. iVicolas, chevalier de Clerville, ingénieur à différents 
sièges en 1G47 et 1648, sergent de bataille en 1650, et tuaré- 
chal de canap la même année. Le 30 juin 1662, on créa en sa 
faveur la charge de commissaire-général des fortifications et 
réparations des villes de France. Il devint gouvei-neur de 1 île 
et citadelle d'Oléron le 7 août 1671 en remplacement du duc 
de .\evers. Il mourut en décembre 1677 et ^ aiiban lui succéda 
dans sa charge de commissaire-général. 

11 



162 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE 

Toulon pour l'agrandissement de la ville. Je ne sais 
aucunes nouvelles de Marseille, si ce n'est que vous 
y êtes attendu avec une impatience incroyable. 



LXXXVIII. 

COLBERT DE MAULEVRIER AU COMTE DE VIVONNE. 

[Naples,] 14 octobre 1669. 

Remerciements. Demande d'une lieutenance pour le chevalier 
de Roussel. — (Fol. 252 v°, n° 226.) 

Je crois, Monsieur, que vous aurez bien la bonté 
d'excuser un pauvre infirme qui se trouve très 
incommodé de l'air de la mer \ et qui à cause de 
cela n'a pas osé se mettre dans un caïque pour 
aller prendre congé de vous-. Je ne vous fais point 
de compliments sur toutes les bontés que vous avez 
eues pour moi dans ce voyage. Mais je vous supplie 
très humblement. Monsieur, de compter sur moi 
comme sur une personne qui recherchera toujours 
avec le dernier empressement les moyens de mériter 
quelque part en votre amitié, et qui ose se flatter que 
vous ne lui refuserez pas, pour peu que vous vouliez 
rendre de justice à l'attachement avec lequel je suis. . . 

Nous avons une grâce à vous demander, M. de 
Gardanne et moi, que nous voudrions bien que 
vous eussiez la bonté de nous accorder. C'est la 
lieutenance de M. Brossardière ^ pour M. son neveu, 

1. Cf. à ce sujet le n° LXXXIX. 

2. Les galères étaient à l'ancre près de l'île de Nîsida (cf. 
le Journal de Duché de Vancy). 

'i. M. de la Brossardière commandait la galère Patronne 
depuis le 12 mars 1069 (cf. n» VIII, n. 2). 



EXPÉDITION DE CANDIE. 163 

le chevalier de Roussel. Je vous aurai une très par- 
ticulière ol)Iigation s'il vous plaîl accorder cette 
grâce à ma très humble prière. 



LXXXIX. 

LE COMTE DE VIVONNE A COLBERT. 

Rome, 21 octobre 1669. 

Nouvelles du voyage de retour. Les escales à Messine et Cività 
Vecchia, la réception par le pape. Détails sur la santé de 
Colbert de Maulevrier. — (Bihl. nat., Mélanges Colbert, 
vol. 154, fol. 293 <.) 

Monsieur, 

J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite du quin- 
zième d'août, dans le canal de Corfou à Messine, à 
laquelle j'aurois eu occasion de faire réponse en 
même temps si j'avois été averti que M. le bailli 
Rospigliosi dépêchoit un courrier en ai ii\anl au cap 
S*^^ Maria par la voie d'Otrante, mais comme il fit 
partir sa felouque la nuit par un assez mauvais 
temps, il ne put pas m'en donner avis. 

J'ai remis à vous rendre compte de notre voyage 
en ce lieu, parce que je croyois y arriver aussi tôt 
que les ordinaires de Messine et de Naples, d'où 
j'aïu^ois pu écrire à Sa Majesté durant le séjour que 
nous y avons fait. J'ai reçu à l'île de Nisida ', où 
les réaies ont mouillé, tous les honneurs possibles 
de la part du vice-ioi de ÎVaples, qui avoit donné 

1. Lettre identique de Vivonne à Louis XIV, à la luènic date : 
Arch. nat., Marine, B'3, fol. 317-320. 

2. Près de Naples. Nizita, dans le tc\ie. 



164 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

ordre par toutes les villes de ce royaume de faire 
le même et de ne donner aucun sujet aux François 
de se plaindre de la moindre chose. Le vice-roi de 
Sicile n'en a pas usé de même, car ayant appris les 
honneurs qu'avoit rendus la ville de Messine aux 
galères de S. M., en passant pour aller en Candie, 
il donna les ordres contraires pour le retour que 
cette ville a été obligé de suivre, mais j'ai appris à 
Nisida qu'il en avoit reçu depuis notre départ de 
fortes réprimandes de la part du roi d'Espagne. 

J'ai eu l'honneur de mander à S. M. que Sa Sain- 
teté m'avoit fait témoigner en passant à Cività Vecchia 
qu'elle souliaitoit que j'eusse au retour celui de lui 
aller baiser les pieds. Elle m'a fait témoigner depuis 
ce temps plusieurs fois la même chose par M. le 
bailli de Rospigliosi et par M. le cardinal son frère, 
qui m'en ont fait de telles instances que je n'ai pas 
cru me devoir dispenser de donner à Sa Sainteté 
cette marque de mon obéissance, surtout depuis 
que Sa Majesté m'a ordonné de m'appliquer à gagner 
ses bonnes grâces, celles de ses parents et nommé- 
ment celles de M. le bailli de Rospigliosi, qui en a 
témoigné en son particulier une passion incroyable. 
Il souliaitoit que je débarquasse avec lui à Nettuno, 
à soixante milles de Cività Vecchia, mais je lui 
représentai que je ne pouvois pas quitter les galères 
de Sa Majesté qu'après les avoir mises dans le port. 

Elles y arrivèrent assez heureusement le 18" de ce 
mois, à dix heures de nuit, pour éviter la plus forte 
bourasque du monde, et comme je vis le lendemain 
que le temps étoit tout à fait gâté, que les galères de 
Sa Majesté avoient ])esoiii de prendre du biscuit, 



EXPÉDITION DE CANDIE. UJo 

quelques autres rafraîchissements, et que la Capitane 
et une autre galère avoient i)esoin de mats, je crus 
que toutes ces choses ne pouvant être faites de 
quatre ou cinq jours, que je pourrois employer ce 
temps à donner à S. M. la satisfaction qu'Elle a 
souhaité de moi de contenter Sa Sainteté, M. le 
cardinal patron et M. le bailli de Rospigliosi. 

J'arrivai hier au soir 20" de ce mois à Rome, et 
comme M. de Guastaldi vint au devant de moi avec 
deux carrosses, je ne pus pas me dispenser d'aller 
descendre en son hôtel où le Pape m'envoya inconti- 
nent complimenter et me témoigner qu'il vouloit 
me parler en particulier. Je me suis rendu ce matin 
à son lever et j'ai reçu de Sa Sainteté tous les hon- 
neurs et toutes les honnêtetés possibles ^ Sa Sain- 
teté vouloit savoir de moi comme les choses s'étoient 
passées en Candie, en quel état est l'armée et quelles 
sont les forces des Turcs et d'autres particulaiûtés 
dont je lui ai rendu lion compte. M. le cardinal de 
Rospigliosi, son neveu, que j'ai vu ensuite, m'a pareil- 
lement fait toutes les honnêtetés, toutes les civilités 
possi])les. J'irai demain matin prendre congé de 
M. le bailli de Rospigliosi à Castel Gandolfo, et après 
demain je m'en retournerai à Civilà Vecchia pour 
en partir aussitôt que le temps le permettra. J'ai été 
obligé, après la mort de M. du C.oquel, contrôleur 
des galères, de prendre moi-même le soin des vic- 
tuailles. La conduite des écrivains m'a été fort sus- 
pecte. Je donnerai les avis nécessaires à INI. Arnoul 
pour empêcher que nous ne tombions toujours 
dans les mêmes inconvénients. 

1. Sur les détails du si'-jour à Piomc, cf. \c Journal dr ^'ancv. 



166 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

Monsieur votre frère s'est débarqué à Naples en assez 
bonne santé. Il n'étoit pas nécessaire que vous pris- 
siez la peine de me recommander d'en avoir soin, 
car je ne puis pas manquer, vous honorant au point 
que je fais, de rendre tout ce que je dois à ce qui 
vous appartient de si près. J'ai ordonné à tous les 
consuls des lieux où nous avons séjourné de le loger 
et de chercher tous les moyens imaginables d'adou- 
cir, durant qu'il étoit à terre, l'ennui de la navigation, 
qui n'est pas petit en cette saison à une personne qui 
souffre à la mer. 

Je ne manquerai pas désormais de vous adresser les 
lettres que j'aurai l'honneur d'écrire à S. M., puisque 
vous avez la bonté de l'agréer et de me témoigner qu'il 
y va du service de S, M. Sitôt que je serai arrivé à 
Marseille, je vous rendrai un compte plus particulier 
de l'état des galères de S. M. ^ et vous informerai 
comme je vous ai promis de tout ce que j'ai remar- 
qué dans ce voyage être nécessaire pour l'établisse- 
ment de ce corps. Je suis avec toute la passion ima- 
ginable, Monsieur, votre très humble et très obéis- 
sant serviteur, 

ViVONNE. 

A Rome, ce 21" octobre 1669. 

Comme j'allois fermer ma lettre, on m'est venu 
donner des avis sûrs que les bandits qui sont en 
très grande quantité entre Rome et Naples se pré- 
paroient, sur l'avis qu'ils ont que M. votre frère est 
à Naples, de le prendre et de le rançonner. C'est ce 

1. Cette lettre fut envoyée le 23 novembre. Cf. n° XCI. 



EXPÉDITION DE CANDIE. 167 

qui m'a obligé, l'aimant au point que je fais, de lui 
dépêcher un courrier exprès pour lui envover cet 
avis, et pour le conjurer au nom de Dieu de se mettre 
en felouque et de prendre un temps propre pour 
cela. 



XC. 

LE COMTE DE VIVONNE A L'ABBÉ STROZZI < . 

[Porto-Ferrajo,] 27 octobre 1669. 

Sur le refus du grand duc de Toscane de laisser les galères 
faire escale à Livourne, lors de leur retour en France. — 
(Fol. 261 v", n° 235.) 

Monsieur, 

Je n'aurois pas manqué de faire plus tôt réponse 
à la lettre que vous m'avez fait la grâce de m'écrire 
et de vous remercier des soins obligeants que vous 
avez eu de m'informer de ce qui s'est passé à Flo- 
rence sur le sujet des galères du Roi, si je n'avois 
été obligé de faire un voyage à Rome par l'ordre de 
Sa Sainteté. Je vous avoue que j'ai été tout à fait 
surpris d'apprendre que le Grand Duc ' faisoit diffi- 
culté de nous donner entrée à Livourne après avoir 
été reçu de la plus obligeante manière du monde à 
Messine, à Naples, à Gaëte, à Cività Vecchia ^ et 

1. Agent de Louis XIV près du grand duc de Toscane. 

2. Ferdinand II de Médicis, né le 14 juillet 1660, succéda à 
son père (losme II, en 1()21. Il avait envoyé des troupes pour 
secourir (iaudie. Il mourut le 23 mai 1670. 

3. Bourlémont k Lionne, 22 octobre 1660 : « Les galères du 
pape et du roi touchèrent vendredi la rade de Neptune,^ où 



168 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

en dernier lieu à Rome, où non seulement les gen- 
tilshommes qui m'ont accompagné, mais jusques 
aux moindres soldats qui ont voulu voir cette ville 
ont été les bien reçus. 

Ils n'en auroient pas assurément usé de cette 
manière en toutes les villes que je viens de dire 
et surtout dans Rome, où il n'y a pas moins 
de circonspection pour la santé qu'à Florence 
(s'il y avoit eu le moindre soupçon de maladie 
contagieuse dans les galères). Celles qui ont tra- 
vaillé la chiourme plus que les gens de liberté 
viennent des mauvaises eaux qu'elle a bues à Standia 
et du pain que les Vénitiens nous ont fourni, qui 
ont causé des flux de ventre et quelques fièvres, que 
l'arri ère-saison rend mortelles parce que le froid 
saisit les malades. 

Je vous supplie de représenter au Grand Duc 
le tort considérable qu'il fait aux galères de 
Sa Majesté s'il leur refuse l'entrée, que personne 
n'a fait difficulté de leur accorder, et de lui faire 
connoître que dans une saison aussi avancée 
que celle-ci, surtout ayant besoin de prendre du 
pain à Livourne, elles ne peuvent se dispenser d'y 
mouiller, et que si on leur refuse l'entrée, on leur 
fera la même chose par tous les lieux où elles tou- 
cheront, à l'exemple de cette ville, et que ce sera par 
conséquent ruiner un corps qui est tout à fait con- 
sidérable à Sa Majesté, et pour la conservation duquel 

descendit le bailli Vincent Rospigliosi pour aller à CastelGan- 
dolfo, et après les galères continuèrent leur route à Cività- 
Vecchia. » (Arch. des Affaires étrangères, Rome, Correspon- 
dance, t. 200, fol. 217 V".) 



EXPÉDITION DE CANDIE. 169 

tous les lieux où elles ont louché ont témoigné 
s'intéresser. Je ne doute pas quand le Grand Duc 
sera informé de ce procédé, qu il ne se pique d'en 
user pour le moins aussi bien qu'eux et qu'il ne 
témoigne en ce rencontre, comme en tous les autres 
qui se sont passés, qu'il n'a pas moins de considé- 
ration pour Sa Majesté. Je vous dirai librement que 
l'on m'a voulu faire croire que quelque autre intérêt 
que celui de la santé obligeoit de nous refuser l'en- 
trée à Livourne. J'ai peine à le croire, mais si par 
hasard il en étoit quelque chose, je vous prie de 
vous en expliquer à 31. de Lafond, commissaire 
général des galères, qui aura l'honneur de vous 
rendre celle-ci, car il ne manquera pas de lever 
toutes les difficultés qu'on pourroit faire. Je vous 
conjure de vous emplover fortement à cette affaire 
parce qu'elle est de la dernière conséquence pour le 
service du roi. Je suis... 



XCI. 
LE COMTE DE VIVOXXE A COLBERT. 

Marseille, 23 novembre 1669. 

Rapport sur la fin df la traversée et l'arrivée des galères à 
Marseille. — (Arch. nat., Marine, B*3, fol. .321.) 

Je crois que les lettres que j'ai eu l'honneur de 
vous écrire de Rome vous ont tiré de l'inquiétude 
où j'ai appris que vous étiez des galères cki Hoi ', 

1. Colbert attendait les galères avec inipatienoe : « J'ai- 



170 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

puisque le trajet de Cività Vecchia jusqu'ici est le 
moins fâcheux de tout notre voyage. Elles n'ont pas 
laissé de demeurer quelque temps à le faire parce que 
les pluies et les mauvais temps les ont retenu à 
Cività Vecchia trois jours après mon retour de Rome 
et dix autres jours entiers à Porto-Ferrajo. Je me 
suis aperçu dans ce séjour que la précaution que 
j'avois prise d'amener avec moi le fils du sieur 
ArnouP, qui étoit à Rome, étoit nécessaire, car il 
nous a fait venir en ce lieu, qui est dépourvu de 
toutes choses, celles qui nous manquoient avec une 
diligence incroyable, et nous a tiré durant le reste 
du voyage de l'embarras où je vous ai mandé que 

tends avec bien de l'impatience les nouvelles de l'arrivée des 
galères, et je vous avoue que je serai toujours en inquiétude 
jusqu'à ce que j'apprenne qu'elles soient dans le port. » 
(Lettre à Arnoul,Bibl. nat.,Fr. nouv. acq. 21309, fol. 294.) 

1. Pierre Arnoul, fils de l'intendant des galères à Marseille, 
avait été élevé avec le marquis de Seignelay. Il fut formé par 
son père pour l'administration et devint intendant de la 
marine à Toulon. Il mécontenta Colbert, qui fut indulgent 
envers lui pendant longtemps, à cause de son père, mais il fut 
révoqué en 1679. Cependant Colbert le rétablit, l'envoya au 
Havre, à Rochefort et à Marseille, comme intendant des 
galères (cf. P. Clément, Hhtoire de Colbert, I, p. 470-472). — 
Pendant le retour des galères, Pierre Arnoul tomba grave- 
ment malade. Arnoul à Colbert (23 novembre"! : « Les galères 
et les quilles [de galères] sont arrivées en même temps, et 
j'aurois eu joie et satisfaction entière, si mon fils s'étant 
trouvé à Rome, M. le général ne l'avoit point obligé à s'em- 
barquer pour prendre soin de ses galères jusqucs à Marseille. 
Ce qu'il a fait. Mais on me l'a débarqué malade de la maladie 
des galères. Je prie Dieu qu il me le conserve, ayant pris son 
mal dans le service du maître et en faisant son devoir. » (Bibl. 
nat., Fr. nouv. acq. 21309. fol. 296.) 



EXPÉDITION DE CANDIE. 171 

la mort du sieur du Coquel, contrôleur de ses^ 
galères, nous avoit jeté. 

Nous arrivâmes ici mercredi dernier- après avoir 
fait les deux derniers jours une force dont l'on ne 
crovoit pas capables les galères de V.M. (sic) après 
tous les bruits qui avoient couru ; le secours de 
cent cinquante hommes de chiourme que le sieur 
Arnoul avoit envoyé au devant de nous par la 
Saint-Dominique ^ n'a pas été inutile aux trois 
galères qui se trouvèrent les plus maltraitées, car 
elles ont fait la même force que les autres et sont 
venues comme elles depuis les lies d'Hyères jusques 
ici contre un vent assez frais. Nous avons eu quan- 
tité de malades, et même eu besoin de secours des 
galères de Malte pour remorquer les galères les plus 
incommodées, comme Sa ^Majesté l'aura déjà appris, 
et dont vous aurez sans doute été informé. Nous 
avons perdu un nombre assez considérable de 
chiourme, mais par un très grand bonheui-, il se ren- 
contre peu de très bons hommes dans le nombre 
des morts, parce qu'ils ont résisté à la fatigue du 
voyage et aux autres incommodités, dont il a été 
impossible de garantir la chiourme des méchantes 
eaux, du mauvais pain des Vénitiens et du froid 

1. Une lettre identique dut être envoyée au roi en même 
temps ; cela explique une certaine confusion : ses galères pour : 
les galères de S. M., et plus loin F. ^f., au lieu de S. M. 

2. 17 novembre. 

3. Celle galère envoyée au devant de l'escadre sur l'ordre de 
Vivonne avait eu à lutter aussi contre le mauvais temps Bibl. 
nat. Fr. nouv. acq. 21309, fol. 282 v*). — Arnoul avait envoyé 
à son fils l'ordre d'acheter vingt esclaves à Livourne pour ren- 
forcer la chiourme. 



172 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

qui la surprit à Porto Ferrajo. J'ai remarqué durant 
le voyage avec toute l'exactitude possible ce qui se 
pratique dans les autres galères et surtout ce qui 
regarde les bonnevoglies. J'espère que nous en 
trouverons ici à peu près sur le même pied et que 
nous n'aurons pas de peine par ce moyen à mettre 
l'année qui vient un nombre considérable de 
galères à la mer ^ 

XCII. 
LE DUC DE NAV AILLES AU COMTE DE VIVONNE. 

S. 1., 4 décembre 1669. 

Calomnies des Vénitiens qui dénigrent les Français à Rome, 
Observations sur la santé des troupes à Candie. — (Fol. 
272, n» 249.) 

J'ai été extrêmement en peine de votre santé 
jusques à ce que j'aie appris qu'elle étoit bonne et 
que vous étiez à Rome avec M. Colbert ~, à qui je 
n'écris pas, ne sachant là où il est et croyant qu'il 
s'en reviendra parterre. Je vous adresse celle-ci à 
Marseille. 

Nous avons eu un grand besoin de votre secours 
auprès de Sa Sainteté où Messieurs les Vénitiens 
nous ont bien taillé en pièces 3, et cette conjonc- 

1. La fin de cette lettre n'intéresse pas l'expédition de Can- 
die. 

2. Colbert de Maulevrier. 

3. Cf. Terlinden, op. cit., p. 263. Bourlémont à Lionne, 
24 septembre 1669 : « II eût été bien à propos que M. le duc 
de Navailles partant de Candie eut écrit ici les motifs de son 
dépari pour fermer la bouche à ceux qui en parlent si désa- 



EXPÉDITION DE CANDIE. 173 

ture a été très heui'euse j)Oiir désabuser les Ita- 
liens. Je ne puis pas m'empècher de vous en remer- 
eier, l'affaire ne pouvant tomber en meilleures 
mains que les vôtres pour soutenir nos intérêts. Il 
faut avec ces Messieurs avoir de la connoissance et 
de la fermeté. Ils avancent les choses avec une 
impudence effrontée, et cela n'a pas laissé de faire 
effet comme vous aurez appris, et l'ordre que je 
reçus d'aller chez moi attendre ceux de Sa Majesté 
fait assez voir que ceux qui commencent à se 
plaindre et qui crient le plus font souffrir Tinno- 
cence et coupent la gorge aux gens qui ont mérité 
un meilleur traitement '. A cela, il faut se donner de 
la patience, le temps et ce que vous avez déjà fait 
par avance éclaircira les affaires. 

L'on doit bien voir par les souffrances, que vous 
avez eues en votre particulier et les galères de Sa 
Majesté, combien il étoit nécessaire de prendre le 
parti de se retirer. Ils ne peuvent se désabuser sur 
l'abondance où nous étions en Candie, sur la faci- 
lité qu'il y avoit de retirer les choses dont nous 
avions besoin des îles de l'archipel, et des grands 
secours que Ton pouvoit avoir de Candie. Celui 

vantageusement pour lui ; et je m'assure que lorsque l'on saura 
ses raisons, ion ne lui donnera pas tout le tort que Ion fait. 
Il y a des principaux de cette cour qui disent qu'il y a eu de 
l'impatience en son départ de n'avoir pas attendu les ordres 
du roi, mais que les traitements peu favorables qu'il a reçus 
des Vénitiens l'ont chagriné. Le pape a un extrême déplaisir 
de ce départ si prompt. » (Arch. des Affaires étrangères, 
Rome, Correspondance, t. 200, fol. 129.) 

1. On sait que Na\ailles, peu après son retour, fut disgra- 
cié. - \ oir rintroductioM.y 



174 CORRESPONDANCE DU DUC DE VIVONNE. 

que vous en avez tiré pour nos galères coûtera 
cher à Sa Majesté, ayant appris que les chiourmes 
de vos galères étoient en méchant étal, et il ne faut 
pas douter que ce ne soit la méchante nourriture 
qu'ils ont eu de ce biscuit pourri, qui les ait mis 
en cet état, et sans la précaution que vous eûtes à 
Standia de faire faire du pain frais au sieur Jacquier 
pour nos malades et leur faire donner quelque peu 
de vin, je crois que les galères couroient risque 
d'être perdues. 

J'ai bien de la joie de vous savoir rendu à bon 
port, vous assurant que l'estime et l'amitié que j'ai 
pour vous m'obligeront toujours de m'intéresser 
extrêmement en toutes les choses qui vous regardent 
et que vous m'aurez jamais de serviteur ni d'ami 
plus sincère et assuré et fidèle que... 



APPENDICES 



1. 

LETTRES DIVERSES 



I. 

COMMISSION EN FAVEUR DU COMTE DE VIVONNE. 

Paris, 4 avril 1669. 
« Commission au sieur comte de Vivonne pour commander 
l'armée navale en l'alisence de M. le duc de Beaufort. » — 
(Arc h. nat., Marine, B^ 1, fol. 65.) 

Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, 
à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Ayant 
résolu d'envoyer en Candie notre armée navale sous le 
commandement de notre cousin, le duc de Beaufort, pour 
y porter un nombre considérable de troupes, que nous avons 
destinées pour le secours de cette importante place, et étant 
nécessaire de faire choix d'une autre personne en qui nous 
puissions prendre une entière confiance pour commander 
notre armée navale, nous avons estimé que nous ne pou- 
vions mieux jeter les yeux que sur notre cher et bien amé 
le comte de Vivonne, capitaine général des galères de 
France et notre lieutenant général es mers de Levant, 
tant pour l'expérience que nous savons qu il s'est acquise 
aux emplois de la mei* dans les derniers voyages qu'il a fait, 
que pour les diverses preuves qu il nous a données de son 
zèle et de son affection à notre service et pour l'accroisse- 
ment de notre gloire. 

A ces causes nous lavons commis, ordonné et établi, com- 

12 



178 APPENDICES. 

mettons, ordonnons et établissons par ces présentes lignes 
de notre main pour commander en l'absence de notre dit 
cousin notre armée navale et la faire agir pendant cette cam- 
pagne, ainsi que les occasions s'en présenteront et qu'il le 
jugera à propos pour le succès d'une entreprise si impor- 
tante à toute la chrétienté. Si donnons en mandement à 
nos lieutenants généraux en nos armées navales, chefs 
d'escadre, capitaines, lieutenants et autres officiers étant 
sur notre dite armée navale, de reconnoître et obéir au dit 
sieur comte de Vivonne es choses concernant le présent 
pouvoir sans aucune difficulté, comme aussi à tous gouver- 
neurs et à nos lieutenants en nos provinces maritimes de 
le recevoir, et la dite armée navale dans leurs ports et 
havres, et de lui donner et à notre dite armée toute l'aide 
et assistance dont il aura besoin. Car tel est notre plaisir. 
En témoin de quoi, nous avons fait mettre notre scel à 
ces dites présentes. Donné à Paris, le 4" jour d'avril, l'an 
de grâce MVP soixante neuf, et de notre règne le vingt- 
sixième. 

Signé : Louis, et sur le repli : Par le Roi, Colbert, et 
scellé. 



n. 

COLBERT AU DUC DE BEAUFORT. 

Saint-Germain-en-Layc, 31 mai 16G9. 
Invitation à un prorapt déparl. Aj)probation des ordres donnés 
à ^'ivonne. — (Arch. nat., Marine, B - 9, fol. 152 v°.) 

Le Roi attend à présent les nouvelles de votre départ 
avec impatience, Sa Majesté n'estimant pas qu'il y ait plus 
rien qui vous puisse retenir, d'autant plus que votre pré- 
sence à Marseille aura sans doute fait partir les vaisseaux 
de nolis : et ainsi tout étant disposé du côté de la terre, il 
n'y a pas d'apparence que rien vous ait pu retarder. 



APPENDICES. 179 

Sa Majesté vous fait savoir ses intentions par sa dépêche 
sur le nombre des canons dont on a déjà trop surchargé 
deux de ses meilleurs vaisseaux. Sa Majesté a approuvé 
les ordres que vous avez donnés à M. le comte de Vivonne 
pour la navigation des galères et pour le rendez-vous. 

Il ne me reste qu'à vous souhaiter bon et heureux 
voyage et que vous nous donniez, s'il vous plait, de vos 
nouvelles par toutes les occasions que vous trouverez. 

En marge : Do la main de Monseigneur. Bon. 



m. 

LE DUC DE BEAU FORT A LOUIS XIV. 

Toulon, 2 juin 1669. 

Hommages adressés au roi à la veille du départ. L'état de 
l'escadre. — Bibl. nal., Mélanges Colbert, vol. 15.3 bis, 
fol. 67.^1 

.le ne prétends être au monde que pour obéir aux ordres 
de Votre Majesté avec tout le respect imaginable. Je 
prie Dieu qu'il m'abandonne si j'ai jamais d'autre pensée. 
Je la supplie très humblement d'avoir agréable que je lui 
renouvelle, en mettant à la voile pour Candie, les assu- 
rances de mes respectueux services et que j'aie l'honneur 
de lui demander sa protection pour mon neveu, qui est à 
Paris seul et sans appui que celui de la bienveillance de 
V.M. 1 

Si ses navires trouvent des corsaires d'Aller, nous en 
enverrons d'esclaves ici. J'apréhende ([u'en Taisant une 
route fort régulière étant chargés de troupes, je ne puisse 
donner chasse presque à aucun. Du reste. Sire, j irai 
demain mettre au large avec tous vos vaisseaux à quatre 

1. Sans doute le clievalier de Vendôme, qui rejoignit son 
oncle à Candie. 



180 APPENDICES. 

lieues d'ici, et après demain, si le vent me le permet, je 
mettrai tout à fait à la voile. Pourvu que nous nous garan- 
tissions des maladies, à quoi je m'appliquerai de tous mes 
soins, j'espère que le secours que V. M. envoie en Candie, 
paraîtra de toute manière. Je laisserai ici le nombre de 
voiles qui iront à ce voyage, ne le sachant pas au vrai ; en 
pouvant encore arriver deux ou trois entre ci et le jour du 
départ. 

Je crois que nous sommes tous contents les uns des 
autres et qu'il y a une entière union et amitié parmi ce 
qui est ici de gens de terre et de mer. Je ne vois aucune 
apparence qu'il y j)uisse avoir rien au contraire. Tout se 
fait d'un même concert. jNous serions bien malheureux 
d'être d'un autre esprit. Cela, ce me semble, peut don- 
ner un grand respect et satisfaction à V. JM.. laquelle me 
fera la grâce, s'il lui plaît, de me tenir pour sa véritable 
créature. Toutes sortes de raisons m'v obligent et beaucoup 
plus celle que je n'oserois dire pour ne pas manquer au 
respect que celle du devoir. C'est de quoi je la supplie 
très humblement d'être persuadée, et que je suis la der- 
nière soumission. Sire, de Votre Majesté, le très humble, 
très obéissant et très fidèle serviteur, 

Le duc de Beaufort. 

A Toulon, ce 2" juin 1669. 

IV. 

LE DUC DE NAV AILLES A COLBERT. 

Toulon, 2 juin 1669. 
Observations sur l'état des troupes embarquées très à l'étroit 
à bord des vaisseaux. Précautions à prendre contre les mala- 
dies contagieuses au retour. — (Bibl.nat., Mélanges Colberl, 
vol. 153 bis, fol. 65.) 

Monsieur, 
Je ne me suis pas donné riionneur de vous écrire depuis 



VPPE.XDICKS. . 181 

que je suis à Toulon, ayant cru quo je devois attendre 
notre embarquement pour vous l'aire savoir que les troupes 
sont en bon état et que tout se dispose à nous faire espérer 
une bonne issue de notre voyage, les soldats étant 
un peu pressés, mais cela ne se peut autrement tant que 
l'on embarquera des troupes sur les vaisseaux de guerre, 
quoiqu'ils soient grands. Leur équipage et la quantité de 
canons, dont ils sont remplis, emporte la plus grande partie 
des vaisseaux. Si Sa Majesté avoit quelque pensée pour 
faire trajetter des troupes, je crois qu'une douzaine de 
grandes flûtes ne seroit pas une dépense inutile. 

Je me donne l'honneur d'écrire à Sa Majesté sur le sujet 
de notre retour et lui représente qu'il sera malaisé que 
nous ne rapportions des maladies dans cette province, si 
l'on ne se précautionne. Il laudroit pour cela faire tiavailler 
au camp, qui est une péninsule, qu'avec très peu de frais 
l'on pourroit renfermer et y faire construire cinq ou six 
mille huttes et un grand couvert pour l'hôpital. 

J'en ai parlé à MM. les procureurs du pavs et leur avant 
fait connaître l'intérêt de la province en ce rencontre, je 
crois que s'ils étoient ménagés sur ce sujet, qu'ils contri- 
bueroient de bon cœur à une affaire qui me semble être de 
grande conséquence. D'autant plus que dans les provinces 
oîi il y a des ports de mer, l'on ne doit rien oublier pour 
prévenir les accidents que causeroient des maladies malignes. 

Je vous fais mes excuses, si je m'étends au delà de mes 
limites, mais je connois votre bonté et bonnes intentions 
pour tout ce qui s'appelle le bien. C'est pourquoi je n'ai 
pas balancé à prendre cette liberté '. 

1. Colbert répondit le 18 juin à cette lettre, prévenant 
Mavaillcs qui! avait donné ordre aux procureurs do Provence 
de faire bâtir des huttes et baraques dans la péninsule qui 
ferme le port de Toulon, pour recevoir les troupes de Candie 
en quarantaine. ^P. Clément, /.«'///r.s, instrucdonfi... de Colbert, 
t. m, i'^" partie, p. 134-135.) 



182 APPENDICES. 

Il ne me reste, Monsieur, qu'à vous remercier très hum- 
blement de l'honneur que vous m'avez fait de vous souve- 
nir de moi dans la lettre que vous m'avez écrite à Mon- 
sieur votre frère, et à vous assurer de ma parfaite recon- 
noissance. Je me flatte que vous et lui serez contents de 
ma conduite sur son sujet, et je vous avoue que son pro- 
cédé est si honnête et si plein de zèle et de soin pour tout 
ce qui regarde leservice,que j'en ressens une joie très par- 
ticulière. 

M. d'Infreville et M. Arnoul nous ont donné toutes les 
assistances nécessaires, dont je vous remercie très humble- 
ment, et vous assure que personne ne peut être plus véri- 
lablement. Monsieur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 

LE DUC DE NaVAILLES. 

A Toulon, le 2« juin 1669. 

En m'embarquant, j'ai reçu la lettre que vous m'avez 
fait l'honneur de mécrire avec le mémoire qui traite des 
affaires de Candie. Je le verrai avec toute l'application que 
je dois et vous suis très sensiblement obligé d'avoir bien 
voulu prendre cette peine. 



V. 

COLBERT DE MAULEVRIER A COLBERT. 

[Toulon,] 4 juin 1669. 

Etat des troupes embarquées pour Candie. Le vent empêche 

le départ. La navigation des galères encore peu éloignées. 

La santé du duc de Navailles ; soucis de Beaufort pour les 

vivres. — (Bibl. nat., Mélanges Colbert, vol. 153, fol. 121.) 

Du bord du Vice-Amiral, le mardi au matin, 4^ juin 
1669. 

Je vous envoie, Monsieur mon frère, l'extrait de la 



APPENDICES. 183 

revue que nous avons fait en embarquant les troupes ' ; par 
lequel vous verrez le bon étal auquel elles sont. Je n'au- 
rois jamais vu I infanterie si bonne qu'elle est en effet, et 
hors deux ou trois régiments qui n'ont pas fait leur devoir, 
je n'en sache point de meilleure dans tout le royaume pour 
les gens détachés du régiment des gardes, les trois cents 
chevau-légers, les deux cents officiers réformés et les deux 
cent cinquante mousquetaires. Il n'y a rien à désirer pour 
tous ces gens là qu'une occasion prompte où ils puissent 
trouver matière d'exercer leur bravoure. 

Il y a deux jours que nous sommes tous sur nos bords 
en attendant le vent. Il est nord-est à présent mais il 
change à tout moment. C est ce qui nous fait espérer qu'il 
deviendra plus favorable. Monsieur l'amiral n'attend que 
cela pour appareiller, faire saluer le pavillon du pape, 
qu'il n a pas eucore déleilé, et puis mettre à la voile demain 
ou après demain au plus tôt, comme je me suis donné 
l'honneur de vous le mander par ma précédente. Nos 
galères n'ont pas fait tant de diligence que je croyois. 
Elles étoient encore vendredi dernier, 31® du mois passé, à 
Agay qui n'est qu à (juinze lieues d'ici-. 

Notre armée est pourvue de toutes choses, nos navires 
bien équipés et les généraux de mer et de terre dans une 
très bonne intelligence, en sorte que tout s'y fait d'un con- 
cert admirable. Il n'v a que la santé du Monsieur le duc de 
Navailles qui me paraît bien délicate et capable de résister 
à la fatigue d'un aussi grand voyage que celui-ci 3. Il faut 
espérer que Dieu bénira ses intentions et lui donnera des 
forces. Je n ai point vu d'homme si droit et si détaché de 
toute sorte d'intérêt, qu'est celui-là. 

1. Ribl. nat., Mélanges Colbert, vol. 15.3, fol. 122. 

2. Agay,yaiT, commune de Saint-Raphaël. Les galères par- 
tirent de ce port ce jour-là, à midi, pour se rendre à I île 
Sainte-Marguerite. Cf. plus loin le journal de Duché de Vancy. 

3. On a vu en effet plus haut que IVavailles tomba malade à 
Candie. 



184 APPENDICES. 

Vous voulez bien que je vous remercie très humblement 
de tous les soins qu'il vous a plu prendre de l'accouchée 
et de l'honneur que vous lui avez fait de la visiter. Je suis 
avec tout le respect que je dois, Monsieur mon Irère, votre 
très humble et très obéissant serviteur, 

COLBERT DE MaULEVRIER. 

Monsieur l'amiral m'envoie quérir pour proposer de 
faire reprendre à terre par tous les navires les huit jours de 
vivres que les troupes ont déjà consommés depuis l'embar- 
quement^. Le vent d'ailleurs étant contraire, cela va 
encore retarder au moins deux jours et, si je ne crois pas 
qu'on en puisse faire à Toulon, la ville étant épuisée de 
toutes choses 2... 



VI. 
LE DUC DE BEAUFORT A COLBERT 

En mer, 5 juin 1669. 

La navigation est toujours favorisée par le vent. Crainte de 
manquer de vivres au retour. L'aménagement du Monarque . 
— (Bibl. nat., Mélanges Colbcrt, vol. 153, fol. 155). 

A boid du Monarque, le 5^ juin 1669. 
Nous sommes au large, à deux lieues de terre, à la 
voile. Le vent nous porte à la route. S'il veut continuer, 
quoique faible, nous n'en perdrons pas la faveur. Je sou- 
haiterois de tout mon cœur que nous eussions remplacé les 
vivres que nous avons mangé dans le port. Cela auroit 
servi au retour des troupes pour lesquelles j'ai un peu 
d'inquiétude sur ce sujet 3. Outre ce qu'il vous plaira de 

1. Cf. la lettre suivante. 

2. La fin de la lettre manque. 

3. Cf. la lettre précédente. 



APPENDICES. 185 

faire pour cela, je crois qu'il seroit bon de (aire tenir 
des lettres de change à Venise, à Ancône et en Sicile, car 
pour le secours d'une seconde escadre après nous, n'étant 
pas prête, je doute qu'elle puisse arriver à temps, vivres ni 
équipatifes n'étant point en état. Dieu et le bonheur de Sa 
Majesté nous feront vaincre toute sorte de difficultés. Si 
j'en suis cru, nous exécuterons ce que nous aurons à faire 
en peu de temps. Toutes raisons nous portent à cela. 
L'honneur de vos bonnes grâces m "est plus à désirer en ce 
rencontre épineux qu'en aucun autre. Je souhaite que la 
même vigueur qu'ont nos gens présentement, continue en 
Candie. 

Le duc de Bealfort. 

lia été d'une absolue nécessité, Monsieur, de faire faire 
un ameublement pour le Monarque. La dépense en re\-ient 
à sept ou huit mille livres ^ On la rejette sur moi. Je ne sais 
pas pourquoi. Je vous prie, Monsieur, de m'expliquer là- 
dessus votre intention et de vouloir bien considérer que 
j'ai mis à l'épreuve cette année le crédit de mes amis à un 
point que ce ne sera pas sans peine que je m'en tirerai. 



VIL 
COLBERT DE MAI LEVRIER A COLBERT. 

Le cap Passaro, 12 juin 1669. 
Nouvelles de la navigation de la flotte. — 'Bihl. nal., Mélanges 
Colbert, vol. 153, fol. 379. 

A bord du Vice-Amiral, à la rade du cap Passaro, le 
mercredi à 10 heures du matin, 12" juin 1669. 

1. D'Infreville à Colbert (Mélanges Colbert, vol. 153, fol. 199), 
7 juin 1669 : « Le Monarque paraissoit dans cette flotte comme 
une merveille. Il est accompagné de quatorze navires de guerre 
des plus grands et des plus heaux delà mer... Nous les avons 



186 APPENDICES. 

Vous verrez, Monsieur mon Irère, par le Journal de 
notre navigation que je vous envoie ^, qu'il ne s'en est 
jamais laite une plus heureuse que la nôtre l'a été jusqu'ici. 
Le vent a toujours été favorable et assez frais pour avan- 
cer sur notre route sans être incommodés de la mer, en 
sorte que hors les deux premiers jours qu'il a fallu payer 
le tribut qu'on lui doit ~, tous nos gens se sont très bien 
portés jusqu'ici et je ne doute point, si le temps continue, 
comme il a grande apparence, que nous n'arrivions en 
Candie tous en état de faire une grande exécution sans 
être embarrassés que d'un très petit nombre de malades. 
J'ai attendu jusqu'ici pour fermer ma lettre pour vous dire 
des nouvelles de nos galères, mais nous n'en avons aucune 
non plus que de Candie. C'est ce qui fait que nous conti- 
nuons notre route sans prendre aucun rafraîchissement ici 
afin de profiter du bon vent qui continue à nous être tout 
à fait favorable. Je suis. Monsieur mon frère, avec beau- 
coup de respect, votre très humble et très obéissant ser- 
viteur, 

COLBERT DE MaULEVRIER. 

Nous continuons notre route droit au Cérigo, notre ren- 
dez-vous général. 

vus s'éloigner de nous capables d'étonner les lieux où ils abor- 
deront. » Sur les défauts et les dorures du Monarque, voir plus 
loin la lettre deBeaufort à Colbert du 16 juin. 

1. Nous le publions ci-après. 

2. Le duc de Beaufort à Colbert [Mélanges Colbert, vol. 153, 
fol. 310), 10 juin 1669 : « ...Nous partîmes mercredi dernier de 
Toulon, mais je fus contraint d'attendre en panne hors des 
terres jusques au soir que tous les marchands fussent sortis de 
la rade. Je fis bonne route la nuit et jusqu'au jeudi au soir par 
le vent de nord-ouest très frais. Cela fit purger tous nos Mes- 
sieurs d'importance, ce qui les tient en santé, n'}' ayant pas 
un, Dieu merci, de malade. Le calme nous prit jeudi au soir 
jusqu'au lendemain midi que le ponant nous adonna. Lequel 
nous a mené très agréablement jusqu'ici. » 



APPENDICES. 



Vin. 



187 



JOURNAL DE LA NAVIGATION DE L'ARMÉE 
DEPUIS TOULON JUSQUES AU CAP PASSARO. 

» Le cap Passaro, 12 juin 1669. 

Relation très brève du voyage. — (Ribl. nat., Mélanges Colbert, 
vol. 153, fol. 380.) 

Le mercredi, 5^ du moisde juin 1669, sur les dix heures 
du matin, l'armée navale de France, composée de seize vais- 
seaux de guerre commandés par Monseigneur l'amiral en 
personne, montant celui que Ton nomme le Monarque, de 
cinq brûlots, de deux autres navires, dont l'un sert de maga- 
sin et l'autre d'hôpital pour la dite armée, de dix-sept autres 
navires marchands et de douze polacres, tartanes ou 
barques chargées de vivres et munitions, est partie de la 
grande rade de Toulon avec un vent d'ouest, cinglant au 
sud tout le jour et la nuit et a fait 80 milles. 

Le lendemain jeudi, 6Mu mois, le vent étant nord-ouest, 
la dite armée cinglant au sud jusques au soir a fait 88 
milles. 

La nuit, le vent étant ouest et petit vent jusques au 
matin, elle a fait 16 milles. 

Le lendemain, vendredi, 7^ du dit mois, la mer étant 
calme, la dite armée est demeurée en bonneau ' jusques à 
6 heures du soir, que le vent s'étant mis d'abord à l'ouest 
et puis à l'ouest-nord-ouest, le reste du jour et la nuit, cin- 
glant au sud-sud-est a fait 60 milles. 

Le lendemain, samedi 8*, le vent étant nord-ouest, bon 
et frais, ayant le cap au sud-sud-esl, elle a fait cingler 
jusques à 10 heures du malin et a fait 36 milles. 

Le restant du jour, cinglant au sud-est, ayant découvert 
sur le soir les îles de Saint-Pierre, qu'elle a laissées à 

1. Amarrée aux bouées. 



188 APPENDICES. 

fi^auche, environ 7 ou 8 lieues, et cinglant à l'est, elle a 
fait 88 milles. 

La nuit, cinglant à lest, elle a fait 80 milles. 

Le lendemain, dimanche 9", le vent étant nord-ouest, 
petit vent, elle a reconnu Cagliari, capitale de Sardaigne, 
qu'elle a laissée à 7 ou 8 lieues à gauche; puis, ayant le cap 
à l'est, et cinglant jusques au soir, elle a fait 60 milles. 

La nuit, cinglant à l'est quart de sud-est, elle a fait 
40 milles. 

Le lendemain, lundi 10^, le vent étant nord-ouest, petit 
vent, ayant le cap au sud-est, et cinglant jusques à midi, 
32 milles. 

Le reste du jour, le vent étant ouest, ayant le cap au sud 
quart de sud-ouest, elle a fait 48 milles. 

Et la nuit, côtoyant la Sicile, en cinglant au sud-est, elle 
a fait 32 milles. 

Le lendemain, mardi 11, cinglant toujours au sud-est, 
elle a fait 80 milles. 

Le lendemain, mercredi 12, l'armée a mis en panne à la 
rade du cap de Passaro, où après s'être informée inutilement 
du passage des galères comme aussi des nouvelles de Candie 
dont elle n'en apprit aucune, elle a continué sa route. 



IX. 
LE DUC DE BEAUFORT A COLBERÏ. 

Zante, 16 juin 1669. 

Nouvelles de la traversée et des troupes embarquées sur les 
vaisseaux. Remarques sur les défauts du Monarque et sur 
son ornementation. — (Bibl. nat., Mélanges Colbert, vol. 153 
6/*-, fol. 492). 

A bord de l'Amiral, du travers de Zante, le 16^ de juin 
1669. 



APPENDICES. 189 

Nous mîmes à la voile du cap Passaro le mercredi ^ à 
midi, après avoir donné part à sa Sainteté de notre pas- 
sage, à M. de Rospigliosi et à M. de Vivonne ^, pressant 
ces deux derniers de venir incessamment au Cérigo. Je lais- 
sai aussi des lettres au dit cap afin d'avertir tous les bâti- 
ments, qui y pouvoient venir, que j'y avois touché. Ce fut 
de là que j eus l'honneur d'écrire à Sa Majesté et à vous 
aussi, Monsieur, en rendant compte de notre heureuse 
navigation. Elle n'a pas été si prompte depuis la Sicile 
qu'elle l'avoitété par delà, le calme nous ayant tenu plus 
de deux jours. Avec cela j'espère être ce soir à la Sapienza, 
et sans m'arrêtei- un moment, j irai droit au Cérigo, même 
en Candie, s'il est nécessaire. 

C'est un miraclejusqu'à présent de voirie peu de malades 
que nous avons. Il n'y en a dans ce navire que six du régi- 
ment des gardes qui le sont médiocrement, dans les autres 
presque point. Il n'y a précaution au monde que nous ne 
prenions pour mettre ces troupes en bonne santé à terre. 
Les officiels généraux et autres en rendront bon compte 
un jour. 

J ai sur le Monarque près de quatorze cents hommes à 
nourrir, qui est trois cents de plus que je ne croyois. Ce 
surcroît vient de lorce gentilshommes dans le régiment des 
gardes qui portent le mousquet, dans nos troupes aussi et 
parmi les gardes de la marine. Il y a peu de vaisseaux qui 
n'aient trente hommes plus que leur monde, en sorte que 
ces troupes seront tout au moins complètes en les débar- 
quant. 

Tous les officiers généraux et autres se portent fort bien. 

Le vaisseau (|ue je monte a d'assez grands défauts. Il ne 
porto point la voile. Sa batterie de bas esl presque inutile 
et gouverne très peu. Il y aura remède à tout cela (juajid 

1. Le 12 juin. Cf. le ./owrnrt^ ci-drssus. 

2. Ce jour-là, N'ivonne était à Rome et ses galères à Civiik 
V^ecchia. 



190 APPENDICES. 

nous serons revenus à Toulon. J y ai mandé déjà par avance 
qu'on raccommodât le Royal Louis et le Royal Dauphin, 
car ce seroitla même chose que celui-ci. Ce que j'ai bien jugé 
dès que je les ai vus une première lois, mais je n'osois jus- 
qu à l'épreuve vous en rien mander. J'ai écrit même à Brest 
l'avis de tous ceux du métier, afin qu'au Soleil Royal dès 
le pied de la mer on lui donnât plus de soutien et point 
de gaillard d'avant ni arrière, ce qui envolume trop le 
navire. Ils en ont donné à Toulon à ces trois grands sans 
le communiquer à personne. Dès Paris, j'écrivis qu'on les 
otât à ce vaisseau-ci, mais étant alors trop avancés, il n'y 
a pas eu moyen de les lever. Si Rodolphe suit mon senti- 
ment, il aura rasé \e Royal Dauphin, en étant convenu avec 
lui avant de partir. J'ai grand peur qu'il faudra faire de 
même à celui-ci, car sa grande hauteur l'encombre telle- 
ment qu'il est impossible qu'il puisse porter la voile. 

Je me donne l'honneur de vous écrire toutes ces choses 
qu'on ne peut remarquer qu'à la mer pour en être bien 
assuré. J'ai mandé les mêmes choses à M. de Terron^.Pour 
les autres navires, ils ont bien navigué jusqu'à présent. Le 
Monarque ne laisse pas que d'aller autant bien qu'il se peut 
pour sa grandeur. On en fera un bon navire un jour. Pour 
beau, il l'est parfaitement. Je le fais dorer tous les jours à la 
mer, en sorte qu'il sera achevé de l'être dans quatre ou cinq 2. 

Je viens de rencontrer une barque voyant les terres de la 
Sapienza, qui sort de Candie. Elle dit que la ville est très 
pressée par les Turcs, qu'ils ont pris le port Saint-André, 
y ont mis une batterie, que les Allemands les en ont chas- 

1. Colbert de Terron, intendant à la Rochelle. 

2. Sur la beauté du Monarque, cf. Bussy-Rabutin, Corres- 
pondance, t. I, p. 170. « Il faut que je vous dise, Monsieur, 
(jue Ton ne peut voir un plus beau vaisseau que celui que mon- 
tera M. l'amiral. II est percé pour quatre-vingts pièces de 
canon et est enrichi par sa dorure et ses figures de sculptures 
de la valeur de cent mille écus. C'est ici sa première sortie. 
Il a été construit dans le port de Toulon. » 



APPENDICES. 191 

ses, puis que les Turcs y sont revenus, qu'on attend l'ar- 
mée venant de France avec impatience, que dans Candie 
il y a force troupes, on dit 15'" hommes 'j'en doute), 
que dès que nous y serons, on lera sauter le bastion pour 
aller aux ennemis plus lacileraent. J'espère que nous y 
arriverons demain ou après, et que nous y ferons quelque 
grande et prompte action. J espère infiniment un heureux 
et prompt succès. M. d Aimeras est mouillé au Cérigo. Le 
patron de barque dit qu il attend un ambassadeur turc pour 
porter en France. 

Nous n'avons aucune nouvelle de nos galères. C est dom- 
mage qu'elles ne soient pas avec nous. Mais, Dieu aidant, 
nous vaincrons toutes difficultés. 

Le dlc de Beaufout. 



X. 

COLBERT DE MAULEVRIER A COLBERT. 

Candie, 30 juin lt)ti9. 

Détails sur la sortie et la bataille où disparut le duc de Beau- 
fort, et létat de lu place dont la capitulation nest que 
retai'dée par laiTivce des Français. Manque de ressources 
des Vénitiens. — Bibl. nat., Mélanges Colbert, vol. 133 bin, 
fol. 931.) 

A Candie, ce dimanche dernier jour de juin, à cinq heures 
du soir. 

Je vous supplie très humblement de m'excuser si je 
n'écris pas toute cette lettre de ma main, la loiblesse et la 
lassitude que je sens ne me le permet pas. La maladie de 
M. Le Bret ', ({ui a la fièvre depuis (|uatre ou cinij jours, 
m'a obligé de prendre beaucoup sur moi. J'en serai quitte 

1. Sur Alexandre Le Bret, ingénieur à Candie, cl. Jal, op. 
cit., I, p. 578, n. 2. 



192 APPENDICES. 

pour garder la chambre deux ou trois jours seulement. 
Vous verrez par les relations qu on envoie à la Cour ce 
qui s est passé à l'attaque de la Sablonnière le lendemain 
de la Saint-Jean. 

Al. le duc de Navailles en envoie une au roi en son par- 
ticulier, où il me tait beaucoup plus d'honneur que je ne 
mérite, n ayant eu presque point de part à cette action là, 
mon dit sieur le duc de Navailles m'ayant obligé de rester 
avec les troupes de la marine pour les commander ce jour 
là sous Monsieur l'amiral, lesquelles troupes achevant de 
débarquer si tard et avec tant de confusion que leurs offi- 
ciers, à qui j avois donné Tordre de bataille et lait entendre 
ce qu'ils avoient à faire, n eurent pas le temps de rien 
exécuter de ce que je leur avois dit, de manière qu'on ne 
put pas éviter le désordre que ces sortes de précipitation 
causent d'ordinaire. 

Notre attaque étoit fort séparée de celle de M. de 
.Navailles, mais nous devions nous joindre après avoir mar- 
ché quelque temps. La malheureuse destinée de Monsieur 
l'amiral est la chose du monde la plus déplorable. Le soin 
qu il prit de s échapper de moi et d éloigner tous les 
siens d'auprès de sa personne ne se comprendra jamais. 
Comme je fus obligé d'aller et de venir pendant tout le 
temps que dura l'attaque pour rassembler ce que je pouvois 
de ses troupes, il n'y eut personne à qui je ne demandai 
de ses nouvelles et jamais qui que ce soit ne men sut rien 
dire. 

Nous étions convenus lui et moi de sorlir par un même 
endroit du poste où nous avons passé la nuit et ensuite 
mettre ses troupes en bataille pour aller de là aux enne- 
mis, mais il est vrai que plus dune demi-heure auparavant 
qu'il fut temps de sortir, il )iie quitta et oncques depuis je 
n'en ai ouï parler. J'ai su depuis qu'il éloil sorti par un 
endroit tout opposé à -celui dont nous étions convenus. 

Ce qu'on peut dire en général de cette petite bataille, c'est 
que l'action est grande et hardie et (jue VL do Navailles a 



APPENDICES, 193 

fait tout devoir de soldat et de capitaine ', mais son malheur 
et le nôtre est que les troupes que nous avons l'honneur 
de commander, tant oHîciers que soldats, ne valent pas 
^and chose, et quand le roi lai[sse]roit périr ici ce qui 
nous en reste, il ne feroit pas grande perte ^. Je ne doute 
point que beaucoup de gens niulbrment la Cour de l'état 
de toutes choses, mais le péril auquel nous sommes expo- 
sés ici ne me paroit rien à légal du risque que nous cour- 
rons d'être déshonorés quand nous aurons quelque affaire 
à soutenir avec ces gens là. Nous ferons pourtant tout notre 
possible pour leur remettre le cœur plus qu'ils ne sont. Quand 
cela sera et que nous aurons quelque heureux succès dans 
nos entreprises, ce sera alors que je prendrai plaisir à vous 
rendre un compte exact de tout ce qui s'y sera passé de 
glorieux pour notre nation. 



1. Lire le récit détaillé de la bataille dans les Mémoires ou 
relation militaire, par un Capitaine françois, p. 282 et suiv. 
Voici ce qui a trait à Colbert et à \availles, p. 290 : « Le sieur 
Colbert de son côté fit en vain tout ce qu'il put pour rallier les 
troupes de la marine et les ramener aux ennemis. Voyant donc 
que tousses efforts étoient inutiles, il se joignit avec cinquante 
mousquetaires aux premiers bataillons du duc de Navailles, et 
firent avec cette poignée de monde des efforts qui surpassèrent 
tout ce que l'imagination en pourroit concevoir. Ce duc char- 
gea pour la dernière fois à la tète d'un escadron et de ce qu'il 
put rallier, et manda son corps de réserve que commanda le 
comte de Choiseul, mais il étoit attaqué par plusieurs bannières 
qui venoient de toutes parts du camp de S. André et de Can- 
die neuve. Toutefois ce comte avec le sieur Le Bret tournèrent 
aux ennemis et eurent chacun un cheval de tué sous eux et la 
plupart des officiers qui les suivirent y demeurèrent ou furent 
blessés. » 

2. Rapprocber ceci des éloges que le même Colbert faisait 
de ces troupes le 4 juin, lors de leur embarquement (voyez 
plus haut , et de la lettre n° LXXV où Louis XIV exprime son 
mécontentement de la conduite de ses troupes. 

13 



194 APPENDICES. 

Nous avons eu des nouvelles des galères ' ; l'on croit 
qu'elles arriveront dans deux ou trois jours. Il arriva hier 
quelques vaisseaux aux Vénitiens qui leur portent quinze ou 
seize cents hommes de secours dont ils avoient grand besoin. 
Je suis obligé de rendre témoignage delà bravoure de M. le 
chevalier de Vendôme qui voulut monter à cheval le jour 
de l'occasion et avoir paru à l'action -, et il reçut même un 
coup dans ses armes, à ce que l'on m'a dit. 

Ce mardi, 2'^ juillet, à quatre heures du soir. 

Si l'on considère l'état où étoit cette place quand 
nous sommes arrivés, les Vénitiens manquant d'hommes 
et de toutes les choses nécessaires à la défense, ayant véri- 

1. Ce jour-là, les galères longeaient les côtes de Messénie. 

2. C'était la première bataille à laquelle il assistait. Il fît de 
nombreuses recherches après la bataille pour avoir des nou- 
velles de son oncle. « Le même jour et le suivant, Monseigneur 
le chevalier de Vendôme fit faire toute la perquisition possible 
pour avoir des nouvelles de Monseigneur son oncle. Il s'adressa 
d'abord pour cela à M. de Morosini, capitaine-général des 
Vénitiens, le priant instamment d'en faire une exacte recherche 
par ses espions; trois ou quatre jours se sont écoulés à cela 
sans qu'on ait pu rien a|jj)rendre ])ar cette voie. Pour se tirer 
de peine, oji a dû i-ccourir aux ennemis mêmes. On leur a 
envoyé une chaIou})e avec pavillon blanc, commandée par un 
lieutenant de l'Amiral appelé le chevalier de Flacourt avec 
ordre de prendre langue sur ce sujet avec adresse et précau- 
tion. Il a fait trois voyages toujours sans déclarer le nom de 
Monseigneur l'amiral et ce qu'il nous a rapporté en dernier 
lieu a été qu'autant qu'il a pu inférer des réponses et déclara- 
tions que les Turcs lui ont faites, touchant les prisonniers, 
mon dit seigneur ne peut être du nombre. D'où il faut inférer 
qu'il est demeuré sur le champ de bataille. Ce qui est d'ail- 
leurs très vraisemblable, y ayant toute apparence que son 
grand courage lui aura plutôt fait prendre le parti de mourir 
en se défendant vaillamment qu'à se livrer à de vils ennemis 
comme ceux-là... » Relation de ce qui s'est passé dans la sor- 
tie... du 2.> Juin 1660, aux Arch.nat., Marine, B^ 4, (bl. 222. 



I 



APPENDICES. 195 

fié qu'ils navoient pas deux mille hommes, Ion trouvera 
sans doute que les troupes du roi ne rendent pas un petit 
service à la Chrétienté den retarder la prise de quelques 
mois comme jespère qu'elles feront. Jai été quatre jours 
languissant et même assez mal. mais, Dieu merci, par le 
moyen de quelques remèdes me revoilà sur pied et je vais 
reprendre mon service ordinaire. Comme cela m'occupe 
beaucoup, cela m'oblige à renoncer aux grandes lettres 
pour écrire quatre hgnes seulement quand je pourrai. 



XI. 
COLBERT DE .\L\ULEVRIER A COLBERT. 

Candie, 4 juillet 1669. 

Arrivée des galères. Détails sur une sortie commandée par 
Colbert. — ;^Bibl. nat., Mélanges Colbert, vol. 153 bis, 
fol. 932.) 

A (Candie, ce jeudi au soir. 4^ juillet. 

Knfin nos galères arrivèrent hier au nombre de 28, 
savoir les treize du roi notre maître, avec les trois galiotes 
font seize, cinq du pape font vingt et un, et sept de Malte 
font les vingt-huit. Hier, pendant que ces galères arri- 
voient, qui fut sur les 4 ou 5 heures du soir '. on me 
donna le commandement d'une sortie qui réussit assez 
bien. J'avois 500 hommes de pied et 150 chevaux. Je me 
rendis maître de deux redoutes des ennemis où ils per- 
dirent environ cent hommes des leurs. La sortie dura 
environ deux heures. M. de Navailles m'envoya comman- 
der par deux fois de faire sonner la retraite. Je la fis assu- 
rément avec assez d'ordre et M. le capitaine général et 
M. de Saint-André, qui étoit sur le rempart, ont témoigné 

1. A 3 heures, d'après le Journal de Duché de Xancv. 



196 APPENDICES. 

en être fort satisfaits. .len ai été quitte pour un cheval 
blessé sous moi. un gentilhomme à moi tué et un autre 
blessé. 

Cette petite action qui s'est faite avec assez de succès et 
même de vigueur, a remis le cœur à tous nos soldats, et 
ils ont besoin d'un peu de succès pour les mettre en 
haleine. Je crois que nous ferons encore quelque effort à 
l'arrivée de nos galères. 

Il n'y a plus que moi en état de commander les déta- 
chements qui seront faits de nos troupes. M. Le Bret a été 
blessé aujourd'hui entre M. le duc de Navailles et moi. Sa 
blessure est au bras. S'il en réchappe, comme il l'espère, 
il ne peut pas être en état d'agir de toute la campagne. .le 
suis, Monsieur mon frère, votre très humble et très obéis- 
sant serviteur, 

COLBERT DE MaULEVRIER. 

.T'avois oublié quatre galères des Vénitiens qui font en 
tout trente-deux. 



XIl. 
LE COMTE DE VIVONNE A LOUIS XIV. 

Standia, 7 juillet 1609. 

Les premiers actes après l'arrivée des galères à Candie. 
Départ d'Alméras et de son escadre. Le ravitaillement dans 
les îles de l'Archipel. ^ ivonne demande au roi le comman- 
dement d une expédition militaire pour l'hiver suivant. 
— (Arch. nat., Marine, B'-S, fol. 291.) 

Sire, 
Si le courrier, ([ue M. de Rospigliosi a fait partir en 
arrivant ici, fait la diligence qu'il se promettoit, Votre 
Majesté sera informée avant de recevoir celle-ci de la 



APPENDICES. 197 

mort de M. de Beaufort, dont je lui écrivis la funeste nou- 
velle parce courrier '. F^ile en apprendra les particularités 
par toutes les lettres qu'elle recevra et surtout par celles 
de M. de Navailles, qui rend compte à Votre Majesté de 
tout ce qui s'est passé dans la sortie qu il a laite avec ses 
troupes de terre et celles des vaisseaux. 

C est pourquoi je ne lui dirai point ce que j'en ai pu 
apprendre, sans avoir été dans la ville et sans avoir 
entretenu les généraux, laissant ce soin à ceux qui en sont 
mieux informés que moi. 

Je croyois pouvoir aller dans la place le lendemain de 
notre arrivée, mais les vents de Nord, qui régnent ordi- 
nairement ici, et qui sont traversiers de la côte, ont été si 
violents, qu'ils nous ont retenu deux jours dans le port. Le 
calme de la nuit nous permit hier d'aller mouiller à la por- 
tée du canon de la ville, mais comme je me disposois le 
soir d'v entrer avec M. de Ropigliosi, pour conférer avec 
M. de Navailles et M. de Morosini, ce dernier nous 
manda que AI. de \availles avoit la fièvre et qu'il 
étoit dans un redoublement qui ne lui permettoit pas de 
parler d'affaires. De sorte que nous avons été obligés de 
revenir en ce port pour mettre les galères en sûreté, en 
attendant que M. de Xavailles soit en état de nous voir et 
d'exécuter ce que nous résoudrons. Nous ne manquerons 
pas de lui donner tout le secours qu'il peut attendre de la 
mer, lorsqu'il le demandera. 

J'envoie M. d'Alméras avec son escadre, que M. de 
Beaufort avoit retenue pour fortifier la sienne dans le des- 
sein qu'il avoit de faire une descente. Il sera porteur de 
celle-ci comme do toutes les autres qui informeront V. M. 
de tout ce qui s'est passé ici. Je serai aussi obligé d'en- 
voyer trois vaisseaux à Naxos, ou en queUjue autre île de 
l'Archipel pour faire de l'eau et du bois et pour acheter 
des rafraîchissements qui manquent aux vaisseaux. 

1. ^'oir p. .">.3. 



198 APPENDICES. 

Je ne manquerai pas d'exécuter ponctuellement les ordres 
que V. M. nie donne de courir sur les corsaires d'Alger, 
d'autant plus qu'ils ont encore pris depuis peu une 
barque Françoise. Et j'ose l'assurer que si je suis assez 
heureux pour en rencontrer quelqu'un en retournant, que 
cette canaille saura combien il est dangereux de mériter 
l'indignation d'un aussi grand monarque que V. M. 

Je crois que je serai obligé de monter au retour sur les 
vaisseaux, parce que, toutes les troupes s'y devant rem- 
barquer, il me semble que ma présence y soit plus néces- 
saire pour y maintenir l'ordre que sur les galères, qui n'au- 
roient qu'à suivre M. de Rospigliosi jusques à Cività 
Vecchia, et de là se rendre à Marseille. 

Je ne doute point que V. M. ne tienne cet hiver quelques 
vaisseaux armés pour leur faire faire la guerre, et si elle 
jette les yeux pour cet emploi sur celui de tous ses sujets 
qui a le plus de passion de la servir continuellement, j'es- 
père avec une confiance bien fondée trouver les ordres de 
V. M. en arrivant à Toulon pour commander cette escadre. 

Je supplie très humblement V. M. d'être persuadée que 
personne ne la sauroit servir avec plus d'attache et plus 
d'application que moi, ni borner plus véritablement sa 
fortune et son ambition au seul bien de lui plaire et de 
mériter quelque part en son estime. Ce sont choses que 
les courtisans peuvent dire tous les jours à V. M. aussi 
bien que moi, mais que pas un ne pense avec tant de sin- 
cérité, puisque les seules grâces que je lui demanderai de 
ma vie seront de me donner les moyens de lui faire con- 
noîtrela vérité de ces sentiments. Je suis avec respect, sire, 
de votre Majesté, le très humble, très obéissant et très 
fidèle serviteur et sujet, 

ViVONNE. 

A Standia, à bord de la Capitane, ce 7® juillet 1669^. 

1. Cette lettre est accompagnée d'une autre dépêche pour 
Colbert sur les mêmes sujets. (Arch. nat., Marine, B' 3, 
fol. 287.) 



APPENDICES. 



xm. 



199 



M. DE LIONNE A SAINT- ANDRE, 
AMBASSADEUR A VENISE. 

Saint-Germain, 21 août 1669. 

Intentions du roi sur le maintien de ses troupes à Candie. — 
(Arch. des Affaires étrangères, Venise, Correspondance, 
vol. 89, fol. 270.) 

Monsieur. 

Le roi m'ordonne de faire savoir à V. E. sur le sujet du 
corps de troupes qu'il a dans la place de Candie, que 
comme Sa Majesté, en l'envoyant, fit état de le laisser à la 
défense de la dite place en cas de nécessité jusqu'à l'entrée 
de l'hiver, Sa Majesté nonobstant le crrand échec qu'un 
malheur imprévu a voulu qu'il ait souffert dans sa pre- 
mière entreprise, préférant néanmoins le bien de la Chré- 
tienté et celui du serA'ice et de l'avantage de la Sérénissime 
République à toute autre considération, persiste encore 
aujourd'hui dans sa première résolution et ne retirera le 
dit corps que vers le 20* ou 25" de novembre K Dont elle 
a cru à propos que V. K. informât la République dès à 
présent tant pour lui faire connoitre de plus en plus com- 
bien Sa Majesté prend à cœur ses intérêts, qu'afin qu'elle 
ait plus de temps de pourvoir do bonne heure ou par elle- 
même ou par les assistances aussi des autres princes et 
potentats à suppléer et à remplacer en ce temps là par 

1. Voir plus haut (n° LXXIV^ les instructions du roi à 
Vivonne expédiées à la même date. 



200 APPENDICES. 

d'autres troupes la sortie de la place de ce qui sera alors 
resté des siennes, selon qu'elle jugera qu'il en seroit 
besoin, si Dieu n'avoit pas béni leurs travaux par la déli- 
vrance des assiégés, comme elle veut encore l'espérer par 
la bonté divine, et Sa dite Majesté elle-même ne laissera 
pas de s'appliquer encore en son particulier à tout ce qui 
pourra être de l'avantage de la Sérénissime République. 
Cependant je demeure. Monsieur, de V. E. le très humble 
et très affectionné serviteur, 

De Lionne. 



XIV. 

COLBERT DE MAULEVRIER A COLBERT. 

Standia, 21 août 1669. 

Refus de prendre part à la responsabilité du départ. Détails 
sur l'embarquement. Apologie de ses actions au cours de la 
campagne et notamment à la Sablonnière, où son mérite fut 
supérieur à celui de Dampierre. Nouvelles de sa blessure et 
de quelques officiers. — (Arch. riRt., Marine, B*3, fol. 327.) 

A bord de \a Princesse, au port de Standia, le mercredi 
21« août 1669. 

Vous apprendrez par d'autres que par moi, Monsieur 
mon frère, les raisons qui ont obligé M. le duc de Navailles 
à rembarquer les troupes. Que l'on doive recevoir de la 
gloire ou du blâme de cette résolution, je n'y dois avoir 
aucune part, parce qu'il n'en est rien venu à ma connois- 
sance que lorsqu'elle s'est exécutée. 

L'on a commencé le rembarquement cette nuit passée * 
et je crois que dans cinq ou six jours on sera en état de 
mettre à la voile. L'on rembarque quinze cents blessés ou 

1. Voir sur le rembarquement \e Journal de Duché de Vancy 



APPENDICES. 



201 



malades * et quatre raille hommes se portant bien tous, 
compris officiers, valets et autres gens suivant l'armée. 

Les galères du roi partent en même temps et je m'en 
vais sur celle du commandeur de Gardanne pour prendre 
terre à la première ville d'Italie où l'on viendra me rece- 
voir ~. Je m'v reposerai trois semaines ou un mois et me 
rendrai de là à Rome. L'on ne sait encore si les galères 
de Sa S^ et celles de la Religion de Malte partiront 
avec celles du Roi. M. le capitaine général Morosini fera 
tout ce qu'il pourra pour les en empêcher, mais la peur que 
notre généralissime Rospigliosi ne manquera pas d'avoir 
dès qu'il nous aura perdu de vue me tait croire qu'il nous 
suivra de près ^. 

Je ne puis m'empêcher de vous dire que dans les rela- 
tions qu'on envoie à la Cour, l'on passe sous silence beau- 
coup de choses qui sont assez de conséquence, parce 
qu'on ne sauroit les faire savoir sans parler de moi, et dans 
celles qu'on est obligé de mander, l'on m'ôte ce qui 
m'appartient et que j'ai acheté au prix de mon sang pour 
le donner à d'autres. Je ne sais si j'en dois attribuer la 
cause à quelque jalousie secrète de M. le ducde jNavailles, 
ou à l'injustice et insuffisance du i^azetier, mais ma con- 
solation est que toute notre armée et les Vénitiens même 
me rendent plus de justice que cette Gazette à l'égard de 
la sortie de la Sablonnièie, où je fus blessé, quoique le 
succès n'en soit dû qu à moi seul, n'y ayant des troupes de 
France ou de celles de la République que moi d'officier 
général. 



1. Le nombre des blessés et malades était donc réellement 
très considérable contrairement aux évaluations de Gérin ^11. 
p. 348 1 et de M. Terlinden. 

2. Colbert souffrait de la mer. CA. sur sa santé, n*" IA\\\ II 
et LXXXIX. Colbert débarqua à Naples. 

3. On sait que Rospigliosi partit en même temps que tous 
les autres. 



202 APPENDICES. 

L'on ne laisse pas d'en donner la gloire à M. de Dam- 
pierre, parce que pendant l'action, il s'est trouvé dans 
une caponnière, assis sur le cul, sans m'aideren quoi que ce 
soit. Mais cette gloire qu'on lui a voulu attribuer fausse- 
ment lui a porté guignon, car il a été emporté d'un coup 
de canon quinze jours après. 

Cette action n'est pas de si peu de conséquence que de 
l'aveu des Italiens elle n'ait rétabli entièrement cette 
attaque qui étoit au plus mauvais état du monde aupara- 
vant ; et le logement que j'y ai lait faire a tenu les ennemis 
en échec trois semaines entières et n'a été regagné par eux 
qu hier seulement. 

Je n'ai jamais su faire trafic ni commerce de mes bonnes 
ou mauvaises actions, et c'est la seule force de la vérité 
qui m'oblige de vous mander ces choses. Je puis dire sans 
ostentation que pendant quarante et un jours que j'ai été 
dans l'action, je me suis exposé à plus de difiFérents genres 
de mort que je ne l'ai été ni ne le saurais être de ma vie. 

Pendant tout ce temps, je n'ai cherché qu'à me satisfaire 
moi même, et je vous avoue que ma conscience, bien loin 
de me reprocher quelque chose là dessus, me donne assu- 
rément quelque sorte de fierté qui me fait parler libre- 
ment, et soyez, s'il vous plaît, très persuadé que je ne m'en 
fais point acroire et que tant s'en faut que je m'attribue 
quelque chose qui ne me soit pas dû. J'en retranche 
beaucoup de plus fortes que ce que j'ai dit, dont des mil- 
liers d'hommes rendront témoignage. Cela est si vrai que 
M. le capitaine général JMorosini dit hier à un gentil- 
homme que je lui envoyois pour lui faire mes compli- 
ments et prendre congé de lui, que ne pouvant point me 
donner des marques suffisantes de la reconnoissance qu'ils 
ont tous des services que j'ai rendus à la République dans 
la défense de cette place, il en a écrit au Sénat afin qu'il 
supplée à son défaut, et à M. l'ambassadeur de France à 
Venise. Il s'est avisé de cela de son chef et à mon insu 
sansque jamais j'en aie ouï parler. Je me porte autant bien 



APPENDICES. 203 

que ma blessure le peut permettre. Je suis aujourd'hui dans 
le 22^ et j'ai encore quinze ou dix-huit jours à attendre 
l'exfoliation de l'os. 

J'ai ici des exemples devant les yeux qui m'obligent à 
prendre garde à ma vaisselle. Le marquis d Huxelles, qui 
sel■^'oit d'aide de camp sous moi, et La Hoguette, neveu de 
Monsieur l'archevêque de Paris *, sont morts tous deux, 
leurs blessures étant très peu considérables et presque gué- 
ries ^. Six jours de fièvre les ont emportés. \ous avons 
pensé perdre aussi le pauvre .Montbrun, mais j espère que 
nous le tirerons d'affaire, se portant beaucoup mieux. 

Je suis avec beaucoup de respect, Monsieur mon frère, 
votre très humble et très obéissant serviteur, 

COLBEBT DE _^LM LEVRIER. 



XV. 

COLBERT A M. D'I\FREVILLE. 

Paris, 21 septembre 1669. 

Précautions à prendre lors du retour de l'armée navale. 
Enquête sur les vivres qui restent à bord, revue et paie- 
ment de la solde des équipages des leur arrivée. — Arch. 
nat., Marine, B^ 9, fol. 385 v.) 

J'ai reçu votre lettre du 10" de ce mois. Je proposerai 
au roi à son retour -de Chambord de vous laire donner 
encore le magasin à poudres qui est dans la gorge du bas- 
tion des Minimes et vous en envolerai les ordres. 

1. Hardouin do Péréfixe de Beaumont '1(562-1671 . 

2. La mort d Huxelles est mentionnée dans la Gazette de 
France, 1669, p. 925. Le marquis d Huxelles était frère du 
comte de Tenare qui, dès le 20 août 1669, à la mort de son 
frère, prit le titre de marquis d Huxelles. 



204 APPENDICES. 

Le retour de l'armée vous va donner de l'occupation, 
mais il faut redoubler votre vigilance et votre application 
pour en bien soi^tir, et pour en faire le desarmement en 
sorte que le tout se passe pour le plus grand avantage du 
service de Sa Majesté. 

Je ne doute point que vous n'ayez déjà fait préparer 
l'hôpital de Saint-Mandrier et le cap de Cépet pour y rece- 
voir toutes les troupes de terre et les équipages des vais- 
seaux, en sorte que la quarantaine puisse être courte et 
que tous les dits équipages ne soient pas longtemps à la 
solde du roi. A l'égard des troupes de terre elles peuvent 
sans difficulté y demeurer davantage, d'autant que le roi 
les paie toujours. Aussitôt que les vaisseaux seront à la 
grande rade, vous devez prendre vos mesures pour faire 
une revue exacte de tous les équipages pour les faire payer 
à la banque, ainsi qu'il est accoutumé. 

Il est surtout nécessaire que vous fassiez exactement 
vérifier combien de vivres il restera aux capitaines lors de 
leur arrivée, d'autant qu'ils ont dit en Candie qu'ils n'en 
avoient que jusqu'au dernier octobre, et vous savez qu'ils 
en ont pris pour sept mois, qui n'ont commencé qu'au 
15^ d'avril, et que les capitaines en embarquent toujours 
plus qu'il ne leur en faut, que leurs équipages rarement 
sont complets et qu'il en périt toujours soit par la déser- 
tion, soit par la mort. En sorte que vraisemblablement 
ils en avoient pour le moins pour un mois davantage. 
C'est ce que vous devez vérifier avec application. 

Je donnerai ordre au sieur Dalliez de ne vous envoyer 
que la quantité de chanvre que vous demandez, mais je 
vous avoue que j'ai bien de la peine à croire que le chanvre 
de Bourgogne ne résiste point à l'eau, ainsi que vous le 
dites, vu que la Compagnie des Indes orientales ne s'en 
sert point d'autre, et que l'on en consomme aussi beau- 
coup à Rochefort sans que l'on s'en soit jamais plaint. 
Cela me fait soupçonner que vos maîtres d'équipages ne 
sont pas portés à faire valoir les marchandises du dedans 



APPENDICES. 20o 

du Royaume. C'est à quoi, néanmoins, le roi veut (|ue 
vous vous appliquiez K.. 



XVI. 
LE MARQL'LS DE MARTEL A COLBERT. 

Toulon, 1'^'' octobre 1669. 

Rapport très sommaire sur la traversée de retour de Candie 
à Toulon, la conduite des capitaines, qui se sont souvent 
écartés de lescadre avec leurs navires ; la situation déses- 
pérée de Candie ; l'armement du Monarque et le paiement 
de la solde des équipages. — (Arch. nat.. Marine, B ^ 3, 
fol. 241.) 

Monseigneur, 

MM. les généraux ayant arrêté de partir de Candie au 
commencement de septembre, l'on travailla à l'embarque- 
ment le 22® d'août. Lequel étant achevé au 29, M. le 
comte de Vivonne m ordonna de partir au premier temps 
favorable, qui se présenta le lendemain, que je mis à la 
voile avec tous les vaisseaux et me dit qu'il partiroit le 
1*"^ de septembre avec toutes les galères de Sa Sainteté, du 
Roi et de Malte. 

Après avoir passé la Canée la nuit du l®*^ septembre et 
Taisant route pour les (.érigues, je fis faire au matin la 
découverte, et mêlant aperçu que Grancey^, chez qui 
M. de Navailles est embarqué, Thurelle-^ et Languillet ^ 
nous manquoient, cela m'obligea de carguer mes voiles et 

1. La fin de la lettre n intéresse plus que des détails d'admi- 
nistration locale. On en trouvera quelques paragraphes j)ubliés 
par Gérin, op. cil., vol. Il, p. 347, n. 

2. Sur le Lt/s. 

3. Sur le Fleuron. 

4. Sur le Dunkerquois. 



206 APPENDICES. 

de demourer à l'abri du Cérigo, qui est une peîtte île 
entre Candie elles Cérigues ^ pendant huit heures, jusques à 
ce que le dernier vaisseau que je visse à la longueur de la 
vue m'eut approché, qui éloit le Monarque, qui me dit 
n'avoir rien laissé derrière lui. Ce qui m'ayant fait croire 
que ces Messieurs avoient passé de l'avant parce que les 
vents avoient été bons, je résolus de continuer ma route 
pour les rejoindre. 

Mais je n en ai point eu de nouvelles que lorsque je fus 
arrivé au golfe de Palmi, en l'île de Sardaigne, qui étoit 
le rendez-vous en cas de séparation -, où jM. de Thurelle 
m'a rejoint 3 et m'a dit avoir laissé M. de Grancey au 
golfe de Malte, et n'avoir point eu de nouvelles du Dun- 
kerquois. 

Mais les beaux temps qu'il a fait me font espérer qu'ils 
seront tous ici aux premiers jours avec quelques mar- 
chands, qui sont dans leur compagnie^. 

Je ne sais ce qui a pu obliger ces navires à me quitter, 
mais il n'a fait aucun mauvais temps qui nous ait pu sépa- 
rer et tous les gens de métier en sont étonnés aussi bien 
que moi. Car on ne peut pas avoir plus ménagé et mieux 
conduit la navigation que je l'ai fait pour empêcher cet 
inconvénient, mais c'est manque de garder soigneusement 
les feux que les pavillons portent la nuit pour le faire 
suivre. 

Je voudrois bien, Monseigneur, vous passer sous silence 
par le peu d'inclination que j'ai à rendre de méchants 

1. « Elle n'est point habitée et n'est remplie que d'ânes 
sauvages. » (Des Réaux, op. cit., p. 120.) 

2. « Le golfe de Palme est très commode pour une armée 
navale. Elle y peut facilement faire de l'eau et du bois. A son 
entrée il y a trois rochers appelés à cause de leur grosseur 
inégale le taureau, la vache et le veau. » (Des Réaux, op. cit., 
p. 135.) 

.3. Le 18 septembre au inaliii. 

^1. La flotio arriva à Toulon le 28 septembre. 



APPENDICES. 207 

offices, que Messieurs les capitaines se licencient à des 
libertés dont le service du roi pourroit soufifrir, qui sont de 
quitter le pavillon. Car j'en trouvois plus de la moitié 
mouillés avant moi en cette rade, dont il y en avoit 
quelques-uns du jour d'avant. Quand je leur ai parlé, ils 
se sont excusés sur la nécessité des vivres et des rafraîchis- 
sements pour les troupes. Mais il est bon qu on leur fasse 
connoître que cela ne se doit que dans les extrêmes néces- 
sités, et qu'en ce cas il faut en avertir un commandant, 
quand il se peut pour lôter d'inquiétude. 

Je suis persuadé. Monseigneur, que Ion vous a informé 
de létat auquel nous avons laissé la ville de Candie, qui 
est fort désagréable et hors d'espérance, que sans un coup 
du ciel, elle puisse éviter d'être prise. Les ennemis du 
côté de Saint- André ont pris la Pélagie, que Ion avoit 
toujours conservée, et y ont fait une batterie qui ruine 
entièrement la dernière retirade, qui étant de terre mal 
liée, ne se maintiendra pas longtemps. 

Le quartier de la Sablonnière est encore plus à craindre, 
les Turcs s'étanl logés dans la courtine et prétendant de 
se rendre maîtres du port en peu de jours. Ce qui adonné 
1 épouvante aux assiégés dune manière que, lorsque nous 
sommes partis, 1 on disoit tout haut que 1 on parlementoit 
et que la place étoit dans la dernière nécessité. Ce qui me 
le lait croire, c'est que toutes les femmes et les enfants 
sortoient tous les jours avec les meubles et que ^L de 
Morosini faisoit défilei' les siens. Voilà, Monseigneur, la 
pure vérité et je ne voudrois pas répondre que la place 
tint encore un mois. L'on a débarqué les troupes au lieu 
que l'on leur a destiné pour leur quarantaine selon les 
ordres du Roi. Il n*v a pas, grâce à Dieu, de maladies 
dangereuses, et celles cpii sont n augmentent pas. J'ai 
débarqué la compagnie des mousquetaires de M. de Mau- 
levrier en bonne santé et S\. de Montbrun guéri entière- 
ment de sa blessure. Je les ai traités tout de mon mieux et 
je crois (pi ils n'en sont pas mal contents. Les vaisseaux 



208 APPENDICES. 

sont en bon état et le Monarque sera un bon navire quand 
on y aura fait quelques petites choses qui y manquent. 

M. d'Infreville me dit hier qu'il croyoit qu'on ne donne- 
roit qu'un mois de désarmement. Je lui dis que j'avois 
peine à le croire et que ce ne seroit pas le moyen d'entre- 
tenir la bonne foi avec les matelots qui est trop bien éta- 
blie. Cela en a bien fait revenir prendre parti dans l'armée 
et les rappellera tous les jours, si on les paye comme l'on 
fait. 

Beaucoup de matelots françois ont quitté l'armée de 
Venise quand ils ont su la manière dont on payoit présen- 
tement en France. J'attendrai vos ordres, Monseigneur, 
pour les exécuter avec le respect et la diligence que je suis 
obligé, et vous supplie avec tout le respect possible de 
croire que personne n'est plus que moi, Monseigneur, votre 
très humble, très obéissant et très obligé serviteur. 

P. Martel. 

A la rade de Toulon, le 1"' septembre {sic) 1669. 



XVII. 
LE MARQUIS DE MARTEL A COLBERT. 

Toulon, 5 octobre 1669. 

Arrivée à Toulon du duc de Navailles. Nouvelle de la capi- 
tulation de Candie. Conditions imposées aux ^'cnitiens. 
Campagne navale contre les corsaires, projets pour son 
organisation. — (Arch. nat.. Marine, B"* 3, fol. 245.1 

Monseigneur, 
Monsieur de Navailles arriva deux heures après que je 
me fus donné l'honneur de vous écrire par l'extraordinaire 
d'hier, et ce matin la barque du roi, qui porloit les che- 
vaux de M. de Maulevrier et de M. de Montbrun est aussi 
arrivée. Le sieur de Cuers, qui la commande, m'a dit qu'il 



APPENDICES. 209 

fut obligé de relâcher à Standia par l'accident qui arriva 
à son beaupré ; lequel rompit la nuit que nous eu par- 
tîmes, et qu'ayant séjourné là vingt jours sans en pouvoir 
sortir à cause des vents contraires, il a vu faire les capitu- 
lations de Candie et donner les otages de part et d'autre, 
et que le traité avoit été conclu dès le 5 septembre, [que] 
les actes d'hostilité [ont] cessé dès ce jour-là et les Turcs 
campés sur les brèches, que les articles étoient une trêve 
de cent ans, que les Turcs laissoient La Sude, Spinalonga, 
Grabigi et une petite place dans la Dalmatie aux Vénitiens, 
qu'ils leur avoient accordé douze jours de calme pour se 
retirer et que la plupart des habitants de Candie étoient 
déjà campés à Standia et que le sieur Morosini se devoit 
retirer dans deux jours, quand il a mis à la voile, et que 
leurs galères, galéasses et vaisseaux étoient toutes prêtes à 
embarquer tout leur monde pour les mener à Venise. 

Nous avons aussi appris par lui que les galères du roi, 
du pape et de Malte étoient parties le lendemain que nous 
eûmes mis à la voile, i""" de septembre. Ces nouvelles vous 
vérifient, Monseigneur, ce que j'avois pris la liberté de 
vous écrire à mon arrivée ^ de l'étal auquel nous avions 
laissé la place et me font croire que le roi ne continuera 
pas les desseins qu'il avoit pris pour ce lieu-là. C'est 
pourquoi, si son intention est de faire cet hiver la guerre 
aux corsaires de Barbarie, il scroit nécessaire de prendre 
d'autres vaisseaux plus légers et plus propres à cela que 
ceux qui ont été nommés des cinq derniers, le Courtisan 
et le Lys n'étant pas assez avantageux de voile. Je prends 
la liberté. Monseigneur, de vous faire un petit état de ceux 
que je juge les plus propres pour cela sans m'iugérer de 
vous nommer les capitaines, à moins que vous ne me l'or- 
donniez. Je vous dirai seulement, Monseigneur, (|u"il les 
faut choisir gens du métier et de mérite, et que si vous me 
faisiez l'honneur de prendre confiance en moi, et me don- 

1. Noir la Irtlrc prôcc-di-iito. 

14 



210 APPENDICES. 

lier la direction des choses nécessaires pour cette guerre, 
en laquelle j'ai un peu d'expérience, j'en userois avec toute 
la prudence et économie qu'il faut pour mettre les choses 
en état de plaire au roi et de le bien servir, dont j'ai la 
dernière passion. 

Je vous dirai par avance. Monseigneur, que si le roi est 
en résolution d'entretenir douze vaisseaux armés, qu'on 
pourra en composer deux escadres qui, se séparant pour 
chercher les ennemis partout, les harcèleront lurieusement, 
et il sera malaisé qu'on ne les joigne quelque part, et en 
cas qu'on vit lieu d'entreprendre quelque chose dans leurs 
ports, les deux escadres se rassemblant, je suis persuadé 
qu'on feroit quelque chose de considérable et qui tourne- 
roit à l'honneur des armes du roi. En attendant les 
ordres de Sa Majesté là-dessus et les vôtres, je demeure 
avec toute l'inclination possible. Monseigneur, votre très 
humble, très obéissant et très obligé serviteur, 

P. Martel. 

De la rade de Toulon, ce 5 octobre 1669. 



XVIII. 
LE DUC DE NAVAILLES A LIONNE. 

Toulon, 5 octobre 1669. 

La cause du départ des troupes françaises. Mort de l'intendant 
de La Croix. — (Archives des Affaires étrangères, Venise, 
Correspondance, vol. 90, fol. 50.) 

Monsieur, 

Si le gentilhomme ^ que j'ai envoyé vers Sa Majesté est 

arrivé à bon port, vous aurez su la résolution que j'ai 

prise de faire rembarquer ses troupes. Monsieur le comte 

de Vivonne m'ayant fait savoir l'état des vivres de l'armée 

1. Le sieur de Fortanet. 



APPENDICES. 211 

navale, m'a fait connoître que nous n'avions pas de temps 
à perdre pour nous retirer. J'ai cru avoir plusieurs autres 
raisons qui me dévoient obliger à prendre ce parti-là, 
d'autant plus que je le pouvois laire en mettant la gloire 
des armes du roi à couvert, et conservant une partie de 
ses troupes. Nous n'avons pas sujet de nous louer de la 
bonne foi ni de la gratitude de Messieurs les Vénitiens. 

Je me donne l'honneur d'en écrire le détail à Sa Majesté, 
duquel je vous rendrois compte sij'étois dans un autre état 
que je ne suis. J'ai eu tous les officiers majors que j'avois 
sous moi tués ou blessés, ce qui m'a obligé à prendre des 
soins qui ont poussé la nature au delà de ce qu'elle pou- 
voit aller. J'en vois un effet par l'accident qui m'est arrivé 
d'une fluxion générale qui m'est tombée sur les genoux, 
les coudes et les pieds. f|ni m'a rendu paralitique avec des 
douleurs si extrêmes, qui me durent depuis trente jours, 
que je serois bien heureux si je n'avois plus de sentiment. 

Nous avons fait une perte de M. de La Croix, notre 
intendant, qui passoit dans le même vaisseau que moi, qui 
m'a tout à fait accablé ^. C'étoit une personne qui avoit 
beaucoup de mérite et un grand attachement à tout ce 
qui regardoit les fonctions de sa charge et tous ses devoirs. 
L'état où je suis ne me permet pas de vous en dire davan- 
tage, ne doutant point que vous n'ayez la bonté de prendre 
part à tous mes accidents et que vous ne me fassiez la 
faveur de me continuer l'honneur de vos bonnes grâces, 
sur lesquelles je fais un fonds très assuré, puisque vous 
m'avez fait l'honneur de me les pioniettrc et que personne 
ne peut être avec plus de passion que moi. Monsieur, 
votre très humble et très obéissant serviteur, 

ÏjV. duc de Nwailles. 

A Toulon, le 5 octobre 16692. 

1. Cf. aussi Arch. de la guerre, vol. 2.38, fol. 97 v" et suiv. 

2. Lettres de Navailles, qui venait de débarquer, au roi el 
à Louvois sur le lucmc sujet : Arch. de la Guerre, vol. 2;{8, 
fol. 112 et 12.3. 



212, APPENDICES. 

XIX. 

LOUVOIS AU DUC DE NAV AILLES. 

Chambord, 11 octobre 1669. 

Satisfaction éprouvée par le roi au sujet du retour de ses 
troupes de Candie. Invitation quil adresse à Navailles 
d'écrire des mémoires pour rendre compte de la campagne. 
Précautions à prendre pour cela. — (Arch. de la Guerre, 
vol. 238, fol. 96 V».) 

Monsieur, 
M. de Riivigny m'a rendu la lettre que vous m'avez fait 
l'honneur de m'écrire le 5° de ce mois avec celle qui y 
étoit jointe pour le roi^, par laquelle Sa Majesté a été 
informée fort au long de ce qui s'est passé en Candie 
depuis le départ du sieur Fortanet et des motifs que vous 
avez eu de faire rembarquer ses troupes, dont Sa Majesté 
a paru très satisfaite. Elle trouve bon que vous donniez au 
public une relation de tout ce qui s'est fait en Candie, qui 
justifie le peu qu'il a paru pour la délivrance de la place 
et la résolution que l'on a prise de les rembarquer. Elle 
souhaite seulement qu'en rejetant la faute sur les Vénitiens, 
comme vous ne pouvez pas vous empêcher de le faire, 
vous épargniez la République tant que faire se pourra, 
faisant voir que les manquements de leurs paroles sont 
venus plutôt du peu de moyens qu'ils avoient de les tenir 
que d'aucune mauvaise volonté. En tout cas il faut que 
cette relation soit construite de manière qu'il ne semble 
point qu'elle ait été faite par permission du roi et qu'elle 
paroisse si promptement que l'on ne croie pas que vous 
ayez eu le temps d'apprendre ses sentiments sur ce qu'elle 
contiendra. 

1. Cf. la note précédente. 



APPENDICES. 213 

Vous ferez grand plaisir à Sa Majesté de lui dépêcher 
votre écuver aussitôt qu'il sera arrivé, pour lui apprendre 
la capitulation de Candie ou que la nouvelle soit fausse, 
afin que sur cela Elle puisse prendre ses mesures pour le 
départ de M. le maréchal de Bellefonds. Elle trouve bon 
cependant que vous partiez de Toulon aussitôt que votre 
santé vous le permettra pour vous rendre à Bourbon, si 
vous avez besoin des eaux, et ensuite près de Sa Majesté. 

Je n'ai appris qu'avec un sensible déplaisir la mort de 
M. de La Croix, qui par le reçu que vous m'avez fait de la 
manière dont il s'étoit conduit depuis qu'il étoit auprès de 
vous, m'avoit donné lieu d'espérer qu'il serviroit utilement 
le roi dans la suite des emplois qu'on lui pourroit confier. 

Les officiers de l'état-major de l'armée ne doivent être 
payés que jusqu'au jour que la quarantaine étant finie, 
vous leur devrez donner ordre de se séparer et pour 
quinze jours par delà ^ . 

1. La fin de la lettre n'a qu'un intérêt administratif très 
restreint. 



IL 

JOURNAL 

DE LA NAVIGATION DES CxALÈRES 

DE FRANCE 

Par J.-B. Duché de Vancy. 



« Journal de la navigation des galères de France, du port de 
Marseille en Candie, et leur retour, sous l étendard de la 
Sainte Eglise, en r année 1660, commandée par Monseigneur 
le comte de Vivonne, prince de Tonnay-CItarente, général 
des galères et lieutenant général es mers de Levant. » — 
(Bibl. nat., Fr. 6120 ; ms. in-4'' de 119 ff.) 



Partance de Marseille 

15-21 mai. 

Le 15® jour de mai, fête de Saint-Honoré, les dites galères 
au nombre de xiii et de trois galioles, étant au j)ort de 
Marseille, de fond de 4 brasses d'eau, en partirent à 6 
heures du matin, après avoir fait tirer le coup de par- 
tance et salue l'étendard de 1 Eglise chacune de 4 coups 
de canon. 

Le vent qui étoit mistral, autrement dit nord-ouest, 
tomba tout d'un coup, après le salut du dit étendard et 
donna lieu auxdites galères étant au large depuis huit 
jours en attendant bonacc, de passer favorablement la 
chaîne dudit port de Marseille, la Capitane en tirant 
quatre coups de canon pour répoudre au salut de cinq 



^i6 APPENDICES. 

coups de canon dont la citadelle de la dite ville de Mar- 
seille l'avoit saluée, et d'aller mouiller aux îles de Marseille, 
proche le château dit d'If, oîi il y a fond de huit brasses 
d'eau. La Capitane, étant à la tête de toutes les dites 
galères, y arriva plus tôt que les autres et fut contrainte 
de les y attendre près d'une heure pour leur donner lieu 
de prendre leur rang pour partir à 8 ou 9 heures du même 
jour. 

Les dites galères mirent à la voile avec un petit vent 
frais mistral, qui les favorisa jusqu'au Rion (oîi il y a 4 à 
5 brasses d'eau) à douze milles de Marseille. Le calme 
ayant succédé à ce vent mistral, les galères furent con- 
traintes d'aller à force de rames jusques auprès de la Cio- 
tat, où il y a 15 brasses d'eau et quinze milles du Rion à 
laCiotat. Le vent de mi-jour s'étant incontinent élevé, les 
galères mirent à la voile et, à la faveur de ce vent, arri- 
vèrent à 6 heures du soir à l'embouchure de la grande rade 
de Toulon, où il y a 20 brasses d'eau et 20 milles de la 
Ciotat. 

Le major des vaisseaux de l'Eglise étant au port de 
Toulon vint trouver M. le général des galères de la part 
de M. le duc de Beaufort, capitaine général des armées 
navales de l'Eglise, pour l'avertir que s'il approchoit davan- 
tage du port de Toulon avec les galères, il seroit aussi 
obligé d'arborer le même étendard de l'Eglise sur ses vais- 
seaux et qu'ainsi le Royal Louis, sur lequel est arboré le 
pavillon de France, seroit engagé à saluer l'étendard de 
l'Eglise, que c'étoit une chose qu'on pouvoit éviter, puis- 
qu'il n'y avoit point d'ordre pour cela ; ainsi qu'il croyoit 
que M. le général pouvoit aller donner fond aux Vignettes 
au-dessus de la grosse tour de Toulon. 

M. le général ayant fait mettre le caïque à la mer, fut 
à terre conferrer avec M. le duc de Beaufort, mais le vent 
s'étant rendu frais, les pilotes n'ayant pas vu de sûreté 
pour les galères en ce lieu, la firent serper une demi-heure 
après le soleil couché, et se rendirent aux Vignettes, où 



APPENDICES. 217 

il V a quatre brasses d'eau, et ce, à la distance de deux 
milles du pavillon de France, en sorte qu'on ne le pouvoit 
voir ni en être vu. 

La rade de Toulon est très bonne ; son traversier est de 
sud-est, quart de l'est ; dans la petite rade on est à cou- 
vert de tous les vents. Il y a la Tasse, qui est un banc 
auprès de la o;rosse tour, à l'entrée de la petite rade, l'ont 
emplie (sic) en quelques endroits si bien que l'on est en 
dancjer de toucher, si l'on ne suit le canal. Pour le prendre 
il faut laisser les fers derrière et aller droit au clocher. 

M. le général ayant pris heure pour le lendemain, afin 
de conferrer avec MM. de Beaufort et de Xavailles sur le 
fait de la navigation, s'en retourna à deux heures après 
minuit coucher à la galère Capitane. Après que les réso- 
lutions furent prises entre M. le duc de Beaufort, M. le 
général des galères et M. le duc de Navailles, ce qui fut 
fait en deux jours de temps, sur le fait de la navigation et 
du rendez-vous des galères et des vaisseaux, un courrier 
de Rome arriva à Toulon à M. le duc de Beaufort. 

Les dernières résolutions de Sa Sainteté touchant le ren- 
dez-vous sfénéral des galères et des vaisseaux de rEg[lise 
furent qu'au lieu de Corfon. qu'il avoit assigné, il donna 
les Zanthes, de façon que ces Messieurs furent obligés de 
retourner au Conseil, de changer leur route et leurs ordres, 
et comme il fut aussi résolu que les galères attendroient 
les barques venant de Marseille, portant leurs secondes 
victuailles, on demeura trois jours aux Vignettes : mais la 
nuit du 4* un grand vent d isseroc s'étant levé à 3 heures 
du matin, obligea M. le général de faire serper et de se reti- 
rer au port de S. Georges à deux milles des Vignettes (où 
il y a cinq ou six brasses d'eau) en attendant bonace pour 
faire la partance. 

21 mai. 

Le mardi. 21" du dit mois, à cincj heures du matin, 
M. le général ayant vu le temps assez calme, fil tirer le 



218 APPENDICES. 

coup de partance et après avoir ("ait serper, il fit faire force 
de rames et se rendit sur les onze heures avant midi à 
l'embouchure des îles d'Hyères, quoiqu'il eût le vent 
d'isseroc en proue. Cette embouchure est distante de 
quinze milles du port S' Pierre, où il y a qviinze brasses 
d'eau. Ayant ensuite fait mettre le trinquet à la voile, il 
fut mouiller le 21" de mai à Capeau, proche les Salins 
d'Hyères, distant de cinq milles de l'embouchure des 
îles, où il y a 7 brasses d'eau, et où les galères peuvent 
rester à toute sorte de vents. Le vent d'isseroc s'étant 
rafraîchi sur les deux ou trois heures après midi, il lui fut 
impossible de passer plus outre. 

22-54 jnai. 

La nuit du 21 au 22 du dit mois, le vent s'étant rafraî- 
chi au grec et levant, on fut obligé de mouiller deux fers 
ou ancres à chaque galère et l'on fit aiguade avec grand 
peine ce jour-là, mais le 23 et 24, le vent de grec et 
levant fut si frais qu'il fut impossible de pouvoir seulement 
mettre le caïque à la mer. Cette rade de Capeau est à 8 
milles de Bregançon, autant de Port-Cros, et à 9 milles de 
Porquerolles ^. 

25 mai. 

Le 25^ du dit mois de mai, à cinq heures du matin, 
mon dit sieur le général des galères ayant trouvé le vent 
amolli fit serper et tirer le coup de partance, et ayant fait 
mettre la voile au trinquet pour aller se rendre à l'île de 
Porquerolles, à la plage de la Madone pour faire faire du 
bois à toutes les galères, afin de ne pas perdre aucun 
temps pour pouvoir continuer sa route, aussitôt que le 
vent se rendroit tant soit peu favorable. Il y a au cap de 
cette île de Porquerolles, qui s'avance vers la tramontane, 
deux écueils qu'on nomme les Mèdes. Il y a aussi une 

1. Port Cairolle, dans le texte. 



APPENDICES. 219 

seiche, qui est parallèle à ces Mèdes. Comme il fut à quatre 
milles de Capeau ', l'antenne de trinquet de la Capitane se 
cassa, de sorte qu'il fut obligé de mettre la voile appelée 
le maraboutin au grand mât, et arriva à la dite plage de 
la Madone sur les huit heures du matin. 

Après avoir fait mettre le caïque à la mer, il lut avec 
les pilotes sonder le dit port, qui se trouva de deux brasses 
et demie, trois, quatre, cinq et huit brasses d'eau. Toutes 
les galères avant jeté leurs fers à la mer, envovèrent incon- 
tinent leur caïque à terre pour lairc du bois, mais parce 
que cette île appartenoit à M. l'abbé de S'® Croix, M. le 
général fit défense d'en couper, mais bien d'en faire ache- 
ter. Comme M. le ijénéral achevoit de faire sonder le dit 
port, il eut avis par le sieur Espanet, capitaine d'une des 
galiotes^, que son grand mât étoit rompu, de sorte qu il fut 
obligé de lui faire expédier par son secrétaire ses ordres 
pour retourner à Toulon avec une lettre de faveur à M. 
d'Infreville, intendant de la marine, pour obtenir de lui qu'il 
lui donnât un autre mât en la place de celui qui étoit 
rompu. 

M. deMontolieu, capitaine commandant la galère Saint- 
Louis, vint pareillement trouver M. le général étant dans 
son caïque avec son secrétaire visitant toutes les galères, 
pour lavertir que la galère Saint-Louis faisoit eau. 
M. le général s'y étant rendu en diligence, fit venir le comité 
réal et ayant fait mettre cette galère sur le côté, elle se 
trouva percée en deux endroits mais, en peu de temps, 
M. le général, ayant fait travailler les calefats, cette galère 
fut remise en état de naviguer. 

Les vents de grec et levant s'étanl ralraîchis sur les 
dix heures, il fut impossible de partir de ce lieu. 

26 mai. 

Le lendemain, 26" du dii mois, le second fils du roi de 

1. /:"// noie. : Note quo tjiaque brasse a six pieds de roi. 

2. Espanet commandait la Vigilante. 



220 APPENDICES. 

Danemark 1 accompagné de son gouverneur, de six gen- 
tilshommes, de son secrétaire, d'un écuyer et de ses valets 
de chambre, vint trouver M. le général et arriva à la Capi- 
tane à huit heures du malin, parce qu'il avoit couché à bord 
d'un petit bateau qu'il avoit pris à Toulon pour se rendre 
en diligence aux galères, tant il avoit d'appréhension 
qu'elles fussent parties avant qu'il les eût pu voir. M. le gé- 
néral le reçut fort bien et après lui avoir fait voir toute la 
chiourme et la soldatesque de la Capitane, pendant qu'où 
lui apprêta le dmer le plus magnifique qu'on peut faire, 
M. le général fit mettre le caïque à la mer et le mena voir 
toiiles les galères. Après leur retour, ils se mirent à table 
et on fit saluer ce prince en entrant et sortant de la Capi- 
tane toujours de quatre coups de canon. Après le dîner il 
remonta dans son bateau et s'en retourna à Toulon -. 

21 mai. 

Le vent grec et levant étant toujours frais, il fut impos- 
sible de serper jusques au 27 du dit mois, qu'on tira le 
coup de partance à cinq heures du matin ; d'autant que le 
vent avoit changé et étoit grec et tramontane et partie à la 
rame, partie à la voile les galères se rendirent à Port-Cros 
à 8 heures du malin, où il y a fond de deux brasses et 
demie d'eau. Dans ce port il y a une anse où il peut rester 
trois galères à toutes sortes de vents à la réserve du mis- 
tral. S'il y en a plus, elles n'y peuvent rester que pai- 
bonace, ou quand les vents sont isseroc, ponant, labèche, 
et le mistral, le grec, tramontane, le levant, le mi-jour y 
sont contraires. 

58 mai. 

Le 28® du dit mois de mai, à quatre heures du malin, 

1. Georges, fils de FrédéricIII. Il épousa en 1683 Anne, qui 
devint, en 1702, reine d'Angleterre. Il était alors « un jeune 
iionime de seize ans fort bien fait ». 

2. A Toulon, il visita le vaisseau amiral. Cf. Bussy, Corres- 
pondance, I, |). 170. 



APPENDICES. 221 

après avoir l'ait tirer le coup de partance, [il] fit serper, et 
tant à rames qu'à voile, il se rendit avec les galères à 
Agay ', à trois heures après midi, quoique le vent lui ait 
été contraire, parce qu'il étoit au levant et isseroc. 

Ce port d'Agay est à quarante milles de Port-Cros ; il y 
a de fond 8 brasses d'eau et il y peut mouiller trente 
galères ; lesquelles seront en tout temps à couvert de 
toutes sortes de vents, à la réserve du mi-jour et isseroc, 
qui sont contraires. Il y a une seiche en ce port, à l'est 
quart de nord- est du cap Roux à la pointe d'Agay. 

Comme le vent du levant se rafraîchit sur les trois heures 
après midi, M. le général fut obligé de mouiller au dit 
port d'Agay, et il lui fut impossible d'en pouvoir partir ce 
jour-là. 

29 mai. 

Le 29^ du dit mois, M. le général ayant appris que sur 
les trois heures du matin les barques portant les secondes 
victuailles des galères étoient passées la nuit environ à 
quinze milles du dit port d'Agay par mi-jour, il fit tirer le 
coup de partance et fit serper en même temps pour avan- 
cer sa route, mais ayant été au large, il trouva le vent de 
levant si frais qu'il lut obligé de relâcher au dit port 
d'Agay et afin de ne pas perdre de temps, il fit tirer un 
coup de canon pour signal aux dites barques de revirer 
de bord et de se rendre au dit port d'Agay pour prendre 
les victuailles nécessaires pour toutes les galères, et afin 
d'être en état de continuer sa route aussitôt (jue le temps 
le lui permettroit. 

30 mai. 

Le 30° du dit mois de mai, le vent de levant s'étant 
rafraîchi, M. le général, ayant ses barques auprès de lui, 
se servit de l'occasion du mauvais temps pour faire repla- 

1. Nagat/e, dans le lexle. 



222 APPENDICES. 

cer sur chaque galère les victuailles qui avoient été con- 
sommées depuis la partance de JNIarseille et commanda à 
tous les officiers de faire faire l'aiguade et la lessive. 

31 mai. 

Le SP jour du dit mois de mai, le vent s'étant tourné à 
mi-jour et à labèche environ sur les quatre heures après 
midi, M. le général pour ne pas perdre un moment de 
temps, fit serper après avoir fait tirer le coup de partance, 
et à force de rames, il se rendit à trois milles d'Agay. Le 
vent s'étant tourné au ponant et labèche, il fit faire voile 
et ayant avancé environ dix milles, une croupade ou autre- 
ment une nue fort épaisse ayant paru, il fit mouiller à l'île 
S'" Marguerite sous la forteresse, dont le traversier est la 
quarte du levant vers le grec, et ce environ sur les six heures 
du soir en attendant la disposition du temps. Le mouillage 
de ce port est bon à tous vents à la réserve du levant et 
isseroc, de fond il y a quatre à cinq brasses d'eau et il y 
peut trente ou quarante galères. 

P" Juin. 

Le l®"" jour de juin, le vent étant à la tramontane, M. le 
général fit tirer le coup de partance à trois heures après 
minuit et s'étant mis au large à force de rames, il se ren- 
dit avec les galères devant Antibes, à la pointe du jour en 
continuant sa route, et étant au-devant de Nice, cette place 
salua la Capitane de cinquante-deux coups de canon en 
deux saluts différents, auxquels on répondit de huit en 
deux saluts. Comme le vent étoit au levant, il fit faire force 
de rames jusques au-devant de Monaco', qui salua pareil- 
lement la Capitane de treize coups de canon, à qui on 
répondit de (juatre. 

Puis le vent s'étant tourné au mi-jour et labèche, il fit 
mettre les voiles et en continuant sa route le long de la 

1. Mourgues, dans le texte. 



I 



APPEKDICES. 223 

côte, il se rendit à six heures du soir à Alassio^, dans le 
pays génois, à nonanle milles des îles S*" Marguerite. 

Ce bourg dWlassio salua la Capitane de quinze coups de 
canon, auxquels on répondit de quatre, puis les consuls de 
ce lieu étant venus complimenter M. le général sur la 
Capitane, il les traita fort civilement et leur fit force ami- 
tiés et offres de services. Du depuis les îles S"' Marguerite 
jusques à Alassio, il y a premièrement Antibes, qui appar- 
tient au roi et est la dernière ville de Provence ; après, il 
y a Nice, qui est terre du duc de Savoie ; après il y a Vil- 
lefranche et S' Soupir au dit duc de Savoie, après il y a la 
ville de Monaco et Menton, puis Vintimille, qui est terre 
de Génois, ensuite Bordighera, San Remo, Taggia, Riva 
Ligure 2, San Stefano, Porto Maurizio, Oneglia 3, Diano, 
Cervo^, Andora Marina et Laigueglia '. En tous ces 
lieux, il n'y a que Villefranche oîi les galères peuvent 
mouiller et demeurer à toutes sortes de vents, parce qu'il 
y a fond de dix brasses d'eau; à la baie d'Alassio, il y a 
fond de douze et quinze brasses d'eau, et il y peut mouil- 
ler cinquante galères. Les vents de mi-jour et isseroc y 
sont contraires. 

24 juin. 

Le 2^ juin, ^L le général fit sonner la trompette pour 
signal de partance à minuit, et ayant fait incontinent ser- 
per, il fit faire pour continuer sa route force de rames, 
mais étant à dix milles d'Alassio environ sur les quatre 
heures du matin, il y parut unecroupade au grec et levant, 
ce qui l'auroit obligé de relâcher, n étoit qu'il fit faire la 
dernière force poui- se rendre [)romptement à Vado^', à 

1. Araize, dans le texte. 

2. Labordiguière, Tagc, La Rive. 

3. Auncil. 

4. Dian, Laserve. 

5. Laval Dandcville , Aiguille. 
0. Vay, dans le texte. 



224 APPENDICES. 

trois milles de Savone, afin de mettre les galères en sûreté, 
où il arriva sans aucun risque à 9 heures du matin. 

Cette rade a de fond dix, douze et quinze brasses d'eau 
et il y peut demeurer une armée navale sans péril d'aucun 
vent. Aussitôt qu il eut mouillé, un alferé, autrement en 
François un enseigne de la citadelle de Savone, vint à poupe 
de la Capitane pour demander à qui appartenoient les 
galères ; à quoi _M. le général auroit fait répondre que 
c'étoient les galères de France, à présent sous la bannière 
de l'Eglise, commandées par M. le comte de Vivonne, fils 
de M. le duc de Mortemart, général des dites galères ; 
après quoi le dit alferé se seroit retiré. Deux heures après 
arriva à bord de la Capitane un vieux colonel d'infanterie 
accompagné de six officiers, qui complimenta M. le géné- 
ral de la part du gouverneur de la citadelle de Savone 
et lui fit offre de tout ce que le pays pouvoit produire de 
rafraîchissements avec pouvoir d'envoyer à la ville et par 
le pays prendre telles victuailles qui seroient nécessaires 
pour les dites galères (cela soit entendu, en payant). Après 
que M. le général l'eut remercié et prié de remercier de 
sa part M. le gouverneur, il changea de ton de voix, 
comme de façon de parler et lui dit d un ton grave et fier 
qu'il s'étonnoit de ce que M. le gouverneur ne l'avoit pas 
encore salué, qu'il le prioit de lui dire qu'il s'acquittât 
prompteraent d'un devoir qu'il ne pouvoit lui dénier, tant 
à cause de l'étendard qu'il portoit sur les galères que par 
la considération de sa personne, et s'il ne satisfaisoit bientôt, 
qu'il s'en feroit faire raison en retenant à quatre à cinq 
barques quiétoient à cette rade et en prenant toutes celles 
qu'il rencontreroit, même les vaisseaux et galères apparte- 
nant à la République de Gènes. 

Ce colonel en le traitant d'Excellence lui repartit que si 
les galères avoient été en présence de la citadelle, ils 
auroient déjà satisfait à ce devoir, mais que jamais on 
n'avoit salué aucune galère qu'en présence ; néanmoins que 
s'il vouloit absolument, ils le fesoient. M. le généial coiui- 



APPENDICES. 225 

nuant d'une même manière de parler, lui dit de faire en 
sorte que M. le gouverneur s'acquittât promptement de ce 
devoir, afin qu'il pût assurer le roi son maître de leur bonne 
manière d'agir, et qu'il croyoit qu'il ne devoit pas hésiter 
m chicaner là-dessus plus qu'étant encore à dix milles de 
>ice, cette place l'avoit salué de cinquante deux pièces de 
canon, qu'au reste, il ne pouvoit attendre davanta'^e et 
que puisqu'il coramandoit les galères de France comme 
galères de l'Eglise, cette campagne, qui étoit une chose 
qui ne lui arriveroit peut-être jamais plus en sa vie, qu'il 
entendoit qu'on lui rendît promptement et de bonne grâce 
tous les honneurs qu'on ne se pouvoit pas défendre de lui 
rendre. 

Ce colonel, s"en étant retourné avec promesse de le 
faire faire, le gouverneur eut de la peine à s'y résoudre 
comme à une chose nouvelle, mais, enfin, sur les quatre 
heures après midi, il le salua de trente-cinq pièces de 
canon, à quoi on répondit de quatre. On fut oblicré de res- 
ter dans cette rade tout ce jour-là, tant à cause que le vent 
étoit contraire qu'afin de donner le temps aux capitaines 
des galères de prendre des victuailles autant qu'ils pour- 
roient, pour être en état de mieux continuer la route. 

4 juin. 

Le mardi, 4" jour de juin, le vent, qui étoit isseroc et 
qui l'avoit retenu dans la rade de Vado, s'étant tourné au 
mi-jour, il fit sonner la trompette à quatre heures du matin 
et serper au même instant et partie à rames, partie à la 
voile, il se rendit à trois heures après midi à Porto Fino à 
cinquante milles de Vado. Le vent s'étant tourné au levant, 
il fut obligé de mouiller au dit port, où il y a fond de huit à 
dix brasses d'eau, et où il peut demeurer vin^t «^alères à 
tous vents, pourvu qu'elles soient bien ran^rées. 

5-S juin. 

Le mercredi et jeudi et le vendredi ensuivant, le vent au 

13 



226 APPENDICES. 

levant et isseroc fut si frais avec des pluies, grêles et ton- 
nerres, qu'il fut impossible d'en pouvoir partir jusques au 
samedi 8'' dudit mois, à minuit, que M. le général, après 
avoir été à la mer, fit sonner la trompette et serper au 
même instant et, tant à force de rames qu'à l'aide d'un 
petit vent de mi-jour et isseroc, il se rendit avec les galères 
à vingt milles du dit Porto Fino, où la pluie et les vents 
contraires pensèrent le faire retourner en arrière : mais 
avant fait faire une seconde force de rames, il arriva avec 
les dites galères malgré la pluie et les tempêtes au golfe de 
laSpezziaS au Porto Venere, à quarante milles de Porto 
Fino. Il y a fond au dit golfe de dix brasses d'eau et il y 
peut tenir une armée navale à toutes sortes de vents. 

9 Juin. 

Le lendemain, à deux beures après midi, M. le général 
après avoir été à la mer fit sonner la trompette et serper ' 
incontinent après pour continuer sa route et pour tâcher 
d'aller mouiller à Portoferrajo, qui fut la raison pour 
laquelle, ayant le vent ponant et labèche tant soit peu favo- 
rable, il ne voulut pas même permettre de mouiller le fer 
pour célébrer la messe dans la galère. Mais quelque force 
de rames qu'il ait pu faire avec le peu de vent qu'il faisoit, 
il lui fut impossible de pouvoir passer Livourne et fut obligé 
de mouiller à la rade de la dite ville parce que le temps se 
gâta entièrement. 

Cette rade a de fond, à l'endroit où mouillent les galères, 
cinq brasses d'eau et on n'y peut demeurer que par les vents 
de ««^réi'^al, levant, tramontane et mistral ; les traversiers 

Ml J 

sont mi-jour, isseroc, et labèche. On ne mouille a cette rade 
que lorsqu'on veut être en état de partir au premier vent 
favorable. En cas qu'on soit contrarié, les galères peuvent 
entrer dedans le port pour être en sûreté. Il y a de Porto 
Venere à Livourne soixante milles. 

1. L'Espcci/ dans le texte. 



APPENDICES. 227 

La Capitane fut d'abord saluée de six coups de canon par 
la grosse tour, à quoi on répondit de quatre ; puis ensuite 
[de] toute l'artillerie des galères, des vaisseaux et de la forte- 
resse la personne de M. le général fut saluée. Lequel 
leur fit réponse de quatre coups par chacune galère. 

M. le général étant monté dans sa felouque pour aller 
visiter ses galères et voir si elles étoient bien rangées et en 
bon mouillage, comme il s'approcha un peu du môle et du 
port de Livourne, il fut connu, quoiqu'il ait affecté de ne 
l'être pas, et c'est ce qui obligea celui qui commande à la 
grosse tour, qui est à l'entrée du port, de le faire saluer 
de rechef de trente pièces de canon. M. le général étant 
de retour à la Capitane, le gouverneur de Livourne vint 
lui rendre visite et M. le général l'ayant bien reçu et recon- 
duit dans son caïque, il fit équiper sa felouque pour lui et 
ses gentilshommes et son caïque pour ses gens de livrée, 
afin d'aller à Livourne, à dessein de voir M. le gouverneur, 
ayant envoyé en avance l'aide-major avec ses gens de 
livrée, pour voir si le gouverneur étoit chez lui, afin de lui 
rendre visite. 

Comme M. le général fut au milieu de la ville, l'aide- 
major le vint avertir que le gouverneur n'étoit pas chez 
lui. M. le général le renvoya seul pour dire à ses gens qu'il 
étoit descendu à terre pour le voir et s'étantfait suivre par 
ses gens de livrée, il fit le tour de la place accompagné de 
tous les officiers des galères, des officiers réformés, des 
volontaires, de ses gentilshommes et gens de livrée, et 
s'en retourna à la Capitane, où peu de temps après arriva 
une felouque de la part du gouverneur, chargée de présents 
utiles et, en terme de marine, de rafraîchissements très 
convenables. 

10-11 Juin. 

Le 10" jour du dit mois de juin, sur les deux heures 
après midi, ^L le général après avoir reconnu la disposi- 
tion assez bonne, il fit sonner la trompette et serper au 



228 APPENDICES. 

même instant. Et comme il eut fait environ dix milles à 
force de rames, le vent, qui éloit isseroc, se tourna au 
ponant, qui lui donna lieu de faire voile, et ce vent s'étant 
rafraîchi de plus en plus, les galères avancèrent ce jour 
de cent dix milles jusques à Cività Vecchia. 

M. le général, ayant pris l'avis des pilotes, continua sa 
route toute la nuit en bonace à la faveur de la clarté de la 
lune, mais le lendemain 11", environ sur les neuf heures 
du matin, le vent se tourna à isseroc par proue, de sorte 
qu'il fallut faire reprendre la rame à la chiourme ; mais le 
vent s'étant fortifié en proue, et la chiourme étant hors 
d état de pouvoir plus travailler, on délibéra si on retour- 
neroit à San Stefano, à quarante milles en arrière, mais 
aussitôt qu'il fut résolu d'y retourner, le vent se tourna à 
mi-jour et labèche, on remit les petites voiles ; mais une 
heure après, étant à huit milles de Cività Vecchia, la 
chiourme ne pouvoit plus travailler ; on remit les voiles 
pour retourner à San Stefano, mais le vent se trouva aussi 
fort derrière que devant, la mer en furie et les éclairs et 
l'orage menaçoient les galères de leur perte, mais enfin le 
vent se tourna au grec et tramontane en poupe, et ayant 
mis les voiles, porta les galères en une heure et demie dans 
le port de Cività Vecchia, où la grosse tour de cette place 
salua d'abord la Capitane de sept coups de canon et, après 
que toutes les galères y eurent répondu de quatre, la ville 
fit un salut royal pour le roi, un pour M. le général, et y 
ayant répondu, ils resaluèrent une quatrième fois. 

11-13 juin. 

On demeura quatre jours à Cività Vecchia, pendant les- 
quels Sa Sainteté envoya ordre à M. de Guastaldi, com- 
missaire général de la marine, de témoigner à M. le géné- 
ral la joie de l'arrivée des galères de France en ce port, 
parce que les Espagnols avoient publié hautement qu'elles 
étoient destinées pour d'autres choses que pour le secours 
de Candie. Sa Sainteté fit donner un régal très considé- 



APPENDICES. 229 

rable à M. le général de toutes sortes de rafraîchissements, 
où il y avoit même du vin et du poisson pour la chiourme. 
La ville de Cività Vecchia et le gouverneur firent aussi 
donner chacun en son particulier des régals à mon dit 
seigneur le général, qui leur fit aussi des présents de 
montres d'or filigranné, et plus de quatre vingts pistoles 
en plusieurs fois. 

Le secrétaire du Sénat de la République de Venise vint 
exprès de Rome à Cività Vecchia [avecune lettrejde la part 
de l'ambassadeur de la République à M. le général, laquelle 
il lui rendit à poupe de la Capitane, en l'assurant de la 
part du dit ambassadeur et de la dite République de tous 
services et assistances quelconques. 3L le général ayant 
fait réponse à la dite lettre, l'envoya par le sieur Duché de 
Vancy, son secrétaire, au dit secrétaire du Sénat de la dite 
République, étant au palais du gouverneur de Cività Vec- 
chia, en l'attendant pour s'en retourner à Rome. 

Pendant ce séjour, mon dit sieur le général a traité le 
gouverneur et AL de Guastaldi, chacun en leur particulier 
et séparément, et on a bu à la santé de Sa Sainteté au bruit 
des canonnades, des pierriers et tambours de toutes les 
galères et de toute l'artillerie de Cività Vecchia, tout en 
un même instant. On a bu la santé du roi avec la même 
cérémonie et celle de M. le bailli de Rospigliosi, généra- 
lissime de l'armée des Chrétiens contre les Turcs de Can- 
die, de même manière. 

Toutes les fois que M. le général a mis pied à terre 
pour entrer dans Cività Vecchia, il a toujours été salué de 
vingt et trente pièces de canon. 

i4 juin. 

Le 14® jour de juin, à 10 heures du soir, AL le général avant 
vu quelque appareuce d'avoir le vent favoj-able, quoique 
la mer fut calme, lit tirci- le coup de partance et serper au 
même instant. 

En sortant do ce port, touic^ l'iittilItMit' (1(^ (!i\iià \ ce- 



230 APPENDICES. 

chia le salua et, étant au large, il fit lever la rame pour 
attendre que les autres galères l'eussent joint ; il étoit 
minuit avant que toutes fussent en leurs postes pour pou- 
voir continuer la route. On mit pour cet effet le trinquet 
à la voile et, tant à l'aide du vent que de la rame, on se 
trouva le lendemain matin à vingt-cinq milles de Cività 
Vecchia. Le vent s'étant tourné à l'isserocen proue, on déli- 
béra sur les onze heures si on revireroit le bord pour s'en 
retourner à Cività Vecchia, attendu qu'on étoit dans les 
plages romaines, où il yavoittout à craindre, et il fut résolu 
qu'on attendroit pour cela jusques à midi ; et le vent n'ayant 
pas changé, on revira effectivement le bord ; mais environ 
deux heures après midi, le vent se tourna à mi-jour et la- 
bèche, ce qui obligea les pilotes d'en avertir M, le général, 
qui fit incontinent revirer en avant pour continuer sa 
route, et les galères avancèrent ce jour-là de près de cin- 
quante milles. Le vent étant toujours à mi-jour et labèche, 
on laissa les voiles tendues toute la nuit et, tant à rames qu'à 
voiles, on avança toujours en avant de près de trente milles. 

15 juin. 

Le lendemain malin XV, le vent s'étant tourné au ponant, 
on mit les voiles et arriva-t-on à l'île de Ponza^ à midi, 
mais parce que les vents étoient favorables, M. le général 
ne voulut pas s'y arrêter pour faire du bois ; il continua sa 
route et se mit en canal à la volte de l'île de Lipari, et 
les galères avancèrent ce jour-là au delà de l'île de Ponza 
de soixante milles ; et, quoique le vent s'amollit sur le soir, 
M. le général ne laissa pas de faire force de rames toute 
la nuit, de sorte qu'on avança de près de quarante milles. 

11 juin. 

Le 17, depuis le matin jusqu'au soir, on n'avança que 
d'environ soixante milles, d'autant qu'il y avoit très peu 
de vent. Sur le soir, on aperçut les îles et les feux de 

1. Ponsc, dans le texte. 



APPENDICES. 2*U 

Stromboli. Ce sont des montatrnes. qui brûlent incessam- 
ment, comme aussi la fumée de Tîle de Brocand, qui est de 
Sicile et appartient au roi dEspagne. Comme il étoit calme, 
on vo£fua à quartier toute la nuit. 

18 juin. 

Et le lendemain matin 18, on se trouva encore éloigné de 
vingt milles de la rade de Lipari. Le vent s'étant tourné 
au grec et levant, quoique médiocre, on ne laissa pas 
d'avancer tout doucement. M. le général ayant envoyé le 
major des galères ^ dans sa felouque en avance à Lipari 
pour apprendre des nouvelles de la route de M. de Rospi- 
gliosi, il sut à son retour qu'il étoit avec les galères de Malte 
à Messine: mais les galères étant assez proches de Lipari, et 
les pilotes lui avant conseillé de ne pas s'engager la nuit 
dans l'embouchure du phare de Messine à cause de la rapi- 
dité impétueuse du courant, il fit donner fond à la rade 
de Lipari à quatre heures après midi : et afin de savoir de 
quelle manière il en devoit user avec M. de Rospigliosi en 
arrivant à Messine et comment on le traiteroit, il renvoya 
M. le major des galères dans son brigantin en avance à Mes- 
sine avec ordre de savoir toutes ces choses de M. de 
Rospigliosi, et de retourner incessament, quoiqu'il y ait cin- 
quante milles de cette rade de Lipari à Messine, afin de 
le pouvoir informer dans la route, et avant que des galères 
arrivassent à Messine, de ce qu'il auroit à faire. A cette 
rade de Lipari, il y a fond de quinze et vingt brasses d'eau, 
et il y peut tenir une armée navale à couvert de tous 
vents, à la réserve du levant et isseroc, et du mi-jour 
et isseroc. De Cività Vecchia ^ à ladite île de Lipari, il y a 
deux cent nouante milles de chemin. 

La tour de la place de Lipari salua la (^apitane de sept 

1. Le chevalier de Mirabeau. Cf. p. 76, n. 3. 

2. En note : Nota que de ces trois vents, il ne s'en forme 
qu'un qui fait le traversier. 



232 APPENDICES. 

coups de canon, à quoi on répondit de quatre. Le gouver- 
neur ayant envoyé offrira M. le général des ralVaichissements 
pour les galères, il l'en fit remercier, attendu que les galères 
avoient suffisamment de victuailles. M. le général ayant 
demandé à cet envoyé s'il pouvoit aller avec quelques oifi- 
ciers en felouque voir l'embrasement de la montagne deBro- 
cand, cet envoyé lui répondit qu'il ne pouvoit résoudre cela 
tout seul, et qu'il en alloit parler au gouverneur, qui d'ail- 
leurs n'accorda la permission à aucune personne des galères 
de mettre pied à terre. 

Environ deux heures après, le même envoyé du gouver- 
neur de Lipari retourna à la Capitane pour dire à M. le 
général qu'il pouvoit aller en sa felouque voir l'embrase- 
ment de Brocand et en même temps lui fit présent d'un 
petit barillet de vin et de quelques raisins secs, que M. le 
général accepta plutôt par politique qu'autrement et fit 
donner quelques pistoles aux matelots de la felouque de cet 
envoyé pour boire à sa santé. 

19-22 Juin. 

Le 19^ jour du dit mois, à une heure du matin, j\L le 
général, ayant fait sonner la trompette, fit serperau même 
instant, et à force de rames et de voiles il se rendit avec 
toutes les galères à onze heures du matin à l'embouchure 
du phare de Messine, à cinquante milles de Lipari, où les pi- 
lotes du pays préposés pour passer les galères, les vais- 
seaux et autres bâtiments de mer le vinrent joindre pour lui 
offrir leur service ; ce qu'il accepta, non pas qu'il en eut 
besoin, puisque les pilotes des galères sont très habiles 
orens, mais afin d'avoir occasion de leur donner libérale- 
ment les présents qu'on leur fait en ces rencontres. Etant 
environ à mi-canal du phare de Messine, M. le général 
les renvoya après leur avoir fait donner satisfaction, et 
étant environ à cinq milles de Messine, le major, qui y 
ctoit allé en avance, vint joindre la Capitane et avertir en 
même temps M. le général que M. de Rospigliosi étoit 



APPENDICES. 233 

parti de ce port deux jours auparavant avec ses galères et 
celles de Malte pour Corlou. M. le général, étant dans 
l'impatience de joindre les galères du pape, résolut de pas- 
ser outre de Messine sans y donnerfond, etse mit au canal 
à cette fin. Mais la plupart des capitaines des galères l'étant 
venus avertir qu'ils n'avoient plus d'eau, et que la chiourme 
soufFroit beaucoup, il prit conseil, et il fut résolu de 
passer outre ^lessine, afin de faire aiguade en Calabre 
au devant de Messine ; mais les vents s'étant amollis il 
lui fut impossible de passer plus avant, ce qui l'obligea de 
mouiller le fer au-dessous de Messine, pour y laire aiguade, 
où le chevalier* vint le trouver, et après lui avoir con- 
firmé ce que M. le major lui avoit assuré du départ de 
M. de Rospigliosi, lui rendit une lettre de sa part. 

Ce chevalier, accompagné de quatre autres chevaliers des 
meilleures maisons de Sicile, assura d'ailleurs M. le géné- 
ral de la manière que la ville et le château de Messine en 
avoient usé envers M. de Rospigliosi, en arrivant et en 
sortant du port de cette ville avec l'étendard de la Chré- 
tienté, et comme M. de Rospigliosi leur avoit rendu le 
salut. Après que M. le général en fut informé par le consul 
français et autres marchands de Marseille, se voyant néces- 
sité de passer une partie de la nuit dans ce port et voyant 
qu'on le vouloit traiter avec l'étendard de l'Eglise comme 
on avoit fait [pourj M. de Rospigliosi avec l'étendard de la 
Chrétienté et qu'on ne vouloit pas exiger de lui plus que 
de M. de Rospigliosi, il prit l'avis des capitaines des galères 
de France et promit aux députés de la ville et du château 
de Messine d'en user comme M. de Rospigliosi avoit fait, 
quand on lui rendroit le même salut qu'à lui. 

Le député s'en étant retourné à la ville pour disposer 
toutes choses à cette fin, M. le général fit donner fond au- 
dessous de Messine et, afin de ne pas perdie un moment de 
temps, il commanda l'aiguade par toutes ses galères. 

1. Le nom esl laissé en Idaiic dans le texte. 



234 APPENDICES. 

A six heures du soir, M. le général ayant fait serper fit 
son entrée avec toutes ses galères en ordre dans le port de 
Messine, et fut d'abord salué par le château (où il y a une gar- 
nison pour le roi d'Espagne) de douze coups de canon, en- 
suite de quoi la forteresse de la ville tira, et les autres forts, 
où il y a garnison espagnole, en nombre de trois et ceux de 
la ville, en nombre de quinze ou seize, tirèrent tout confusé- 
ment, et le château, qui avoit commencé le salut par douze 
coups, le finit par seize autres coups. Le salut royal fut tant 
de la part du château et autres places gardées par le roi 
d'Espagne, que de la part de la ville et de ses forts, de plus 
de cent cinquante coups de canon, après quoi toutes les 
galères firent deux saints consécutivement chacune de 
quatre coups de canon ^ Le premier salut des galères fut 
pour le roi d'Espagne, et le second pour la ville. Les ga- 
lères ayant achevé l'aiguade, M. le général employa trois 
heures de nuit, en attendant que la lune fut levée, à traiter 
magnifiquement les dits quatre chevaliers, qui lui avoient 
porté la lettre de M. de Rospigliosi, et qui lui avoient 
fait les compliments de la part du gouverneur du château 
et les présents et les offres de service de la part de la ville. 
Il y a fond en ce port de cinq à six brasses d'eau et il y 
peut demeurer une armée navale à couvert de toutes 
sortes de vents. 

Incontinent après le souper, M. le général ayant été 
averti que la lune commençoit à éclairer la nuit, il fit son- 
ner de la trompette pour [donner] signal aux galères de 
serper. MM. les chevaliers de Messine prirent congé delui; 
et d'abord il se mit au large avec le Capitane, et le châ- 
teau et la ville lui rendirent le même salut que le soir au- 
paravant. Et M. le général avec toutes ses galères les remer- 
cia de la même manière. Toutes les galères étant en leur 
poste, il continua sa route en côtoyant la Calabre, et envi- 

1. En note : La ville de Messine voulut être saluée comme nos 
roi et ne lui céda que la primauté. 



APPENDICES. 235 

ron sur les onze heures du matin (parce qu'il étoit la 
fête de Dieu), M. le général fit donner fond pour dire la 
messe. Après quoi, il fil scrper pour continuer sa route, 
comme il fit tout le jour le long de la côte de Calabre et, 
le soir, étant an cap de Spartivento, terre de Calabre, il se 
mit en canal à la volte de Corfou et où il navigua jour et 
nuit à force de rames et de voiles, le vendredi 21 et le 
samedi 22. 

23 juin. 

Le dimanche 23, à onze heures du matin, étant arrivé à 
l'île de Maslera^, qui est au ponantde Corfou, à dix milles 
de terre ferme de l'Albanie (qui est grecque), M. le géné- 
ral fil donner fond pour dire la messe pendant qu'il envoya 
le major en avance à la ville de Corfou pour apprendre 
des nouvelles de M. de Rospigliosi. Après la messe il fit 
scrper et, en côtoyant l'Albanie et 1 île de Corfou, il se 
rendit devant la ville de Corfou à huit heures du soir, où 
il apprit du major, qui le vint joindre, que M. de Rospi- 
gliosi en étoit parti le même jour à sept heures du matin 
avec ses galères et celles de Malte pour aller en avance au 
Zante. 

Voulant passer outre, les pilotes l'avertirent qu'il lui 
étoit impossible, parce qu'il y avoit plusieurs seiches 
dans le canal qu'on ne pouvoit pas éviter la nuit; plusieurs 
capitaines étant venus ensuite remontrer à M. le général 
la nécessité qu'ils avoient défaire aiguade, cela l'obligea 
d'envoyer le major à M. le gouverneur pour le prier 
de permettre l'aiguade aux galères ; mais le secrétaire 
du provéditeur de Corfou étant venu trouver M. le général 
pour l'assurer de ses services, M. le général lui demanda 
s'il y avoit lieu de pouvoir faire de 1 eau pour les galères à 
la ville. Ce secrétaire répondit qu'il seroit fort malaisé, 
parce que les forteresses étoient fermées. Néanmoins, 

1. MarUèrc, dans le texte. Maslera ou Errikusa. 



236 APPENDICES. 

M. le général l'ayant prié d'en donner au moins cent 
barils à deux des galères qui en avoient le plus de besoin, 
ce secrétaire les mena à la ville avec lui et M. le général 
ayant appris qu'ils avoient été satisfaits, fit sonner la trom- 
pette à deux heures du matin et serper au même instant 
pour suivre sa route droit au Zante. En ce port de Corfou 
il y a fond de huit brasses d'eau, et il y peut tenir une 
armée navale à couvert de tous vents. 

2^ juin. 

Le lundi 24, on navigua tant à rames qu'à voile le long 
de la côte d'Albanie, et les galères avancèrent ce jour-là 
jusqu'à Santa Maura^, qui est une île appartenant au Grand 
Seigneur à soixante-dix milles de Corfou. La nuit suivante, 
on entra dans le canal de Biscaone qui est entre les îles de 
la petite et grande Céphalonie 2, lesquelles sont peuplées 
de Grecs sous la domination des Vénitiens ; il y a de Corfou 
à la Céphalonie cent milles. 

25 juin. 

Le mardi 25, on donna fond à midi à la rade de la 
grande Céphalonie, pour y faire aiguade de l'eau, qu'on 
prit dans de petits creusets qu'on fit au bord de la mer, 
parce qu'on en avoit extrêmement besoin, et afin de faire 
prendre un repos de cinq heures à la chiourme, qui étoit 
extrêmement fatiguée à cause du grand travail causé par 
les vents contraires. On partit de ce lieu sur les six et sept 
heures du soir à la faveur d'un vent de ponant assez frais, 
qui escorta les galères jusqu'à dix heures, qu'il y eut un 
grand calme; néanmoins, ayant toujours navigué jusques à 
minuit, une felouque vint joindre la Capitane dans laquelle 

1. Sainte-More : lîle de Leucade. Santa-Maura est une ville 
située au nord de l'île. 

2. En note : C'étoit autrefois Samos. Le canal de Biscaone 
est aujourd'hui colui d'Ithaque. 



APPENDICES. 237 

étoit M. le bailli deCaderousse. Lequel, étant monté sur la 
Capitane, assura M. le général de la part de M. le bailli de 
Rospigliosi, général de la Chrétienté, que les galères du 
pape, celles de Malte et quatre de Venise, l'attendoient à 
Zante. 

M. le général eut bien de la joie d'apprendre cette nou- 
velle et fit donner fond, afin d'attendre le jour pour se 
mettre en état de saluer l'étendard de la Chrétienté, arboré 
sur la Réale du Saint Père ; mais incontinent après, une 
galère du pape vint en présence et salua la Capitane de 
France, où est arboré l'étendard de l'Eglise, de trois saints 
de canon et de raousquetterie : à quoi on répondit de 
quatre coups de canon. De la grande Céphalonie à Zante, il 
y a trente milles ' . 

21 juin. 

Le 27, à onze heures du soir. ]\L le bailli de Rospigliosi 
avant lait tirer le coup de partance, toutes les galères 
serpèrent et chacune en leur poste naviguèrent (sic) le long 
de la côte de la Morée en présence de la \i\\e d'Arcadie. 
On passa aussi devant la ville de Navarin appartenant au 
Grand Seigneur et avant navigué toute la nuit du 28. 

29 Juin. 

On arriva le 29. fête de saint Pierre et saint Paul, à la 
rade de Portovecchio, à dix heures du matin, où l'on donna 
fond pour taire dire la messe. Il y a à cette rade six ou 
sept brasses d'eau, mais c'est un endroit découvert, où il 
n'y a aucune sûreté à cause des grands vents qui y régnent 
presque de tout temps. Il v a de là au Zante cent soixante 

1. En note : Il est expliqué dans les lettres du roi à Mgr 
Colbcrt du [un blanc] les difficultés qu'il y eut entre M. de Ros- 
pigliosi et M. le général touchant les saluts et de la manière 
que les saluts se rendirent de pari cl d'autre en se joignant 
au Zanle. (Cf. n» XXXMl., 



238 APPENDICES. 

milles. Le pays est habité par des Grecs qu'on appelle des 
Magnottes. C'étoit aiitrelois l'ancienne Lacedémone. Ces 
habitants sont chrétiens et n'ont aucun supérieur. Ils 
n'ont aucune forteresse et cependant ils se dé Tendent 
chacun en leur canton^ combattent en confusion et suivent 
celui qu'ils croient avoir le plus d'esprit. 

Il y en eut un, qui se dit leur chef, qui vint faire offre de 
services et de victuailles à M. le général et dîna avec un 
capitaine et le comité réal sans cérémonie. Il dit qu'il com- 
mande trente-cinq mille hommes de guerre, qui ne sont 
assujettis à qui que ce soit qu'à lui. Ils haïssent surtout la 
domination des Turcs et leur font toujours la guerre, mais 
quoique chrétiens, ce sont gens traîtres et qui aiment extrê- 
mement les habits des Français et des autres nations. C'est 
pourquoi, quoiqu'ils aient des bestiaux et des volailles en 
quantité, et des cailles en quantité qui se retirent de là 
l'hiver, on ne se hasarde pas d'aller en leurs habitations 
pour acheter quelque chose ; de sorte qu'ils viennent eux- 
mêmes apporter leurs denrées au bord de la mer pour les 
vendre aux officiers des galères. 

30 juin. 

Le 30 juin, à deux heures après midi, M. de Rospigliosi 
ayant fait sonner de la trompette et serper au même temps, 
toutes les galères serpèrent aussi et on navigua à la rame 
et à la voile le long des côtes de Maïne ^, qui est im 
pays habité de Magnottes ; et comme il étoit dimanche et 
qu'il falloit faire du bois, on donna fond à la Colochil, à 
onze heures du malin. Et il y a en cette rade dix ou douze 
brasses d'eau et il y peut demeurer une armée navale, les 
vents traversiers sont mi-jour et siroc. De là il y a qua- 
rante milles à Portovecchio. 

1^' juillet. 

Le 1'^'" jour de juillet à minuit, M. de Rospigliosi ayant 

1. JJradcinai/ic, dans le texte. 



APPENDICES. 



239 



fait sonner la trompette, toutes les galères serpèrent et 
naviguèrent le long des côtes des Magnottes jusqu'à l'île 
du Cérîgo, qui appartient aux Vénitiens, et de là entrèrent 
dans le canal qui est entre les îles du Cérigo et le cap 
Saint-Ange, qui est terre ferme, et appartient au Grand 
Seigneur. Ce canal a environ quinze milles de largeur de 
terre ferme, du cap Saint-Ange à l'île du Cérigo ; et ayant 
navigué à rames et à voiles jusqu'à neuf heures du matin, 
on donna fond à la rade de Saint-]Nicolas en l'île du 
Cérigo pour faire de l'eau et prendre langue, où pourroient 
être les galères du Grand Seigneur. Il y a en celte rade 
six à sept brasses d'eau, et il y peut tenir en été deux 
armées navales ; il y a de Colochit à ladite rade de Saint- 
Nicolas aux îles de Cérigo quarante milles. 

Séjour a Candie 

2-3 juillet. 

Le 2" jour on coloya les côtes de l'île de Candie, 
et à deux heures après midi, étant à vingt-cinq ou 
trente milles de la Canée, comme on découvrit seize 
galères, qui sortoient du port de cette ville et se mettoicnt 
au large, on fit le signal de chasse à toutes les galères et 
on la donna effectivement pendant deux heures, mais les 
galères turquesques ayant aper(,'u celles de la Chrétienté se 
retirèrent dans le dit port de la Canée. 

Les galères de la Chrétienté, dans le désespoir de les pou- 
voir joindre, continuèrent leur route pour secourir Candie, 
que l'on savoit être extrêmement pressée ; de sorte ({u'on 
navigua jusqu'au lendemain du IV' du dit mois, environ trois 
heures après midi, (pie les galères arrivèrent devant (Candie, 
et comme les vaisseaux de l'Eglise commandés par 3L le duc 
de Beaufori étoient à la rade de cette ville, l'Amiral et tous 
les autres vaisseaux saluèrent de trois saints royaux l éten- 
dard de la Chrétienté. A quoi toutes les galères avant 
répondu do même, elles furent moulllei' à Standia, qui est 



240 APPENDICES. 

une île déserte, où il y a quatre ou cinq ports, à dix milles 
de la ville de Candie'. 

Comme les barques, les galères, les galéasses et même 
quelques vaisseaux vénitiens étoient dans ces ports, ils 
saluèrent l'étendard de la Chrétienté et ensuite celui de 
l'Eglise porté par la Capitane de France. A quoi l'un et 
1 autre répondirent. En ce port de Standia, où on a 
mouillé, il y a fond de quinze brasses d'eau. De Saint- 
Nicolas de Cérigo à Candie il y a cent quarante milles. 

Comme on apprit là que M. de Beau fort (qui avoit ordre 
du roi et du Saint Père d'attendre les galères de la Chré- 
tienté à Cérigo pour prendre avec M. le bailli de Rospigliosi 
et M. de Navailles les résolutions pour le secours de Can- 
die) étoit passé ou tué, et que trois jours après qu'il fut 
arrivé, que ^I. le duc de Navailles, qui dcvoit commander 
les troupes à terre, après avoir été à la ville, avoit résolu 
avec M. le duc de Beaufort de mettre non seulement les 
troupes destinées pour la terre dans la ville, mais même 
un détachement des troupes des vaisseaux, et conjointe- 
ment de combattre les Turcs par une sortie du côté du 
camp de la Sablonnière, qui est en entrant dans la ville à 
la gauche , et que dans cette attaque, M. de Beaufort avoit 
été tué avec plus de soixante-dix officiers et plus de deux 
cents blessés, sans les soldats morts ou blessés. 

6-1 juillet. 

M. le général avant informé M. le bailli de Rospigliosi 
de cette nouvelle, qui lui avoit été donnée par le major des 
vaisseaux-, ils délibérèrent entre eux de ce qu'il y avoit à 
faire, et après avoir su l'état de la place, et celui du camp 

1. Mémoires ou relation militaire... par un capitaine François, 
p. 299 : « Ce même jour partit de ce port un bâtiment anglois, 
qui, à ce qu'on assure, avoit vendu aux Turcs grand nombre 
de bombes et de grenades. » 

2. Le marquis de Belle-Isie Erard. 



APPENDICES. 241 

des ennemis, il fut résolu que les galères s'avanceroient à trois 
milles du camp ennemi, du côté de Saint-André, comme elles 
firent le 6*^ du dit mois environ, à six heures du matin, et on 
donna fond proche des vaisseaux, où il y a Wngt-cinq brasses 
d'eau.en attendant les avis du capitaine général de Candie, de 
M. de }Savailles, y étcUit resté avec les troupes de France 
depuis le combat, et les résolutions de M. le général, en 
qualité de général des armées navales de la Chrétienté (il a 
pris cette qualité depuis la mort de M. de Beaufort, con- 
forme aux ordres du roi de commander ses ijalères et les 
vaisseaux, en cas de mort ou de maladie de M. l'amiral) 
et celles de M. le bailli de Rospigliosi, généralissime de la 
Chrétienté, pour assaillir les Turcs par mer avec trente- 
deux galères, quatre galéasses et seize vaisseaux, et par 
terre avec ' une ligne en blanc ■, mais comme le vent du 
nord, qui est traversier de cette rade, se rafraîchit et qu'on 
aperçut que les Turcs élevoient des batteries de canon le 
long des bords de la mer, après avoir reçu une lettre du 
capitaine général de Candie, M. de Morosini. et son avis 
sur ce qu'il y auroit à faire, qui étoit que les galères avec 
les troupes, qui dévoient se débarquer pour entrer dans la 
ville cette nuit-là, se retirassent pour tromper les ennemis, 
qui tireroient infailliblement plus qu'à l'ordinaire, et afin 
que M. le général et M. le bailli de Rospigliosi, qui 
dévoient passer cette nuit-là à la ville, n'en fussent pas 
incommodés, il fut arrêté qu'on serperoit comme on fit le 
lendemain 7% à 2 heures du matin, et on se retira à Standia 
sans que les ennemis s'en soient aperçus '. 



1. Les Mémoires ou relation... disent au contraire p. 300' : 
«Le 6, ces galères sortirent du port et furent mouiller à la Fosse 
proche les vaisseaux de larmëe de France, et quelquos-unes 
sétant voulu approcher un peu trop près de l'attaque de la 
Sablonnière, les Turcs leur envoyèrent quelques volées de 
canon, qui les obligèrent do se mettre au large. » 

10 



242 APPENDICES. 

S juillet. 

Le 8 du dit mois, on apprit que M. de Navailles éloit 
toujours fort mal, et qu'on lui devoit même faire une 
baraque à Standia pour l'y transporter, afin qu'étant hors 
du mauvais air de la ville, il put guérir plus facilement. Le 
vent du nord fut si frais ce jour-là, qu'à peine [)ut-on 
mettre le caïque à la mer. 

9 juillet. 

Le 9* jour du dit mois, encore que le vent du nord fut 
extraordinairement frais, M. le général voulut aller lui- 
même avec M. Jacquier en un des ports de cette île, afin de 
faire creuser des puits pour en pouvoir tirer de l'eau pour 
la commodité de l'armée. En quoi il réussit de manière que 
chacun en put tirer en cinq ou six endroits pour la néces- 
sité. 

lu juillet. 

Le 10®, le vent s'étant un peu moli sur le soir, et M. de 
Morosini ayant averti M. le général et M. le bailli de Ros- 
pigliosi qu'ils pouvoient faire débarquer les régiments d'Rs- 
pagny (à présent de Bandeville), La Fère et Château-Tierry, 
et les faire transporter dans des barques à la ville, M. le 
général donna les ordres pour cet effet et cela fut exécuté 
cette nuit allant au 11", en sorte qu'on ne perdit que trois 
soldats, qui furent tués d'un coiqo de canon au passage et 
en débarquant '. 

11 juillet. 

Le 11®, le vent continua au frais et MM. de Rospigliosi et 
le comte de Vivonne se disposèrent à partir, comme ils 
firent, le soir pour entrer dans la ville de Candie, où ils 
arrivèrent à 11 heures du soir, non pas sans un grand dan- 

1. Les Mémoires ou relation..., p. 301 : « Les troupes des 
galères, qui débarquèrent le 8 juillet, furent emplo}éc'S 
couiino les autres à la défense des postes attaqués. » 



APPE>'DICES. 243 

ger, car le vent du nord se rafraîchit, comme ils furent à la 
mer et M. de Rospigliosi fut fort malade de la mer. Et les 
Turcs tirèrent une si grande quantité de canons dans l'en- 
trée du port que les boulets leur sifïloient souvent aux 
oreilles et leur jetoient de l'eau en passant près de leur 
felouque, outre qu'un brigantin turc les poursuivit jusques 
au port. 

12 Juillet. 

Le 12", M. le général et M. de Rospigliosi restèrent dans 
la ville, et comme M. de Rospigliosi se trouva incommodé, 
M. le général fut avec M. le capitaine général Morosini visiter 
tous les boyaux, et étant au quartier du bataillon de Malte, 
une bombe fut jetée aux pieds de M. le général, qui en 
crevant l'auroil maltraité sans la vigilance d'un de ces Mes- 
sieurs les chevaliers de Malte, qui, voyant M. le général en 
péril, l'empoigna et le renversa par terre, cependant que 
la bombe fit son effet et qu'elle porta par en haut ses éclats 
de côté et d'autres. M. le général ne s'étonna pas de cette 
aventure ; il continua à visiter les postes les plus avancés 
et fut jusque sur un petit fossé sous lequel les Turcs tra- 
vailloient, et comme un officier turc, qui commandoit à ces 
travailleurs, se fut élevé de terre et qu'il eut reconnu que 
c'étoient des généraux qui n'étoient là que pour reconnoître 
les postes, il fit défense à ses gens de tirer sur eux, disant 
que c'étoit une lâcheté de tuer des gens qui n'avoient pas 
les armes à la main et principalement des généraux, à 
moins qu'on ne les joigne dans le combat. 

Après que M. le général eut visité tous les postes, les 
retranchements et les travaux, il fut joindre M. de Rospi- 
gliosi, et avec MM. les généraux de terre, ils tinrent con- 
seil de ce qu'il y avoit à faire pour l'avantage de la place, 
et il y lut )és()lu (|u<' si la mer éloll calme, les vaisseaux, 
galéasseset galères iroionl canonncr les batteries des Turcs, 
étant le lonir de la mer du côté du bastion Saint-Vndré, 
cependant que dans la ville on se préparoil à faire une 



244 APPENDICES. 

i^rande sortie pour regagner au moins quelques pas de ter- 
rain el en attendant, qu'on feroit de fois à autre de petites 
sorties de la ville pour incommoder les ennemis, 

13-11 juillet. 

La nuit du 12 au 13, M. le général et M. de Rospigliosi 
repassèrent de la ville sur leurs galères avec encore plus de 
danger qu'en y entrant, parce qu'ils furent fort canonnés 
par les Turcs dans leur chaloupe ; et le 14, ces MM. les 
généraux de mer firent chacun un projet ou ordre de 
bataille pour canonner, suivant la résolution prise au Con- 
seil, les batteries des Turcs de la marine. M. le général 
ayant communiqué le sien à M. de Rospigliosi, au lieu de 
l'approuver, il l'envoya à MM. les généraux de terre pour 
le faire changer, comme ils firent. 

M. le général étoit du sentiment de poster la plus forte 
escadre des galères auprès des galéasses au milieu des vais- 
seaux et vis-à-vis les batteries des Turcs du bastion de Saint- 
André, et d'entremêler les autres galères entre les vais- 
seaux, et sur leurs ailes à la droite et à la gauche ; mais 
MM. les généraux de terre rangèrent tous les vaisseaux du 
roi et les galéasses au poste que devoit occuper la plus 
forte escadre des galères avec les galéasses et mirent toutes 
les galères à l'aile droite et vis-à-vis de rien. 

M. le général ne pouvant souffrir qu'on lui fit ce tort, s'en 
plaignit à M. de Rospigliosi, qui ne voulut pas changer de 
sentiment non plus que le général des galères de Malte. Ce 
que voyant M. le général, il pria M. le généralissime Ros- 
pigliosi de souffrir qu'il mêlât les galères du roi parmi les 
vaisseaux de Sa Majesté pour les pouvoir secourir en cas 
de besoin, les renvoquer en leur trait, et afin de pouvoir 
faire feu avec eux. M. de Rospigliosi s'accorda à cette der- 
nière proposition, et M. le général en ayant écrit le soir du 
14 au 15 à MM. de Navailles et de Colbert de Vandière, le 
17, il eut leur agrément, et le 16, M. de Martel, vice- 
amiral, lui témoigna [lar une lettre qu'il s'étonnoit fort de 



APPENDICES. 245 

ce que MM. les généraux de terre ou de mer avoient voulu 
éloigner les galères de France des vaisseaux, que son sen- 
timent et celui de tous les olficiers de la marine étoit 
celui de M. le comte de Vivonne et qu'il croyoit que 
MM. des galères y souscriroient, comme ils firent tous le 
même jour, de manière que M. le général dressa des 
ordres le 17 pour placer ses galères auprès des vaisseaux 
de France et pour les remorquer, ainsi qu'il s'en suit^... 

18 juillet. 

Le 18, il distribua tous ses ordres à MM. des vaisseaux et 
des galères, et à 6 heures du matin, ayant monté dans sa 
felouque pour aller des galères aux vaisseaux, c'est-à-dire 
de Standia à la Fosse, où il y a sept ou huit milles de trait, 
afin de pouvoir s'approcher plus près qu'il pourroit des 
bordages de la mer et du camp et des batteries des Turcs 
pour en remarquer le fort et le faible, il trouva le vent si 
frais qu'il fut contraint de retourner, et étant sur la Capi- 
tane, il apprit d'un gentilhomme, qu'il avoit envoyé en 
Candie, que les Turcs avoient avancé sur le terrain de la 
ville en vingt endroits depuis deux jours, d'une manière 
que M. de Navailles se trouvoit restreint à ne plus faire 
faire de sorties, mais de faire travailler à des retirades 
partout, ayant pour cet effet envoyé demander vingt hommes 
par galère, qu'on lui accorda^. 

19 juillet. 

Le 19^, M. de Navailles écrivit deux lettres à AI. le géné- 
ral, par la première desquelles il le supplioit de lui faire 
donner un vaisseau pour envoyer en la plus prochaine île 
de l'Archipol acheter des rafraîchissements, qui lui laisoient 
un très grand besoin, et par la seconde il le prioit de lui 
mander combien d'hommes il lui pourroit encore donner 

1. C'est rigoureusement Tordre indiqué dans la lettre n°LV, 
p. 83-85. 

2. Cf. la lettre ii° \LV, p. (i.*^. 



246 APPENDICES. 

par galère et par vaisseau, en cas qu'il trouvât les moyens 
de pouvoir faire quelque chose de considérable contre les 
Turcs 1... 

Celui qui apporta ces lettres de mon dit sieur de 
Navailles, et qui rapporta la réponse de M. le général, 
l'assura que la ville de Candie étoit fort pressée, que les 
Turcs avoient fait la nuit passée deux attaques du côté de 
Saint- André et de la Sablonnière, l'épée blanche à la main, 
et qu'il y avoit eu bien du monde de tué de part et d'autre : 
que, d'ailleurs, les vivres manquoient à la ville, et que 
M. de Navailles étoit toujours indisposé. M. le général vou- 
lut aller l'après-dîner aux vaisseaux pour conférer avec les 
officiers, mais le vent du nord, qui dure depuis un mois, 
étoit si frais qu'à peine pouvoit-on tenir le caïque à la 
mer. Cependant, il donna ordre de débarrasser les galères 
et de les tenir prêtes pour partir au premier calme pour 
l'expédition résolue. 

20 juillet. 

Le 20", le vent du nord se rafraîchit encore de plus en 
plus, de sorte qu'il n'y eut pas moyen de mettre le caïque 
à la mer. Un volontaire de dessus la Capitane étant 
allé depuis trois jours à la ville avec les troupes détachées 
des galères pour travailler à la seconde retirade du bastion 
de Saint-André, ayant passé cette nuit-là de Candie dans 
une des galiotes de Venise, qui vont se poster tous les soirs 
à l'embouchure du port, arriva au matin aux galères, qui 
informa Monsieur le général de l'état de la place, et l'assura 
que la seconde retirade, où les soldats aux Gardes du roi 
travailloient avec les soldats de la marine, étoit fort avan- 
cée, que les ennemis, qui étoient maîtres de la première, 
étoient néanmoins fort proches des François, et qu'en fouil- 

1. Duché de Vancy rapporte ici un passage de la réponse 
de Vivonne à Navailles, transcrite plus haut (n° XLVIII]. Il 

est inutile de le répéter ici. 



APPENDICES. 



247 



lant la terre ils en jetoieiU par dessus eux, qu'ils leur 
jetoient aussi une grande quantité de bombes et de gre- 
nades, et qu'il V avoit eu quatre soldats des galères tués et 
un officier de blessé en un jour ; qu'on avoit fait une sortie 
de soixante hommes tant François qu'Italiens, qui avoient 
obligé quelques Turcs à sortir de leurs boyaux. Lesquels ils 
avoient fait raine de charger, et s'étoient retirés peu à peu 
afin qu'il en sortit un plus grand nombre, et que lorsque 
les François avoient été en sûreté, des mousquetaires du 
roi, qui étoient postés avantageusement, avoient tiré si à pro- 
pos sur les Turcs, qu'ils en avoient tué près de trois cents. 
Après quoi les autres se seroient retirés. 

21 Juillet. 

Le 21®, le major de Candie apporta une lettre à M. le 
général de la part du capitaine-général Morosini, conte- 
nant ses plaintes de ce que quelques soldats des galères 
avoient dérobé un pierrier en Candie ; à laquelle ^L le 
général fit réponse sur le champ qu'il feroit faire toute la 
perquisition possible pour faire retrouver le pierrier, dont 
on accusoit ses soldats de l'avoir pris, pour lui renvoyer, 
l'assurant au surplus qu'il lui feroit donner satisfaction, s'ils 
se trouvoient convaincus de ce crime. Ce major m'assura 
que la seconde retirade du bastion Saint-André où travail- 
loient les François sera achevée à la fin de ce mois, qu'ils 
en faisoient encore faire deux autres en deux autres 
endroits, qui leur pourroiont donner moyen, avec du 
monde, de soutenir ce siège encore plus de cinq mois, que 
l'on avoit fait encore une sortie de cent hommes ce jour- 
là, qui avoient tué quelque soixante Turcs, et qu'ensuite 
ces Infidèles avoient fait mine en quatre endroits de donner 
un assaut, mais qu'on les avoit chargés si à propos qu'ils 
avoient été contraints de se retirer en leurs boyaux, car 
tous ceux qui sont à la portée du canon, sont comme des 
renards et avancent par des boyaux au pieil des murailles, 
creusant et avançant toujours sans qu'on les voie, et de ces 



248 APPENDICES. 

boyaux, ils jellent les bombes el les grenades dans le 
retranchement de nos gens avec la main même. Ils ont de 
certains crocs avec lesquels étant montés la nuit sur le 
retranchement de nos soldats, ils les tirent à eux sans qu'ils 
s'en aperçoivent et qu'ils s'en puissent même défendre. 

Lemême jour sur le soir, trois François étant dans un 
vaisseau génois mouillé en ce port de Standia, ayant appris 
que M. le général avoit ordre du roi de reprendre tous les 
François qu'il trouveroit sur des vaisseaux marchands 
étrangers et de les renvoyer en France, vinrent sur la Capi- 
tane dire qu'ils vouloient bien s'en retourner en France, 
mais qu'ils supplioient M. le général d'employer son auto- 
rité pour les faire payer et pour leur faire rendre leurs 
hardes par le Capitaine génois, avec qui ils étoient. 

M. le général y ayant renvoyé le major des galères * , ce 
capitaine génois maltraita le dit sieur major de paroles et 
se mit en état de le tuer. De quoi M. le général étant 
averti, il en donna avis à M. de Rospigliosi et le pria qu'en 
qualité de généralissime, il ait à lui faire raison de cet 
attentat. Le nocher et le capitaine de ce vaisseau furent 
aussitôt mis à la chaîne et trois jours après relâchés, après 
avoir demandé pardon de son insolence. 

22 juillet. 

Le 22® du dit mois, le major de Candie vint à bord de 
la Capitane apporter une lettre à M. le général de la part 
de M. le capitaine général Morosini, qui demandoit raison 
de la friponerie de quelques soldats françois, ce qui lui 
fut octroyé. Ce major assura que les François avoient si 
bien réussi au travail de deux retirades du côté du bastion 
de Saint-André, que l'on espéroit que celles-là et celles 
qu'on achève du côté de la Sablonnière mettroient dans 
quinze jours la ville en état de se défendre encore huit mois ; 
que l'on disputoit à présent le terrain pouce par pouce et 

1. Le chevalier de Mirabeau. 



APPENDICES. 249 

que les ennemis n'osoient paroître dehors de leurs boyaux, 
qu'on les tuoit aussitôt. 

Ce même jour, le vent s'étant un peu moli, on se disposa 
à aller avec les galères joindre les vaisseaux pour canonner 
les retranchements des Turcs, la nuit en suivant, si le temps 
le permet. 

23 juillet. 

Le 23, M. de la Croix, intendant de l'armée de France 
en Candie, vint à bord de la Capitane et témoigna à M. le 
général que M.M. les généraux de terre souhaitoient lort 
que la mer se calmât entièrement et qu'il pût avec M. de 
Rospighosi, les vaisseaux et les galères du roi exécuter ce 
qu'ils avoient résolu au Conseil, pour leur donner lieu de 
faire une sortie considérable, afin d'incommoder les enne- 
mis de plus en plus. Il dit aussi à M. le général que M. de 
Rospigliosi étoit de sentiment d'envover encore mille 
hommes des galères en Candie, afin de faire une sortie plus 
considérable pour tâcher de faire lever le siège aux enne- 
mis. C'est ce qui obligea ^I. le général de faire aussitôt 
une revue sur les vaisseaux et sur les "-alères, où il trouva 
tant de soldats morts, blessés, convalescents ou malades 
qu'il ne put pas détacher un seul homme sans désarmer 
quelques-uns des bâtiments du roi. Il fut en donner avis 
à M. de Rospigliosi et le supplia de l'excuser, s'il ne faisoil 
pas le détachement qu'il lui demandoit, puisque le lende- 
main les vaisseaux et les galères dévoient aller à une action 
aussi considérable que celle de la canonnade, qui selon l'ef- 
fet qu'elle produiroii, jjouiidii donner lieu à faire débar- 
(|uer des troupes pour aider à ceux qui feroient des sor- 
ties de la ville de pousser les ennemis. 

Le vent étant tout à fait moli sur le soir, M. de Rospi- 
gliosi convint avec ^L le général de faire serper et d'aller 
avec les galères de ce port de Saint-Nicolas joindre les 
galéasses en celui de Saint-Georges dans cette même île de 
Standia. Ils prirent aussitôt les étendards, savoirM.de Ros- 



250 APPENDICES. 

pigliosi celui de la Chrétienté, et M. le général celui de la 
Sainte Eglise. Ils partirent à cinq heures du soir et arri- 
vèrent à huit au dit port de Saint-Georges. 

2k juillet. 

Les six galéasses de Venise s'étant mises au large pour 
faire place à la Réale du pape, à la Capitane de France et 
à la Patronne de Malte, on demeura là quelque temps sans 
mouiller le fer, et les ordres ayant été donnés à chacun de 
se rendre en son poste, chaque galère s'avança proche du 
vaisseau qu'elle devoit remorquer, et les vaisseaux ayant 
levé l'ancre, donnèrent le cap de remorque à chaque 
galère et s'allèrent poster environ à 6 heures du matin 
sous douze on quinze batteries des Turcs, à demie portée 
de mousquet de terre sans tirer un seul coup de canon, 
encore que les batteries des Turcs les incommodassent 
beaucoup '... 

1. Suit le récit de la bataille navale et de ses conséquences 
presque en tous points semblable à celui de la lettre n° LV. Il 
est inutile de le répéter ici (ff. 44-52 du ms.). Mémoires ou 
relation..., p. 304 : « Pendant ce grand tonnerre de canons, 
ceux de la place firent bannière du côté de Dermata pour faire 
connoître à l'armée que le canon de leurs vaisseaux les incora- 
modoit. En effet, les galères du pape, celles de Malte, qui étoient 
du côté du Ponant, tiroient dans les travaux ennemis comme 
en queue et les boulets donnoient dans la place, qui y tuèrent 
quelque monde. D'un autre côté, pendant le feu, quelques 
galiotes vénitiennes mirent leur éperon en terre et furent, à la 
faveur de notre artillerie, piller à l'entrée du camp les pavil- 
lons que les Turcs avoient abandonnés, où ils trouvèrent quan- 
tité de robes turquesques et quelque bétail. Mais environ 500 
de ces Infidèles, qui vinrent qui deçà qui de là déterminément 
à la charge, les obligèrent de se retirer dans leurs galères avec 
ce qu'ils avoient pu prendre. 

« Cette disgrâce de la Thérèse, l'artillerie des galères du pape 
et de Malte, le canon, les bombes et même la mousquetterie 
dos ennemis causèrent la perte de 1300 hommes des nôtres, et 
celle de ces Infidèles fut beaucoup moindre. » 



APPENDICES. 251 

Ce même jour, M. le général me remit entre les mains 
les lettres qu'il avoit reçues de M. de Navailles, de.M.Col- 
bert de Maulevrier, de M. le capitaine général Moro- 
sini et de M. de la Croix, intendant de l'armée de France, 
du 24 de ce mois, deux heures après que l'armée navale 
se fut retirée de la canonnade du camp des Turcs. Ces lettres 
ne lui ont été écrites à autre fin que le congratuler de 
l'honneur qu'il s est acquis en cette occasion à l'armée 
navale du roi et à toute celle delà chrétienté*... 

28-29 Juillet. 

Le 28 et le 29 du dit mois, on fit travailler à racommo- 
der la Capitane et les autres galères, qui avoient été 
blessées à la canonnade, et M. le général, qui étoit blessé 
de quatre ou cinq contusions, ne laissa pas d'agir et d'aller 
aux vaisseaux visiter ceux qui avoient reçu quelques coups 
dans l'eau, afin de les faire racommoder. 

Le 29, yi. le général écrivit une lettre au Capitaine 
général pour lui faire connoître qu'un des vaisseaux du roi 
avoit très grand besoin d'un raàt de beaupré, le sien ayant 
été brisé le jour de la canonnade ; qu'il prioit Son Excel- 
lence d'envover un ordre au commandant des galéasses de 
lui en faire délivrer un, et par là même il lui demandoit 
la grâce d'une personne, qui lui étoit recommandée fort 
particulièrement. 

30 juillei. 

Le 30" juillet, M. de Rospigliosi fit témoigner à ^L le 
général que le Capitaine général lui avoit écrit qu'il croyoit 
qu'il étoit absolument nécessaire que \nL les généraux de 
mer allassent à la ville pour tenir un conseil avec ^I^L les 
généraux de terre afin de pourvoir aux urgentes nécessités 

1. Ces lettres figurent aux n°' LI, LU et LUI. Duché de 
Vancy rapporte dans son Journal leur contenu qu'il est inutile 
de rapporter à nouveau. 



252 APPENDICES. 

de la place, qui étoit certainement pressée par les Turcs, 
et ceux qui parlèrent à M. le général de la part de M. de 
Rospigliosi lui témoignèrent même que MM. les Vénitiens 
étoient d'avis que l'armée navale retournât canonner le 
camp des Turcs du côté de la Sablonnière, et que des vais- 
seaux et des galères de France on fournisse des hommes 
pour aider à faire une sortie considérable pour éloigner au 
moins les ennemis de ce côté de la place où il n'y a pas de 
terrain pour pouvoir faire aucune retirade, et mettre par 
ce moyen la ville de Candie en état de résister encore 
longtemps à la fureur de ces Infidèles. 

M. le général, ayant trouvé cette proposition déraiso- 
nable ^, crut être obligé d'en dire son sentiment à M. de 
Rospigliosi, à qui il fit voir l'état des malades, des blessés, 
des morts et des convalescents des troupes et des équi- 
pages des vaisseaux et des galères de France, et lui fit 
même connoître que les vaisseaux ni les galères n'étoient 
pas encore racommodés de la première canonnade. Il dit à 
M. de Rospigliosi qu'il vouloit bien avoir l'honneur de 
l'accompagner à ce Conseil que désiroient MM. les Véni- 
tiens, pour leur faire connoître que de son côté il avoit fait 
et vouloit bien faire tout ce qui lui seroit possible, et qui 
dépendroit de lui pour le salut de Candie, mais que par 
avance il croyoit être obligé de lui dire que les vaisseaux 
et les galères du roi n'étoient pas en état de retourner une 
seconde fois canonner le camp des Turcs, et qu'aussi bien 
cela seroit inutile à MM. les Vénitiens, puisqu'il y avoit 
apparence qu'ils ne profiteroient non plus de cette occa- 
sion pour faire une sortie générale que de la première, où 
ils avoient négligé le salut de la place. 

M. de Rospigliosi lui répartit qu'il avoit ordre du pape 
de faire toutes les choses possibles pour le salut de celte 
place, que ce n'étoient pas tant les Vénitiens, qui propo- 
soient cette canonnade et qui demandoient ce Conseil, que 

1. Voir p. 02 et la lettre LIX. 



APPENDICES. 253 

lui, qui avoit pensé que puisqu'on n'avoÏL pas lait de sortie 
au jour de la canonnade (quoiqu'il y ait eu occasion favo- 
rable pour le faire), il falloit tenir un Conseil, et voir si, en 
canonnantdu côté de la Sablonnière, onnepourroitpas faci- 
liter une sortie générale pour sauver la place, que la chose 
venant de lui, il supplioit très humblement -M. le général 
de vouloir assister à ce Conseil et qu'il lui en seroit fort 
obligé. 

M. le général lui témoigna qu'il n'auroit jamais plus de 
grande joie, que lorsqu'il pourroit lui témoigner l'envie 
qu'il avoit de faire quelque chose de grand, qui put contri- 
buer à sa gloire, et qu'il étoit prêt de le suivre où il lui 
plairoit. S'étant alors séparés à dessein d'aller le soir en 
ville, M. le général monta en sa felouque et fit voir aux 
vaisseaux ce qui s'y passoit, mais il fut contraint de retour- 
ner sur la Capitane, parce qu'il se trouva saisi d'une dou- 
leur de poitrine si violente qu'il fut nécessité de se mettre 
au lit et de faire avertir M. de Rospigliosi de l'état où il 
se trouvoit, qui l'envoya visiter et lui fit dire que, puisqu'il 
ne pouvoit aller à la ville, il étoit de sentiment qu'ils y 
envoyassent chacun un homme de créance pour écouter 
les propositions que les Vénitiens auroient à leur faire pour 
le salut de la place, afin de prendre leurs mesures ensemble 
pour voir si on pourroit faire ce qu'ils demanderoient, 
ou autrement les en avertir afin qu'ils prissent d'autres 
mesures. 

M. le général jeta les yeux sur M. le commandeur de la 
Bretèche, pour l'envoyer à la ville, qu'il chargea d'une 
lettre à M. de Navailles, par laquelle il lui marquoit*... 

La réponse de M. de INavailiesà celtr lettre fut que ses 
intentions étoient celles de M. le générai, ([u il ne croyoit 
pas que les V(Miiliens osassent [)r<>|K)scr une seconde canon- 
nade, mais que s ils en (aisoiont la proposition, il savoit 
comme il se devoit comporter en ce rencontre. Il dcman- 

1. Voir les lettres n"' LIX el L\. 



254 APPENDICES. 

doit en même temps deux grâces à M. le général. La 
première étoil de voir ce qu'il lui pourroii faire avoir 
de grenades des vaisseaux et galères en remboursant 
les capitaines, parce qu'il ne lui en restoit plus que cinq 
mille. La deuxième étoit de lui envoyer trois cents hommes 
de ces deux corps pour relever ceux qui travailloient à la 
retirade, et que les mêmes barques qui apporteroient ces 
trois cents hommes rembarqueroient les autres, qui étoient 
fort fatigués. 

Ce même jour, on fit une sortie de la ville du côté de la 
Sablonnière, où M. de Colbert fut blessé et M. de la 
Croix et M. de Navailles en écrivirent à M. le général. 
M. de Navailles lui marquoit par la lettre qu'il lui écri- 
voit'... 

31 juillet. 

Le dernier du mois de juillet, ^L de la Croix vint à 
bord de la Capitane voir M. le général, afin de l'informer 
de ce que l'armée de terre en Candie avoit fait le jour 
précédent en la sortie dont j'ai parlé ci-dessus. Et en s'en 
retournant, M. le général le pria de vouloir bien l'informer 
de tout le détail de tout ce qui se passeroit à la ville. 

i""" août. 

Ce qu'il ne manqua pas de faire, premier jour d'août, 
qu'il lui écrivit que les troupes détachées avoient fait un 
petit logement à la Sablonnière, qui défendoit celui qu'on 
avoit fait au paravant, et que ce qu'on avoit fait étoit fort 
à propos, vu que les ennemis avoient commencé deux 

1. Voir la lettre n° LVIII. L'envoi du janissaire turc dépêché 
par Navailles à Vivonne, pour servir sur les galères et annoncé 
dans cette lettre, est mentionné par les Mémoires ou relation 
militaire, p. 307, qui précisent : un janissaire « de considéra- 
lion ». Il y est aussi relaté qu'à cette sortie cinquante Français 
y succombèrent et plus de deux cents Turcs. 



APPENDICES. 255 

mines sous la courtine ; il lui mandoit aussi que deux gens, 
qui s'étoient venus rendre, les avoient assuré que le Capi- 
taine Bâcha, qui comniandoit l'attaque de la Sablonnière, se 
voyant éloii^né de son projet, ctoit allé trouver le grand 
Vizir à Saint-André avec une partie de ses troupes et qu'il 
y avoit apparence de quelque nouvelle aubade en ce quar- 
tier. Il lui dcmandoit en même temps une copie de Tordre 
de bataille de la canonnade pour l'envoyer à M. le mar- 
quis de Louvois et, en l'assurant des services de M, de 
Navailles, il le prioit de sa part de lui envoyer six char- 
pentiers des vaisseaux. 

2 août. 

Le 2^ jour d'août, M. de Navailles envoya un gen- 
tilhomme à lui, nommé M. Vincent, à M. de Rospigliosi 
et, sous prétexte de lui rendre compte et à M. le général 
des effets de leur sortie, il témoigna à M. de Rospigliosi, 
sans en rien dire à M. le général, que M. de Navailles 
auroit bien désiré conférer avec lui sur le vaisseau de M. de 
Martel, qui étoit alors à la Fosse entre Candie et Slandia, 
pour aviser aux moyens de faire quelque chose de grand 
pour le salut de Candie. 

M. le général l'ayant su adroitement, crut être obligé 
de mander à M. de Navailles que, s'il avoit su qu'il eût 
demandé à M. de Rospigliosi une conférence, il auroit 
empêché M. de Saint- Vincent de lui rendre la lettre, étant 
persuadé qu'on ne devoit attendre une autre réponse que 
celle (pi'il avoit laiie. Il le prioit en même temps de 
prendre garde aux surprises et (ju'on avoit dessein de lui 
faire signer quelque chose pour le charger de tout I événe- 
ment de Candie, ([u il lui demandoil pardon s il lui en par- 
loit si librement, mais qu il croyoit obligé, conime [)renanl 
beaucoup de pari à ses intérêts, de l'avenir de se méfier 
des gens dont le but nétoit que de le surprendre, et il lui 
envoya on même temps les trois cents hommes, qu il lui 
avoit demandés. 



256 APPENDICES. 

3 août. 

Le Séjour, M. le général s'appliqua à donner les ordres 
sur l'Amiral et sur les autres vaisseaux pour les faire recal- 
fater, tenir lestés et en état de naviguer. 

4 août. 

Le 4", le duc de Navailles lui écrivit de Candie qu'il le 
remercioit des bons avis qu'il lui donnoitpar sa lettre et qu'il 
en profiteroit ^... 

5 août. 

Le 5®, M. le général donna les ordres au major des vais- 
seaux de faire une revue de ce qui restoit de vivres à 
chacun d'iceux et de la quantité des personnes qui y res- 
toient ; il envoya quérir le contrôleur général des galères 
pour savoir aussi de lui combien il y avoit encore de 
vivres pour les soldats et pour la chiourme. Ces ordres 
ayant été donnés le matin, M. le général fut l'après-dîner 
aux vaisseaux pour s'informer des capitaines, chacun en 
particulier, de ce qu'ils avoient de vivres. Il fut même chez 
M. Jacquier, munitionnaire général de l'armée, pour savoir 
aussi de lui combien il avoit de vivres pour l'armée de 
terre et combien il pouvoit en avoir encore pour leur 
retour. 

Chacun de ces Messieurs lui demandèrent du temps 
pour travailler à leurs états et la journée se passa dans 
cet exercice. 

6 août. 

Le 6®, M. le major des vaisseaux apporta son état des 
victuailles, qui restoient à chacun des dits vaisseaux pour 
leur retour en France, et M. le général en ayant fait faire 
un des victuailles des galères, il les porta à M. de Rospi- 
gliosi pour lui lairc voir comme le roi avoit réglé le temps 

1. Pour la suite, voir la lettre n° LXI. 



I 



APPENDICES. 257 

que sou année navale devoil demeurer à la mer, et le pria 
de trouver bon qu'il fît assembler les pilotes des vaisseaux 
et des galères en France. M. de Rospigliosi témoigna a 
M. le général qu'il pouvoit faire ce qu'il lui plaisoit, mais 
que, pour lui, il n'étoit pas de sentiment à s'en retourner 
à Rome que par l'ordre de MM. les Vénitiens. 

M. le général lui repartit qu'il n'aiii'oil jamais plus de 
joie que lorsqu'il pourroit, sans contrevenir à la volonté 
du roi son maître, rendre de bons offices à MM. de 
Venise en secourant Candie, mais qu'il ne pouvoit pas 
outrepasser les ordres du roi, ni risquer une ai-mée na- 
vale à manquer de vivres à la mer pour demeurer simple- 
ment à Standia, où l'on ne rendoit aucun secours à cette 
ville, mais bien la plus grande partie des troupes et des 
équipages des bâtiments de marine dépérissoieni [)ar la 
grande quantité de maladies, qu'il vaudroit mieux cher- 
cher les ennemis où l'on savoit ({u ils étoient. 

M. de Rospigliosi n'ayant pas témoigné toper à cette 
proposition, M. le général se retira et, étant à bord de la 
Capitane, il donna les ordres nécessaires pour assembler 
les capitaines des vaisseaux au lendemain matin, afin de 
prendre leur avis sur ce qu'il y avoit à faire pour le retour 
de l'armée navale en France et l'après-diner les capitaines 
des galères à même fin, et au lendemain, 7 du dit mois, 
les pilotes des vaisseaux et des galères pour prendre leurs 
avis sur le même sujet. 

7 août. 

Les 6" et 7", ayant entendu les diis capitaines de vais- 
seaux et des galères cl les pilotes de I un et de l'autre des 
dits corps chacun séparément, et tous étant convenus 
qu il ialloit deux mois pour le retour à compter du jour 
que I on meltroit à la voile, il envoya le 8'" les dits états à 
M. de Navaillcs et lui manda le sentiment des uns el des 



258 APPENDICES. 

autres verbalement. Sur quoi M. de JNavailles fit réponse 
le 9^ du dit mois... '. 

Le même jour, M. le général fut [visiter les] vaisseaux 
comme les précédents, afin de faire hâter les calefats et char- 
pentiers de tenir les vaisseaux en bon état, et ils se trou- 
vèrent lestés ce jour-là pour mettre à la voile, afin de rem- 
barquer les troupes quand on voudroit. 

ÎNI. le général ayant su qu il y avoit quelques soldais 
qui s'étoient retirés de Candie sous prétexte d'indisposition 
et qui s'étoient réfugies en des bâtiments français, fit prier 
JNI. de La Croix de leur envoyer le prévôt de 1 armée de 
terre pour chercher ces gens là et les reconduire en Candie. 
A quoi M. de La Croix fit réponse le 11" du dit mois... 2. 

12 août. 

Le 12", le capitaine général écrivit à M. de Rospigliosi 
que M. le général lui avoit fait proposer d'envoyer ses 
iraléasses et ses galères avec celles de France sous la Canée 
pour battre le secours des Turcs, qui dévoient passer de 
la Morée à la Canée pour aller au siège de Candie, mais 
qu'il n'avoit pas jugé à propos de le faire sans lui en don- 
ner avis 3. 

M. de Rospigliosi ayant lu cette lettre ne mantpia pas 
de l'envoyer à M. le général, qui fut fort surpris de ce que 
iNL de T>a Croix s'étoit ingéré de faire sous son nom une 
proposilion au capitaine général, de laquelle il ne lui avoit 
jamais parlé, mais bien de demander simplement à M. de 
INavailles s'il ne seroit pas plus avantageux au salut de Can- 
die que les galères allassent à cette expédition que de 

1. Voir la lettre n° LXIII. 

2. Voir la lettre n"» LXIV. 

3. Ce jour-là, « le général Bataglia dînant avec trois gentils- 
hommes, une bombe qui tomba dans la salle où ils mangeoient 
en tua deux, et lui en fut blessé en trois endroits » [Mémoires 
ou relation militaire, p. 309). 



APPENDICES. 259 

demeurer à Standfa; el en cas qu'il en agréât la proposition, 
il Tauroit faite à M. de Rospigliosi. 

M. le général ne manqua pas, aussitôt après avoir lu 
cette lettre, d'aller trouver M. de Rospigliosi et de le prier 
de croire qu'il navoit jamais eu la pensée de faire cette 
proposition à M. le capitaine général, et après lui avoir dit 
les choses comme elles sont ci-dessus décrites, ils se sépa- 
rèrent avec la même civilité qu'à leur ordinaire. 

i.j' août. 

Le 1.3% M. le général écrivit h _M. de .Navailles qu'il 
avoit été en quelque embarras avec .M. de Rospigliosi'sur 
ce que M. de La Croix, n'ayant pas compris que M. le 
général l'avoit prié simplement de lui diie sil seroit d'avis 
qu'il proposât de passer le temps qui resLoit h demeurer 
en ce pays [\ chercher les galères des Turcs, qui dévoient 
leur apporter un nouveau secours, en avoit au heu de cela 
fait la proposition au capitaine général de la part de M. le 
général. 

II lui mandoit ensuite que le capitaine général n'avoit 
pas manqué d'en écrire ii M. de Rospigliosi, qui, en qua- 
lité de généralissime, sétoit scandalisé de ce qu'une pro- 
position de cette nature eût été faite sans sa participation, 
mais que, Dieu merci, les choses s'étoient accommodées. 

Il lui marquoit dans la même lettre l'assemblée qu'il 
avoil faite des capitaines el des pilotes des vaisseaux et des 
galères de chaque corps en particulier, que tous les pilotes 
éloient convenus qu'on ne pouvoit, sans hasarder l'armcc 
de Sa Majesté, partir pour retournci- en Fiance avec moins 
de deux mois de victuailles, et <jue les vaisseaux n'en 
avoienl que jusques à fin d'octobre, (pie sans compter 
les deux mois pour le retour, il faudroit quelcjues jours 
pour le rembarquement des troupes el peut-être quelques 
autres pour attendre un temps propre a la partance, (pi'il 
le piioit de déterminer précisément le jour du dit rembar- 
quement, el de prendre les mesures nécessaires sur le cou- 



260 APPENDICES. 

leiui de sa lettre, qu'il le prioit de lui mander au vrai ce 
qui restoit de troupes d'officiers, de soldats et valets bles- 
sés ou malades, afin d'en faire par avance la distribution 
sur les vaisseaux, qu'il pouvoit juger de la passion quil 
avoit pour le salut de Candie par ce qu'il faisoit sur les 
galères, quiétoient réduites à quarante sept jours de vivres, 
que le capitaine général lui avoit promis mille quintaux de 
biscuit et mille après l'arrivée des vaisseaux qui étoient h 
Zante, mais que cela ne pourroil quasi que remplacer ce 
qui leur en manquoit pour les soixante jours nécessaires 
pour le retour, qu'il le supplioit de considérer qu'il ne fal- 
loit pas prolonger le temps des armements et des vais- 
seaux et des galères, et que les états de Sa Majesté sur 
ce sujet étoient les meilleurs avis à suivre, et qu'enfin il ne 
doutoit point qu'il ne prît là dessus les mesures qu'il fal- 
loil prendre pour la conservation de l'armée. 

Le même jour, M. le général fit réponse à un billet qu'il 
avoit reçu la veille de la part de M. de La Croix... *. M. le 
'Général employa le reste de cette journée à visiter les vais- 
seaux et les galères afin de les faire espalmer et tenir les- 



tées. 



i4 août. 

Le 14", une partie des galères mirent à la bande et com- 
mencèrent à espalmer, et M. le général (ayant reçu de 
M. de La Croix un billet par lequel il le prioit de com- 
mander à la barque du roi, qui avoit apporté les palis- 
sades, de venir au port de Candie pour charger toutes 
les munitions d'artillerie superflues afin de se débarrasser 
de bonne heure de ce qui étoit inutile) donna les ordres 
à la'barque, (ju'il lui demandoit, de se rendre dès le soir 
à la ville pour faire ce qui lui seroit ordonné. 



1. Voir la lettre n" LXVI. 



APPENDICES. 



261 



15 août. 

Le 15^, M. le général recul une lettre de M. Je La Croix 
pour réponse à la sienne du 13* de ce mois ^ . . . 

M. le général envova Taprès dînée le sieur du Coquiel, 
contrôleur général des galèies, avec la lettre du capi- 
taine général trouver le commandant des galéasses, qui lui 
fit délivrer le biscuit que le capitaine général lui ordonnoit 
de lui donner en payant : et, ensuite de ce, >L le général 
écrivit à M. de Navailles qu'il avoit appris par la lettre, que 
M. de La Croix lui avoit écrite de sa part, ce qu'il avoit tou- 
jouis appréhendé pour lui. ne crovant pas qu'il pût résister 
à tant de peine, qu il souhaitoit que son indisposition neùt 
point de suites, afin de lui laisser la liberté d'agir dans le 
rembarquement des troupes auquel il apprenoit par la 
lettre de ^L de LaCroix qu'il étoit résolu pour le 20 ou 22 
de ce mois. 

M. le général écrivit ensuite à M. de Navailles que 
bien qu'il l'eut fait prier par celle de AL de La Croix 
d'assister à un conseil, que demandoit M. le capitaine 
général, si M. de Rospigliosi y alloit, il le prioit de l'en 
excuser, que sa charge étant tout à fait renfermée dans les 
choses de la mer, il ne se devoit pas trouver en un lieu 
où il n'y avoit rien à délibérer touchant la marine, que 
M. de Rospigliosi avoit bien d'autres intérêts que ceux de 
Sa Majesté, qui éloient les siens, et que AL de Rospigliosi 
n'adhérant à ce conseil que pour obliger les Vénitiens 
d'écrire à Sa Sainteté qu'il n avoit rien oublié pour la 
défense de la place, il seroit en ce rencontre esclave de 
leurs sentiments ^. . . 

16 août. 

Le 16®, M. de Navailles écrivit deux lettres à M. le géné- 
ral 3... M. le général fut trouver M. de Rospigliosi, après 

1. Voir la lettre n" LXI\. 

2. Pour la suite de la lettre, cf. n" L\X, note 1. 

3. Voir les n-^'LXX et LXXI. 



2r>2 APPENDICES. 

avoir lu cette dernière lettre pour l'inlormerde l'état où se 
trouvoit AI. de Navailles, et pour l'obliger à se déclarer 
sur le fait de la partance. Maisil* n'en fit rien ; au contraire, 
il lui témoigna qu'il vouloit demeurer à Standia tant qu'il 
pourroit, au moins jusqu'au 15 ou 20 septembre. 

M. le général, le voyant toujours dans les mêmes sen- 
timents, prit congé de lui sans lui faire aucune réponse à ce 
qu'il lui venoit de dire, et s'en alla aux vaisseaux pour 
donner les ordres que tout y fut prêt pour le rembarque- 
ment des troupes aussitôt que M. de Navailles le demande- 
roit. Et, comme l'escadre du vice-amiral étoit depuis 
douze jours à la Fosse, et qu'il demandoit à être relevé, il 
donna les ordres à M. de Thurelle de l'aller relever avec 
cinq autres vaisseaux et ensuite il s'en reloui'na coucher à 
bord de la Capitane. 

il août. 

Le 17, M. de Navailles et M. de La Croix envoyèrent 
chacun une lettre à Standia de Candie à M. le général. 
Celle de M. de Navailles l'assuroit 2... Celle de M. de La 
Croix portoit que M. de Navailles, lui et MM. de l'armée 
de terre avoient besoin de son secours pour diligenter le 
rembarquement des troupes. Par cette même lettre, AL de 
La Croix prioitM. le général de leur envoyer des tartanes 
pour embarquer les bagages le lendemain au soir et de 
faire remettre, lo)squ'on commenceroit le rembarquement, 
quelque officier qui eut commandement sur toutes les cha- 
loupes et barques longues pour éviter un désordre pareil 
à celui qui arriva dans rembar<[uement des blessés, et qu'il 
attendoit tout de son application ordinaire au service et, 
dans son apostille, il luimarquoit qu'il lui envoyoit la dis- 
position du rembarquement de la manière dont \L de 
Navailles l'avoit réiîlé. 



1. M. de Rospigliosi. 

2. Voir la lettre n" LXXH . 



APPENDICES. 263 

M. le général, ayant lu ces lettres, lut aux vaisseaux 
donner les ordres aux tartanes de se rendre le soir au port 
de Candie, et ensemble il fit réponse aux lettres de M. 
de Navailles qu'il y avoit remarqué qu'il ne trouvoit pas 
mauvaise la liberté qu'il avoit prise de lui dire ses petits 
sentiments, qu'ils pouvoient bien n'être pas bons, mais 
qu'ils étoient très sincères '. II lui témoignoit ses regrets 
sur la perte de M. de Dampierre^... 

18 août. 

Le 18^, M. le général ayant été prié par un billet de •M. 
de La Croix de lui envoyer une barque pour le sieur Bois- 
renaux, commissaire de l'artillerie, pour faire rembarquer 
les munitions de l'artillerie et les officiers malades d'icelle, 
il lui accorda, et lut incontinent aux vaisseaux où il fit faire 
un état des barques longues et chaloupes, qu'il vouloit 
donner à chacun des vaisseaux, qui se rendroient à la Fosse 
de jour en jour pour le rembarquement des troupes, 
jusques à ce que tout fût rembarqué. 

MM. les officiers des vaisseaux lurent d'avis, pour faire 
faire le rembarquement des troupes le plus promptement 
et le plus commodément possible, que l'on j)artageroit les 
vaisseaux par escadres, lesquels iroient de jour en jour 
à la Fosse faire leur chargement des troupes, qu'ils dévoient 
porter par le moven des barques longues, chaloupes et 
même à l'aide des caïques des galères, qui se rendroient à 
l'entrée de la nuit au port de Candie, afin de se charger à 
la ville et porter leurs charges aux vaisseaux, qui leui- 
étoient désignés par les ordres que M. le général avoit 
donnés à chacun d'eux, ayant pour les faire exécuter et 
pour faire faire diligence, afin qu'ils fissent chaque nuit 
voyage chacun du port de Candie à la Fosse distant d'en- 
viron deux milles, fait mettre un lieutenant de vaisseau sur 

1. Pour la suite, voir la lettre n° LXX, note 1. 

2. Voir la lettre n" LXXl, noie 1. 



264 APPENDICES. 

chaque chaloupe, qui devoit conckiire avec les barques 
longues et chaloupes les troupes sur chaque vaisseau. 

Et à l'égard des caïques des galères, il donna la charge 
à l'aide major des galères de les accommoder et de leur faire 
faire toute la dihgence possible pour faire chaque nuit le 
plus de voyages qu ils pourroient du port de Candie aux 
vaisseaux. 

Cet état ayant été distribué à chaque capitaine de 
vaisseau avec celui du nombre des troupes ou des régi- 
ments ou compagnies, qu'ils dévoient rembarquer et repor- 
ter en France, et ces ordres ayant été pareillement distri- 
bués aux barques longues, chaloupes et aux officiers, qui 
les dévoient conduire, M. le général s'en retourna à bord 
de la Capitane fort lassé et même si incommodé qu il fut 
obligé de prendre le même jour quelques remèdes et le 
lendemain une médecine. 

19 août. 

Le 19'^, quoique M. le général eut pris médecine, il ne 
laissa d'aller l'après dînée aux vaisseaux, afin de faire exé- 
cuter les ordres qu'il avoit donnés le jour précédent, 
aussitôt que M. de Navailles le désireroit, et comme il sut 
que M. le chevalier Tilladet, qui étoit parti avec les paquets 
pour le Roi, il y avoit trois ou quatre jours avec un vais- 
seau et quelques barques de l'armée, étoit retourné, M. le 
général envoya savoir de lui ce qui l'avoit obligé h revirer 
le bord. M. de Tilladet lui manda qu'étant arrivé àCérigo, 
il avoit appris qu'il y avoit des vaisseaux tripolitains ^ à 
quelques milles de là, et qu'il n'avoit pas voulu se hasar- 
der avec un vaisseau, d'autant plus qu'il avoit eu des 
ordres de ce faire. 

M. le général, ayant su cette réponse, fut trouver le capi- 
taine de ce navire et lui dit qu'il falloit qu'il ne sût pas 
son métier, puisqu'il étoit retourné de Cérigo à Standia ; 

1. Tripolains, dans le leste. 



APPENDICES. 265 

d'autant qu'étant à Cérigo, il n'y avoit plus aucun risque 
d'être attaijiié des Turcs allant en avant droit en France, 
mais que tout le danger éloit de passer de Cérigo à Stan- 
dia. Ce capitaine de ce navire s'excusa et dit à M. le géné- 
ral qu'il n'avoit pas été le maître, mais M. de Tilladet. 
Cette conduite donna quelque peine à M. le général et 
l'obligea à retirer ses paquets d'entre les mains du dit sieur 
de Tilladet pour les envoyer par quelques barques, qu'il 
feroit partir exjnès, mais MM. de \availles et de La Croix 
écrivirent le lendemain matin 20" à M. le général. M. de 
Navailles lui marquoit qu'il avoit jugé à propos, aussi bien 
que M. de La Croix, d'informer le Roi du dessein de lem- 
barquer les troupes K.. 

M. le général fut incontinent aux vaisseaux, après avoir 
lu ces deux lettres et après avoir remis ses paquets pour 
le Roi et pour M. Colbert entre les mains d'un enseigne 
de la Thérèse, qui s'en retournoit en France par le vais- 
seau que M. de Navailles demandoil, et que M. le général 
congédia à cet effet, et donna les ordres au major des vais- 
seaux de faire partir le soir toutes les chaloupes, barques 
longues et barques des marchands, et de se rendre au port 
de Candie afin de rembarquer les troupes suivant les ordres 
par écrit qu il leur avoit donnés aiq)aravant, et de lepoiler 
les dites troupes aux vaisseaux du roi, tjui étoient à la Fosse 
de Candie, et à moitié chemin entre Candie et Standia. Et 
après avoir chargé les \aisseaux, si (aire se pouvoit cette 
nuit là, retourner s'en recharger à la ville pour revenir 
d'icelle avec les vaisseaux de la Fosse à wSlandia, avant le 
point du jour, pour les décharger sur l'Amiral, le Vice- 
Amiral et quelques autres vaisseaux, que M. le général ne 
trouva pas à propos d'envoyer ii la Fosse. 

Il ordonna aussi à la seconde escadre, qui devoit aller à 
la Fosse avec ses barques longues et lélou(jues, de partir le 
lendemain de grand matin pour allei- ii la Fosse reprendre 

1. Voir la lettre n°LXXin. 



266 APPENDICES. 

le poste de la première escadre, afin que, toutes ces choses 
se faisant dans l'obscurité de la nuit, les Turcs ne pussent 
pas s'apercevoir du rembarquement des troupes françaises. 
On jugea plus à propos d'en user ainsi que d'envoyer tout 
d'un coup tons les vaisseaux et toutes les barques à la 
Fosse, pour ne pas donner lieu aux Turcs de soupçonner le 
rembarquement des troupes et de faire incessamment tirer 
la nuit dans le port, où ils auroient tué ou blessé les prin- 
cipaux officiers et une grande quantité des troupes, outre 
que, si on avoit envoyé toutes les felouques et barques 
longues à la fois, elles n'auroieni pas pu rester dans le port, 
et quand on n'en auroit envoyé qu'une partie, le rembar- 
quement n'auroit pas été plus tôt fait, et l'on auroit couru 
tout le risque de ce que je viens de dire, au lieu que de la 
manière que le rembarquement avoit été résolu et qu'il a 
été exécuté, il n'y est arrivé aucun accident. 

Car pendant trois nuits que l'on a travaillé à rembarquer 
les troupes, il n'y a eu que cinq hommes de peu de consi- 
dération tués, encore fut-ce par la faute des patrons de 
bai'ques et d'autres bâtiments, qui étoient en trop grand 
nombre ce soir là dans le port de Candie, qui s'entreque- 
relloient les uns les autres pour se faire faire passage, et 
leurs cris ayant éveillé les Turcs, ils tirèrent quelques coups 
de canon sur eux, jusques à ce que les officiers français, 
qui étoient sur ces bâtiments, y eussent fait faire silence. 

21-22 août. 

La première nuit du 21 au 22, M. de Navailles et M. de 
La Croix se rembarquèrent avec une partie des gardes des 
mousquetaires du régiment de Château-Thierry et autres 
troupes; et comme M. de Navailles monta sur le Bourbon 
de la Possède Candie jusques à Siandia, le 22 après dînée, 
M. le général lui fut rendre visite, et sur le soir ils furent 
ensemble à la mer dans la felouque de M. le général, qui 
le mit ensuite sur le Lys commandé par M. le marquis de 
Grancey, sur lequel il vouloit passer en France. 



APPENDICES. 267 

25-27 août. 

Le 23 au 24, les troupes étant rembarquées à la réserve 
Je cinquante hommes de gardes, quelques mousquetaires, 
les régiments de La Fère, de Bandeville, M. de Choiseul et 
quelques auires troupes qu'on laissa pour l'arrière garde, 
le 25 ^ au 26 on fit rembarquer les bagages de l'armée. Le 
27, tout étant rembarqué, à la réserve des susdites troupes, 
les Turcs attaquèrent la ville-... 

Partance pour le retour de Standia en France. 

31 août. 

Le samedi, dernier août 1669, à 8 heures du soir, M. de 
Rospigliosi, généralissime de l'armée des Chrétiens en 
Candie, fit serper de Standia, et incontinent toutes les 
autres galères en trois eseadiyes, savoir celle de Sa Sainteté, 
celle de France et celle de Malte, passèrent à la laveur 
de l'obscurité de la nuit devant la ville de Candie sans ètje 
vues du camp des Turcs, étant une précaution assez néces- 
saire pour empêcher que ces Infidèles ne s'en puissent 
prévaloir envers ceux qui restoienl dans Candie, après 
avoir vu défiler le matin la plupart des vaisseaux. 

1-G septembre. 

Et de Standia les galères prirent leur route droit aux 
îles de l'Archipel et, comme il étoit calme, elles firent force 
de rames jusques à minuit, et, étant environ à 25 milles de 
Standia et à 45 milles de Santorin •^, le vent sétanl l'ait Irais 
au ponant, les galères ayant le veut en proue et le temps 
étant lort gâté, elles souffrirent beaucoup et firent grande 

1. Le 25, pour honorer la Saint-Louis, toutes les galères de 
l'armée « mirent leurs pavezades et banderolles et tirèrent plu- 
sieurs coups de canon » [Ibidem, p. 312). 

2. Pour la suite, voir la lettre n° LXWIII, p. 140. Sur l'at- 
taque des Turcs, voir Mémoires oit rehition militaire, p. 311. 

3. Sant Erini, dans le texte. 



268 APPENDICES. 

force de voile pour arriver à l'île de Sanlorin environ à 
3 heures après midi, distante de Standia de cent dix milles. 

Comme le gros mât de la Capitane avait déjà été fort 
ébranlé le jour de la canonnade, la force de voile que l'on 
fit l'ébranla encore davantage, et l'on fut obligé étant à 
wSantorin de l'étançonner. 

Il n'y a point de port en cette île, mais bien une rade au 
midi d'icelle, où on est à couvert des vents de grec et tra- 
montane, ponant et maître, et où il v a fond de 45, 6 et 
lant de brasses d'eau que l'on veut. 

Cette île est assez fertile en bons raisins, en orge, con- 
combres qui, étant grosses, se forment en fort bons melons, 
en cailles et tourterelles aux mois de septembre et d'oc- 
tobre, et en poisson depuis le mois de décembre jusqu'en 
avril. Elle contient environ cinq lieues de tour. Ses habi- 
tants sont Grecs, qui ont deux évêques, un latin, et un à 
la croyance grecque. Il y a une mission de Pères Jésuites 
et un couvent de religieuses de l'ordre de Saint-Domi- 
nique. Les habitants... ne trafiquent que de toiles de 
coton et, comme ils ne sont pas riches, tout le monde tra- 
vaille. 

Il y avoit autrefois un Duc qui les commandoil. En ce 
temps là il y avoit de très belles villes, qui avoienl même 
des galères, et les habitants vivoient comme des saints 
du temps de sainte Irène, qui est leur patronne. Alais 
l'hérésie des Grecs ayant infecté le pays, il y est venu 
du depuis quantité de tremblements de terre et des feux 
souterrains, qui jetèrent tant de pierre ponce et de 
terre brûlée dans cette île que la plupart est inculte. 
Néanmoins il y a des vignes en plusieurs endroits, qui 
portent de très bons raisins, desquels les François feroient 
de meilleur vin qu'eux. L'origine de cette île, suivant le 
sentiment des auteurs anciens et modernes, vient des terres 
qui ont été poussées par des feux souterrains jiisques à la 
hauteur où elle est. D'où vient qu'elle étoit autrefois nom- 
mée l'île du Diable comme étant, disoient-ils, sortie des En- 



APPENDICES, 



260 



iers. Et pour prouver celle origine, il y a encore des 
vieillards qui assurenl avoir vu de leurs yeux des terres 
s'élever du bas fonds de la mer et s'adjoindre à la dite île, 
lesquelles l'ont augmentée beaucoup. 

Au commencement de mars de l'an 1650, il y eut des 
tremblements de terre en cette île, et des secousses si 
grandes que quelques maisons s entrouvrirent, et des pierres 
d'une prodigieuse grosseur se détachèrent et roulèrent avec 
impétuosité à la mer. Ces tremblements furent suivis d une 
grande sécheresse, et les vents sembloient être renfermés 
en telle sorte que n y ayant que des moulins à vent en 
cette île ^ les habitants pensèrent mourir de faim, mais le 
14^ septembre ensuivant ces tremblements de terre augmen- 
tèrent si horriblement, qu'ils ébranlèrent tout l'archipel par 
des meuglements souterrains si effroyables que les plus har- 
dis en demeuroient confus. Cela continua jusques au 27, 
que les maisons parurent comme des berceaux ou comme 
des roseaux agités de vent. Il sortit ensuite du fond de la 
mer à trois diverses reprises des flammes à la hauteur de dix 
ou douze coudées. Et ces flammes étoient comme envelop- 
pées d'épaisses nuées , qui sortoient de ce goufTre et s'élevoien l 
par la force de la chaleur en haut, et puis, battues de leurs 
contraires, retomboient en bas avec une puanteur si grande 
qu on croyoit qu elle étoit sortie des Enfers. Ces feux, ces 
Hammes et ces tremblements ausmentèrent d'heure à 
autre jusques au 29® septembre, qui fut peut-être le plus 
terrible, qui se lisent dans les histoires, d'autant que la mer 
meugloit : la terre trembloit et 1 air paroissoit tout en feu. 
On voyoit des serpents, des lances, des épées et des torches 
ardentes en l'air, voltigeantes, et ce combat et ces trem- 
blements furent si grands qu'à cent lieues loin ils se firent 
entendre. La mer, qui bouilloit comme un pot pendant 



1. Sur léruplion do lOôO a Santorin, cf. F. Fouqué, San- 
lorin et ses éruptions ;Paris, 1870, in-folio, p. 12 et suiv. . 



270 APPENDICES. 

trois mois, déborda en plusieurs îles assez éloignées, et 
couvrit 'a surface de l'eau de pierres ponces pour le moins 
trois ou quatre cents lieues loin. Ces vapeurs ensouffrées 
crevèrent les yeux et firent mourir quantité de personnes. 
Rt pour conclusion, tout étant dissipé, on envoya sonder 
à l'endroit d'où l'on avoit vu sortir ces flammes, et l'on y 
trouva une grande élévation de terre, comme une autre île 
joignant celle de Santorin, dont le fond n'étoit alors que 
(juatre à cinq brasses d'eau, et aujourd'hui cette terre ou 
cette île naissante commence à paroître de telle sorte qu'elle 
donna lieu de croire ce que disent les anciens de celte île, 
qu'elle est sortie de cette manière à plusieurs fois des bas 
fonds de la mer. 

6-10 septembre. 

Les galères ont été contraintes de demeurer en cette 
rade depuis le 1"'" septembre jusques au 6°, qui étoit le ven- 
dredi au soir, qu'elles firent une partance de la rade de cette 
île, pour joindre celle de Nion, mais parce que cette par- 
lance se fit à six heures du soir et que le vent étoit à la 
tramontane en proue des dites galères, elles furent obligées 
environ à 11 heures du soir à relâcher pour retourner h 
la dite rade de Santorin, d'où elles étoient parties ; et ce 
qui les obligea à ce faire en partie fut parce que trois 
des galères de France passèrent sur un banc de sable, 
étant à huit milles de la dite rade, cl à six milles de terre. 
Lequel banc n'avoit pas été connu d'aucune personne 
jusques alors, les pilotes ayant assuré, aussi bien que les 
Grecs de la dite rade, qu'il n'y avoil que très peu de jours 
que des navires de soixante tonneaux avoient passé par cet 
endroit sans s'en èlre aperçu; et parce que le venl avoit 
extrêmement tourmenté les dites galères en celte petite 
route, la Capitane de France, qui avoit été extrêmement 
blessée le jour de la canonnade, trouva à dire de son mat de 
trinquet, qui, en cassant, fil un grand etrorlet ébranla beau- 
coup la dite galère. 



APPENDICES. 



271 



M. le général, étant arrivé à la dite rade, envoya à prier 
M. de Rospigliosi, quand il sut qu'il n'y avoit pas de màt 
de trinquet dans les galères de France, de l'en vouloir 
accommoder d'un, ce qu'il fit faire incontinent, et même 
MM. de Malte en envoyèrent ofïrir, de sorte qu'aussitôt 
que le jour parut, on travailla à ôter qui étoit rompu et à 
en remettre un autre. Et M. le général fut deux ou trois 
lois visiter les galères, qui avoient passé sur ce banc de 
sable, pour voir s'il n'y avoit rien à refaire, et après avoir 
fait faire la dernière diligence pour remettre les galères en 
étal de partir, il fit achever toutes choses, en sorte que 
M. de Rospigliosi ayant fait tirer le coup de partance, et 
les galères étant prêtes à partir, à midi il s éleva un vent 
au maître et tramontane si frais (ju'on fut obligé de rester 
en cette rade jusqu'au 10" de septembre, quoique avec 
beaucoup de chagrin, tant à cause que la saison s'avançoit, 
que parce que l'on manquoildes choses nécessaires, y ayant 
beaucoup de malades sur les galères. 

10 septembre. 

Le 10" du dit mois, à 11 heures du soir, le vent s'élant 
un peu nioli, les galères serpèrent et à force de rames elles 
avancèrent jusques à vingt milles ou environ par tramon- 
tane, et ayant ensuite fait voile, on avança par maitre droit 
à Milo où l'on arriva environ à cinq heures de l après- 
midi. 

a septembre. 

On mouilla du côté du midi de la dite ile, à un endroit 
distant de Milo par terre de cintj milles cL de Sanlorin de 
soixante milles. Il y a fond de six brasses d'eau, mais il 
n'y a pas de bonne eau, et on ne peut y faire du bois. On 
fut obligé de remorquer quehjues galères de France, à 
cause de la grande quantité de malades qu'il y a sur trois 
ou quatre, et par ce (|ue l'anlemie de mailre de la Siiint- 
Loifis se cassa et celle de la Renommée. 



'272 APPENDICES. 

La dite île de Milo est la première ile de l'Archipel, qui 
a de tour environ quatre vingts milles. Elle est habitée par 
des Grecs et il y a un couvent de Capucins. Ils trafiquent 
avec les Corsaires du Levant et paient tribut au grand 
Seigneur et aux Vénitiens. Ils sont gouvernés par des con- 
suls, qu'ils appellent primats, et s'élisent tous les ans du 
même lieu. 

12 septembre. 

Le 12^ du dit mois, à une heure après minuit, on leva 
lancre et toutes les galères se mirent dans la route de 
Cérigo. On fit bien d'abord quinze milles à force de rames, 
et ensuite on mit à la voile, et le vent de grec et tramon- 
tane se trouva propre pour faire faire aux galères, (juoi- 
qu'avec une grosse mer, huit à dix milles par heure, en 
sorte que l'on fut mouiller à la rade de l'île de Cérigo, 
appelée Saint-Nicolas, à une heure après midi, où l'on 
trouva une partie des Corsaires de Levant et quelques 
barques françoises, qui assurèrent que les vaisseaux avoient 
passé depuis cinq jours en ce lieu. Dont M. le général eut 
bien de la joie. Il y a d'où l'on partit de Milo à cette rade 
cent milles. A cette rade, il y a fond de six à sept brasses 
d'eau et bon mouillage à couvert des vents de grec, tra- 
montane, mistral et ponant. 

En cette île, on peut faire du bois et de l'eau dans les 
puits qu'on fait dans le sable au bord de la mer, mais on 
n'y peut pas faire de la viande. Elle est habitée par des 
Grecs et gouvernée par les Vénitiens. 

Cette île est très proche de la Morée, et c'est le passage 
de la Morée à la Canée. On apprit là que les galères turques 
y étoient passées pour aller à la Canée le jour d'aupara- 
vant, et comme elles avoient eu le vent propice, on jugea 
qu'elles étoient arrivées à la Canée, et qu'il étoit inutile 
d'aller après. Mais comme la saison étoit avancée et que 
dans les galères il y a beaucoup de malades, on jugea plus 
à propos de continuer la roule. 



APPENDICES. 273 

13 septembre. 

Le 13® du dit mois, à deux heures du matin, les galères 
serpèrent du dit port et avancèrent environ dix milles à 
force de rames et, le vent étant bon, on mit à la voile 
dans la route de Porto Kalion ^, aux Magnottes, où l'on 
arriva à deux heures après midi. Ce port est propre à tenir 
quarante galères commodément, où il y a tond de vingt 
brasses d'eau et où les galères sont à couvert de tout vent. 

Il y a une très bonne fontaine dans le milieu de la mon- 
tagne, à côté dextre en entrant du côté nord. On ne peut y 
faire du bois mais bien de la viande de toute sorte, (jue les 
Grecs Magnoltes, qui ont leurs villages au-dessus des mon- 
tagnes, apportent en très grande quantité et à très bon 
marché. Il y a de la rade de Saint-Nicolas de Cérigo jus- 
qu'au dit port cinquante mille. 

Le même jour l.^*^, à dix heures du soir, M. de Rospi- 
gliosi envoya prier M. le général de trouver bon que toutes 
les galères se missent dans la route de la Sapienza, et fit 
serper incontinent. On avança à force de rames dans cette 
route jusqu'à la Sapienza, qui est distante de Porto 
Kalion de soixante cincj milles, où on arriva à 4 heures 
après midi, et comme le calme conlinuoit, M. le bailli de 
Rospigliosi envoya prier M. le général de trouver bon que 
les galères s'avançassent jusques h cinq milles au-dessus 
du cap de la Sapienza pour voir si on pourroit prendre 
le vent pour gagner Prodono, qui est distant du cap de la 
Sapienza de trente milles. 

Les galères, s'étant avancées jusques à cet endroit, trou- 
vèrent très peu de vent, etils furent obligés de faire reprendre 
la rame à la chiourme, qui vogua ii quartier toute la nuit 
parce que les vents s'élant mis à la terre, M. de Rospigliosi 
passa outre de Prodoiu). L'on mit ensuite à la voile et le 
vent s'étant rafraîchi au grec et levant, on continua la route 
droit à Zante. Entre Porto Kalion el Prodono on passe 

1. Près de l'extrémité de la Morée. 

18 



274 APPENDICES. 

par devant la Morée, où l'on voit les villes de Coron, 
iVIodon, Navarin le Neuf et Navarin le Vieux, qui appar- 
tiennent au Grand Seigneur. 

15-19 septembre. 

Le 15^, les galères arrivèrent à Zante sur les 5 heures 
du soir et mouillèrent à la rade de ce bourg, assez à pro- 
pos puisqu'une heure après l'air s'obscurcit de nuages. Le 
vent de grec et tramontane souffla avec impétuosité et 
l'orage fut si grand qu'on fut oblige de mouiller tous les 
ancres et fers de la galère. Les mêmes vents continuèrent 
le 15 et le 16, en sorte qu'on ne put pas serperjusquesau 
19®, environ à 2 heures du matin, qu'il y avoit calme, et 
les galères prirent la route de Céphalonie, et à force de 
rames elles arrivèrent à trois heures de l'après-midi à cin- 
quante milles de Zante, et elles mouillèrent en la dite île 
pour faire du bois et y demeurer jusques au 20®, qu'elles 
en partirent à deux heures du matin, et se mirent en canal 
droit à Corfou. 

Dans la rade de Zante, il y a bon mouillage de huit à 
dix brasses d'eau, et il y peut tenir une puissance navale. 
Il y a du port de Saint-Nicolas de Cérigo à cette rade de 
Zante deux cent dix milles. 

Zante est un gros bourg situé le long de la mer, habité 
par des Grecs et commandé par des Vénitiens. Les habitants 
trafiquent tous en Levant et les paysans de la campagne 
nourrissent force vaches, moutons, poules, poulets d'Inde 
et pigeons, pour les vendre aux galères, vaisseaux ou barques, 
qui mouillent en cette rade, où l'on trouve toujours des 
rafraîchissements et de bonne eau. Il y a au-dessus de ce 
bourg une forteresse sur une montagne extrêmement éle- 
vée, laquelle est assez régulière et d'un assez difficile accès. 
Comme elle est fort vaste, il y a dans icelle plus de cent 
cinquante maisons habitées de même que celles du bourg 
d'en bas, et il y peut tenir dans icelle plus de trois milles 
hommes, de sorte que, pour l'assiéger, il faudroit une très 



APPENDICES. 2/0 

puissante armée ; et à moins que d'être maître de la mer, 
cette place tiendroit du temps avant que de se rendre ou 
de pouvoir être forcée. Il y a des Grecs du rite latin dans 
cette île, et d'autres du rite grec, un évêque romain et un 
établi de la part du patriarche de Constantinople. Cette 
place est vis-à-vis de la .Morée et environ à quinze milles 
d'icelle, qui est terre ferme. 

A cet endroit de Cé})halonie, on fit du bois. Il y a bon 
mouillage de fond de quinze brasses, où Ion est à couvert 
des vents de ponant, mistral et labèche. Il y a du bois de 
Cornabec en cet endroit, qui est très beau, fort dur, fort 
pesant et très propre à faire des cabinets et autres ouvrages 
de menuiserie, qui seroient très rares et d'un grand prix, 
puisqu'il n'v a point de bois qui ait de plus belles ondes et 
qui soit mieux marqué que celui-là. 

20 sept emb 7-e. 

Le 20", à deux heures après minuit, les galères serpèrent 
de Céphalonie pour se mettre en canal droit à Corfou, dis- 
tant de ce mouillage de cent cinq milles, et à force de 
rames on avança jusqu'à trente milles ; et le vent de ponant 
et maître s'étant tant soit peu fait frais, on mil les voiles de 
la maître et du trinquet, et on fit voguer à quartier jusques 
à l'île d'Antipaxos, où on arriva à huit heures du soir et 
où on mouilla le fer. Il y a en cet endroit vingt brasses 
d'eau et on y est à couvert des vents de ponant et maître, 
de labèche et de mi-jour. On ne peut en cet endroit faire 
ni eau, ni bois, ni viande. Il y a de là au dernier mouil- 
lage soixante-dix milles. 

21 septembre. 

Le 21° du dit mois, les galères seipèrenl d'Aruipaxos à 
quatre heures après minuit pour aller droit à Corlou dis- 
tant de cet endroit de trente six milles, et y arrivèrent à 
deux heures après midi en voguant tantôt à force de rames 
et tantôt à quartier. Elles mouillèrent sous la vieille forte- 
resse, où il y a six brasses d'eau. 



276 A.t>PENDICÈS. 

La ville et les châteaux de Corfou saluèrent d'un salut royal 
de cinquante trois pièces de canon et de trois décharges 
de mousquetterie. Ensuite de ce, la dite ville et les châ- 
teaux recommencèrent un pareil salut pour les galères de 
France, qui y répondirent de leur canon, puis les galères 
de Malte saluèrent la dite ville et ses châteaux, et cette 
dite ville et ses châteaux resaluèrent les dites galères de 
Malte d'un pareil salut que les deux premiers. 

Les vents étant contraires pour se mettre en canal de 
Messine, M. le général donna les ordres dès le soir, afin de 
ne pas perdre de temps, d'espalmer trois tables des galères 
le lendemain pour tout le jour, et de tenir les galères 
lestes pour partir le jour ensuivant si le temps le pou- 
voit permettre. 

22-23 septembre. 

Le 22® du dit mois, toutes les galères de France espal- 
mèrent. Le gouverneur de Corlou vint rendre visite à M. le 
général et M. de Rospigliosi ayant envoyé convier mon dit 
sieur le général à dîner, il y fut et firent assembler les 
pilotes des galères devant eux pour voir ce qu'il y avoit à 
faire pour la partance de ce port, afin d'aller à Messine. Il 
y fut résolu qu'on partiroit le lendemain si le vent étoit 
bon et qu'on s'arrêteroit à la Madone de Gazopoli, pour 
faire du bois et pour voir si le temps se feroit bon, pour 
faire un canal de 310 milles, qu'il y a du dit Gazopoli à 
Messine. Mais le temps s'étant gâté sur le soir, on demeura 
encore le 23 tout entier au port de Corfou, pendant lequel 
temps les galères firent de l'eau et de la viande. M. le 
général fut rendre visite au gouverneur de cette place et 
avant été averti que l'archevêque du lieu devoil aller sur 
la Capitane pour le voir, il s'y rendit et, peu de temps après, 
le dit archevêque y arriva où il fut très bien reçu. 

Cette place est très régulière et bien fortifiée, particuliè- 
rement du côté de la mer. Il y a un grand château au 
milieu duquel il y a deux forts, bâtis sur des rochers fort 



APPENDICES. 'Il I 

escarpés. Devant ce château, il y a une grande place 
d'armes, et la ville ensuite, qui est grande comme Saint- 
Denis en France, au bout de laquelle il y a encore un fort 
château. 

Les habitants de ce lieu, comme de toute l'île, sont Grecs, 
partie du rite latin, partie de celui de grec, et sont gouver- 
nés par les Vénitiens. Cette île produit de 1 huile d'olive 
en quantité, de très bons fruits, du vin et du grain et 
quantité de volaille. 

24 septembre . 

Le 24*^ du dit mois, les galères serpèrent du dit port de 
Cortou il cinq heures du matin et la ville et les châteaux 
firent le même salut qu'ils avoient fait lorsque les galères 
arrivèrent en ce port, à la réserve qu'ils saluèrent en par- 
tant celles de Malte les premières, et tant à rames qu'à la 
voile, elles avancèrent jusques à la Madone de Gazopoli, où 
elles mouillèrent à dix heures du matin pour faire du bois^ 
en attendant la disposition du vent. En ce lieu, il y a une 
baie où il peut tenir quatre ou cinq galères et les autres 
allèrent mouiller à la rade de la côte, où il y a fond 
de quinze brasses d'eau. On peut en ce lieu faire de l'eau 
aussi bien que du bois. Il y a une petite maison où habitent 
des prêtres grecs, qui y ^^vent très religieusement. Il v a 
de là à Corfou 20 milles. 

Le même jour 24, à midi, le vent s'étant fait frais au 
grec et levant, M. de Rospigliosi fit tirer le coup de par- 
tance etserper au même instant. Toutes les galères s'étant 
mises au large avancèrent à force de rames jusqu'à dix 
milles de la Madone de Gazopoli, à dessein de gagner jus- 
qu'à l'île de Maslera, qui est distante du dit Gazopoli de 
vingt-cinq milles, mais les vents de proue s'étant faits 
frais, et ayant connu qu'on ne pourroit pas gagner la dite 
île avant la nuit, M. de Rospigliosi fit tirer un coup de 
canon et toutes les galères retournèrent au dit Gazopoli, et 
y arrivèrent à cinq heures du soir. 



278 APPENDICES. 

25-26 septembre. 

Le 25, quoique les vents fussent au grec et levant depuis 
minuit et assez frais, M. de Rospigliosi ne voulut pas faire 
serper parce qu'il étoit le premier jour de la lune, et qu'il 
y paroissoit quelques nuages en l'air, étant d'avis de 
demeurer en ce lieu jusques à ce que la lune eut fait le 
temps propre pour passer le long de la côte de Cala]:>re, 
où il n'y a pas de port jusques à Messine. 

Les galères de Malte prirent de là occasion d'aller faire 
du bois, et celles de France et du pape demeurèrent au dit 
Gazopoli. 

La nuit du 25 au 26, le vent se rafraîchit à labèche d'une 
telle sorte que l'on fut non seulement obligé de demeurer 
au dit Gazopoli, mais même de faire mettre plusieurs cables 
attachés à la terre et aux galères. Et ce vent continua tout 
le 26 avec des pluies continuelles et une grosse mer, qui 
ne permettoit pas seulement de mettre le caïque à la 
mer. 

27-29 septembre. 

Les 27 et 28, les mêmes vents continuèrent, non pas 
avec la nlême force, mais étant toujours contraires à la 
partance. Mais le dimanche 29*^, jour de Saint-Michel, au 
matin, le vent étant à la maître et tramontane, et l'air fort 
serein, particulièrement le long de la côte d'Albanie, M. de 
Rospigliosi fît tirer le coup de partance, dire la messe, 
donna le loisir aux galères de la faire dire, et fit serper sur 
les huit heures du matin. Toutes les galères en ayant fait 
de même, elles se mirent en la route de Messine, côtoyant 
l'Albanie, et de là à l'île de Maslera ; et l'on passa entre la 
dite île et celle de Fano, qui sont à trente milles de Gazo- 
poli. Ensuite, on passa le golfe de Venise avec un vent de 
tramontane qui rompoit un autre vent et une grosse mer 
en proue venant du dit golfe, et quoiqu'il y eut grosse mer, 
on arriva au cap de Sainte-Marie à dix heures du soir, oîi 
les galères saluèrent en passant la Madone du dit cap de 



APPENDICES. 279 

Sainte-Marie. De l'île de Fano à ce cap, il y a cinquante- 
cinq milles. 

Le dit cap Sainte-Marie fait la pointe de la Fouille, et 
l'embouchure du côté gauche du dit golfe de Venise, et 
de là les galères continuèrent leur route toute la nuit du 
29 au 30 septembre, et traversant le golfe de Tarente, 
tirant droit au cap Colonne. Du dit cap Sainte-Marie au 
dit cap Colonne il y a quatre vingt dix milles. 

30 septembre. 

Comme on arriva vis-à-vis du dit cap Colonne, le dit 
jour 30®, environ cinq heures du soir, M. de Rospigliosi 
envoya demander à M. le général s'il vouloit passer outre 
et suivre la route de Messine. A quoi M. le général ayant 
répondu qu'étant avec lui pour lui obéir, il feroit ce qu'il 
lui plairoit.M. de Rospigliosi fit mettre toutes les voiles à sa 
galère et incontinent toutes les autres galères firent la même 
manœuvre ; et on navigua toute la nuit, allant du 30" sep- 
tembre au premier octobre avec tout le bonheur qui se 
peut imaginer, car les croupades ayant été fort fréquentes 
et la mer fort grosse, si on n'avoit eu le vent en poupe, on 
auroit eu peine à se tirer d'affaire. Quelques galères en 
furent quittes pour mettre le tréou ' et tirer de longue. 

i*"" octobre. 

Néanmoins, par une protection toute divine, elles arri- 
vèrent devant Messine le lendemain l*"" octobre, à 9 heures 
du matin sans aucune infortune pour donner le loisir à M. 
de Rospigliosi d'obtenir l'entrée de Messine. Les galères 
mouillèrent à la rade de Bandniclli en Calabre, près de la 
ville de Reggio. Cette ville, qui esl au roi d'Kspagno. salua 
de trois saluls royaux premièrement Tétendard de la 
Chrétienté, secondement celui de l'Eglise et eu troisième 

1. Voile de fortune de galère, carrée et non triangulaire, 
relativement petite. On l'employait pour fuir devant la tem- 
pête avec moins de risques qu'avec les grandes voiles. 



280 APPENDICES. 

lieu celui de Malte. A quoi M. de Rospigliosi fit répondre 
par sa galère de huit coups de canon en deux lois. M. le 
général en fit de même et le général des galères de Malte 
ensuite. 

M. de Rospigliosi ayant obtenu la patente de l'entrée à 
Messine, sur les deux heures après midi, il fit serper et 
alla mouiller vis-à-vis des Minimes, au-dessus de Messine, 
avec ses galères et une partie de celles de France. 

2-1 octobre. 

Et le lendemain, 2® du dit mois d'octobre, M. le général 
avec le surplus de ses galères et celles de Malte alla aussi 
mouiller auprès de l'étendard de la Chrétienté au dit port 
de Messine. 

M. de Rospigliosi et M. le général convinrent d'en user 
de cette manière, h cause que la ville et le château de Mes- 
sine ne voulurent pas s'accorder avec eux pour les saluts. 
Ils vouloient saluer simplement toutes les galères ensemble 
et les obliger à resaluer toutes sans saluer aucun étendard 
en particulier, et particulièrement celui de l'Eglise que 
porte la Capitane de France ^, qu'ils avoient auparavant 
salué en allant eu Candie comme ils avoient fait M. de Ros- 
pigliosi avec l'étendard de la Chrétienté. De sorte que M. 
de Rospigliosi refusa leur salut, et comme les vents étoient 
ponant et maître, et contraires pour se mettre en un canal 
de trois cents milles qu'il y a de Messine à Nisida, et que 
d'ailleurs les ijalères de France avoient besoin de vivres, 
on demeura d'accord dans le Conseil de leur faire faire du 
pain frais pour les malades et de prendre du biscuit pour 
quinze ou vingt jours avec du fromage, du vin, de la 
[illisible] et des viandes fraîches ; et d'autant qu'on man- 
quoit d'argent pour faire ces achats, M. le général prit du 
Provéditeur de Malte sept mille écus sur son billet, et qu'il 
mit entre les mains de M. le chevalier de Janson, qui avoil 

1. Voir à ce sujet la lettre de Vivonne, n° LXXXIX. 



A.PPE>'DICES, 



281 



été chargé par feu M. de Coquiel de ce qui lui restoit 
d'argent pour les galères, afin d'en faire la distribution par 
ses ordres, et furent ensemble avec l'écrivain de la Capi- 
tane faire marché du pain, du vin, du fromage, des mou- 
tons et des bœufs qu'ils donnèrent au dit écrivam, pour 
délivrer aux autres écrivains des dites galères, suivant 
l'état de distribution qui en fut fait, et le 3% 4% 5% 6" et 7" 
occupé à faire ces achats et à faire charger ces havres sur 
les galères, pendant que la chiourme convalescente repre- 
noit" un peu de force par le moyen du repos des bonnes 
eaux, et de la viande fraîche, et qu'on s'appliquoit à mieux 
traiter les malades avec de bons médicaments qu'on acheta 
aussi à cette fin. 

8 octobre. 

Le 8« du dit mois, on se disposa à la partance pour le 
soir, mais comme il étolt le lendemain la quinte de la lune, 
les pilotes furent d'avis de voir l'effet qu'elle feroit dans 
une rade assurée comme celle de cette ville. 

9 octobre. 

Le 9% à midi, M. de Rospigliosi fit tirer le coup de par- 
tance et serper à trois heures après midi en calme. Après 
avoir passé i. dix milles au delà du phare de Messine, on 
délibéra si on retourneroit passer la nuit à l'embouchure 
du phare, parce que le temps étolt lort brouillé, quoiqu'il 
y eut du calme, mais il fut arrêté quon passèrent outre 
et qu'on sulvrolt la route de Naples passant à droite à 
Llpari, où étant, on pourroit mouiller en cas de temps con- 
traire ou passer outre, et y relâcher en cas qu'on y tut 
obligé. Et afin de ne pas fatiguer la chiourme, qu'on la 
feroit voguer à quartier. 

iO octobre. 

Ce qui se fit toute la nuit du 9« au 10«, qu'on se trouva 
h sept heures du matin k l'île de Stromboli, k cAté de 
Lipari, distante de cinquante milles de Messine, et comme 



282 APPENDICES. 

le calme continua, on continua aussi à l'aire voguer à quar- 
tier tout ce jour 10" et la nuit du 11 jusques au 12 à cinq 
heures du soir qu'on arriva à Nisida, où l'on donna fond, 
savoir la Réale de la Chrétienté etcellede la Sainte Eglise, 
et la Patronne de la chrétienté et celle de la Sainte Éfflise 
entre le lazaret et l'île de jNisida, où il peut tenir quatre 
galèi'es et où il y a fond de sept brasses d'eau, à couvert 
de tous vents, et non pas davantage particulièrement auprès 
de l'île de Nisida, parce qu'il y a des seiches. Et les autres 
galères allèrent mouiller à Baia, qui est distant de cette île 
de cinq ou six milles, où il y a ]>on mouillage pour quinze 
galères. 

13-1^ octobre. 

Le 13 et le 14, on resta en ce lieu, attendant le temps 
propre pour la partance de Cività Vecchia, et pour donner 
lieu à M. de Rospigliosi de faire quelques affaires h Naples, 
qui est distant de Cività d'environ sept milles par mer, et 
quatre milles par terre. Durant ce jour M. le vice-roi de 
iSaples envoya complimenter M. le général et lui envoya 
ensuite un présent de toutes sortes de rafraîchissements 
considérables ^ MM. le prince de Sainte-Bonne, le plus 
qualifié de ce royaume, les duc de Maguelone et de [en blanc] 
et le marquis de Piscare vinrent à bord de la Capitane 
faire offre de leurs services à mon dit sieur le général et 
tous les plus grands de Naples, même les secrétaires d'état 
du vice-roi vinrent inconnus à bord de la Capitane pour 
voir mon dit sieur le général dont ils louoient fort la bra- 
voure et la conduite. 

15 octobre. 

Le 15 octobre, M. de Ro; p'^liosi fit serper à deux 
heures après minuit, comme firent toutes les galères, et se 
mirent à la roule de Gaète avec les vents de grec et 

1. Voir sur ce sujet la lettre de Vivonne à Colbert 
(nOLXXXIX). 



APPENDICES. 



283 



levant assez frais, qui les favorisèrent en telle sorte que sans 
faire aucune force de rames elles y arrivèrent, les cinq 
galères du pape avec l'étendard de la Chrétienté environ à 
deux heures après midi, et celles de France avec l'étendard 
de l'Église sur les trois heures, les choses ayant été ainsi 
résolues entre les généraux à cause des saints qui se firent 
séparément. La ville de Gaète salua d'abord la Capitane de 
France portant l'étendard de l'Église de 25 à 30 coups de 
canon. A quoi la Capitane seule ayant répondu de deux 
boîtes, deux picrriers, et quatre coups de canon, la forte- 
resse royale de la dite ville de Gaète salua aussi la dite 
Capitane de huit boîtes et de cinq coups de canon, qu'elle 
remercia par deux pierriers et de quatre coups de canon. 
De Nisida à Gaète il y a cinquante cinq milles. 

16 octobre. 

Le temps s'étant gâté sur le soir, toute la nuit du 15 au 
16 il y eut de grandes bourrasques à la mer, et la pluie 
tomba avec abondance même tout le jour 16, en sorte 
qu'on ne put pas partir pour faire le canal de Gaèle à 
Cività Vecchia, qui est de cent trente milles le long des 
plages romaines. 

Aussitôt (pie les galères de France eurent mouillé dans 
le port du dit Gaète, où il y a fond de six brasses d'eau, et 
où il peut tenir vingt galères avec tout le temps grande 
rade pour les navires, bonne pour tout temps à 12 brasses, 
le gouverneur de cette place envoya complimenter M. le 
trénéral et l'avertir ([u'il se préparoil à lui rendre visite, 
comme il fit incontinent après, et aussitôt après le gouver- 
neur de la forteresse. 
n octobre. 

Le lendemain 17, la mer étant exlièmemont agitée, on 
résolut de voir iaire le dernier quartier de la lune, quiétoil 
le dit jour à cinq heures du soir, et comme M. le général 
étoit pressé depuis le commencement de la campagne, el 
singulièrement depuis le retour de Siandia de promettre à 



284 APPENDICES, 

M. de Rospigliosi d'aller à Rome, M. le général ayant su 
que le Saint Père avoit demandé la permission au Roi pour 
lui d'aller avec M. de Rospigliosi au retour de la campagne 
à Rome, afin qu'il le pût embrasser, et ayant vu trois ou 
quatre lettres du Cardinal Patron à M. de Rospigliosi, son 
frère, par lesquelles il lui ténioignoit que Sa Sainteté dési- 
roit qu'il s'employât entièrement à engager M. le général 
à Taire ce voyage de Rome, et M. de Guastaldi, secrétaire 
d'état du Saint Père i, lui ayant même par une lettre de sa 
main fait offre de son logis, il crut être obligé de promettre 
à M. de Rospigliosi de faire ce voyage avec lui, pour 
rendre ses très humbles respects à Sa Sainteté, puisqu'il 
avoit été par lui honoré de l'étendard de l'Eglise et même 
d'un bref pour commander les armées de la Chrétienté en 
l'absence de M. de Beaufort et de M. de Rospigliosi son 
neveu. 

Après qu'il eût donné sa parole, il fut question de déli- 
bérer du lieu où il débarqueroit pour cet effet. M. de 
Rospigliosi le pria de mettre pied à terre à Nettuno, afin 
de passer par Castel Gandolfo pour s'y reposer un jour, 
afin de donner le temps à Sa Sainteté de se préparer à le 
recevoir. MM. les capitaines des galères le supplièrent au 
contraire de ne point quitter les galères du Roi qu'elles ne 
fussent dans le port de Cività Vecchia, de sorte qu'il fallut 
pour satisfaire l'un et les autres trouver un expédient. 
M. le général en fit ouverture d'un qui fut aprouvé de tous, 
que M. de Rospigliosi pourroit débarquer à Nettuno, 
qui est à soixante dix milles de Cività Vecchia, et que cepen- 
dant lui avec ses galères tireroit de longue jusqu'à Fiumi- 
cino 2, à trente cinq milles de Nettuno et à trente cinq 
milles de Cività Vecchia ; que là il se débarqueroit avec 
tous ceux, qui le dévoient accompagner à Rome, et verroit 
d'une élévation prochaine la manœuvre que feroient ses 

1. Il était aussi commissaire-général de la marine. 

2. Furnichon dans le texte. 



APPENDICES. 285 

galères jusques à... milles de Cività Vecchia ; qu'alors ses 
galères étant en sûreté, il s'embarqueroit dans une felouque 
avec sa suite et repiendroit la route de jNettuno, si le 
temps lui permettoit, où les carrosses l'attendant il pour- 
roit arriver à cinq ou six heures à Castel Gandoifo après 
M. de Rospigliosi ; que s'il y airivoit i>ourrasque à ses 
galères et qu'elles lussent obligées de retourner en arrière, 
qu'elles le reprendroient en passant, ou si elles arrivoient 
heureusement à Cività Vecchia, qu il pourroit être après 
sans inquiétude et, après avoir reçu la bénédiction de Sa 
Sainteté, qu il se trouveroit à Cività Vecchia trois jours après 
pour suivre la route de France, si le temps le permettoit. 

18 octobre. 

Le temps s'étant ralraîchi sur le soir, cl les galères 
ayant les vents en proue, M. le général fut obligé de faire 
donner fond entre Fiumicino et Nettuno environ à trois 
heures de nuit et, peu de temps après, il fut obligé de faire 
lever l'ancre pour retourner à Net! uno parce que les vents 
de proue se rafraîchissoient, qu'il n'y avoit point de sûreté 
en ce lieu pour ses galères. Etant toutes arrivées à Neltuno, 
et le vent de proue s'étant tourné en poupe environ trois 
heures après qu'elles eurent mouillé le 1er, M. le général 
fit serperetse mit en la route de Cività Vecchia, où il arriva 
avec ses galères sur les cinq à six heures du soir, assez 
heureusement pour éviter la plus furieuse bourrasque de 
vent et de pluie ([u'on ait vue de longtemps. 

Comme il étoit près de huit heures avant (pie toutes les 
galères eussent mouillé le fer, la ville et la forteresse de 
Cività Vecchia ' différèrent à saluei- les galères jusques au 
lendemain à la pointe du jour ; auquel salut toutes les 
galères répondirent de la même manière qu'elles avoient 
lait le mois de juin en arrivant on ce port, et allant en 
Candie avec l'étendard de la Sainte E«ilise. 

1. /ùi fiole : V Cività \ ('ccliia, il y a fond de trois i)rasses 
d'eau, et de là à Porto-Ferrajo il y a cent vingt railles. 



286 APPENDICES. 

19-20 octobre. 

Sur les six à sept heures du matin, le gouverneur de la 
ville étant venu rendre visite à M. le général, il le pria 
d'accepter deux calèches et dix ou douze chevaux pour 
faire le voyage de Rome, où il savoit que Sa Sainteté l'at- 
tendoit avec impatience. M. le général voyant le temps 
gâté, et les galères ayant des affaires au moins pour quatre 
jours en ce port pour prendre du pain, du vin, et deux 
arbres de maître à deux galères, se résolut de monter en 
l'une des calèches, qui lui étoient préparées, après avoir 
donné les ordres nécessaires pour faire toutes les choses 
qu'il y avoit à faire, le plus promptement qu'il se pourroit. 
Les sieurs de Maubousquet et Duché de Vancy, son secré- 
taire, montèrent dans l'autre calèche, et ses valets de 
chambre, deux cuisiniers, son maître d'hôtel et deux gen- 
tilshommes à lui, montèrent à cheval et le suivirent avec 
M. de Carducci^, capitaine de la Patronne du pape, qui 
avoit reçu l'ordre de M. le bailli de Rospigliosi d'escorter 
M. le général jusqu'à Castel Gandolfo, 

Comme il se trouva sur le soir à trois lieues de Rome, 
M. de Guastaldi, commissaire général des états du Pape et 
président de la police de Rome, vint le joindre avec deux 
carrosses à six chevaux, et lui fit compliment de la part de 
Sa Sainteté. M. le général ayant été prié par M. de Guas- 
taldi de monter en l'un de ses carrosses, il quitta sa calèche, 
et le dessein qu'il avoit d'aller à Castel Gandolfo joindre M. 
le bailli de Rospigliosi pour suivre celui de M. de Guas- 
taldi, qui lui dit que Sa Sainteté désiroit de le voir à Rome 
avant qu'il allât joindre M. son neveu à Castel Gandolfo. 
M. de Guastaldi, ayant [fait] descendre mon dit sieur le 
général en son hôtel, contraignit aussi toute sa suite à y 
loger, où il se trouva un souper magnifiquement préparé, 
et une demi heure après Sa Sainteté envoya savoir si mon 

1. M. de Cartouche, dans le texte. 



APPENDICES. 287 

dit sieur le général étoil arrivé, et qu'il désiroit lui parler 
en particulier. Comme il étoit 9 à 10 heures du soir, mon 
dit sieur le général pria l'envoyé de faire agréer à Sa Sain- 
teté qu'il pût avoir l'honneur de voir Sa Béatitude le lende- 
main matin. 

21-22 octobre. 

Le lendemain, dès les sept heures du matin, .M. l'abbé 
de Bourlémont, agent des affaires du Roi, vint voir M. le 
général et tous les gentilshommes fiançois qui étoient à 
Rome. La reine de Suède lui envoya laiie compliment et, 
sur les dix heures. Sa Sainteté envoya dire à M, le géné- 
ral qu'elle lui donneroit audience sur les onze heures du 
matin. M. de Guastaldi lui ayant fait préparer des carrosses, 
il alla à Monte Cavallo avec un cortège de douze ou quinze 
carrosses et se trouva accompagné de trente ou (juarante 
genlilshommes françois qui étoient à Rome. 

11 enlra seul dans le cabinet de Sa Sainteté et demeura 
avec Sa Béatitude près d'une heure '. Après quoi on fil 
ouvrir les portes et tous ceux qui l'accompagnoient 
entrèrent, où ils trouvèrent le Pape assis dans sa chaire, et 
M. le général debout à son côté droit. Après qu'ils eurent 
baisé la croix, qui est dessus la mule de velours cramoisi, 
(|ue chausse le pied droit de Sa Sainteté, et que Sa Béati- 
tude leur eut donné des médailles et des indolences, ils se 
retirèrent à la suite de M. le général qui, étant toujours 
accompagné de M. de Guastaldi, fut conduit en l'apparte- 
ment du Cardinal Patron avec lequel il demeura encore 
seul près de trois quarts d'heure, et le dit sieur cardinal 
le reconduisit jusqu'à la porte de sa chambre. M. le géné- 
ral étant de retour chez }tl. de Guastaldi, comme il alloil 
se mettre à table, arrivèreiit un camérier d'honneur du 
Pape et un gentilhomme du (^aidinal Patron, qui lui présen- 
tèrent les présents de Sa Sainteté et de cette Émiiience. 

1. Sur leur entretien, cf. n°LXXXIX. 



2^8 APPENDICES. 

Mon dit seigneur le général, les avant acceptés, fit distri- 
buer par son secrétaire d'autres présents et force pistoles à 
tous ceux de la maison du Pape et du dit cardinal. 

M. le général fut l'après dînée à Saint-Pierre au Vatican 
et en quelques autres endroits de Rome, et le lendemain 
matin *, il fut avec M. de Guastaldi à Castel Gandolfo pour 
prendre congé de M. le bailli de Rospigliosi, qui retint 
mon dit sieur le général tout le jour et l'engagea à coucher 
là, et à voir le lendemain Frascati, qui est une maison de 
plaisirs appartenant au Saint Siège. 

23 octobre. 

Mon dit sieur le général étant retourné à Rome le lende- 
main. Sa Sainteté envoya le soir lui témoigner qu'il dési- 
roit de le voir avant qu'il s'en retournât à Cività Vecchia 
sur ses galères. Le lendemain matin, mon dit sieur le géné- 
ral, accompagné de M. de Guastaldi et du cortège de la 
noblesse françoise, lut à Monte Cavallo où Sa Sainteté le 
reçut comme la première fois, et il demeura avec Sa Béati- 
tude encore trois quarts d'heure. Sa Sainteté ayant fait 
ouvrir la porte de son cabinet, les François, qui ne lui 
avoient pas baisé la mule, y entrèrent, à qui il distribua 
des médailles et des indulgences, mon dit sieur le général 
présent. Après quoi il prit congé de Sa Sainteté et fut 
incontinent en faire de même à M. le Cardinal Patron qui 
le reconduisit comme la première fois. Après quoi M. le 
général fui dîner chez M. de Guastaldi et l'après dîner il 
fut voir quelques raretés à Rome, et le soir il rendit visite 
à la reine de Suède. 

Ayant été régalé de la musique romaine et des violons 
chez M. de Guastaldi avant et après le souper, il donna les 
ordres à son secrétaire pour faire partir le lendemain tout 
son train, et dès la pointe du jour il monta en carrosse 
avec M. de Guastaldi et quelques officiers des galères, et 

1. Le 22 octobre. 



APPENDICES. 289 

ses gentilshommes dans un autre, et prit la route de Clvltà 
Vecchia. 

M. de Guastaldi. ayant (ait préparer à dîner dans une 
maison rjui esta mi chemin, le régala très bien, prit ensuite 
congé de lui et lui donna deux autres carrosses à six che- 
vaux pour le conduire à Cività Vecchia, et le dit sieur de 
Guastaldi s'en retourna à Rome avec les deux autres qu'il 
avoit amenés jusque là. M. le général étant arrivé le soir 
sur ses galères, il donna les ordres pour partir le lende- 
main matin, mais la pluie et le mauvais temps, qui avoienl 
duré depuis qu'on étoit arrivé en ce port, continuant encore, 
on attendit au lendemain 24^ du mois que la mer étant 
calme et le vent au grégal, M. le général fit serper et on fut 
mouiller à Porto Ferrajo, qui est un port fort bon dans l'île 
d'Elbe, oii il y a fond de sept brasses d'eau, et oîi il y a 
une forteresse qui salua l'étendard d un salut royal, et il y 
a une darse pour vingt galères en tout temps. 

2-4 novembre. 

Le 2" novembre, on partit de Porto Ferrajo, le vent con- 
traire y ayant assiégé les galères tous les jours d aupara- 
vant, et l'on fut donner fond à Livourne, où l'on arriva le 
soir et où l'on séjourna le lendemain K 

La nuit du 4'^, on serpa et fut mouiller le fer à Porto 
Venere. 

5 novembre. 

La nuit du 5''" on en partit, et de là on fut donner fond à 
Porlofino. 

6-20 novembre. 

La nuit du 6" nous serpàmes et nous fûmes mouiller en 
Vado -, proche Savone. 

1. Le grand duc de Toscane n interdit donc pas l'entrée du 
port aux galères de France ^Cl. la lettre n° \C). 

2. Vay dans le texte. 



290 APPENDICES. 

De Vado à Villelranche. 

De Villelranche à Agay ^ qui est une métairie apparte- 
nant à une dame de qualité d'Aix, devant laquelle il y a 
une baie, où il y a fond de dix brasses d'eau. 

D'Aguay à Capeau. 

De Capeau à la Ciotat. 

Et le 20", on arriva à Marseille, le vent étant fort frais 
de proue. 

Fait par le sieur de Vancijj secrétaire de Monseigneur 
le général. 

1. Naguay dans le texte. 



ADDITION ET CORRECTIONS 



Page 17, notc,//r6' : Reynarde, aw //cm de : Regnardc. 

Page 62, lire : picrriers, au lieu de : perriers. 

Page 93, note 1, lire : Mancini, au lieu de : Mancin. 

Page 129, note 1, lire : le Journal, au lieu de : n° CIII, Jour- 
nal. 

Page 158, note 1, lire : p. 129, n. 1, au lieu de : p. 129, n. 4. 

Page 238. Sur le Bras du Magne ou du Maina, en Morée, cf. 
Ch. de la Roncière, Histoire de la Marine française, t. IV, 
p. 413. 

Page 244, ligne 33, lire : Colbert de Vendières, au lieu de : 
Colbert de Vandièrc. 



TABLE ALPHABETIQUE 



Agay (Var), 221-222, 290. 

Aiaccio, 31. 

Alassio (Ligurie), 222, 223. 

Albanie (!'), 235, 278. 

Alger (les corsaires d'), 12, 15, 

34, 39, 43 n., 155, 179, 198. 
— (le dey d'), 23 n., 25, 38. 
Allemands (les), 90, 190. 
Aimeras (Guillaume d'), chet 

d'escadre, 56 et n., 132, 152, 

158, 161, 191, 197. 
Amazone (1'), galère, 77. 
Amiral (1'), vaisseau. Voyez : 

Monarque (le). 
Ancônc, 185. 

Andora Marina (Ligurie), 223. 
Angleterre (la reine d'), 139 etn. 
Anglurc (1 abbé d'). Voyez : 

Bourlémont (de). 
Antibes, 222. 
Antigny (M. d'), grand page de 

Vivonnc, 77. 
Antipaxos (l'île d'), 275. 
Arcadie (1'), 237. 
Armes de France (les), vaisseau 

marchand, 67 n. 
Arnoul (Nicolas), intendant dos 

galères. 25. 42,95 otn., 131. 

153. 165, 170 n., 171 n.. 182. 
.Vrnoul (Pierre), 170 etn., 171 n. 
Augusta (Sicile), 32. 
Azzolino (cardinal, secrétaire 

d'État), 45, 127 n. 



B 



Baia (Campanie). 282. 
Bandt'ville (Louis Sevin, mar- 
quis do), 139 etn., 140, 147. 
Bandeville (chevalier de), 139 n. 



Bandeville (le régiment dc), 
139 etn., 242, 267. 

Barbarie (la), 51, 52, 53, 153, 209. 

Bataglia (général), 140. 

Bâtie (M. de Marnais de la), 26. 

Beaucaire (foire de), 43 n. 

Beaufort (duc de), 4, 5, 8, 9, 10, 
11, 12, 14 n.. 15, 17, 18, 19, 
21, 24, 25, 26 n., 27, 29, 31, 
33,34, 35, 38 n., 39, 40, 41.48, 
50, 51 n.. 53. .56. 65, 107 n.. 
130, 133, 134, 135, 161, 177, 
180, 184, 18(i. 187, 192, 194. 
197, 216-217, 240, 284. 

Beaujeu (le chevalier de), 161. 

Beaumont (le chevalier dei, 
commandant de l'Ecureuil, 
40 n., 158. 

Bébir (pacha), 157 n. 

Belle (la), galère, 42. 

Bellefonds (maréchal de), 158 
etn., 213. 

Belle-Isle »ard (marquis de), 
commandant du Toulon, ma- 
jor des vaisseau.\, 40 n., 53. 

80, 85, 155, 240. 
Béthomas(EléonordeBeaulieu, 

chevalier de), 86. 

Biscaone (canal de) ou canal 
d'Ithaquo, 236. 

Blot (de Chauvigny). capitaine 
do vaisseau, 81 et n. 

Bœuf (le), vaisseau, 40. 

Bordeaux, 43 n. 

Bordighcra (Ligurio), 223. 

Bouille (commandeur do), com- 
mandant du Proven(.al,40 n., 

81. 84, 158. 

Bouillon (chevalier de), com- 
mandant du Bourbon, 40 n., 
80 ot n.. 84, 156 et n. 

Bourbon (le), vaisseau, 40 n., 
80, 84, 266. 



292 



TAULE ALPHABETIQUE 



Bourlémont (l'abbé clAnglure 
de), 59 n., 135 et n., 167, 172, 
287. 

Braize (le), vaisseau, 42. 85 n. 

Breman (de), commandant du 
Bœuf, 40 n. 

Bret (Alexandre Lo). lieute- 
nant-général, 99. 191. 193 n., 
196. 

Bretèche (Charles de Savon- 
nière, commandeur de la), 
37 n., 86,99, 100,102, 103 n., 
104, 253. 

Breteuil (Antoine Le Tonnelier, 
chevalier de), commandant 
de la Force, 37 n., 84 et n. 

Brocand (île de), 231, 232. 

Brodart (Jean-Baptiste), 131 et 
n. 

Brossardière (Jacques de Laye 
duPlessis, sieur de la), 17 n., 
37 n.. 85, 162 et n. 

Bueil (Maurice Grimaldi, comte 
de), 16et n., 37 n. 



G 



Caderousse (le bailli de), 237. 

Cagliari. 188. 

Gajac (Marc de Canin de), 158 

et n. 
Calabre (la), 32, 233. 234, 235 

278, 279. 
Ganée (la), en Crête, 142, 145 

''05 239 258 272. 
Gapeàu''(Vàrl, 218, 219,290. 
Capitaine général (le), voyez 

Rospigliosi (bailli de). 
Capitane (galère), 3 n., 16, 17 

20, 21, 24 n., 37, 50, 51 n. 

73,76,84,85,86,89,165, 198 

215, 216, 217, 220, 222-224 

228, 250, 257, 262, 264, 268 

270, 276. 280, 282. 
Garducci (M. de), capitaine delà 

Patronne du pape, 286. 
Cassagnet (Gabriel de), voyez : 

Tilladet (chevalier de). 
Castel Gandolfo, 151, 165, 168, 

284, 285, 286, 288. 
Gatelan (Louis, marquis de), 54 

et n. 



Cauvisson (M. de). 54. 

Centurion (marquis de), capi- 
taine général des galères, 131 
n., 160 et n. 

Cépet (cap), 204. 

Gépbalonie (îles de), 236, 237, 
274, 275. 

Cérigo fîle de), 34, 35, 36, 45, 
46, 47, 48, 142, 143, 189, 191, 
205, 206, 239, 264, 265, 272. 

Gervo (Ligurie), 223. 

Ghabert. sous-lieutenant de la 
Capitane, 76, 89. 

Ghaboureau, capitaine de vais- 
seau, 41 n. 

Ghambord(châteaude),139,203. 

Champagne-Brûlot (M. de), 158. 

Charles, capitaine dubrigantin, 
89. 

Ghastellux (commandeur de), 
23. 

Château-Thierry (régiment de), 
33, 37 n., 242, 266. 

Chauvigny Blot (de), voyez : 
Blot (de). 

Ghoiseul (Claude, comte de), 
140 etn., 147 n., 193 n., 267. 

Christine, reine de Suède. 287, 
288. 

Giotat (la), 216, 290. 

Cività Vecchia, 31, 32, 33, 35, 
44 etn., 45.49, 131, 143, 155, 
163. 164,165,167, 168 n., 170, 
198; 228, 229, 230, 231, 282, 
284, 285, 289. 

Clément IX, pape, 8, 13, 17 et 
n.. 19, 24 n.. 26, 27. 28. 33, 
.35, 43, 131, 136,151,164, 165, 
172, 284, 286-288. 

Clermont-Tonnerre (François 
de). 84 n. 

Clermont-Tonnerre (Louis- 
Alexandre de), commandant 
de la Victoire, 37 n., 84 et n. 

Clerville (Nicolas, chevalier de), 
161 et n. 

Cogolin (de), commandant de la 
Sirène, 40 n., 81 etn., 158. 

Golbert, 1, 2, 3, 4, 6, 8, 13, 24 
n.,30, 40, 41, 50 n., 72 n., 74 
n.,82, 122, 159etn..l63. 170, 
178, 181, 237, 265. 



TABLE ALPHABETIOLE 



293 



Colbert de Seignelay iJ.-B.). 
voyez : iSeignelay. 

Colbert de Maulevner (Edouard- 
François), 65. 75, 90. 97. 98. 
99, 100, 101 n., 162, 166. 17?, 
182, 184, 185, 186, 191, 195, 
200, 207, 208, 244. 251, 254. 

Colbert de Vendicres, voyez le 
précédent. 

Colbert duTerron (Charles). 100 
et n., 190. 

Colonna lie cap), 279. 

Comte (le), vaisseau, 80, 84. 

Concorde (la), vaisseau. 40 n. 

Contay d'Humières (François 
de Grevant, baron de), capi- 
taine de vaisseau, 81 etn., 83. 

Contre-amiral (le), vaisseau. 
Voyez : Princesse (lai. 

Coquiel (du), contrôleur des 
galères. 165. 171, 261. 281. 

Corfou (île de), 16, 17, 18, 19, 
34, 35. 41. 49, 163, 233, 235. 
274, 275-277. 

Coron (la ville de), 52, 274. 

Corse (cap). 31. 

Cosme II de Médicis, 167 n. 

Cotoner (Nicolas), grand maître 
de Malte, 153 etn., 154, 156 n. 

Cotoner (Raphaël), grand maître 
de Malte, 153 n. 

Cou (de), capitaine, 97 n. 

Couronne (la), galère. 37 n.. 78, 
84. 85 n. 

Courtisan (le), vaisseau vice- 
amiral, 40 n.. 79, 83, 84. 85. 
88. 89. 158. 182. 185, 209. 

Créquy (François de Bonne de). 
1 et n. 

Croissant (le), vaisseau. 41 n..81. 

Croix (de la), intendant à Can- 
die, 55.;^3, 89 et n.. 91, 99. 
109, 110. 115, 119, 127, 129. 
160, 211. 213, 249, 251, 254, 
258-263. 265, 266. 

Croix de Malte (la), galère. 37 
n..77,86. 

Cuers (le sieur de), 208. 

D 

Dalliez, fournisseur des galères. 
204. 



Dampierre (Cugnac, comte de), 
124, 125, 202. 

Dauphin Royal (le), vaisseau. 
160. 

Dauphine (la), galère. 37 n., 77. 
85. 

Diano (Ligurie), 223. 

Duché de Vancy (Jean-Bap- 
tiste), secrétaire de Vivonne, 
33,77.83, 137,215, 229, 286, 
290. 

Dunkerquois (le), vaisseau. 41 
n., 81, 155, 205 n.. 206. 

E 

Ecureuil (!'), vaisseau, 40 n. 

Elbe (île d), 31,289. 

Eole (D, vaisseau, 81 n. 

Espagne (galères d"). 36, 82. 

Espagne (roi d'). 164, 231, 234. 

Espagnols des), 228. 

Espagny (régiment d), 33, 37 n., 
242. 

Espanet (sieur d'), capitaine de 
la Vigilante, 16n. 2, 37 n.. 219. 

Espinchal (Jean d'), voyez: Ter- 
nes (marquis de). 

Estrades (le comte d'), maréchal 
de France, 39 et n. 

Etoile (D. vaisseau, 81. 83. 155. 

Etourdi (D, galère, 85 n. 



Fabert (Louis, marquisdei. 54n. 

Fare (la), Bouches-du-Rhône, 
106. 

Favorite (la), galère. 42. 

Fayette (de la), commandant du 
Monarque. 40 n. 

Fénis de la F^rade (de), enseigne, 
81. 

Ferdinand Ilde Médicis, grand- 
duc de Toscane. 167et n., 168, 
169, 289. 

Fèro (régiment de la). 33, 37, 
i;W. 242. 267. 

Fiumicino (Italie). 284. 285. 

Flacourt (le chevalier de), lieu- 
tenant de vaisseau, 194 n. 

Fleur de Lys (la), galère. 37 n.. 
78. 86. 



29^ 



TABLE ALPHABETIQUE 



Fleuron (le), vaisseau, 40 n., 80 

etn., ir.8. n):>. 

Florence, 168. 

Follevillede Pile (de), comman- 
dant de la Renommée, 3 n.. 
4 n., 23, n, 37 n., 83. 

Forbin de Gardanne (Louis). 
Voyez : Gardanne (le com- 
mandeur de). 

Forbin-Maynier (Henri de). 
Voyez : Oppède (baron d'). 

Force (la), galère, 37 n., 78, 83. 

Foresta (le chevalier de), capi- 
taine de la Légère, 17 n.. 37 n. 

Fortanet (M. de), capitaine au 
régiment de la Motte, 128, 
129, 158 n., 210 n.. 212. 

Fortune (la), galère, 4 n., 17 n., 
37 n., 78, 84 n., 86. 

FossedeCandie(la),51,99, 123, 
127, 241, 245, 262, 263, 265, 
266. 

Foucault (Nicolas-Joseph de), 
gouverneur du chevalier de 
Vendôme, 160. 

France (la), galère, 78, 86. 

Frascati (Italie), 288. 

Frédéric III, roi de Danemark, 
220. 

Frontenac (Louis de Buade- 
Palluau, comte de), 149 et n. 



Gal)aret (Jean), commandant de 
la Princesse, 30, 41 n., 79, 86, 

Gaète (Italie), 32, 167, 283. 

Gaillard (le chevalier), volon- 
taire, 77, 89. 

Galante (la), galère, 43 n. 

Galbo (le), lieutenant-général, 
157 n. 

Gardanne (Louis de Forbin, 
commandeur de), 37 n.. 84 et 
n., 95 n., 162, 201. 

Gazopoli(Albanie), 276, 277, 278. 

Générale (la), galère, 37 n. 

Généralissime (le), voyez : M oro- 
sini (François). 

Gènes, 160 n., 224. 

Georges, prince de Danemark. 
220 et n. 



Gozzo (île), près de Malte. 156. 

Grancey (marquis de), comman- 
dant du Lys, 41 n., 80 et n.. 
158, 205, 206, 266. 

Grand Vizir (le). 157 n. 

Grande (la), galère, 42. 

Guastaldi (M. de), secrétaire 
d'état (lu Saint-Siège, 165, 
228. 229, 284, 286-289. 

Guette (delà), intendant à Tou- 
lon, 95 n. 

H. 

Hectot (d), commandant de la 
Thérèse, 40n.. 85. 102 n., 107. 

Hillière (chevalier de la), com- 
mandant de la Royale, 41 n., 
80 etn., 158. 

Hoguette (N. Fortin de La), 
neveu de l'archevêque de 
Paris, mort à Candie, 203. 

Huxelles (marquis d'), voyez : 
Uxelles. 

Hvères (îles d'), 31, 171, 218. 



If (le château d'), 216. 

Ile de France (1'), vaisseau, 160. 

Ilhière (la), voyez : Hillière. 

Infreville(d'), voyez : Saint- Au- 
bin d'Infreville. 

Infreville (Leroux d'), intendant 
à Toulon, 94 n., 95 et n., 152, 
153, 182, 185 n., 203, 208. 219. 

Ischia (île d'), 32. 

Italie (côtes d'), 45. 



Jacquier, munitionnaire des ar- 
mées, 57 et n., 90 et n., 91, 
117 n., 121,242,256. 

Janson (chevalier Albert de For- 
bin). 4 n., 17 n., 37 n., 87 et 
n., 95 n.,280. 

Jonzac (Alexis de Sainte-Maure, 
marquis de), 91 et n. 

Juan (le golfe), 31, 93, 95, 107. 

K 

Kerjean (Le Barbier de), com- 
mandant du Comte, 80, 84. 



TABLE ALPHABETIQUE 



295 



Lafond (dei. commissaire géné- 
ral des galères, 1G9. 

Laigueglia (Liguriei, 223. 

Lalandi (colonel), 157 n. 

Languedoc i côtes dei, G, 39. 

Languillet (M. de), comman- 
dant du Dunkerquois. 41 n.. 
205. 

Larissa (Grèce), 161. 

Lave (Jacques de) du Plessis. 
sieur de la Brossardière. 
Voyez : Brossardière ide la). 

Légère lia), galiote. 17 n.. 79. 

Leroux d' In fre ville. Voyez : 
Infreville (Leroux d'). 

Leucade (île de), 236. 

Linières (François des Essarts, 
marquis de), 54 n. 

Lion couronné! le), vaisseau, 85 n. 

Lionne (Hugues de), 17. 40. 59 
n.. 98 n.. 104 n.. 127 n.. 167, 
199,210. 

Lipari (île et ville de). 32. 230, 
231, 232, 281, 282. 

Livourne, 31, 167, 168, 169, 171 
n., 226, 227. 289. 

Lomelino, vice-légat, 25. 28. 

Louvois, 94 n.. 117, 134 n., 212, 
255. 

Lucas (Pierre de), voyez : Vil- 
leneuve (de|. 

Lvs (le), vaisseau, 41 n.. 80. 155. 
"156 n., 158, 205, 209, 2(36. 

M 

Madame (la), galère, 85 n. 
Magnottes (les), 238, 239, 273. 
Maguelone ( le duc de ) , à Naples. 

282. 
Maïna (côtes de), en Morée, 238. 

290. 
Malte (ile de), 17, 18. 19, 35, 

49. 1.32, 153 n., 156. 158. 
Malte (galères de), 5 n., 7, 87, 

154, 171. 195, 201, 205, 209. 

231. 233, 235, 250, 267, 276, 

277, 280. 
Malte (Ordre et Grand-Maître 

de), 153, 154, 156. 



Manse (Antoine de), chef d'es- 
cadre, 3 n., 4 n.. 23, 24. 37, 
59, 76, 77, 85, 89, 143. 

Marseille, 7, 15. 33, 42, 43, 94, 
136, 166. 172. 178, 215, 216, 
233, 290. 

Martel (marquis dei. comman- 
dant du Soleil d'Afrique, puis 
du Courtisan, vaisseau vice- 
amiral, 18 et n.. 40 n., 53. 68, 
79,82. 83etn., 88. 97, 101, 105. 
1.33, 1.34, 146, 147 n., 156 n., 
158, 161, 205, 208, 244, 255. 

Martinengode chevalier de), 61 
et n. 

Mascardière, enseigne, 80. 

Maslera (l'île de), 277, 278. _ 

Maubousquet (de), volontaire, 
77. 89. 286. 

Médicis. Voyez : Gosme II, 
Ferdinand II. 

Menton, 223. 

Mercœur (le), vaisseau, 30 n. 

Méricourt (de), lieutenant, 80. 

Messénie (la). 194 n. 

Messine. 18, 19. 21, 35, 36, 49, 
153, 163, 164, 167, 231, 232, 
233, 234, 276, 278-282. 

Milazzo, en Sicile. 32. 

Miloûle de), 143. 148, 271,272. 

Minimes (bastion des). 203. 

Mirabeau (le chevalier François 
de Kiquetti dei. major des 
galères. 76 et n., 89, 231, 248. 

Mirandole (Alexandre II Pic, 
duc de la). 141 et n. 

Modon (la ville de), 52, 274. 

Monaco, 222, 223. 

Monarque (le), vaisseau amiral. 
40 n., 61, 79, 84. 85, 89, 144, 
146, 160, 184. 185. 187. 189, 
190, 206, 208. 

Montant de Bénac ( Philippe de), 
vovez : Navailles (duc de). 

Monte Cavallo(Iiahe).287, 288. 

Mondimart (M. de), écuyer du 
duc de Navailles, 156. 

Montolieu (Louis de), chef des- 
cadre, 37 n.. 48 et n.. 219. 

Morée (la). 51. 52. 237. 272. 274. 
275. 

Morosini (François), capitaine- . 



296 



TABLE ALPHABETIQUE 



général, 47, 56, 57, 58 et n., 
73, 75, 98 n., IH, 117, 119, 
121, 128, 138. 144, 156, 194, 
197, 201, 202, 207, 209, 241- 
243,247,248, 251. 

Morosini (Thadeo), chef d'es- 
cadre vénitien, 46. 

Mortemart (Gabriel de Roche- 
chouart, duc de), 137 et n., 
224. 

Mothe-Viala (de la), capitaine 
de vaisseau, 17 n., 81 et n. 

Motte (régiment de la), 129 n. 

N 

Naples, 163, 166, 167, 281, 282, 

Navailles (Philippe, duc de), 4, 5 
et n., 10, 11, 12, 13, 24 n., 
27, 47, 52 n., 54, 55, 56 et n., 
58etn., 63, 65,66.67, 69, 70 
etn., 71, 72 n, 90, 92. 97, 98, 
100, 101, 102, 103, 104, n., 
108, 110, 111, 112, 113, 116, 
117,119, 120,122, 123 n., 124. 
126, 127 n., 128, 129 n., 130, 
132, 134 n., 138, 147,148,1.56. 
157 n., 158,160, 161,172,181, 
182, 183, 192, 193. 195, 197, 
200, 201, 208, 211, 212, 217, 
240, 244-246, 251, 255, 256, 
258, 259, 261-266. 

Navalier, capitaine des galé- 
asses, 157 n. 

Navarin, en Morée,52, 237, 274. 

Naxos (île), 197. 

Nettuno (Italie), 164. 167, 284, 
285. 

Nice, 222, 225. 

Nio (la rade de), dans l'île d'Ios, 
270. 

Nisida (l'île de), 162n., 163, 164, 
280. 282, 283. 

O 

Oneglia (Ligurie), 223. 

Oppède (Henri de Forbin-May- 
nier, baron d'), premier pré- 
sident de Provence, 93, 94, 
95 et n., 106, 1.59. 

Oppède (Vincent de Forbin, 



commandeur d'), 37 n., 86 et 
n., 95 n. 
Otrante, 49, 136, 163. 



Palmi (golfe de). 155, 206. 

Panaria (île de la), 32. 

Paris (le), vaisseau, 160. 

Passaro (cap), 36, 37, 155, 185, 
188. 

Patronne (galère), 17 n., 37 n., 
77. 85, 162, 282. 

Péréfixe de Beaumont (Ilar- 
douin de), 203 n. 

Perle (la), galère, 3 n. 

Pianosa (île de la), 31. 

Piscaro (le marquis de), à Na- 
ples, 282. 

Plessis (du). Voyez : Brossar- 
dière (la). 

Policastro (château de), à Can- 
die, 157 n. 

Ponza (île de), 32. 230. 

Porquerolles (île de), 218. 

Port-Cros (lie de), 218, 220, 221. 

Porto Ferrajo, dans l'île d'Elbe, 
31, 170. 172, 226, 289. 

Porto Fino (Ligurie), 225, 226, 
289. 

Porto Kalion. en Morée, 273. 

Porto Maurizio (Ligurie), 223. 

Porto San-Stefano (Italie), 31. 

Porto Vecchio, 31, 237, 238. 

Porto Venere(Toscane),31,226, 
289. 

Preuilly d'Humières (marquis 
de), capitaine de vaisseau, 55, 
56 et n., 158. 

Princesse (la), vaisseau contre- 
amiral, 41 n., 79, 86, 200. 

Prodono (Morée), 273. 

Provençal (le), vaisseau, 40 n., 
81, 84, 158. 

Provence (la), 6, 21, 50, 56, 93, 
94,95,115, 129, 134. 

Provence (procureurs de), 181. 

Provence (régiment de), 76 n. 

R 

Réale (la), galère. 61. 282. 
Reggio (ville), 279. 



TABLE ALPHABETIQUE 



297 



Régine (la), galère. 17 n. 

Renommée (la), galère, 37. 70, 
83,271. 

République (la Sérénissime). 
voyez : Venise. 

Reynarde (Félix de la), capi- 
taine de galère, 17 n. 

Richelieu (le cardinal de). 3 n. 

Rion (le), en Provence, 21(3. 

Riquelti (François de), voyez : 
Mirabeau (chevalier de). 

Riva Ligure (Ligurie), 223. 

Rive (La), lieutenant-général, 
i57 n. 

Rochefort, 170 n. 

Rochelle (la). 160. 

Rome, 165. 166. 167, 169. 172, 
201, 284, 286-288. 

Rosan (comte de), neveu de 
Turenne, 54 n. 

Rospigliosi (cardinal Jacques). 
151 etn.. 164, 165. 

Rospigliosi (bailli Vincent), 
16, 17, 19, 21, 25,26. 33, 35. 
36. 43. 45. 46, 48, 50, 51. 55, 
64, 66, 68, 82, 83, 87, 90, 92, 
98,99, 102,109,111.113, 115. 
122 n., 123. 125. 137. 141-145, 
148-151, 163-165, 168, 189. 
196, 197, 198, 201, 229, 231. 
235, 238, 241-244, 257-259, 
267, 271, 273, 276. 278-285. 

Roucy, capitaine réformé d'in- 
fanterie, 77. 

Rouerguc (régiment de), 147 n. 

Roussel (chevalier de). 163. 

Roux (cai»), 221. 

Rouxel lie Médavy (François 
Benedict), voyez : Grancey 
(marquis de). 

Royal-Dauphin (le), vaisseau, 
190. 

Roval-Louis (le), vaisseau. 190. 
216. 

Royale (la), vaisseau. 41 n.. 80. 

Ruvigny (Ilenri de Massues. 
sieurVlei, 67, 105, 161,212. 



Sablonnière (la), à Candie, 53, 
54, 58 n.. 59n., 70, 71.87,01. 



97.98, 140,141,192,201,207, 
240, 241, 246, 248, 252, 253. 

Saint- André Montbrun (Ale- 
xandre du Puy, marquis de), 
40n.,4I, 195, 199. 203, 207, 
208. 

Saint-André (bastion et boule- 
vard de), à Candie, 47, .59 n., 
6(1. 62.64 n., 71, 83, 87. 91, 
92,98, 125 n., 140, 141, 1.57 n., 
190, 193 n.. 207, 241. 243. 244, 
247. 

Saint-Ange (cap). 149, 239. 

Saint-Antoine (le), vaisseau, 40 
n. 

Saint- Auhin d'Infreville (de), 
capitaine du Soleil d'Afrique, 
40 n., 158. 

Saint-Barthélemy(le), vaisseau, 
120. 

Saint-Dominique (la), galère, 
17 n., i3 n., 171. 

Saint-Georges de Standia, 249- 
250. 

Saint-Louis (la), galère. 37 n., 
78. 84, 219, 271. 

Saint-Mandrior (hôpital de), en 
Provence. Oi, 06, 204. 

Saint-Marc (clocher de), à Can- 
die, 61. 

Saint-Mesme (chevalier de), 
lieutenant de galère. 4 n. 

Saint-Nicolas de Candie. 250. 

Saint-Nicolas de Cérigo. 239, 
240, 272, 273, 274. 

Saint-Pierre (îles), 187. 

Saint-Soupir, en Provence. 223. 

Saint- Vincent (M. de), 255. 

Sainte-Bonne (M. de), à Naples, 
282. 

Sainte-Croix (l'abbé de). 219. 

Sainte-Marguerite (îles), 93. 95, 
107, 183 n., 222, 223. 

Sainte-Marie (le cap), 278, 279. 

Sainte-Maurei -Vlexisde), voyez: 
Jonzac (marqnisde). 

San Pietro (îles), 155. 

San Remo (Ligurie), 223. 

San Stefano (Ligurie). 223, 228. 

Santa Maria (cap). 163. 

Santa Maura (île de Leucade), 
236. 



298 



TABLE ALPHABETIQUE 



Santorin (l'ile de), 267-271. 
Sapienza (île de), 52, 189, 190, 

273. 
Sardaigne, 188, 206. 
Savoie (Charles-Emmanuel II, 

duc de), 223. 
Savone, 224, 289. 
Savonnière (Charles de), voyez : 

Bretèche (de la). 
Seignelay (Jean-Baptiste Col- 

bert, marquis de), 170 n. 
Sicile (la), 35, 39, 45, 155, 164, 

185, 188. 
Sirène (la), vaisseau, 40 n., 81, 

158. 
Soleil d'Afrique (le), vaisseau, 

40 n. 
Soleil Royal (le), vaisseau, 190. 
Soliman-Aga Mustafa-Raca. 

ambassadeur turc, 161. 
Spartivento (cap), 32, 235. 
Spezzia (la), 31, 226. 
Spinalonga, en Crète, 209. 
Standia (île de), 55 etn., 99 n., 

110, 113, 116, 120, 129, 141, 

142.146,149, 157 n., 200, 209, 

239, 240, 241, 242, 259, 262, 

264-267. 
Stromboli (l'île), 231, 281. 
Strozzi (abbé). 167. 
Subtile (la), galiote, 16,37 n.. 79. 
Sude (la), en Crête, 158 n., 209. 
Suisse (le), vaisseau, 155. 



mandant du Fleuron, 30, 40 
n., 80, 205, 206.262. 

Tilladet (Gabriel de Cassagnet, 
chevalier de), 51 etn., 103, 104, 
129, 159, 264, 265. 

Tilladet (Jean-Baptiste de Cas- 
sagnet, marquis de), 51 n. 

Tonnelier (Antoine Le), cheva- 
lier de Breteuil, voyez : Bre- 
teuil. 

Tonnerre (de), voyez : Clermont- 
Tonnerre. 

Toscane (grand-duc de), voyez : 
Ferdinand II de Médicis. 

Toulon, 31, 35, 36,46, 93. 94, 
95, 96, 136, 159, 161, 170 n., 
181, 184, 187. 190, 213. 216. 

Toulon (le), vaisseau, 40 n., 50, 
80, 85. 

Toulouse, 43 n. 

Tour-d'Auvergne (Constantin- 
Ignace de), voyez : Bouillon 
(chevalier ou bailli de). 

Tourville(Anne-Hilarion, comte 
de), commandant du Crois- 
sant, 41 n., 81 et n. 

Tripoh, 13. 

Tunis, 13. 

Turenne, 39 n., 54 n., 80 n. 

U 

Uxelles (Louis du Blé, marquis 
d'), 54 n., 203 etn. 



Tagenac (de), lieutenant, de la 
Patronne, 77, 89. 

Taggia (Ligurie), 223. 

Tasse (la), barre dans la rade de 
Toulon, 217. 

Taulignan (de), consul de Fran- 
ce à Zante, 49. 

Ternes (Jean d'Espinchal, mar- 
quis de), 89. 

Thérèse (la), vaisseau, 40 n., 43 
n., 72 u., 73, 76, 77, 81, 84,88, 
89, 90, 97, 99, 101, 107,265. 

Thianges (Madame de), 22. 

Thivas (M. de), capitaine de 
vaisseau, 158. 

Thurelle-Thiballier (de), com- 



Vado (Ligurie), 223, 225, 289, 
290. 

Valbelle (chevalier de), chef 
d'escadre, 132, 158. 

Valeur (la), galère, 37 n., 78, 86. 

Vallière (M^'i^ de la), 135 n. 

Vauban, 161 n. 

Yendôme (Louis, duc et cardi- 
nal de), 93 etn., 94, 95 etn., 
106, 134 n., 137 n., 159. 

Vendôme (Philippe, chevalier 
de), 106, 107, 130, 133 et n., 
136, 137, 160, 179, 194. 

Vendôme {M'^^ de), 159 et n. 

Venise, 45, 46, 47, 48, 49, 57, 
83, 87, 185, 229. 



TABLE ALPHABETIQUE 



299 



Vermaudois (comte de). 135 et 
n., 159. 

Vice-amiral (le), vaisseau, 
voyez : le Courtisan. 

Victoire (la), galère, 37 n., 78, 
84. 

Vidaut, commandant des bar- 
ques de victuailles, 70, 811. 

Vigilante (la), galiote, 16 n. ;'. 
37 n., 70,219 

Vignettes (les), Var, 210, 217. 

Villefranche-sur-Mer, 31, 223, 
290. 



Villeneuve (Pierre de Lucas, 
sieur de), 3 n., 37 n., 85 etn. 

Vintimille, 223. 

Viviers (de), capitaine de galère, 
37 n., 86. 

Vizir Ile Grand). 161, 255. 

Volante (la), galiote, 37 u. 



Zante (île de), 32, 3-4, 35, 36, 37, 
-41, 45, 46,47, 48,49,50. 121, 
128 n., 144,235,236, 237,260, 
273, 274. 



TABLE DES MATIERES 



Introductio> 1 

corbespondance du duc de \' ivonxe 1 

Appendices 175 

I, Lettres diverses 177 

II. Journal de la navigation des galères, par J .-B. Duché 

de Vancy 215 

Addition et corrections 290 

t\ble alpuabétioue 291 



MAGON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS. 



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